N° 82, septembre 2012

Hossein Panâhi, poète de l’enfance et de l’innocence perdue


Mahdi Ashouri


Hossein Panâhi Dejkouh naît le 28 août 1956 dans le village de Dejkouh, dans la province de Sough à Kohkilouye va Boyer Ahmad. Il étudie pendant quatre ans à l’école artistique d’Anâhitâ à Téhéran, et entame sa carrière d’acteur en 1986 en jouant dans quelques séries télévisées à succès. Son jeu brillant, son physique enfantin, sa façon de parler, sa simplicité et sincérité attirent alors l’attention. Il commence ensuite à écrire des pièces de théâtre et à travailler en tant que régisseur de théâtre. A la fin de des années 80 et au début des années 90, il compte parmi les écrivains et metteurs en scène de télévision iraniens les plus créatifs, et obtient plusieurs fois le prix Simorgh Bolourin (Simorgh de cristal) du meilleur metteur en scène et acteur.

Hossein Panâhi

Mais Hossein Panâhi est avant tout un poète. Il publie son premier recueil de poèmes intitulé Nâzi et Moi en 1997. Il est de nouveau publié à seize reprises et est traduit en six langues. Des questions aussi profondes que le but de la création du monde, l’être, le Créateur et spécialement l’homme, occupent son esprit. Il réfléchit constamment aux mystères du monde ; il contemple les phénomènes autour de lui et les analyse minutieusement.

Il choisit enfin de vivre en solitaire et de se retirer de la société pour trouver les réponses à ses questions. Pour ce faire, il envoie son épouse et ses enfants au sein de son village natal, et vit seul pendant neuf ans dans une petite chambre à Téhéran.

Il ne chante que la nostalgie de son enfance, son innocence, sa simplicité et le temps perdu qui ne se rattrape plus. Il considère la simplicité et la sincérité – perdues - de l’homme comme une alchimie rare, et la méditation comme la meilleure valeur de l’homme. Il fuit le monde des adultes, qu’il appelle le monde des hypocrites.

Dans ses poèmes, Panâhi parle avec une personne imaginaire prénommée Nâzi, dont les paroles et réponses sont enfantines et sincères – peut-être parce qu’elle n’est autre que le complément féminin et enfantin du poète. Dans ces poèmes, Panâhi accompagne cette enfant sincère et simple à la recherche des sentiments perdus. Il y apparaît inquiet et cherchant le bonheur du monde de l’enfance, perdu dans le vacarme des mégalopoles.

Dans ses poèmes, les enfants sont le symbole de l’innocence non encore anéanti par l’âge adulte. Grâce à eux, il redevient enfant et désire retourner à son enfance. Il a créé Nâzi pour exprimer ses douleurs et ses problèmes, et pour avoir une compagnie. Mais Nâzi ne peut répondre à ses interrogations philosophiques et spirituelles. Tantôt elle est d’accord avec lui, tantôt elle lui reproche d’avoir des pensées aussi complexes. Le poète est toujours triste et proteste parfois : pourquoi ses pensés ne le quittent pas et ne peut-il pas vivre comme les autres ? Pourquoi lui, avec sa raison limitée, doit-il trouver seul la réponse à ses questionnements philosophiques ? Pourquoi personne d’autre que lui-même ne peut l’aider ? Il fait une satire de la philosophie, de la science, du modernisme et du machinisme de l’époque moderne. Avec un regard poétique et perspicace, il regarde le monde, les créatures et réfléchit sur la condition de l’homme.

Il compose ses poèmes dans une langue à la fois enfantine et ironique pour bien faire comprendre ses intentions et ses inquiétudes intérieures. Il propose une nouvelle et touchante définition des questions simples.

Il retourne au monde propre de l’enfance avec son enfant intérieur et propose une compréhension délicate sans avoir peur d’être simple. Il respecte des symboles naturels comme les plantes et les animaux. Il donne une réponse à la fois enfantine et surprenante à des questions philosophiques au travers des paroles de Nâzi. Il oppose le bien au mal, fait l’apologie de l’amour voué aux parents et exprime son aversion pour la laideur.

Dans ses poèmes, il décrit ses contradictions intérieures et ce qu’il ressent.

L’utilisation d’un mélange de mots anciens, de rythmes similaires, d’un langage à la fois classique et moderne, du dialecte local confère une beauté particulière à son écriture. Dans ses cahiers poétiques, il se révolte contre le nihilisme et la banalité avec ironie. Il se sent comme appartenant au temps de l’enfance, et pense plutôt aux plaisirs du passé qu’au futur.

Vers la fin de sa vie, il adopte un comportement singulier, croyant que Dieu est celui que les enfants connaissent, et non pas celui qui les adultes définissent. Il souhaitait ainsi retourner à l’enfance pour arriver à Dieu. Il devient alors très solitaire et se considère comme un chien chassé de la société. Selon ses amis, jusqu’à la fin, il est resté innocent et aimable comme un enfant.

Panâhi quitte ce monde le 5 août 2004. Alors que tout le monde pense qu’il est en train de travailler sur sa pièce de théâtre Hot Kêlat, son corps est retrouvé dans sa maison. Les funérailles ont lieu le 12 août à Téhéran, puis il est enterré dans son village natal. Après son décès, son recueil des poèmes Nâzi et Moi est publié en sept cahiers en avril 2005.

J´ai tué une mouche

Non pas qu’elle soit impure, méchante

Et non parce que la proportion de son intérêt à sa nocivité est de un sur cent.

La pauvre mouche voletait autour de ma tête,

En croyant que je suis sucre !!!

Ou bien car j’exhalais une odeur fétide comme sa nourriture célèbre.

Ah ! Que deux cents lumières pleuvent sur sa tombe !

C’était une bonne mouche.

Pour avoir commis le crime de m´avoir fait oublier ton souvenir,

J’ai tué une mouche.

Août

Nous devons

Aux gens qui nous ont interrogés amicalement :

-“Pardon, nous sommes le combien du mois d’août ?”

Auxquels nous n´avons pas répondu.

Car août,

A été la tombe de l’amour de la fleur pourpre de notre cœur.

La nuit et Nazi, Moi et la fièvre

Nâzi : Donc, tu voulais retourner à l’enfance ?

Moi : Bien sûr, bien au-delà de cette question.

Nâzi : Qui a réussi jusqu’à maintenant à retourner à son enfance ? Quand ? Où ?

Moi : Quand ? Où ?

Je voulais ! Je voulais, mais c’était impossible.

Ah ! Je dois y retourner.

Pour mourir de rire dans le cimetière du village,

Pour manger de la grenade volée dans notre jardin.

Car ! Je suis le seul qui sait où est le peigne en bois de ma sœur.

Je dois retourner à l’enfance pour dire à mon père : « D’accord, d´accord, ce n’est pas nécessaire de me charger sur tes épaules,

Emporte les blés, je te suis,

Je te promets de ne pas faire une maison avec des cailloux,

De ne pas suivre les lézards jusqu’à l’autre côté de la montagne !

Je veux retourner à l’enfance !!

Nâzi : Quoi de plus ? Tu ne veux rien d’autre ?

Moi : Nâzi, aide-moi !

Nâzi : Qu´est-qui t´arrive tout à coup ?

Moi : J´ai froid !! Comme le commencement de la vie de l’edelweiss.

Nâzi : Que puis-je faire ? Hein ? Que puis-je faire ?

Moi : J’ai froid !!Comme la fin de la terre.

Pourquoi nous voyons ?

Pourquoi nous comprenons ?

Pourquoi nous demandons ?

Je veux retourner à l’enfance. Je promets de ne pas sortir de la maison, de ne pas suivre mon ombre.

Nâzi : Ce n´est pas possible !!

Les chaussures du retour sont trop petites pour nos pieds.

Moi : Je ne peux pas retourner pieds nus ?

Nâzi : Le pont de retour ne peut supporter notre poids !

Le retour est impossible.

Moi : Qui est-ce qui je dois voir pour franchir l’impossible ?

Nâzi : Le rêve !!!

Moi : Où est-ce que je peux le visiter ?

Nâzi : Dans le sommeil !!

Moi : Le sommeil ne vient pas à mes yeux !

Nâzi : Compte, compte jusqu’à trente

Un, deux…

Moi : Un, deux…

Nâzi : Trois, quatre.


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