N° 66, mai 2011

Le palais de Saadâbâd
Un survol historique et culturel


Afsaneh Pourmazaheri


Situé entre la pente douce des contreforts d’Alborz et la vallée verte de Darband, à Shemirân, le palais de Saadâbâd est incontestablement l’un des plus prestigieux palais de la capitale iranienne. Il est érigé sur une superficie de 110 hectares couverts majoritairement par des forêts naturelles, des rivières, des rigoles, des jardins riches en plantes d’origines diverses et des sentiers enserrés par des arbustes et des tapis de fleurs (d’où son air sain et frais). Il avoisine également les (anciennement) « villages » de Golâbdarreh à l’est, de Velendjak à l’ouest et de Tajrish au sud.

Le château Vert actuellement reconverti en Musée Vert

Après de la destitution du dernier roi Zand, Lotf Ali Khân, et du couronnement de Mohammad Khan Qâdjâr, c’est-à-dire après 1786, l’emplacement du palais fit office de quartier d’été pour la famille royale qâdjâre. Celle-ci, tribu d’origine turcomane, résida d’abord en Arménie après l’assaut mongol puis emménagea à Gorgân au XVIe siècle sous le règne du roi safavide Shâh Abbâs. Après la prise de pouvoir d’Aghâ Mohammad Khân Qâdjâr, celui-ci assiégea Téhéran, alors un petit faubourg du nord de l’ancienne ville de Rey. S’il en fit sa capitale, ce ne fut pas uniquement pour la qualité de son air et sa verdure, ou pour la présence rassurante des chaînes montagneuses qui continuent aujourd’hui de protéger l’enceinte du plateau téhéranais, mais ce fut également et surtout pour se retrouver et rester non loin de sa famille maternelle qui habitait dans le nord de l’Iran, à Gorgân. Dès lors, le Palais du Golestân, construit au XVIe siècle sous les Safavides, devint sa demeure principale, tandis que le jardin du Palais de Saadâbâd devint un lieu de villégiature, de repos ou de chasse, pour le roi qâdjâr.

En 1921, avec le coup d’Etat de Rezâ Khân, la dynastie pahlavi transforma définitivement cet endroit en résidence estivale. Ainsi, des châteaux, des palais et des villas furent érigés un peu partout sur les vertes terres du nord de Téhéran, entre de vieux platanes, des cèdres non moins âgés et évidemment, d’anciens bâtiments qâdjârs. Sous le règne des Pahlavis, dix-huit édifices y furent bâtis dont chacun a permis de mettre en évidence le goût, la finesse et en même temps le sens de la simplicité architecturale des artistes de l’époque.

Le Palais Blanc ou le Musée national

Parmi les châteaux, nous pouvons ainsi citer le Château d’Ahmad Shâh occupé actuellement par les Basijs, le château Vert actuellement reconverti en Musée Vert, le Palais Blanc ou Musée national, château anciennement utilisé comme musée d’histoire naturelle et maintenant lieu de réception du Président de la République, le Château Noir ou Musée des Arts contemporains, et plusieurs autres châteaux qui apartenaient au différents membres de la famille du premier ou dernier pahlavi, réaménagés aujourd’hui en musées, lieux d’exposition ou bâtiments administratifs. Le palais le plus ancien du complexe se nomme le Koushk (pavillon) Ahmadshâhi (Ahmad Shâh fut le dernier roi Qâdjâr qui régna de 1909 à 1925) et date du milieu de son règne. Cela confirme le fait qu’avant cette date, la famille qâdjâre ne comptait pas venir s’y installer de manière permanente.

Afin d’agrandir la superficie du complexe, Rezâ Shâh entreprit d’acheter des propriétés voisines, notamment le jardin de Mohammad Djavâd Gandjeï, qui faisait partie du village de Djafar Abâd, le jardin d’Amân-Ollâh Mostofi Mamâlek (chef de la guerre), de Shokrollâh Ghavâm-o-dowleh et celui de Hamdam-o-Saltaneh, sœur de Mostofi Mamâlek. En ce qui concerne les édifices au sud du jardin, autrefois bâtis sous les Qâdjârs et destinés à loger des soldats sous Rezâ Shâh, c’étaient des domaines vendus par Nassir-o-dowleh et mis à la disposition de la famille royale.

La salle des miroirs dans le Palais de Shahvand

La rivière Darband, qui donna plus tard son nom à tout le quartier, irriguait le jardin entier sous Rezâ Shâh Pahlavi, tandis que sous le règne de son fils, la rivière fut mise à la disposition des fermiers aux alentours de Darband douze heures par jour. De ce fait, pour récupérer les eaux nécessaires à l’arrosage du jardin, on creusa douze nouveaux puits d’eau (des qanâts) dans l’enceinte du jardin.

Le complexe compte également, tout autour de la muraille du jardin, huit portes qui ne sont pas toutes en usage actuellement. Celles-ci montrent l’évolution de la politique d’agrandissement du palais dès les premiers Qâdjârs jusqu’au départ de la famille Pahlavi de Téhéran lors de la Révolution islamique en 1979. La porte de Nezâmieh, par laquelle Rezâ Shâh rentrait dans le palais, la porte Za’ferânieh, la porte de la rue Darband utilisée par son fils, la porte de la place de Darband, la première porte Djafar Abâd et la seconde porte portant le même nom, la porte de la rivière et la porte du palais blanc sont les portes d’entrée du palais dont deux sont actuellement ouvertes au public. L’ensemble du complexe fut transformé en musée et en lieu d’exposition après la Révolution de 1979. Deux palais furent cependant conservés sous leur forme originale à savoir le Palais Mellat ou le Palais Blanc, et le Palais de marbre, connu également sous le nom de Palais Vert.

Actuellement le complexe est bien entretenu afin d’attirer de plus en plus de touristes notamment en organisant des activités culturelles régulières, notamment des concerts, représentations de théâtre, expositions de produits artisanaux et divers festivals. Les palais, eux, sont transformés en musées et certains en expositions provisoires ou permanentes. En outre, une riche collection d’œuvres d’art et d’objets anciens est mise à la disposition du public qui profite également de l’air pur et du paysage pittoresque du jardin. Le complexe est ainsi l’une des plus importants lieux de divertissement non seulement des Téhéranais, mais aussi des touristes iraniens ou étrangers.

Les châteaux-musées et différents centres actuellement ouverts du palais sont les suivants :

Le Palais Bahman appartient à l’époque du deuxième roi pahlavi et compte parmi les édifices les plus beaux du complexe. Situé près de la porte du nord de Darband. Il est depuis huit ans le siège de l’UNESCO à Téhéran.

Le palais Ahmad Shâh, comme on vient de le dire, est la construction la plus ancienne du complexe. Il remonte au début du règne de celui-ci en 1908 et fut terminé alors que Rezâ Khân était chancelier. Ce palais sera bientôt de nouveau ouvert pour faire office de lieu d’exposition.

Le Château Spécial se trouve à l’ouest du Musée des Beaux-arts. Au cours des premières années après la Révolution, il fut transformé en Musée d’Histoire naturelle mais il est pour l’instant consacré à la fondation présidentielle et donc fermé au public.

Musée des Beaux arts

Le château de la reine mère fut le dernier lieu de résidence de Rezâ Shâh avant son départ en exil à l’île Maurice. Cet endroit fut ensuite occupé par Tâdj-ol-Molouk, la mère de Mohammad Rezâ et la deuxième épouse du roi déchu. Après la Révolution islamique, il changea de nom et fut rebaptisé bâtiment de la République. Il est actuellement à la disposition de la présidence de la République et de ses invités, et donc fermé au public.

Le Palais de Marbre, également connu sous les noms de Palais de Shahvand ou Palais-musée Vert est sans doute l’un des châteaux les plus splendides et uniques de l’Iran tant par ses caractéristiques architecturales que par son emplacement, sur une élévation verte qui donne sur les beaux contreforts d’Alborz. Cet endroit n’était qu’un bâtiment en construction appartenant à un certain Alikhân. Celui-ci avait baptisé cet édifice et sa colline de son propre prénom. Après avoir découvert la beauté de ce lieu magique, Rezâ Khân l’acheta et ordonna de commencer la construction du château actuel. Son édification dura six ans, c’est-à-dire de l’époque de son ministère de la guerre jusqu’aux premières années de son règne, de 1922 à 1928. Le château possède deux étages, le rez-de-chaussée et le sous-sol. La façade du château est décorée de marbre provenant de la mine Khamseh de Zandjân d’où son nom de « palais de marbre ». L’une des particularités de cet édifice est l’existence de plomb dans la composition de son mortier, qui le rend très résistant au froid et à la chaleur extrêmes. La porte principale du château s’ouvre sur les contreforts de l’Alborz. Le portail et les colonnes décoratives de l’entrée sont également en marbre de Khorâssân et mettent en lumière une belle combinaison d’art iranien et de motifs européens. Après sa restauration, le château devint célèbre sous le nom de « château de Shahvand » et après la Révolution, il prit le nom de « château vert ». Le moulage fin et la décoration des miroirs muraux furent effectués par des artistes inconnus. La dorure et l’enluminure des murs intérieurs font partie des chefs-d’œuvre du maître incontestable de la peinture iranienne, Hossein Behzâd et les incrustations des salles sont le résultat d’un travail collectif de l’atelier du grand artiste iranien Sani Khâtam qui réalisa également la décoration du mausolée de Shâh Abdol-Azim à Rey. La construction de l’édifice, dont la superficie est de 1203 m², fut confiée à Mirzâ Djafar Kâshikâr connu également sous le nom de Me’mâr Bâshi. La salle des miroirs est la partie la plus belle du château, et est ornée de milliers de petits morceaux de miroirs et de motifs floraux en plâtre. Le sol est revêtu d’un beau tapis de Mashhad dont le motif floral du milieu s’accorde avec celui du plafond. La salle est embellie par des mobiliers de salon de l’époque qâdjâre brodés à la main et un bureau. Un rideau argenté rajoute à la beauté de la salle, plus particulièrement lorsqu’il brille sous les rayons du soleil.

Le Palais Blanc ou "Mellat" est le plus grand palais du complexe et est ainsi nommé à cause de sa couleur blanche. Il possède cinquante-quatre pièces dont dix sont des salles de réception. Sa construction débuta sur l’ordre de Rezâ Shâh en 1931, se termina cinq ans après en 1936 par les soins d’architectes iraniens et russes. Les marbres décoratifs de l’intérieur des salles viennent des meilleures mines de Yazd et de Torbat Heydarieh. La façade principale contient une fusion des styles iranien et romain, tout comme les quatre colonnes gigantesques des quatre coins du bâtiment. Les toiles colossales de l’intérieur de la salle principale illustrent les scènes du Shâhnâmeh de Ferdowsi, et furent réalisées par le maître Hossein Behzâd et ses disciples en 1941. Les salles sont majoritairement décorées à la française. La collection la plus précieuse du palais est celle des tapis fins et précieux dont le plus grand est de 145 m² et comprend 140 Raj (la dénomination Raj figure dans l’appellation des tapis. Cela correspond aux nombres de nœuds sur une largeur approximative de 60 mm). Les murs sont tapissés de tissus raffinés en velours, en satin et en taffetas et les plafonds sont illuminés par des lustres français, italiens et tchèques dont le plus grand possède 108 branches. Les lustres de la salle à manger ainsi que le petit bureau dans le coin ont appartenu à Marie Antoinette, reine de France et épouse de Louis XVI.

Musée du Maître Behzâd

Le bâtiment abritant le Musée de l’eau se trouve au milieu du jardin et date de la fin de l’époque qâdjâre. On y distingue deux pièces principales, dont l’une était le bureau spécial du premier pahlavi dans lequel il accueillait ses invités. Dans ce musée, des documents et objets relatifs à l’eau dont des tasses, des horloges à eau, des outils pour creuser des qanâts et des puits d’eau, ainsi que des statues de grands scientifiques dans ce domaine sont exposés.

Le Musée de Maître Behzâd appartient à la fin de l’époque qâdjâre. Il fut pour un certain temps le lieu de repos et le bureau de travail du premier pahlavi. En 1994, après des années de restauration, on y inaugura le musée de Behzâd à l’occasion du centenaire de l’anniversaire de Maître Behzâd, le grand peintre iranien.

Le musée des frères Omidvâr est situé dans le nord-ouest du complexe et possède quatre chambres décorées de moulages fleuris et une façade de briques rouges. Il fut à la disposition des cochers de l’époque mais subit des réparations en 2002. Finalement, en 2003, à l’occasion de la semaine du tourisme, il fut consacré aux premiers globe-trotters iraniens, les frères Omidvâr. Ces derniers furent les premiers Iraniens à quitter leur pays en 1954, avec peu de moyens, en vue de faire un tour du monde à moto.

Le musée des frères Omidvâr

Le Musée des figures éternelles fait partie des premiers palais Qâdjârs rénovés par Rezâ Shâh tout de suite après son installation au palais vert. Cet ensemble possède une partie intérieure et une partie extérieure. La première, côté nord, est actuellement le musée des figures éternelles et le deuxième, côté sud, est transformé en musée du maître Mahmoud Farchtchiân, peintre iranien.

Musée des figures éternelles

Le musée des miniatures de maître Farchtchiân date de l’époque qâdjâre et était, avant sa destitution, à la disposition de Rezâ Shâh et de sa quatrième épouse, la reine Esmat. Sous son successeur, d’abord le frère et ensuite le chef cuisinier du monarque occupèrent respectivement cet immeuble et il fut ensuite transformé en remise pendant un certain temps. Après la réfection du bâtiment en 2001, il devint le musée du maître de la peinture iranienne, Mahmoud Farchtchiân, qui organise chaque année de nombreuses expositions partout dans le monde. Ce musée compte plus de 70 tableaux somptueux du maître.

Musée de miniature de maître Farchtchiân

Le complexe de Saadâbâd compte également d’autres musées comme le Musée de la Calligraphie de Mir-Emâd, le Musée de la Miniature de Klârâ Abkâr, le Musée des Récipients traditionnels, le Musée d’Anthropologie, le Musée militaire, le Musée-gallerie de peinture, le Musée des Beaux arts et le Musée de l’Art des nations ou la Serre blanche.

Musée militaire

De plus, le complexe abrite une station de radio, active depuis dix ans, qui diffuse ses programmes en direct tous les jours dans l’enceinte du complexe. On y trouve également deux restaurants traditionnels et un café, un parc de sport, un salon de billard, une salle de tennis, une librairie, un atelier de restauration, une bibliothèque comportant plus de 10 000 ouvrages, sept serres notamment celle de dianthus, de violettes africaines, de mahonias et de bananes, un centre de musique, un centre d’arts plastiques et un centre artistique où l’on peut notamment pratiquer des activités cinématographiques, musicales ou théâtrales.


Visites: 2504

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.



1 Message