N° 76, mars 2012

Le succès de la poésie persane en Occident
Mowlavi vu à distance


Afsaneh Pourmazaheri


« La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve. »

Mawlavi

Jamel Balhi, Les routes de la foi,

Le Cherche-Midi Editeur, 1999, p. 292

Calligraphie du nom de Mowlavi

Ferdowsi, Saadi, Nezâmi, Hâfez et Mowlavi, considérés comme les cinq figures incontournables de l’histoire littéraire et poétique de la Perse, sont reconnus dans le monde entier en qualité de porte-étendards de la poésie persane. Ils doivent cette notoriété non seulement à leur impact littéraire mondial, mais également à leur vision relative aux mœurs, à la moralité, à la gnose et au soufisme. Les œuvres de Khayyâm ont également eu un énorme succès, notamment en Amérique et en Europe, dû aux traductions libres d’Edward Fitzgerald (1809-1883), poète et écrivain anglais. De manière générale, il est possible de parler de l’influence des poètes persans en Occident dans les domaines suivants :

1. La naissance du style romantique et son développement à la suite de traductions des ouvrages écrits en style arâghi (style poétique en vogue en Perse du XIIIe au XVIe siècle) ;

2. La genèse de l’esthétique moderne dans la littérature occidentale ;

3. Le développement de la philosophie politique par l’intermédiaire des traductions du Golestân et du Boustân de Saadi ;

4. L’apparition de la philosophie utopique sous l’influence des ouvrages de Saadi, Hâfez et Mowlavi.

Edward Henry Palmer

Mowlavi, grand maître spirituel et génie poétique, fut le fondateur de l’ordre des derviches tourneurs, l’une des principales confréries soufies de l’islam. Il est l’auteur d’une œuvre poétique considérable, en particulier du Masnavi, son principal ouvrage, œuvre poétique destinée à la fois aux gens et à ses disciples, leur montrant la voie vers l’union avec Dieu et vers l’amour absolu. De manière générale, les œuvres de Mowlavi furent traduites beaucoup plus tardivement que celles des autres poètes, notamment à cause de la minutie de ses écrits littéraires, de la complexité de son style et du mélange, dans ses textes, des différentes sources religieuses, philosophiques et folkloriques. Ces caractéristiques isolèrent son œuvre durant des années, en la plaçant hors de portée des chercheurs et orientalistes surtout occidentaux. Ainsi, contrairement à Hâfez et à Khayyâm, connus mondialement grâce aux traductions et commentaires effectués par Edward Fitzgerald et Goethe durant la première moitié du XIXe siècle, Mowlavi ne fut découvert qu’aux XIXe et XXe siècles à la suite des travaux des chercheurs comme E. H. Winfield, Reynold Alleyne Nicholson (1868-1945) et Arbery (nous passerons plus loin en revue quelques unes des traductions et des commentaires les plus significatifs au sujet de ce grand poète persan).

Avant toute chose, il faut rendre hommage à Sir William Jones (1746-1794), orientaliste et linguiste anglais, pour qui le Masnavi se range à la huitième place dans le répertoire des œuvres littéraires les plus importantes. En lisant le Masnavi, il note : « Il se peut que cela soit l’ouvrage le plus précieux de l’humanité. Ses beautés et ses défauts sont en même temps extraordinaires. Il réunit les raretés morales, les vers uniques, les plaisanteries équilibrées avec une touche de critique sociale et religieuse. C’est un champ plein de fleurs intactes dans un climat convenable. Je ne connais pas d’écrivains hormis Chaucer et Shakespeare qui puissent rivaliser avec Mowlavi. »

Edward Byles Cowell (1826-1903), professeur de sanskrit à l’Université de Cambridge, son disciple Edward Henry Palmer (1840-1882), orientaliste anglais, le colonel Henry Wilberforce Clarke, traducteur des œuvres de Saadi, Hâfez et Sohrawardi, le commandant J. Stevenson, en mission en Inde, Edward Granville Brown (1862-1926), orientaliste britannique, et Mme Gertrude Margaret Lowthian Bell, femme de lettres et analyste politique britannique (1868-1926), furent parmi les chercheurs de renom qui effectuèrent de longues études sur Mowlavi.

Gertrude Margaret Lowthian Bell

Samuel Robinson (1794-1884) est à placer aux côtés des chercheurs amateurs dans le domaine de la littérature persane. Possédant une fabrique de tissu à Manchester, il prit sa retraite en 1860. Ce fut à ce moment là qu’il se mit à traduire quelques ouvrages persans, ce qui éveilla la surprise de la communauté orientaliste de l’époque. Sa connaissance des œuvres persanes s’enracine dans ses lectures de Sir William Jones. Lisant ses œuvres depuis ses jeunes années, il fut influencé par les analyses linguistiques de ce dernier appliquées aux poèmes persans. Ses connaissances de la langue persane, encore vagues, puisqu’il se basait majoritairement sur des traductions allemandes, l’empêchèrent de faire preuve d’originalité dans ses travaux. Malgré cela, ses œuvres sont remarquables par leur clarté, leur simplicité et leur finesse. Plus tard, il effectua des changements de contenu et de forme dans ses traductions après avoir lu celles de Jules More en français (Sketch of the life and writings of Ferdusi, 1876).

Quelques années plus tard, William Alexander Clouston (1843-1896), folkloriste britannique du XIXe siècle, republia en 1883 l’ensemble du recueil traduit du persan vers l’anglais, à savoir, la traduction de Robinson. Il y ajouta comme prologue quelques-unes de ses critiques sur la traduction de Mowlavi accompagnées de celles de James W. Redhouse.

A l’époque victorienne, pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, les efforts du professeur Edward Byles Cowell (1826-1903) furent décisifs dans la reconnaissance de la littérature persane en Europe. Il ne s’est jamais prétendu iranologue mais ses travaux, spécialement le rassemblement des études persanes des iranologues occidentaux, ont grandement aidé les études comparatives. Fervent chrétien et homme d’idées, il n’a jamais voulu ni nier ses convictions chrétiennes, ni son penchant pour la philosophie orientale. Il tenta de la sorte de créer un lien moral et spirituel entre la philosophie orientale et occidentale. Il chercha dans le soufisme une énergie spirituelle ayant le pouvoir de lier les hommes à travers le monde - tentative qui fut vouée à l’échec puisqu’il se trouva finalement incapable d’établir un lien logique entre la poésie soufie et la théologie chrétienne. Il s’efforça de comprendre pourquoi dans les ouvrages de Mowlavi la foi, la liberté et la volonté allaient à l’encontre de la moralité chrétienne. Cette ambiguïté apparemment problématique devint célèbre parmi les orientalistes au titre de contradiction entre « deux voix ». Cette contradiction éveilla chez certains chercheurs un fort sentiment de refus vis-à-vis de la philosophie de Mowlavi et du soufisme iranien.

Edward Granville Brown

Sur le nouveau continent, en Amérique, se développa également un intérêt et une curiosité envers la littérature persane, notamment vers la fin du XIXe siècle, chez les transcendentalistes dont la figure phare fut sans doute Daniel Conway (1832-1907), écrivain, abolitionniste et pasteur unitarien américain. Ce fut sans doute lui qui créa un pont entre les amateurs américains de littérature persane et les iranologues anglais. En 1870, il publia un ouvrage majeur Sacred Anthology (Oriental) : a book of ethnical scriptures, auquel il avait consacré cinquante années de sa vie. Cet ouvrage est principalement centré sur les œuvres de Saadi, de Hâfez et de Khayyâm, mais pour son élaboration, l’auteur s’est maintes fois servi de citations et extraits de Mowlavi.

Parmi les poètes romantiques américains du XIXème siècle, James Russell Lowell (1819-1891), poète romantique, critique, satiriste, écrivain, diplomate et abolitionniste, fait partie des figures incontournables des admirateurs de l’Orient. Attiré par la littérature persane, il avait pris la ferme décision d’insérer des thèmes orientaux dans la poésie américaine. Son attachement à l’Orient est très bien mis en valeur par ses fines descriptions. Au cours de son voyage en Espagne, ému par l’ambiance particulière régnant dans les villes andalouses, il écrivit : « J’adore les habitants de ces régions… Ils sont encore orientaux. » [1] « Bien que je ne connaisse le monde oriental qu’à l’aide des ouvrages occidentaux, il me semble pourtant avoir vécu longtemps en Orient. » [2]

James Russell Lowell

Dans ses écrits, il tenta de rapprocher de plus en plus son style de celui de la tradition persane. Il s’inspira alors de poètes éminents comme Saadi et Mowlavi en relatant parfois certaines anecdotes empruntées à leurs ouvrages.

Les traductions d’Edward Fitzgerald, poète polémiste du XIXème siècle, des quatrains de Khayyâm éveillèrent autant de contestations que d’admiration. Parmi les contestataires, un étudiant écossais, défendeur de l’école idéaliste hégélienne, Rev. William Hastie, crut avoir trouvé la solution : « Nous avouons notre haine envers tous les rapiéçages effectués par Fitzgerald sur le chef-d’œuvre de Khayyâm. Maintes fois, nous étions persuadés d’attaquer ses traductions prétentieuses et fanatiques. Mais lors que nous nous sommes retrouvés en face de l’image lumineuse de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, notre haine se transforma en regret et notre dédain en pitié. »

L’Eglise chrétienne, quant à elle, ne parvint pas à atténuer l’influence croissante des œuvres de Khayyâm qui avaient mis en question quelques fondements de sa foi – du moins selon l’interprétation occidentale qui avait été faite de ces poèmes. Pourtant, elle ne s’opposa pas à la remontée du mysticisme islamique de Mowlavi en Occident. Mais à cette époque, en dehors de quelques travaux de Cowell sur Mowlavi, on ne connaissait guère de grandes figures prêtes à s’y intéresser sérieusement. Il fallut attendre 1898 et Reynold Alleyne Nicholson pour bénéficier de la traduction de quelques odes du recueil de Mowlavi. Ce dernier espérait convaincre la communauté des orientalistes du fait que Mowlavi était sans doute le poète persan le plus digne d’admiration et que ses traductions témoignaient de ses dits. Son intérêt envers Mowlavi alla au-delà de la curiosité intellectuelle. Il consacra le reste de sa vie à traduire et à publier des ouvrages de commentaires sur la personne de Mowlavi ainsi que sur ses œuvres. Il soutenait que pour mieux connaître l’Iran, il fallait aller vers la théosophie persane et spécialement, vers Mowlavi, par qui l’amour des Iraniens envers le mysticisme est le mieux illustré. [3]

Sir Edwin Arnold (1832-1904), poète et journaliste anglais connu surtout pour son ouvrage The light of Asia (La lumière de l’Asie), fut l’un des rares personnages engagés qui s’efforça d’établir un pont entre l’Orient et l’Occident. Il occupa le poste de directeur d’un lycée en Inde où il s’initia à la poésie persane. La cohabitation de diverses religions dont le bouddhisme, l’hindouisme, le zoroastrisme, l’islam, le christianisme, etc. l’encouragea à écrire des ouvrages sur les religions orientales, ainsi qu’à rechercher des points communs les unissant. Il publia « The Indian song of songs » (La chanson indienne des chansons) sur la religion hindoue, « The song celestial » (Le chant céleste) sur le bouddhisme, « The light of the world » (La lumière du monde) sur le christianisme et « Pearls of the faith » (Les perles de la foi) sur l’islam. Il partagea ce dernier ouvrage en 99 chapitres, dont une grande partie fut consacrée aux adages persans. Par exemple, le quinzième chapitre est emprunté du récit de Saadi évoquant l’histoire d’Ibrahim. Les parties 27 et 45 sont reprises du Masnavi de Mowlavi et la partie 62 concerne la mort du poète.

Sir Edwin Arnold

Néanmoins, le tournant principal dans les études consacrées à Mowlavi est dû aux travaux de Reynold Alleyne Nicholson (1868-1945). Il y consacra quinze années de sa vie et rédigea cinq tomes de commentaires du Masnavi. Il fut tellement passionné par Mowlavi qu’à la suite de ses travaux, il perdit à jamais la vue. En parlant du Masnavi, il écrit : « Le Masnavi révèle incroyablement le génie de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî. Ses odes atteignent des sommets dans une ambiance mystique indescriptible et prouvent plus que jamais l’originalité de leur créateur. Ses odes nous détachent de la vie de tous les jours et nous illuminent avec ses contemplations sur la moralité, le respect mutuel et le sens de la vie. » [4]

Il ajoute, en parlant à propos des difficultés de traduction du Masnavi : « Le volume de l’ouvrage n’est point le problème auquel le traducteur doit faire face. On se trouve d’emblée devant un problème beaucoup plus profond devant lequel on ne peut prendre la fuite. Si l’on tente d’être fidèle à la forme, on risque de perdre le sens et si l’on essaie de communiquer parfaitement le sens, on dévie la structure du vers. C’est donc une tâche laborieuse que de traduire Mowlavi raisonnablement. Le traducteur n’a plus d’autre choix que de rester plutôt fidèle à la forme et d’ajouter des commentaires en bas de page. » [5]

Il ne s’étonne pas de constater la mauvaise connaissance des chercheurs occidentaux du Masnavi de Mowlavi et poursuit ainsi : « D’après les critères de la poésie moderne, le Masnavi est une œuvre longue qui équivaut à l’ensemble des vers de l’Iliade et de l’Odyssée d’Homère et fait le double de la Divine Comédie de Dante. De surcroît, ses couplets sont plus longs que d’habitude et atteignent parfois les vingt-deux syllabes tandis que l’hexamètre employé à foison dans l’épopée grecque et latine ne comprend que dix-sept syllabes et le terza rima italien notamment dans la Divine Comédie, dix syllabes. Dépassant les 25 700 couplets, le Masnavi est de loin beaucoup plus extensif que La reine des fées d’Edmond Spenser, poète du XVIème siècle, avec ses 23 500 couplets. Aucune œuvre persane n’est capable non plus de rivaliser avec ce chef-d’œuvre exceptionnel. L’épopée du Shâhnâmeh (Le Livre des rois) quant à elle, est plusieurs fois retraduite entièrement en diverses langues. Cela justifie d’autant plus les paroles de Georges Rozen : « Qui peut se convaincre de consacrer une grande partie de sa vie à la traduction d’une trentaine de milliers de couplets dont chacun est chargé de thèmes profonds ? »

Dans le prologue de son ouvrage, Nicholson énumère ainsi les meilleures traductions faites, d’après lui, du Masnavi de Mowlavi :

1. Le Masnavi de Sheikh Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, traduit du persan, Georges Rozen, Leipzig, 1849.

2. Le Masnavi de Sheikh Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, Livre premier, accompagné de la biographie du poète et de quelques commentaires et citations de grands poètes, traduit par James W. Redhouse, Londres, 1881.

3. Le Masnavi Ma’navi, les couplets spirituels de Sheikh Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, traduit par A. H. Winfield, Londres, 1887, deuxième édition 1898.

4. Le Masnavi de Sheikh Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, Livre deuxième, traduit du persan et accompagné de quelques critiques et commentaires de S. A. Wilson, Londres, 1910.

Reynold Alleyne Nicholson

Avant de boucler la révision finale de sa traduction du Masnavi, Nicholson publia un ouvrage de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî sous le nom de Tales of Mystic meaning (Contes à signification mystique) contenant cinquante et un contes, minutieusement échantillonnés, avec un prologue où il explique peu ou prou la technique du conteur dans l’élaboration de la trame de son histoire. Nicholson familiarisa ses disciples avec les trésors de la littérature persane et ils furent nombreux à s’intéresser à ses œuvres et à poursuivre leurs recherches dans ce domaine. Arthur J. Arberry (1905-1969), disciple de Nicholson, fait partie des connaisseurs de Mowlavi. Il se familiarisa avec l’œuvre de ce dernier à l’aide de son maître et, en suivant son conseil, se mit à traduire Fih mâ Fih de Mowlavi sous le nom Discourses of Rumi (Paroles de Mowlavi). [6] Il traduisit également des contes du Masnavi en deux tomes et un extrait du Divân-e Shams-e Tabrizi. [7] A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, nombreux furent les chercheurs qui, sous l’influence de l’atmosphère victorienne, s’étaient convertis à la pensée de l’Orient notamment à celle de la Perse, en s’initiant à la littérature mystique iranienne. Parmi ces poètes dont les œuvres reflétaient les couleurs orientales de la Perse, on peut nommer Arthur Simons (1865-1945), James Elroy Falker (1884-1915), Collin Garbett (1881- ?), Robert Denken (1919-1988), Daniel Libert, Robert Bly (1926-) et Coleman Barks (1937-).

James Elroy Falker avait le privilège de parler le persan et de connaître de très près les poèmes de Rûmî. Disciple de l’orientaliste de renom Edward Brown, il trouva l’occasion de profiter du savoir de son maître et écrivit lui-même un poème intitulé « Ami de Djalâl ad-Dîn ». Dans son poème, il accorda une attention particulière au rythme et à la structure des couplets, au point qu’il emprunta, dans certaines de ses traductions, des figures de styles variés iraniens propres aux ghazal, au « yâssaman », à la « poésie de guerre des nomades du désert », à « l’antienne », etc.

Collin Garbett, né en Inde en 1881 de parents anglais, suivit ses études à Cambridge et entra ensuite dans l’administration. En 1956, il traduisit un ensemble de poèmes de Mowlavi dans un ouvrage qu’il nomma Sun of Tabriz (Le Soleil de Tabriz). Ses traductions ressemblent énormément à celles de Nicholson avec la seule différence que celui-ci était plus fidèle à la forme. Les œuvres de Garbett n’eurent pas un grand impact ni parmi les anglophones, ni au sein des autres communautés linguistiques.

Robert Denken fut pour sa part un poète moderniste de grande vocation dont les poèmes aidèrent à l’apparition de la nouvelle poésie aux Etats-Unis. Les origines de son initiation aux poèmes de Mowlavi nous sont inconnues, mais l’influence de cette connaissance se perçoit directement et indirectement dans ses publications.

Daniel Libert publia son premier écrit sur Mowlavi dans un ouvrage au style libre intitulé Rumi : Fragments, Ecstasies (Rûmî : morceaux choisis et extases). Il traduisit de même vingt-quatre poèmes de Rûmî en relevant les sources des poèmes et en numérotant chaque poème en lieu et place de leur accorder un nom. Ses traductions sont certes agréables, mais elles manquent parfois d’exactitude, tandis que l’ordre habituel du contenu et de la forme du poème original n’y est guère respecté.

Robert Elwood Bly est sans doute l’un des poètes vivants les plus influents des ةtats-Unis. Il doit sa renommée, en 1960, à la publication de quelques recueils de poèmes « anti-guerres ». En 1981, il publia un livret de quarante-quatre pages des poèmes de Mowlavi intitulé Night and Sleep (La nuit et le sommeil), en collaboration avec Coleman Barks. Deux ans plus tard, il publia de nouveau un recueil intitulé When Grapes Turn to Wine (Quand les raisins se transforment en vin). Il ne cessait de réciter ces poèmes à diverses occasions au sein de différentes communautés et fut même invité au grand colloque de Mowlavi à Washington. Il collabora également avec Coleman Barks dans l’élaboration d’une œuvre musicale, The Poetry of Rumi (La poésie de Rûmî). Celui-ci connut Rûmî par l’intermédiaire de Bly mais plus tard se transforma en l’un des plus grands traducteurs de Mowlavi commençant par sa première œuvre Open Secret (Le secret révélé). Dans ses traductions, il s’inspira des travaux du poète iranien Javâd Moeen, professeur de linguistique de l’Université de New York, et publia Delicious Laughter (Un sourire agréable), One-Handed Basket Weaving (Tresser le panier à une main), The Drowned Book (Le livre noyé), The Book of Love (Le livre de l’amour) et The Soul of Rumi (L’âme de Rûmî) avec sa collaboration.

A part ces grands admirateurs de Mowlavi, il y eut d’autres amateurs de la littérature persane qui entreprirent des travaux notamment de traduction et de commentaires sur les œuvres de Rûmî. Parmi ces derniers quelques figures importantes méritent d’être citées :

Yacha Kestler (1929-), critique et professeur à l’université d’UCLA, Jonathan Star, professeur des religions et d’architecture orientale à l’université de Harvard, James J. Cown (1942-) professeur d’art, Robert Van David (1950-), Deepak Chopra auteur des Love Poems of Rumi (Les poèmes d’amour de Rumi) en 1998 à l’aide d’un Iranien Fereydoun Kyâ, Andrew Harvey (1952-) spécialiste en écoles mystiques, Kabir Helminski (1947-) auteur de A Daybook of Spiritual Guidance (Un journal du conseil spirituel), John Heek professeur de philosophie à l’université de Yale, Aldous Huxley (1894-1963) grand admirateur de la spiritualité d’Orient, le moine dominicain Syprien Rice qui essaya de marier l’esprit de Mowlavi et l’âme du catholicisme, le prêtre Samuel Trombo qui récita un sermon à l’occasion de la commémoration de Mowlavi en 1995 intitulé Searching for a Friend (A la recherche d’un ami), Vanessa Redgrave, actrice anglaise qui joua dans un film turc nommé Tolerance (Tolérance : dédiée à Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî), Helen Cook (1904-1995), psychiatre et défenseuse de l’école Jung, et enfin Krish Khosla font partie des partisans de Mowlavi en Occident et notamment dans les pays anglophones.

En France, on doit la traduction et le commentaire de la totalité des ouvrages de Rûmî à l’islamologue et chercheuse au CNRS, Eva Vitray-Meyerovitch (1909-1999). Elle s’intéressa toute sa vie au soufisme dans lequel elle recherchait une dimension universelle de l’islam. Sa rencontre avec Louis Massignon, son initiation à l’islam par l’intermédiaire du livre de Muhammad Iqbal, son amour pour le persan, ses pèlerinages à La Mecque et à Médine préparèrent le terrain à sa traduction du livre de Rûmî, Masnavi, œuvre colossale de 1700 pages. Elle écrivit plus de quatorze ouvrages et traduisit une vingtaine d’ouvrages uniquement sur le soufisme et Mowlavi. En parlant de Mowlavi et de ses œuvres, Eva Vtray-Meyerovitch, fière de ce qu’elle avait bâti, écrivit : « J’ai consacré ma vie au grand poète soufi Rûmi car j’ai trouvé que son message était d’une grande actualité : c’est un message d’amour avec une puissante dimension fraternelle et œcuménique. » [8]

Parmi ses ouvrages et traductions, les plus connus sont :

- Le Chant de Rûmî, éd. La Table Ronde, 1997 (coll. Les petits livres de la sagesse).

- Anthologie du Soufisme, éd. Sindbad, 1978, réédité en 1986 et en 1995, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes, 132. Ouvrage traduit en italien.

- Rûmî et le Soufisme, éd. du Seuil, 1977, réédité en 2005, collection Points Sagesses. Ouvrage traduit en anglais, roumain, portugais, bosniaque et tchèque.

- Thèmes mystiques dans l’œuvre de Djalâl ud-Dîn Rûmî, thèse Lettres Paris, 1968

Traductions :

- Odes Mystiques, de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, éd. Klincksieck, 1973, réédité en 2003, Points Sagesses.

- Lettres, de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, éd. Jacqueline Renard, 1990.

- Mathnawi, de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, avec la collaboration de Jamshid Mortazavi, éd. du Rocher, 1990.

- Message de l’Orient, de Muhammad Iqbal, avec la collaboration de Mohammed Achena, éd. Belles Lettres, 1956.

- La Parole Secrète, de Sultan Valad, avec la collaboration de Jamshid Mortazavi, éd. du Rocher, 1988.

- Les Quatrains de Rûmi, de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, avec de la collaboration de Jamshid Mortazavi, Albin Michel, 2000.

- Rubaiy’at, de Mowlavi Djalâl ad-Dîn Rûmî, avec la collaboration de Jamshid Mortazavi, éd. Albin Michel, 1993, réédité en 2003, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes

- Mystique Sacrée et Mystique Profane, de R. Zaehner, éd. du Rocher, 1983.

Mowlavi

Bibliographie :
- Arnold, Sir Edwin, Interpreter of Buddhism to the west, New York, Bookman Associates Inc., 1957.
- Bros, Robert, Pearls of the faith in poetical works, 2 tomes, Boston, 1892.
- Inge, William Ralph, Christian Mysticism, New York, Scribner’s, 1899.
- Iqbal, Afzal, Life and Work of Rûmî, Institute of Islamic Culture, Club Road Lahore, Fourth Edition, 1978.
- Franklin, Louis, Molavi : dirouz va emrouz, shargh va gharb (Mawlavi : hier et aujourd’hui, l’est et l’ouest), trad. Farhadi Asghar, éd. Nashr-e Sales, Téhéran, 2005.
- Norton, Charles E., Letters of James Russel Lowell, 2 tomes, New York, éd. Harper, 1894, tome II, p. 222.
- Nicholson, Renold, Tashih va tarjomeh-ye Masnavi Ma’navi (Traduction et commentaires du Masnavi Ma’navi), éd. Sa’âd, Téhéran, 2002
- Sketch of the life and writings of Ferdusi, 1876, Londres, Imprimerie privée.

Notes

[1Lowell, James Russel, Letters of James Russel Lowell, éd. Charles E. Norton, 2 tomes, New York, Harper, 1894, pp. 39, 149.

[2Ibid,II : 222.

[3Nicholson, Renold (trad.), Selected poems from the Divani Shamsi Tabriz, Cambridge University Press, 1898.

[4Brooks, Wright, Interpreter of Buddhism to the west : Arnord, Sir Edwin, New York, Bookman Associates Inc., 1957, p. 179.

[5Pearls of the faith, 1892.

[6Arberry, Arthur John, Discourses of Rumi (Paroles de Mowlavi), Routledge Curzon, 1995.

[7Iqbal, Afzal, Life and Work of Rûmî, Institute de Islamic Culture, Club Road Lahore, Fourth Edition, 1978.

[8De Vitray-Meyerovitch E., Islam, l’autre visage, Albin Michel, 1995.


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2 Messages

  • Me DESFRETIERE Ladan
    ladan.desfretiere@yahoo.fr
    Tél : 06 08 23 66 70 Paris/france

    Bonjour,

    Mon père est décédé depuis quelques mois.
    De son vivant, il aimait écrire des poèmes.
    Sans prétention de ma part, ses poèmes sont extraordinairement bien écris.
    Il a rédigé un recueil comparable à un ou deux livres (des poèmes persans). Il aurait souhaiter, que ses poèmes soient publiés et que les lecteurs puissent en profiter.

    Ne sachant pas comment faire pour publier ces poèmes écris en persan. Je m’adresse à vous, pour avoir une aide, soit pour l’édition de ces poèmes par vos soins, soit pour savoir à qui m’adresser pour leurs publication.

    En espérant une réponse de votre part, veuillez agréer, monsieur, madame, l’expression de mes sentiments respectueux.

    L. DESFRETIERE

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  • Le succès de la poésie persane en Occident
    Mowlavi vu à distance
    25 août 2012 04:39, par DESFRETIERE Ladan

    Me DESFRETIERE Ladan
    ladan.desfretiere@yahoo.fr
    Tél : 06 08 23 66 70 Paris/france

    Suite de message du 4 avril 2012

    Bonjour,

    A ce jour, je n’ai toujours pas de réelle réponse de votre part !

    Pouvez vous me dire comment procéder, afin de publier les poèmes de mon defunt pere ?

    Pour me permettre de discuter avec vous, pouvez vous m’envoyer par mail, votre numéro de téléphone ?

    En espérant une réponse de votre part, veuillez agréer, monsieur, madame, l’expression de mes sentiments respectueux.

    L. DESFRETIERE

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