N° 51, février 2010

Khâdjeh Nezâm-ol-Molk


Sirous Ghaffâriân
Traduit par

Babak Ershadi


Les chercheurs et les historiens de la pensée politique considèrent souvent la pensée grecque (Platon, Aristote) comme source théorique principale des systèmes politiques. Mais l’œuvre de Khâdjeh Nezâm-ol-Molk Toussi semble échapper à cette règle, car elle est se situe hors du système de pensée gréco-romain. Le bilan de trente ans d’activités politiques de Nezâm-ol-Molk à la tête de l’administration civile de l’Empire seldjoukide nous montre l’attachement qu’accordait le grand vizir au développement de la justice sociale, à la défense des droits des sujets de l’Empire, et au développement scientifique.

Dans son ouvrage monumental, Siyâsat Nâmeh (Traité de gouvernement) dédié à l’empereur Malek Shâh, Nezâm-ol-Molk évoque de nombreux événements historiques afin de montrer les conséquences positives de l’établissement de la justice, et les retombées négatives de la tyrannie. Siyâsat Nâmeh reflète également certains aspects de la philosophie de l’histoire de Khâdjeh Nezâm-ol-Molk : les lois et les traditions de l’histoire doivent être déterminées par la justice. La justice signifie que dans un système sociopolitique, chaque individu doit être mis à sa juste place. L’histoire nous apprend que les justes doivent gouverner les sociétés humaines.

Khâdjeh Nezâm-ol-Molk, de son vrai nom Abou Ali, fils de Khâdjeh Abol Hassan Ali Ibn Eshagh, naquit au village de Noqan, près de Toûs, le 15 Zil-Qadah de l’an 408 de l’Hégire (1017). Il est issu d’une famille de propriétaires fonciers de Toûs. Ville natale de plusieurs personnalités iraniennes à la période islamique, Toûs était à l’époque l’une des villes les plus célèbres du Khorâssân.

Alp Arslân

Le Khorâssân du Ve siècle de l’Hégire était un très vaste territoire au nord-ouest de l’Iran qui s’étendait jusqu’à la rive sud d’Amou-Dariâ (anciennement Oxus) et de l’Hindou-Kouch (Afghanistan). En effet, les trois provinces iraniennes du Khorâssân du Nord, Khorâssân du sud et Khorâssân Razavi ne représentent aujourd’hui qu’une partie du grand Khorâssân du Moyen-Age. Mary (Turkménistan), Herat et Balkh (Afghanistan), Neyshâbour et Toûs (Iran) comptaient parmi les grandes villes du grand Khorâssân. Toûs se situe à 25 km au nord-ouest de Mashhad (chef-lieu du Khorâssân Razavi). Toûs fut la ville natale de plusieurs grandes personnalités du Khorâssân. De nombreux hommes de lettres, poètes, savants, philosophes et religieux de la période islamique étaient originaires de Toûs, ce qui faisait de cette ville ancienne une capitale culturelle de l’Iran après l’islamisation du pays. Les poètes Daghighi, Assadi, Ferdowsi, les deux frères philosophes et mystiques Mohammad et Ahmad Ghazâli, et les deux grands vizirs Nezâm-ol-Molk et Nassireddin Toûsi étaient tous originaires de Toûs.

Nezâm-ol-Molk fut d’abord fonctionnaire à la cour des rois ghaznavides. Lorsque les turcs seldjoukides développèrent leur domination en Iran, Nezâm-ol-Molk se mit au service d’Alp Arslân et de son successeur Malek Shâh, deux grands rois seldjoukides. Nezâm-ol-Molk fut le grand vizir de ces deux rois et dirigea avec une grande autorité l’administration civile des Seldjoukides.

Khâdjeh Nezâm-ol-Molk commença ses études à Toûs. A onze ans, il connaissait le Coran pas cœur. Son père était alors fonctionnaire administratif et financier du gouverneur ghaznavide du Khorâssân, Abol Fazl Souri. Le père d’Abou Ali décida alors de former son fils pour les services administratifs.

Les turcs seldjoukides repoussèrent progressivement les Ghaznavides et ils s’emparèrent du Khorâssân vers 1037. Abou Ali Ibn Shâzân fut nommé gouverneur de Balkh (nord de l’Afghanistan) par les Seldjoukides. Le jeune Abou Ali qui n’avait que vingt ans à l’époque, se rendit à Balkh et offrit ses services au gouverneur Abou Ali Ibn Shâzân. Peu de temps après, Abou Ali Ibn Shâzân devint le vizir du roi seldjoukide Shuqri-Beg. Abou Ali, qui accompagnait son maître, entra ainsi à la cour des Seldjoukides.

Malek Shâh

Issus d’une tribu turkmène appartenant à la branche des Oghouz, les Seldjoukides se convertirent à l’islam au Xe siècle et s’installèrent d’abord dans la province iranienne de Transoxiane et dans la région de Bokhârâ. Leur puissance s’établit progressivement avec Toghrul-Beg, qui soumit l’Iran et l’Irak actuels entre 1040 et 1055. Abou Nasr Hamid-ol-Molk Kondari fut le grand vizir de l’empereur Toghrul-Beg. Pendant ce temps, le jeune Khâdjeh Abou Ali était devenu le vizir d’un prince seldjoukide Alp Arslân (neveu de Toghrul-Beg) qui fut le gouverneur du Khorâssân. Khâdjeh Abou Ali devint ainsi une personnalité très respectée de la cour des Seldjoukides.

Au mois de Ramadan 455 de l’hégire (1063), les Seldjoukides entrèrent dans Bagdad et renversèrent la dynastie iranienne bouyide qui dominait alors l’Irak. Toghrul-Beg se déclara protecteur du calife abbasside et ce dernier le nomma "sultan".

Le sultan seldjoukide mourut le 8 Ramadan 455 de l’Hégire (10 septembre 1063) à l’âge de soixante-dix ans. Toghrul n’avait pas de fils et il avait nommé son frère Shuqri-Beg à sa succession. Mais ce dernier mourut avant le sultan. Le fils de Shuqri-Beg, Alp Arslân succéda au trône en 1063. Il comprit très tôt que le grand vizir Abou Nasr Amid-ol-Molk Kondari avait fomenté une conspiration contre lui pour faciliter l’accès au pouvoir de Soleymân, un autre prince seldjoukide. Un an plus tard, en 1064, Alp Arslân fit assassiner le vizir et nomma Khâdjeh Abou Ali au poste de vizir en lui donnant le titre de "Nezâm-ol-Molk".

La victoire d’Alp Arslân sur les armées de l’Empire byzantin permit aux Seldjoukides de prendre presque toute l’Asie Mineure. La grande bataille eut lieu en 462 de l’Hégire (1071) entre les Seldjoukides et les armées de l’empereur byzantin Romanus Dioganus à Manzikert au nord du lac Van (est de la Turquie), et permit aux Seldjoukides de prendre presque toute l’Asie Mineure. Alp Arslân fut assassiné le 30 Rabi’-ol-Awwal 465 de l’Hégire (14 décembre 1072). Son fils Jalâleddin Malek Shâh succéda au trône et reconduisit Khâdjeh Nezâm-ol-Molk à son poste.

Malek Shâh et Nezâm-ol-Molk

Malek Shâh fut empereur pendant vingt ans de 465 à 485 de l’Hégire (1072-1092). Quand il monta sur le trône à 17 ans, Nezâm-ol-Molk avait 47 ans et il avait l’expérience de 20 ans de fonction administrative. L’art de Nezâm-ol-Molk était d’administrer les affaires de l’Etat par le biais d’un système bureaucratique efficace et de technocrates expérimentés.

Nezâm-ol-Molk fut le premier homme d’Etat, dans l’histoire de l’Iran, à croire que le sultan devait régner sans se mêler aux affaires du gouvernement. La reine Torkân Khâtoun et les courtisans avaient une influence considérable sur la cour et sur les services d’administration d’Etat, ce qui inquiétait le vizir Nezâm-ol-Molk qui veillait à ce que les gens de la cour de Malek Shâh n’interviennent pas dans la politique. Il avait interdit aux courtisans de se charger des postes administratifs. La correspondance entre la cour et les services d’Etat devait être strictement limitée, et le contenu des lettres devait rester confidentiel. En ce qui concernait les ordres oraux du roi, Nezâm-ol-Molk agissait avec une très grande prudence : il ordonnait ainsi à ses hommes de vérifier avec la cour la véracité des ordres oraux avant leur exécution.

L’objectif du grand vizir était de convaincre les Seldjoukides de se soumettre aux traditions des rois d’antan et de leurs sages ministres comme les Barmakides, les Samanides et les Bouyides. Pour pouvoir contrôler Malek Shâh et ses courtisans, Nezâm-ol-Molk avait créé un système administratif dirigé par une sorte de conseil de ministres formés essentiellement par ses douze fils qu’il avait formé à l’exercice de hautes fonctions d’Etat. Ces ministres étaient envoyés dans diverses régions du vaste empire des Seldjoukides. Khâdjeh Nezâm-ol-Molk fonda ainsi un système oligarchique, favorisant ses fils et ses proches, pour contenir les interventions des hommes de la cour dans les affaires politiques. Dans l’introduction qu’il écrit dans le Traité de gouvernement, Abbâs Eqbâl raconte une anecdote de la fin du règne de Malek Shâh pour montrer l’autorité du grand vizir des Seldjoukides : "Un an avant la mort de Malek Shâh, ses hommes lui rapportèrent qu’une querelle avait eu lieu entre le chef des agents de l’ordre à Mary (un proche du sultan) et un fils de Nezâm-ol-Molk, Shams al-Malek Osman. Le sultan seldjoukide fut furieux. Il expédia quelques uns de ses hommes auprès du vizir pour lui dire : "Si tu te soumets à moi, tu dois punir ton fils et tes hommes. Sinon je t’enlèverai le titre de chef du gouvernement". Khâdjeh Nezâm-ol-Molk fut vexé et envoya une réponse dure au sultan : "Le sort de la couronne et celui du gouvernement sont étroitement liés l’un à l’autre. Si tu destitues ce gouvernement, on t’enlèvera la couronne.""

Nezâm-ol-Molk estimait que les Seldjoukides lui devaient beaucoup, car la grandeur de l’empire dépendait directement de l’administration dirigée par le grand vizir. Deux autres incidents survinrent entre le sultan et le vizir : d’abord au sujet de la réduction du nombre des soldats des armées seldjoukides, ensuite au sujet du budget des écoles "Nezâmieh".

Khâdjeh Nezâm-ol-Molk développa son influence sur les armées des Seldjoukides. Ses détracteurs à la cour proposèrent alors une réduction des dépenses militaires de l’Etat afin de réduire le pouvoir du vizir. Ce dernier rejeta leur proposition. Les courtisans suggérèrent à Malek Shâh qu’en temps de paix, l’empire n’aurait pas besoin d’une armée de quatre-cent mille hommes, et qu’en réduisant le nombre des soldats à soixante-dix mille, l’Etat pourrait alléger considérablement ses dépenses. Le sultan accepta cette proposition. Nezâm-ol-Molk s’opposa de nouveau à cette demande : "C’est le sultan qui dit le dernier mot, mais je crois que ces quatre cent mille hommes sont payés pour que le Khorâssân, la Transoxiane, le Sistan, l’Irak, la Perse, la Syrie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie, l’Asie mineure et la Palestine soient tous dominés par le sultan." Nezâm-ol-Molk énuméra les pays sous la domination de l’Empire seldjoukide pour faire comprendre à Malek Shâh que pour contrôler un empire, les Seldjoukides auraient besoin d’une armée de quatre-cent mille soldats, même en période de paix.

Lorsque Khâdjeh Nezâm-ol-Molk décida de fonder les écoles Nezâmieh dans les grandes villes de l’empire, la reine Torkân Khâtoun et les détracteurs du grand vizir à la cour dirent au roi que ce projet était un gaspillage financier et que l’argent que Nezâm-ol-Molk dépensait pour financer ces écoles aurait dû être utilisé pour lever une armée afin de conquérir Constantinople. Nezâm-ol-Molk résista aux pressions de ses détracteurs, et prouva au roi qu’une grande partie du budget des écoles Nezâmieh provenait de ses fonds personnels.

Malek Shâh

La reine Torkân Khâtoun voulait que son fils Mahmoud soit nommé par Malek Shâh à la succession au trône. Or, Nezâm-ol-Molk n’était pas d’accord avec elle. C’est pourquoi la reine et son intendant Tâdj-ol-Molk planifièrent l’assassinat du grand vizir. Ils projetèrent alors la mort de Nezâm-ol-Molk en établissant des contacts secrets avec les Ismaéliens qui étaient des ennemis jurés du vizir des Seldjoukides. L’attentat eut lieu en 1092, lors d’un voyage à Nahâvand, près de Kermânshâh où un ismaélien Abou Tâher Arani agressa mortellement Nezâm-ol-Molk avec un couteau. Les dépouilles du vizir furent transférées à Ispahan, la capitale seldjoukide, et furent inhumées dans le quartier Ahmadâbâd. Un mois après l’assassinat de Nezâm-ol-Molk, l’empereur Malek Shâh mourut dans des conditions douteuses. Selon les rumeurs, le personnel de l’école Nezâmieh d’Ispahan aurait tué Malek Shâh pour venger le vizir.

Après la mort de Nezâm-ol-Molk et du roi, la reine Torkân Khâtoun réussit à faire monter son jeune fils Mahmoud sur le trône. Mais Barkiyarq, le fils aîné de Malek Shâh, encercla Ispahan puis fit arrêter et exécuter l’intendant de la reine, Tâdj-ol-Molk. Torkân Khâtoun paya cinq cent mille dinars au prince pour le dissuader de prendre la capitale. Le prince seldjoukide accepta la proposition de la reine, et attendit jusqu’à la mort de Torkân Khâtoun et de son fils Mahmoud trois ans plus tard pour prendre Ispahan en 1095.

Le nouveau roi nomma les fils de Nezâm-ol-Molk à des postes de ministre. Ces derniers continuèrent à appliquer les méthodes de leur père pour administrer les affaires de l’Empire seldjoukide.

Nezâm-ol-Molk et sa théorie de gouvernement

Nezâm-ol-Molk réunit ses idées politiques sur le gouvernement dans son œuvre monumentale Siyâsat Nâmeh (Le traité de gouvernement) et son testament Dastour al-Wozarâ’ (Instructions aux ministres). Dans Siyâsat Nâmeh, Nezâm-ol-Molk décrit les conditions requises pour les candidats désireux d’accéder à des postes administratifs. La justice et l’Etat de droit constituaient les fondements de la pensée politique de Nezâm-ol-Molk. Selon lui, chaque semaine, le roi doit consacrer deux jours à rendre la justice et à s’occuper des affaires des administrations judiciaires. Il conseillait au roi d’écouter directement les paroles de ses sujets. Nezâm-ol-Molk croyait que le sultan devait nommer un représentant indépendant dans chaque ville de l’Empire, chargé de lui envoyer directement des rapports détaillés sur le fonctionnement des administrations et leur comportement envers les citoyens. Dans ses théories, Nezâm-ol-Molk rejeta l’idée de Platon qui considérait que seuls les sages avaient le droit de gouverner. Selon le vizir iranien, le gouverneur devait surtout respecter les normes de la justice. Il incombait au sultan de restaurer l’Etat de droit de sorte que les sujets puissent vivre et travailler en sécurité.

"Les grandes époques sont celles des rois justes", disait Nezâm-ol-Molk. Dans Siyâsat Nâmeh, il estime que l’établissement de la justice par l’Etat assure la grandeur de la religion, la puissance du roi et les intérêts des sujets. Il croyait qu’il fallait instaurer un système indépendant pour contrôler le fonctionnement, dans chaque ville, des institutions administrative, judiciaire et sécuritaire. Il demanda donc au roi de nommer dans chaque ville de l’empire un agent indépendant pour veiller sur les activités du gouverneur, du juge et du chef des forces de l’ordre. Cet agent devait envoyer ses rapports directement à la cour. En ce qui concernait la nomination des fonctionnaires de l’Etat, Nezâm-ol-Molk pensait qu’il ne fallait pas confier deux postes à une seule personne, ou de charger deux personnes d’une seule fonction.

La pensée politique de Nezâm-ol-Molk était inspirée par les anciennes traditions politiques de la Perse. Dans son Siyâsat Nâmeh, il relate de nombreuses anecdotes des anciens rois de la Perse afin de permettre au roi seldjoukide Malek Shâh d’apprendre les traditions politiques des Anciens. La doctrine politique du grand vizir était fondée sur trois principes : la raison, la religion, et le savoir. Grâce aux puissantes armées des Seldjoukides, à la sagesse et au savoir faire de Nezâm-ol-Molk, l’empire de Malek Shâh devint aussi vaste que celui des Sassanides.

Nezâm-ol-Molk et les services sociaux et culturels

Khâdjeh Nezâm-ol-Molk fut le grand vizir de l’Empire seldjoukide pendant trente ans, sous Alp Arslân et Malek Shâh. Durant cette période, il mit notamment en place de vastes projets de développement : il fit construire un réseau de caravansérails sur les routes ainsi que des écoles, des hôpitaux et des mosquées dans les villes. Les Ismaéliens et leur guide spirituel Hassan Sabbâh constituaient un grand obstacle à la réalisation des projets de développement de Khâdjeh Nezâm-ol-Molk. Cependant, Nezâm-ol-Molk rénova le système d’administration de l’Etat en essayant de faciliter l’accès des sujets aux services administratifs et à la justice. Il consacra également un budget important aux aides sociales. Lorsqu’il se rendit à Bagdad, il alloua une somme de cent quarante mille dinars d’aides aux nécessiteux. Dans un rapport secret à Malek Shâh, Tâdj-ol-Molk, intendant de la reine, avait écrit : "Nezâm-ol-Molk dépense chaque année une somme de trois cent mille dinars pour les oulémas, mystiques et savants, et consacre un important budget à la construction des caravansérails routiers."

En 471 de l’Hégire (1079), Nezâm-ol-Molk demanda à Omar Khayyâm d’élaborer un nouveau calendrier solaire dont le point de départ était l’Hégire. Khayyâm et son équipe d’astronomes et de mathématiciens se mirent au travail. Ils remirent le calendrier au vizir le 9 Ramadan 471 (15 mars 1079). Le nouveau calendrier fut officiellement adopté le 1er Farvardin 458 de l’Hégire solaire, premier jour du printemps (hémisphère nord).

Khâdjeh Nezâm-ol-Molk avaient interdit aux services administratifs de la cour de rémunérer les poètes qui présentaient leur poésie de circonstances aux rois ou aux princes seldjoukides. Cependant, le roi Malek Shâh aimait offrir de l’argent aux poètes. Nezâmi Arouzi relate que Nezâm-ol-Molk lui-même ne les rétribuait jamais.

En 481 de l’Hégire (1088), quatre ans avant son assassinat par les Ismaéliens, Nezâm-ol-Molk fit rénover la grande mosquée d’Ispahan. Il ajouta à la mosquée un très grand dôme en briques. Cette dernière est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture seldjoukide de l’époque.

Les historiens sont unanimes pour dire que la création des écoles Nezâmieh dans différentes villes de l’Empire seldjoukide constitue la plus grande œuvre culturelle du grand vizir Nezâm-ol-Molk. Pendant une période de vingt ans, du 465 à 485 de l’hégire (1072-1092), de nombreuses écoles furent fondées dont les plus célèbres furent les écoles Nezâmieh de Balkh, Neyshâbour, Herat, Ispahan, Mary, Amol, Mossoul et Bagdad. Les écoles Nezâmieh étaient à la fois des universités et des écoles supérieures soumises à des règlements communs et équipées de riches bibliothèques. Les recteurs et les professeurs étaient nommés officiellement par Nezâm-ol-Molk lui-même. Les étudiants recevaient une pension et étaient logés et nourris à l’école. Khâdjeh Nezâm-ol-Molk a consacré les revenus de nombreuses œuvres pieuses et caritatives au financement des écoles Nezâmieh. Parmi les écoles Nezâmieh des différentes villes, celle de Bagdad était la plus célèbre et la plus prestigieuse. Parmi les plus grands professeurs de cette école figurait le nom de l’Imâm Mohammad Ghazâli. Pendant plusieurs siècles, de grandes personnalités firent leurs études à l’école Nezâmieh de Bagdad, dont les poètes Saadi et Djâmi. Outre le budget de l’Etat, Khâdjeh Nezâm-ol-Molk dépensa deux cent mille dinars de ses fonds personnels pour construire cette école. Le salaire annuel des professeurs de l’école Nezâmieh de Bagdad était d’environ quinze mille dinars.

Dans la salle de cours, le professeur montait sur un korsi tandis que les étudiants s’asseyaient par terre en cercle devant le professeur. Selon les traditions des écoles Nezâmieh, pour la première séance de cours, le professeur devait porter une tunique spéciale appelée "tilsan". La robe cérémoniale que l’on utilise aujourd’hui dans différentes universités du monde est, en réalité, une imitation du tilsan des écoles Nezâmieh.

Les écoles Nezâmieh furent fondées au XIe siècle, c’est-à-dire près d’un ou deux siècles avant la création des grandes universités européennes. En Angleterre, les universités de Paris et de Cambridge furent fondées respectivement en 1200 et en 1209. Nous pouvons donc considérer les écoles Nezâmieh comme l’un des premiers exemples d’institutions universitaires dans le monde.


Sources :

- Mehrin Shustari, Abbâs, Târikh-e zabân va adabiyât-e irân, az zamân-e Toqrol-e saljouqi tâ asr-e Holagou-ye tchangizi, (L’Histoire de la langue et de la littérature en Iran, de Toghrul le seldjoukide à Hulagu le mongol), éd. Mani, Téhéran, 1973.

- Tabâtabâ’i, Seyed Djavâd, Khâdjeh Nezâm-ol-Molk, Tarh-e No, Téhéran, 1996.

- Clozner, Carla, Divânsâlâri dar ahd-e saljouqi, (La bureaucratie administrative à l’époque des Seldjoukides), traduit en persan par Ya’ghoub Ajand, éd. Amir Kabir, Téhéran, 1984.

- Khâdjeh, Nezâm-ol-Molk, Siyâsatnâmeh (Le Traité de gouvernement), sous la direction d’Hubert Dark, éd. Elmi Farhangi, Téhéran, 1985.



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1 Message

  • Khâdjeh Nezâm-ol-Molk 29 janvier 2013 20:40, par Sully

    Bonjour

    à corriger svp :

    NIZAM AL MULK, Traité de gouvernement, trad. Charles Schefer (1891), rééd. j.-P.
    Roux, Paris, Sindbad, 1984. Préface pp. 9-31.

    Cf. NIZAM AL MULK, The Book of Govemment or Ru/es for Kings, trad. Hubert Darke, Londres,
    Routledge & Kegan Paul, [1960] 1978. À l’exception de C.-H. DE FouCHÉCOUR, Moralia..., op. cit.,
    le milieu universitaire français compte peu de spécialistes de cette littérature. Un important
    travail d’édition et de traduction continue en revanche d’être effectué en Espagne.

    Source : persee.fr/web/revues/home

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