N° 66, mai 2011

Le tapis persan et le kilim d’Orient


Babak Ershadi


Dans les documents en persan ancien, le mot honar (هنر) qui signifie « art » dans le persan moderne, est très présent. Les origines de ce mot remontent d’abord au sanskrit, ensuite à la langue avestique. Mais rien ne nous prouve que ce terme ait exactement la même signification (art) dans les langues anciennes que dans le persan moderne. Les recherches linguistiques semblent confirmer que dans les langues anciennes, le mot honar avait une portée beaucoup plus large que sa signification restrictive dans la langue moderne.

En sanskrit, le terme honar est une combinaison de deux mots : et nar (ou nara). Le premier signifie « bon » ou « vertueux », tandis que le second veut dire « femme » (nar) ou « homme » (nara).

Dans la langue avestique, la prononciation du terme sanskrit fut remplacé par . Dans l’Avesta, le mot hû-nara (homme vertueux) est un qualificatif pour désigner Ahurâ Mazdâ (« Seigneur de Sagesse » ou le « Maître du Savoir »), nom de Dieu dans le zoroastrisme. Le moyen perse, souvent appelé pahlavi (terme plus strictement réservé à la langue utilisée dans certains écrits zoroastriens de l’époque des Sassanides) a emprunté au vieux perse le mot hûnar signifiant « homme parfait » ou « homme sage ». Plus tard, pendant la période islamique, honar est devenu un mot courant tantôt « perfection », tantôt « vertu ». Les documents écrits de la période islamique montrent très clairement que pendant cette époque, ce terme n’avait aucun rapport avec la notion d’artisanat ou d’habilité technique.

Par conséquent, le terme honar n’avait autrefois qu’une portée réduite, et était utilisé dans un contexte sémantique propre aux faits moraux ou spirituels. Dans la littérature classique du persan moderne, nous pouvons constater pourtant une diversification sémantique du terme honar. Ferdowsi, le plus grand poète épique de la littérature iranienne, entendait par le mot honar « courage » et « esprit guerrier » :

هنر نزد ایرانیان است و بس – نگیرند شیر ژیان را به کس

Le honar n’appartient qu’aux Iraniens,

Personne ne peut chasser tout seul le lion furieux.

Dans un contexte moral et spirituel, les poètes et les auteurs iraniens utilisèrent le terme honar pour qualifier les vertus. Dans leurs œuvres, le honar était considéré comme une étape sublime de la perfection humaine caractérisée par l’intelligence, les vertus et la sagesse. Or, dans le langage de la sagesse spirituelle des mystiques, honar fut un synonyme de piété ou désignant la part d’humanité en chaque être humain.

Dans le lexique de Hâfez - qui est sans doute le poète classique le plus admiré des Iraniens -, le terme honar est souvent un équivalent de « perfection ». Avec cette signification, le mot honar s’applique à toute personne qui arrive à la perfection dans un domaine donné.

Il y a moins d’un siècle, le mot honar connut pourtant un dérapage sémantique inouï pour devenir l’équivalent de l’« art », alors qu’autrefois cette notion était désignée en persan par les termes sanâye’ mostazrafeh ou sanâye’ zarifeh (tout deux signifiant littéralement : « créations raffinées »). Or, autrefois, le mot honar avait une signification large proche de la notion de « perfection » sans se limiter aux habiletés techniques ou artistiques.

Pour mieux connaître les évolutions historiques des arts en Iran, il faudrait inévitablement étudier l’histoire des arts dits « traditionnels ». Il s’agit des traditions artistiques qui prirent forme pendant de longs siècles sur la base de la sensibilité artistique des Iraniens. Dans cette perception particulière de l’art, l’usage des techniques de la réalisation artistique, le respect des traditions, le processus de l’apprentissage, les relations entre le maître et ses élèves, la préparation et l’usage des matières et des instruments, eurent tous une importance fondamentale. Ces traditions artistiques avaient également une relation étroite avec les fondements du monde iranien : les croyances, la vision du monde, la culture, les us et coutumes, environnement naturel et géographique, le mode de vie, les convictions religieuses… Le but sublime de l’artiste traditionnel était de parvenir à une maîtrise parfaite d’un art et de les transmettre à la postérité.

Tapis Qâshqâ’i (Fârs) - Musée National du Tapis (Téhéran)

Les arts traditionnels étaient caractérisés par des éléments mystiques, ésotériques et symboliques. L’œuvre d’art traditionnelle devait être belle pour pouvoir refléter un aspect de la Vérité. Ainsi, l’artiste n’avait pas le droit de montrer la « laideur », car selon la vision du monde de l’art traditionnel, toutes les choses sont des « signes » d’une Vérité supérieure. C’est la raison pour laquelle cet art était indissolublement lié à la notion de beauté. Voici en résumé, les caractéristiques et les traits saillants des arts traditionnels iraniens :

1- L’œuvre d’art se soumet aux traditions, aux techniques de l’art, et aux méthodes de l’usage des matières et des instruments. La frontière entre l’art traditionnel et l’artisanat fut démarquée par la présence d’un esprit d’artiste dans le premier, et d’une dominance technique ou usuelle pour le second.

2- L’œuvre d’art traditionnelle s’est basée sur la vision du monde et les croyances religieuses partagées tant par l’artiste que par l’ensemble de la communauté.

3- L’œuvre d’art a véhiculé l’histoire, et elle a fait partie, dès sa réalisation, du patrimoine culturel et artistique.

4- L’œuvre d’art traditionnelle a aidé l’homme à se perfectionner en ayant pour but d’élever l’homme, de lui faire comprendre de hautes significations spirituelles.

5- L’œuvre d’art a toujours été porteuse d’un « message » spirituel.

6- Elle a compté parmi des « créations raffinées ».

Les arts traditionnels iraniens étaient en général classifiés en cinq catégories : 1) la poésie et la littérature écrites ou orales ; 2) la musique ; 3) l’architecture et ses composantes ; 4) l’art théâtral traditionnel et cultuel, 5) les « créations raffinées », terme qui désignait toutes les autres disciplines de l’art et des artisanats « artistiques » comme la peinture, le tissage…

* * *

Les « créations raffinées » (sanâye’ mostazrafeh) comprenaient de nombreuses disciplines, notamment les tapis et le kilim que nous allons étudier.

Bordure du tapis dit de Pazyrik, détail

Conception graphique pour le tapis et le kilim

Le tapis peut être défini comme un ouvrage de fibres textiles noué à la main, avec une surface régulière que l’on appelle le velours. Le tapis persan (قالی, ghâli) a une réputation mondiale en raison de ses qualités matérielles et artistiques. L’histoire du tissage du tapis en Iran remonte à près de 2500 ans.

Le plus ancien tapis noué du monde, provient d’une tombe princière scythe des monts Altaï, en Sibérie du Sud, découvert en 1948 par un archéologue russe. Ce tapis, dit de Pazyrik, nous est parvenu pratiquement intact (210x183 cm). Il est orné, au centre, de cartouches chargées de rosaces en étoiles, de différentes couleurs : rouge, vert, bleu et orange. Le centre du tapis est entouré par une série de cinq bordures différentes, présentant des alignements de griffons ailés, d’élans et de cavaliers. Le style et les motifs de ce tapis représentent avec une précision incroyable ceux des bas-reliefs de Persépolis, palais impérial des Achéménides (v. 550-330 av. J.-C.).

Selon le professeur Ronedko, archéologue russe qui a découvert le tapis de Pazyrik, ce tapis est l’œuvre des Perses et avait été probablement offert à un prince scythe. Considéré comme un objet unique et précieux, il fut inhumé avec la dépouille du prince dans une tombe où le froid a permis qu’il demeure en assez bon état.

L’histoire de la Perse préislamique conserve le nom d’un autre tapis célèbre, disparu à l’époque de l’invasion arabe. Dans son ouvrage historique monumental, Tabari parle du tapis Bahârestan (بهارستان, « Terre du printemps »), d’une superficie de près de 400 m², couvrant le sol de la grande salle du palais d’Ardeshir Ier, empereur sassanide, à Ctésiphon (Mésopotamie).

Après l’islamisation de la Perse, l’art du tapis ne cessa de se développer dans différentes régions au nord et à l’ouest du plateau iranien. Selon des documents historiques, le Khouzestân et le Fârs furent pendant un temps les plus grands centres de la production et du commerce du tapis.

Tapis de Tabriz (période safavide), 505×240 cm - Musée Poldi-Pezzoli (Milan)

Plusieurs tapis de l’époque de l’Empire des Seldjoukides sont conservés aujourd’hui au musée d’Istanbul. Ces tapis, destinés à la Mosquée d’Alâeddîn à Konya (Anatolie), furent fabriqués au VIIe siècle de l’Hégire (XIVe siècle de l’ère chrétienne). Marco Polo qui a visité l’Asie Mineure et l’Iran vers 1270, parle de magnifiques tapis turkmènes qu’il qualifia de « plus beaux tapis du monde ».

Dans les miniatures iraniennes des VIIe et VIIIe siècles de l’Hégire (XIVe et XVe siècles de l’ère chrétienne), nous retrouvons les images de tapis peintes avec beaucoup de précision dans la représentation des couleurs et des motifs. Mais malheureusement, nous n’avons pas aujourd’hui d’exemples concrets de tapis fabriqués pendant cette période qui coïncide avec la domination des Mongols et de leurs descendants Timourides. Pourtant, nous savons que sous les Timourides, grands mécènes et protecteurs des arts, des maîtres peintres furent chargés de la conception graphique et artistique des tapis de luxe. Ce fut probablement pour la première fois que des tapis furent fabriqués d’après un plan préétabli par des artistes.

Il faut attendre le règne des empereurs safavides pour que les plus beaux tapis persans soient fabriqués dans les nombreux ateliers de Tabriz, Kâshân, Ispahan, Hamedân, Herât… Les meilleurs miniaturistes de l’époque concevaient les plans graphiques des tapis de luxe. Les plans devinrent de plus en plus variés : les tapis à médaillon (présentant un grand dessin central), les tapis à scène de chasse (figures animales), les tapis-vases (figures végétales et florales), les tapis-jardins (reproduisant le plan d’un jardin iranien), les motifs géométriques et eslimi, les tapis-mihrâb, etc.

Parmi les meilleurs exemples du tapis persan de l’époque des Safavides, une seule pièce est conservée au Musée National du Tapis à Téhéran, mais plusieurs pièces de cette époque sont conservées dans les grands musées du monde dont le Victoria and Albert Museum (Londres), le Musée Poldi-Pezzoli (Milan), le Metropolitan Museum of Art (New York)…

Tapis d’Ardebil (tombeau de Cheikh Safi), XVIIe siècle - Victoria and Albert Museum (Londres)

Le tapis le plus célèbre de la période safavide est le tapis du tombeau de Sheikh Safi (Ardebil) qui est conservé aujourd’hui au musée de Londres. D’après l’épigraphe tissé sur cet ouvrage, le tapis est signé par un dénommé Maghsoud Kâshâni. Ce chef-d’œuvre est un tapis à médaillon orné de motifs eslimi et floraux. En 1999, l’Organisation Nationale du Patrimoine Culturel et du Tourisme a entamé le projet de la fabrication d’une copie exacte de ce tapis au tombeau de Sheikh Safi à Ardabil. Cette organisation a décidé de fabriquer des copies exactes de plusieurs autres tapis anciens dont le tapis dit de Chelsea. En effet, Chelsea est un tapis de Tabriz aux motifs végétaux et animaux, qui fut vendu dans un quartier de Londres dont il prit le nom.

Tapis des différentes régions iraniennes

En Iran, de nombreux habitants d’une multitude de villes, de villages et de régions tribales vivent essentiellement de fabrication de tapis. Plusieurs provinces iraniennes ont une réputation mondiale dans le domaine de la fabrication de tapis faits main : Azerbaïdjan, Ispahan, Fârs (régions tribales), Golestân (tapis turkmène), Khorâssân, Hamadân, Kurdistan, Kermân, Yazd, et Sistân. Cependant, cet art/industrie s’est considérablement développé dans les autres provinces dont Guilân et Mâzandâran, où les fabricants s’inspirent des plans et des motifs des grandes régions.

Tapis-mihrâb à arbre de Tabriz, XIXe siècle - Musée National du Tapis (Téhéran)

L’originalité du tapis persan réside dans la créativité de ses plans et la beauté de ses motifs ; mais les plans et les motifs traditionnels de différentes régions semblent malheureusement marginalisés en raison des « fusions » ou des « changements » incorrects qui ont été introduits depuis quelques années. Il est donc nécessaire de se mettre à reconnaître les plans originaux des différentes régions iraniennes pour que l’invention de nouveaux plans et motifs soient conformes aux règles de l’art, afin de préserver la qualité et l’originalité du tapis persan.

Azerbaïdjan : Les Azéris fabriquent de magnifiques tapis depuis des siècles, surtout à partir du règne des empereurs safavides sous lesquels la fabrication de tapis se développa dans plusieurs villes de la région : Tabriz, Marand, Marâgheh, Sarâb, Khoï, Miyaneh, Meshkinshahr, Ardabil, Haris ou Ahar.

Les motifs géométriques et spiraux sont couramment utilisés dans les tapis d’Azerbaïdjan, dont les motifs dits de « Shâh Abbâs » et de « Sheikh Safi », ou les motifs « Afshân » (jaillissant), les tapis-vases, les tapis à poissons, …

Les fabricants de tapis de Tabriz, chef-lieu de la province de l’Azerbaïdjan de l’Est, sont célèbres dans le monde pour la qualité et la variété de leurs productions. Ils sont surtout connus pour leur usage des motifs miniaturisés, la reproduction des scènes de légendes mythiques, la variété et l’innovation tant pour les couleurs que les techniques des nœuds.

Les tapis fabriqués à Haris sont également très appréciés dans le monde, en raison de l’absence de plan préétabli dans leur fabrication. En effet, au lieu de se soumettre à un plan réel, les artisans de Haris réalisent leur travail de manière tout à fait spontanée d’après un plan fictif qu’ils imaginent pendant le travail. Les tapis de Haris sont également appréciés pour leur nuance originale du rouge, dit « rouge laqué ». Dans des tapis plus anciens de Haris, nous découvrons de très belles variations de bruns, de beiges et de bleu turquoise.

Ispahan : La province d’Ispahan est l’un des plus grands centres de fabrication de tapis en Iran. Dans cette province, il y a plusieurs villes qui ont chacune leur style et méthodes autonomes dans la conception de leurs tapis : Kâshân, Nâïn, Ardestân, …

Les artisans de la province utilisent de formidables motifs géométriques, spiraux ou eslimi dans leurs tapis, mais ils s’inspirent aussi des paysages naturels ou des monuments architecturaux de leur région : les palais ou les mosquées d’Ispahan, etc. Les tapis de Nâïn sont célèbres dans le monde pour la finesse de leurs nœuds, tandis qu’à Meymeh, les tapis ont parfois de gros nœuds sans être « grossiers » pour autant.

Fârs : Les habitants des régions tribales du Fars sont les meilleurs fabricants de tapis de toute la province. Les membres de différents clans des tribus Qâshqâ’i, Khamseh ou Mamassani produisent de magnifiques tapis qui se caractérisent par l’inexistence de plan préétabli et par leurs motifs de losanges, agencés en parfaite symétrie sur toute la largeur du tapis. La coloration est vive et transparente. Les médaillons centraux, les figures animales et les oiseaux représentés par des lignes droites sont les motifs les plus célèbres des tapis de la province du Fârs.

Tapis de Bijâr (Kurdistan), eslimi géométrique (Sardari), 1324 de l’Hégire (XIXe siècle) - Musée National du Tapis (Téhéran)

Kurdistan : Les tapis dit Senneh fabriqués à Sanandaj (chef-lieu de la province) et des régions rurales avoisinantes, sont célèbres pour leur finesse et l’originalité de leurs motifs et couleurs. Les motifs anciens comme la fleur dite de Mirzâ Ali, rose et rossignol, et le motif dit de Herat ornent depuis longtemps les tapis du Kurdistan. Les motifs de Herat et Minâ-Khâni réalisés souvent en bleu, en rouge laqué et brun, sont plutôt visibles dans les tapis de Bijar.

Golestân (tapis turkmène) : Les tapis turkmènes sont particulièrement appréciés pour l’originalité des leurs motifs, leur variété, et l’absence de plan préétabli dans leur réalisation. Les artisans turkmènes respectent les traditions anciennes dans le choix des motifs et des techniques, tout en y introduisant merveilleusement leurs innovations. Le tapis turkmène est surtout caractérisé par la présence des lignes droites dans la formation des éléments décoratifs. Les tribus turkmènes آtâbâi, Takka, et Jafarbâi utilisent une gamme très variée de ces motifs traditionnels dans la réalisation de leurs tapis : sari-gol (littéralement : « fleur jaune »), dornâgh gol (« fleur d’ongle »), âynâ gol (fleur de miroir), …

Kermân : Connu dans le monde entier, le tapis de Kermân est très recherché pour ses motifs : le motif dit de Shâh Abbâs, afshân (« jaillissant »), les tapis à médaillon, les tapis à arbre, la reproduction des scènes de chasse, ainsi que du fait de l’habilité des artisans de Kermân à réaliser des portraits sur tapis. Autrefois, plusieurs compagnies étrangères avaient installé leurs ateliers à Kermân afin d’introduire certaines modification dans le plan et les motifs des tapis de Kermân afin de les adapter au goût de leurs clients en Occident. Cela a entraîné l’apparition d’un nouveau plan dit « surface simple ». Contrairement aux plans traditionnels qui couvraient de différents motifs toute la surface du tapis, dans ces nouveaux plans simples, une grande partie de la surface est dépourvue de tout ornement.

Khorâssân : Plusieurs villes du Khorâssân sont des centres importants de la fabrication de tapis : Ghâ’en, Neyshâbour, Kâshmar, Gonâbâd, Sabzevâr, Bojnourd, … Les artisans de Birjand produisent les meilleurs tapis de toute la province. Leurs tapis sont ornés par des motifs traditionnels.

Tapis-oiseau à encadrement de Ghâ’en (Khorâssân), XIXe siècle - Musée National du Tapis (Téhéran)

Classification des motifs

Les motifs de tapis sont si variés qu’il est difficile de les classifier. En effet, les chercheurs proposent de différentes méthodes pour cette classification : certains tendent à classifier les motifs par région et certains autres préfèrent baser leur classification sur les éléments visuels. Les formes sont souvent réparties en deux grands groupes : formes courbes, formes droites.

Dans les formes courbes, les motifs se composent de cercles, de courbes, et de compositions circulaires ou spirales. Les compositions dites eslimi comptent parmi les formes les plus célèbres de cette catégorie. Dans les formes droites, les motifs sont réalisés par des lignes droites.

Une autre classification est fondée sur la diversité des plans de tapis. Les chercheurs ont ici identifié une vingtaine de types :

1) plans inspirés des monuments de l’Antiquité et de l’architecture islamique, 2) plans dit de Shâh Abbâs, 3) plans eslimi, 4) plans afsan (« jaillissant »), 5) plans d’imitation, 6) plans jointifs, 7) plans à arbuste, 8) plans à arbre, 9) plans turkmènes, 10) plans de chasse, 11) plans à encadrement, 12) plans à fleur, 13) plans à vase, 14) plans à poisson, 15) plans à mihrâb, 16) plans à rayures, 17) plans géométriques, 18) plans tribaux, 19) plans combinés, 20) plans reproduisant un paysage ou un portrait.

Les plans des tapis persans sont typiquement reconnus par la forme particulière de leurs bordures. Le plan central est presque toujours entouré par un cadre dit « bordure ». La bordure se compose de trois parties : bordure large (qui représente un sixième de la surface du tapis), bordure étroite composé de deux bandes qui encadrent la bordure large, et enfin « bouclette » (½oٹ, torreh) composée de deux bandes plus étroites encadrant l’ensemble de la bordure.

Plan d’un tapis de Kâshmar (Khorâssân), détail. Les tapis de Kâshmar sont appréciés pour la beauté et la diversité de leurs plans et de leurs motifs.

Le kilim

Si le tapis persan (قالی, ghâli) est un ouvrage à points noués, le kilim est un ouvrage tissé. L’histoire du tissage du kilim en Orient est sans doute plus ancienne que celle du tapis à points noués. Il est même possible que ses origines remontent à la même période que l’invention du tissage et l’entrelacement des fibres textiles. Les fouilles archéologiques ont prouvé que les éleveurs de l’Asie centrale furent peut-être les premiers tisseurs de kilims. Les habitants du plateau iranien fabriquaient des tapis à points noués il y a 3500 ans. Etant donné la facilité du tissage du kilim par rapport à la fabrication du tapis noué main, nous pouvons déduire que l’invention du kilim serait beaucoup plus ancienne. Le kilim est souvent tissé de fibres de laine ou de coton, et contrairement au tapis persan, il est souvent dépourvu de velours. Le tissage du kilim fut, dès le début, un artisanat typiquement rural et tribal, contrairement au tapis persan qui fut souvent considéré comme un art citadin.

Le kilim est tissé selon trois techniques : le kilim simple (à deux faces), le sûmak (kilim à une seule face et sans velours), et le kilim à motifs tissés en relief.

Le kilim est souvent à double face, car les trames s’entrelacent des deux côtes des fils de chaîne qui restent ainsi invisibles. Contrairement au tapis à points noués où le velours assure la solidité et la résistance de l’ouvrage ; dans le kilim, ce sont les trames qui jouent ce rôle.

Le kilim fut depuis toujours le support par excellence de l’imagination et de l’abstraction. Les motifs du kilim représentent les forces du Bien et du Mal, et reflètent les croyances populaires depuis des millénaires. Les tisseurs du kilim s’inspiraient évidemment de la nature, mais n’hésitaient pas à la représenter sous une forme abstraite. Ainsi les formes géométriques - cercles, quadrilatères, triangles, losanges – prenaient des valeurs symboliques pour représenter le ciel, la terre, la montagne, la mer… mais aussi les objets, les figures végétales, animales et humaines.

Motifs d’un kilim

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3 Messages

  • Le tapis persan et le kilim d’Orient 23 juillet 2015 16:49, par guilbert yves

    Bonjour je tisse des tentures et des tapis en perles de rocaille de chine et je souhaiterai tisser avec mes perles un tapis persan .Savez vous si un centre de production accepterait de me vendre un carton ou un modele reproduit sur papier millimetre ?
    Merci de votre aide eventuelle avec mes meilleures salutations

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  • Le tapis persan et le kilim d’Orient 21 avril 2016 17:16, par Anne-Marie Benz

    je viens d’acheter à Téhéran un kilim fait dans la région de Mashhad, mais j’ai oublié le nom du village, c’est quelque chose comme "Bordjnudj". Sa caractéristique est d’avoir des rectangles marron, longs, à intervalles réguliers,, à gauche et à droite, sur toute la longueur Le kilim est aussi divisé en plusieurs parties.. Les motifs sont géométriques et parfois rebrodés.
    Pouvez-vous me donner des éclaircissements ?
    Merci beaucoup.

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    • Le tapis persan et le kilim d’Orient 23 avril 2016 13:43, par Mireille Ferreira

      Il s’agit probablement de la ville de Bojnurd, capitale de la région iranienne du Khorassan, située au nord-est de l’Iran, réputée pour la production de kilims de ses tribus nomades.

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