N° 51, février 2010

Siyâsat Nâmeh (Le traité de gouvernement) de Nezâm-ol-Molk


Elhâm Mass’oudiân


Siyâsat Nâmeh (Le traité de gouvernement), également connu sous le titre de Siyar-ol-Molouk est l’œuvre la plus célèbre de Nezâm-ol-Molk, grand politicien et vizir des sultans seldjoukides Alp Arslân et Malek Shâh Ier. Pendant 30 ans, Nezâm-ol-Molk posséda un « immense pouvoir » et mit en place un type de gouvernement et d’administration qui perdura plusieurs siècles après lui. Ecrit en persan au XIe siècle, le Siyâsat Nâmeh fut rédigé suite à la demande de Malek Shâh, qui souhaitait que ses ministres proposent de nouvelles lois gouvernementales et administratives pour éviter l’apparition de troubles au sein de l’empire. Le traité de Nezâm-ol-Molk fut le seul à recevoir l’approbation du souverain et fut donc accepté comme « la loi de la constitution de la nation ». Siyâsat Nâmeh est composé de 50 chapitres portant essentiellement sur la politique et la religion ; ses onze derniers chapitres, écrits peu de temps avant l’assassinat de Nezâm-ol-Molk, sont consacrés aux divers dangers que doit affronter l’empire, notamment la menace des Ismaéliens. Il évoque également les rôles respectifs des soldats, des policiers, des espions et des hauts fonctionnaires, tout en fournissant des conseils d’éthique gouvernementale soulignant la nécessité de la justice et la piété religieuse dans l’application des lois. La justice est en général définie par le droit et la jurisprudence islamiques, tandis que le souverain est tenu pour responsable devant Dieu. Ce traité contient également des anecdotes se rapportant à la culture islamique et parfois préislamique persane, mettant en scène des héros populaires comme Mahmoud de Ghazni [1] et Khosrow Anoushirvân [2], considérés comme les incarnations du bien et de la vertu. Ce traité veut ainsi fournir un modèle tant pour les gouverneurs que pour la façon de gouverner et d’appliquer les lois.

La justice est considérée comme la vertu la plus importante. Dans le Siyâsat Nâmeh, Nezâm-ol-Molk recommande notamment à la Cour de recevoir personnellement les gens deux fois par semaine pour entendre directement leurs plaintes et de statuer le plus justement possible, afin de limiter le développement d’un sentiment d’injustice sein de la population. De façon générale, les fonctionnaires doivent être contrôlés régulièrement et secrètement, et en cas de fraude ou de la moindre irrégularité, ils doivent être démis de leur fonctions. La générosité et l’hospitalité sont également des valeurs hautement défendues dans ce traité.

Nezâm-ol-Molk estimait qu’un jugement droit et équitable était plus utile à un roi qu’une puissante armée. Il estimait également qu’il était essentiel que l’intelligence du souverain gouverne sa colère, et non l’inverse.

Concernant l’armée, il recommande d’engager différents peuples et races parmi les soldats afin qu’ils soient en concurrence les uns avec les autres et se surpassent. Quant à la question de la nomination des ministres, Nezâm-ol-Molk pensait qu’un homme ne devait pas obtenir deux nominations à des postes différents, et que réciproquement la responsabilité d’un même poste ne devrait pas être accordée à plus d’une personne. Il critiquait ainsi le fait que beaucoup d’hommes de l’époque occupaient plusieurs postes à la fois, laissant ainsi de nombreux savants et personnes méritantes sans occupation.

Nezâm-ol-Molk était persuadé que l’une des causes de la chute des Sassanides était qu’ils avaient confié de nombreuses responsabilités à des personnes ignorantes. Il cite ainsi l’exemple de Bozorgmehr Bakhtakân, célèbre médecin du roi Anoushirvân, qui conseilla au roi de bannir ceux de ses conseillers qui se laissaient guider par les mauvaises qualités telles que la haine, la jalousie, l’orgueil, la colère, la luxure, l’avarice, le mensonge, la cruauté, l’égoïsme, l’ignorance, l’ingratitude et la frivolité. Les bonnes qualités préconisées pour l’exercice du pouvoir étaient selon lui la modestie, la bonne humeur, la clémence, le pardon, l’humilité, la générosité, la sincérité, la patience, la gratitude, la miséricorde, la connaissance, l’intelligence et la justice. Le gouvernement idéal selon Nezâm-ol-Molk était un système où le souverain s’efforce d’établir la justice, ses conseillers et fonctionnaires sont vertueux, chaque tâche a un responsable approprié, les hauts postes ne sont pas octroyés à des gens sans instruction, les inexpérimentés ne sont pas promus à de hautes responsabilités, les hommes sont choisis selon leurs compétences et non pas à cause de leur rang ou fortune, et où l’avancement est déterminé en fonction du mérite. Selon lui, un bon gouvernement doit aussi favoriser une diminution de toute forme de défiance ou d’opposition par rapport aux principes de la religion.

Siyâsat Nâmeh a ensuite servi de base à tout un ensemble d’écrits littéraires, politiques et juridiques. Il a également été critiqué par certains spécialistes d’études féminines en islam étant donné qu’il comporte un chapitre aux relents misogynes sur l’ingérence des femmes en politique, sur la nécessité de repousser leurs avis et de les écarter des affaires du trône. Ce chapitre a néanmoins une raison historique précise : à l’époque de la rédaction du traité, Nezâm-ol-Molk était en butte à l’hostilité de Turkân Khâtoun, l’épouse de son maître, et du clan de celle-ci.

Notes

[1L’un des dirigeants de l’Empire ghaznévide

[2Aussi connu comme Anoushirvân le Juste, roi sassanide


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