N° 51, février 2010

L’irrésistible ascension de la dynastie des Seldjoukides


Afsâneh Pourmazâheri, Farzâneh Pourmazâheri


Les Seldjoukides étaient une dynastie turco-musulmane issue des turcs « Oghuzs ». A partir de la fin du Xe siècle et au cours des deux siècles qui suivirent, ils parvinrent à asseoir et à affermir leur royaume de l’Hindou-Kouch jusqu’en Anatolie de l’est, et de l’Asie centrale jusqu’aux eaux du golfe Persique. Ils avancèrent ainsi, en partant de leur terre natale et de la mer d’Aral, vers la province du Khorâssân, aboutissant à la conquête de la Perse.

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Grand Empire seldjoukide, 1092

Fortement persanisés, les Seldjoukides ont joué un rôle de poids dans l’évolution et le développement de la tradition turco-iranienne et furent fortement influencés par la culture persane de l’époque. Contemporains des croisades, ils furent aussi pleinement engagés au sein de la première et de la seconde croisade. Les Seldjoukides furent formés au service des califes musulmans, en qualité de mercenaires et d’esclaves, après quoi ils imposèrent leur propre domination sur ces territoires.

Ces derniers manifestèrent également des dispositions particulières dans les différents arts, et d’éminents monuments, dont la Mosquée du Vendredi d’Ispahan et la Mosquée Zavâreh furent fondés durant leur règne. La science, les mathématiques, la littérature et la philosophie fleurirent également et de manière significative durant cette période. Cette période coïncide également avec l’apparition de grandes figures telles que le poète et astronome persan Omar Khayyâm, le philosophe Al-Ghazâli et le poète Khâghâni.

L’Empire seldjoukide fut fondé par Toghrul-Beg en 1037, mais ce furent les efforts et l’obstination de son père Seldjouk-Beg qui consolidèrent la position d’une dynastie qui allait bientôt s’emparer de l’hémisphère est, au XIe siècle. Son nom fut apposé comme une indélébile marque à tout l’empire. Seldjouk-Beg était aussi connu pour avoir servi dans l’armée Khazar (qui s’était installée à Khârezm où elle se convertit à l’islam). Ce fut en ce lieu qu’ils se rallièrent aux Samanides lors du conflit contre les Qarâkhanides. Cependant, l’émergence d’une autre dynastie, les Qaznavides, ne leur laissa ni l’espoir ni la force de poursuivre le combat. Le Sultan Mahmoud Qaznavi, après s’être emparé du pouvoir, confina les Seldjoukides dans les limites de la région de Khârezm. Ceci n’empêcha guère cependant les deux fils de Seljouk-Beg, Toghrul et Shagri de s’enfuir et de se diriger vers les villes de Merv et de Nishâpour qu’ils conquirent entre 1028 et 1029. Quelques années plus tard, ils pillèrent le Khorâssân et Balkh à plusieurs reprises. En 1037, au cours de la bataille de Dandânaqân, ils destituèrent Massoud Ier, le dernier roi qaznavide, et prirent possession de la plus grande partie de son royaume. En 1055, Toghrul occupa la ville de Bagdad (qui était jusqu’alors était dirigée par les membres de la dynastie Bouyides) pour la remettre sous la coupe des souverains Abbassides.

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Tête en pierre d’un homme de la cour seldjoukide, Iran, XIIe - XIIIe siècles, New York Metropolitan Museum of Art.

Alp Arslân, fils de Shagri-Beg, succéda à son oncle Toghrul-Beg après le décès de ce dernier à Rey, sa capitale. Il ne tarda pas à agrandir de manière significative le territoire de son oncle. En 1064, il annexa la Géorgie et l’Arménie aux terres seldjoukides et en 1068, il envahit l’Empire byzantin, et notamment l’Anatolie. Ainsi, en 1071, à la suite de sa victoire lors de la bataille de Manzikert, il écarta pour toujours la menace byzantine et ordonna à ses gouverneurs de revoir les structures et infrastructures politiques en s’inspirant de celles des romains. Dorénavant, les généraux turcomans seraient nommés « Atabegs » et il leur avait donné la responsabilité de prendre en main le contrôle de l’Etat seldjoukide en Anatolie.

Sous Malek Shâh, le successeur d’Alp Arslân, et de ses deux grands vizirs Nezâm-ol-Molk et Tâdj-ol-Molk, le territoire imparti aux turcs seldjoukides déborda largement l’ancien territoire iranien d’avant l’invasion arabe pour se déployer jusqu’en Chine à l’est et jusqu’à Byzance, à l’ouest. Sous Malek Shâh, la nouvelle capitale Ispahan remplaça Rey, les infrastructures militaires furent renforcées, et la grande Université de Nezâmieh (d’après le nom du vizir Nezâm-ol-Molk) fut fondée et ouvrit ses portes à Bagdad.

Le règne de Malek Shâh est donc à juste titre considéré comme l’apogée de la splendeur et l’âge d’or de la dynastie seldjoukide, tant et si bien qu’en 1087, le calife abbasside surnomma le roi seldjoukide « sultan de l’est et de l’ouest ». Pourtant, les « assassins » (hashashin) d’Hassan Sabbâh, maître à penser de la célèbre secte ismaélienne, commencèrent à s’opposer à son pouvoir jusqu’à devenir progressivement une menace majeure pour l’empire, en allant même jusqu’à assassiner plusieurs hautes figures du pouvoir en place.

L’influence du roi seldjoukide Malek Shâh devint telle que les Qarâkhanides et les Qaznavides n’eurent d’autre choix que de reconnaître sa prépondérance. Ainsi, le raz-de-marée seldjoukide annexa l’Iran, l’Iraq, l’Anatolie, certaines parties de l’Asie Centrale et de l’Afghanistan actuel.

Pendant les croisades, les tribus turcomanes furent plus préoccupées par la consolidation des frontières de leur territoire et par l’affirmation de leur domination sur les contrées voisines, que par la guerre contre les Croisés de la première croisade. Ils parvinrent toutefois à défaire les Croisés en 1096, mais sans obtenir d’empêcher la fuite de l’armée chrétienne qui s’en alla, tout en se dirigeant vers Jérusalem, occuper Nicée, Ionium, Kayseri et Antioche, avant d’occuper, en 1099, la très convoitée Terre Sainte. A cette époque, les Seldjoukides venaient d’abandonner la Palestine aux Fatimides qui (ironie de l’histoire) la cédèrent à leur tour aux Croisés.

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Les tours jumelles de Kharaghân en Iran furent construites en 1053.
Les princes seldjoukides y étaient inhumés.

Durant la seconde croisade, les Seldjoukides du Sultan Sandjar perdirent définitivement, en 1141, toutes les terres de l’est jusqu’en Syr-Dariâ. Durant cette période, la déstabilisation du pouvoir central aidant, certains atabegs commencèrent à s’opposer les uns aux autres en collaborant avec les Croisés, en espérant étendre leur domaine d’influence au niveau géographique.

Après la mort de Malek Shâh, son royaume fut dépecé par son frère et ses quatre fils. En Anatolie, Kilij Arslân Ier succéda à Malek Shâh et fonda le sultanat de Rum et de Syrie. Son frère Tutush Ier établit un royaume autonome. En Perse, son fils Mahmoud Ier prit le pouvoir sans obtenir de véritable reconnaissance de la part de ses autres frères, Barkiyaruq, Mohammad Ier et Ahmad Sandjar qui s’installèrent respectivement en Iraq, à Bagdad et dans le Khorâssân. En Syrie, après la mort de Tutush Ier, ses deux fils s’affrontèrent, chacun ayant ses propres visées sur l’héritage paternel. Leur désamour divisa le pays en deux parties ; Alep et Damas. En 1118, Ahmad Sandjar s’empara de la totalité de l’empire à l’exception de Bagdad dont le roi Mahmoud II, fils de Mahmoud Ier, lui refusa la reconnaissance de sa souveraineté. Pourtant, en 1131, ce dernier fut déposé officiellement par Ahmad Sandjar, maintenant seul souverain de tout l’empire.

En 1153, les turcs Oghuz se rebellèrent et capturèrent Ahmad Sandjar qui, trois années plus tard, réussit à s’enfuir. Dès lors, et malgré les efforts de ses successeurs, l’Empire seldjoukide ne regagna jamais son prestige et sa puissance d’antan, en grande partie sous l’effet conjugué des divisions internes et des croisades. Les atabegs de Syrie ne continuèrent que très formellement à accepter la domination d’Ahmad Shâh, et après sa mort en 1156, ils n’hésitèrent pas à réclamer leur indépendance, ce qui conduisit de plus en plus à déchirer l’Empire. Après cette date, l’Empire seldjoukide ne fut plus jamais réuni sauf sous Toghrul III, dernier roi seldjoukide, dont le règne s’étendit sur tout le territoire seldjoukide excepté l’Anatolie. En 1194, il fut vaincu par Takash, souverain khârezmide.

Suite à cette défaite, l’Empire seldjoukide s’effondra définitivement. De ce grand héritage, il ne devait rester que le sultanat de Rum en Anatolie. Pendant l’invasion mongole au XIIIe siècle, l’Anatolie elle-même fut en 1260 découpée en petits émirats, les beyliks anatoliens. Ce fut l’un de ces beyliks qui, en se révoltant occupa le reste des émirats qui devint par la suite le grand Empire ottoman.

Bibliographie :
- 1. Pirniâ, Hassan ; Eghbâl Ashtiâni, ’Abbâs, Bâbâ’i Parviz, Târikh-e Irân (Histoire de l’Iran), ed. Negâh, Téhéran, 2008.
- 2. Irâni, Akbar ; Mokhtar Pour, Ali-Rezâ, Sargozasht-e Saljoughiân (Histoire des Seldjoukides), ed. Ahl-e Ghalam, Téhéran, 2005.


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