Située au nord-est de l’Iran, la province iranienne de l’Azerbaïdjan oriental est entourée des provinces d’Ardébil à l’est, d’Azerbaïdjan occidental à l’ouest, de Zanjan au sud, et partage ses frontières avec l’Arménie (sur 35 km) ainsi qu’avec la République d’Azerbaïdjan au nord (sur 200 km). Sa capitale administrative est Tabriz. Le nom d’Azerbaïdjan serait issu du nom du satrape achéménide Media Atropates, et fut ensuite retenu par Alexandre pour désigner la zone occupée désormais en partie par la province de l’Azerbaïdjan Oriental. Son usage fut ensuite conservé par ses successeurs. Nous retrouvons ce nom dans des écrits anciens sous la forme de آtourpâtakân en moyen persan ou encore de "Âzarbâdegân" ou "Âzarbâigân" en persan. Il apparaît sous la forme de "Atropateneh" et "Tropatene en grec, "Âtrpatakan" en arménien et "آzarbijân" en arabe. Les historiens lui ont également attribué d’autres sens, comme le fait de signifier "temple de feu" ou "gardien du feu" (de âzar, feu et bâykân, gardien).

Géographie et climat

L’Azerbaïdjan oriental s’étend sur une superficie de près de 47 830 km². Cette province est majoritairement montagneuse, et comprend sept chaînes de montagnes : celle de Qara Dâgh (Arasbârân), la plus au nord, commence à Divân-e Dâgh pour s’arrêter à Darreh Roud (littéralement "la vallée de la rivière"). La chaîne de Ghousheh Dâgh commence au sud de Qara Dâgh et se prolonge jusqu’à Sabalân. L’ensemble des volcans de Sabalân constitue la frontière commune entre les provinces de l’Azerbaïdjan oriental et d’Ardebil. La chaîne de montagnes de Mishou et Mourou s’étend de l’ouest de la province aux hauteurs de Oun ebn-e Ali (Eynâli) et Shabli, celle de Bozghoush sépare les villes de Miyâneh et de Sarâb. La chaîne de volcans de Sahand se situe au sud de Tabriz. Enfin, la chaîne de montagnes Takht-e Soleymân s’étend à partir du sud de Sahand et descend vers le sud. Les principales zones montagneuses sont constituées des montagnes de Qara Dâgh et de celles comprenant les montagnes de Sahand et de Bozghoush. Le point culminant de la province est le mont Sahand, à 3722 mètres, situé à 50 km au sud de Tabriz, et son point le plus bas se situe aux alentours du lac d’Oroumieh, à 1220 m. Au milieu de l’importante superficie occupée par les montagnes, la province comporte deux principales zones habitables : la plaine de Tchâldorân et une large vallée au nord-ouest, ainsi que la plaine de Moghân au nord-est. La province comprend d’autres plaines formées par les montagnes dont celles de Tabriz, de Marand ou encore de Marâgheh.

Lac d’Oroumieh

De par son relief et sa concentration importante de montagnes, cette province bénéficie globalement d’un climat frais et sec. Néanmoins, de par l’importance de sa superficie, elle comprend des environnements et climats variés, les températures pouvant atteindre 45؛C à Miyâneh et Jolfâ, et -46؛C à Bostân Abâd – écart qui reflète en lui-même la diversité des microclimats. La moyenne annuelle des précipitations est de 250 à 300 ml. Les courants d’air venant de la mer Caspienne contribuent à adoucir le climat des plaines et vallées. Dans l’ensemble, la majorité de la province est exposée à des vents frais et humides venant de l’est et présents en toute saison, apportant la pluie durant les saisons chaudes, et la neige en hiver.

La biosphère d’Arasbârân, région d’Aynâlou

La province comprend une riche faune et flore, ainsi que deux biosphères reconnues par l’UNESCO : le lac d’Oroumieh, et une zone située à Arasbârân. La biosphère du lac d’Oroumieh – qui a également le statut de Parc national et de site Ramsar - rassemble le lac lui-même ainsi que la zone située autour comprenant des marais salants, des forêts et steppes, ainsi que de nombreux habitats situés en terre humide et en sols sableux. Près de 211 000 personnes habitent dans la zone dite "de transition" de la réserve et vivent d’agriculture, d’horticulture, d’élevage, d’artisanat et de l’exploitation minière. Des entreprises et industries y jouent également un rôle économique majeur. Cette zone tampon a vu se développer des activités de loisir, l’écotourisme, l’extraction de sel ainsi que la chasse réglementée.

La biosphère de Arasbârân est quant à elle située au nord de l’Iran, près des frontières de l’Arménie et de la République d’Azerbaïdjan. Elle comprend un grand nombre de forêts, rivières et sources ainsi que des montagnes dont le point culminant atteint 2 200 m, des pâturages alpins, ainsi que des steppes semi-arides. Elle est le lieu de résidence d’environ 23 000 nomades vivant grâce à des activités agricoles, d’élevage, d’horticulture, d’apiculture et d’artisanat, et attire un nombre croissant de touristes.

La montagne Aynâlou, dans la biosphère d’Arasbârân, près de Kaleybar

Population et villes

La province compte une population de près de 4 millions de personnes (environ 5% de la population iranienne), ce qui en fait la province à la fois la plus grande et la plus peuplée du nord-ouest de l’Iran. Tabriz, sa capitale, est la ville la plus importance de la province, tant par sa population que par son poids économique, commercial et historique. Cette province est divisée en douze départements dont les chefs-lieux sont Ahar, Bostân Abâd, Bonâb, Tabriz, Sarâb, Shabestar, Keleybar, Marâgheh, Marand, Miyâneh, Haris, Hashtroud. Elle comprend également un nombre très important de petits villages situés à proximité des villes ou en montagne.

Les habitants de la province parlent le persan et en grande majorité l’azéri, langue de la famille ouralo-altaïque. L’azéri moderne est une langue turque très proche de celle parlée dans la province iranienne d’Azerbaïdjan occidental et en Turquie. Elle possède de riches traditions. L’Azerbaïdjan est mentionné dans de nombreuses œuvres classiques iraniennes comme étant une terre de "nobles et de grands" (Vis o Râmin), ou encore de "sages et d’hommes libres" (Nezâmi). Cette province est également le lieu de naissance d’importantes personnalités du pays telles que le maître de Mowlânâ, Shams-e Tabrizi, les poètes Ghatrân Tabrizi, Parvin E’tesâmi, Iraj Mirzâ, et Shahryâr, les chefs révolutionnaires Sattâr Khân et Bâgher Khân, ainsi que de plusieurs personnalités politiques contemporaines dont le guide actuel de la République Islamique, l’Ayatollah ’Ali Khamene’i.

Economie et industrie

La province renferme de nombreuses richesses naturelles dont de nombreux minéraux, avec près de 180 mines dont 120 actuellement exploitées. Cette richesse a contribué au développement d’une industrie diversifiée, faisant de l’Azerbaïdjan oriental l’un des centres productifs de l’Iran, rassemblant près de 5000 usines dont près de 800 appartiennent au domaine de l’industrie. La production industrielle de la province représente 6% de la production industrielle nationale. Dans le domaine de l’industrie lourde, Tabriz compte notamment une industrie automobile, des raffineries pétrolières ainsi que des complexes industriels pétrochimiques, Ahar abrite des industries spécialisées dans le cuivre et la syénite. La province abrite également des fonderies d’acier, des usines de production de papier à Marâgheh et des usines de production de verre. La province produit également du cuir, des chaussures, et de nombreux produits alimentaires. Elle contient certaines des meilleures universités techniques d’Iran.

L’artisanat de la province

La province de l’Azerbaïdjan oriental est l’un des centres les plus importants d’artisanat en Iran. La plupart des produits artisanaux sont fabriqués à Tabriz, le plus fameux étant les tapis, unique de par ses motifs et couleurs, et qui a contribué à rendre célèbre les tapis iraniens. Si Tabriz demeure le centre de production le plus important, la production de tapis est largement répandue dans l’ensemble de la province, qui comporte près de 66 000 unités de production employant près de 200 000 personnes – une grande partie de la production étant destinée à l’exportation. Ainsi, 70% des exportations de tapis sont des tapis tissés en Azerbaïdjan oriental, et la production de l’Azerbaïdjan Oriental représente 35% de la production nationale. Cette activité a un long passé historique dans la province, et était répandue dès l’époque seldjoukide et ilkhanide, ainsi que l’attestent les miniatures de cette époque et d’anciens manuscrits. Cet artisanat s’est développé pour atteindre un niveau de perfection sous les Teymourides puis les Safavides, tout en s’enrichissant de nouveau motifs comme les fleurs et arbustes (gol o bouteh), le toranj et le latchak, différents types d’animaux… Les couleurs se sont également diversifiées et de nouveaux matériaux comme la soie ont été utilisés, induisant une amélioration de la finesse, de la qualité, et un accroissement de la beauté des tapis. La préservation et la présence séculaire de cet artisanat en Iran sont souvent attribuées au rôle des tisseurs de cette région. Outre les tapis classiques (qâli), la province est célèbre pour ses qâlitcheh (petits tapis), djâdjim (tapis tissés de grosse laine), et gelim de toutes tailles. La province produit également des tissus de soie cousus de fil d’or, artisanat ayant aussi un long passé historique dans la région. L’époque safavide fut la période faste de cet artisanat. Il est possible d’en admirer les plus belles pièces au musée de l’Astân Ghods Razavi à Mashhad et au Musée des arts décoratifs d’Ispahan.

Tapis de Tabriz à motifs compartimenté, 1880

Outre le tapis, la province produit également des produits artisanaux variés comme le shâl (longue pièces de coton portée par les femmes ou les hommes autour de la taille), le khordjin (sacoches de selle), des tissus en laine ou en soie, différents artisanats liés au bois (marqueterie (khâtam), travaux d’incrustation et de cisellement (mo’arragh)) et aux métaux (travaux de cisellement (ghalam zani), gravure et polissage (hakkâki)), des broderies avec fils d’or et d’argent (malileh douzi)), l’ornement d’ouvrages (enluminures, miniatures), des tableaux tissés, le tissage de serviettes et de couvertures, la confection de chaussures, le soufflage de verre…

Rue sauvage tressée, artisanat de Tabriz

La province fabrique également de nombreux objets en argent (noghreh sâzi), artisanat qui a aussi un long passé historique. S’il comptait encore près de 25 ateliers dans la province il y a une vingtaine d’année, cet artisanat est malheureusement en train de disparaître. Les poteries et divers travaux de céramique sont également produits dans la province, notamment dans les ateliers situés dans les villes de Zanour – qui bénéficie d’une glaise particulièrement appropriée - et de Tabriz. Cet artisanat est enseigné et connaît un nouveau développement grâce aux activités et cours organisés par le Centre des arts traditionnels de l’Héritage culturel de l’Azerbaïdjan oriental (markaz-e honar-hâye sonnati-e mirâs-e farhangui-e Azerbâidjân-e sharghi). La broderie (souzandouzi) fait également partie des artisanats traditionnels de la province, notamment à Mamaqân, village situé à 50 km à l’ouest de Tabriz. Si l’artisanat connaît un fort déclin face à l’industrie du textile et aux importations à bas prix de broderies industrielles, il est de nouveau encouragé par l’Organisation iranienne des artisanats (sâzmân-e sanâye’ dasti). Le tressage de paniers est également l’un des artisanats de Tabriz, Marâgheh, Marand ainsi que dans les villages de Bonâb, Bahrâm et Kashksarâ’i ; les produits se caractérisant par leur exceptionnelle finesse.

Savon produit à Marâgheh
Orfèvrerie sur argent, artisanat de Tabriz (noghreh sâzi)
Production de shâl en soie à Oskou
Varni Bafi, Produits artisanaux de Arasbârân
La montagne Mishou

Sources
- Alizâdeh, Nasrin, "Ostân-e Azerbâidjân-e sharghi" (La province de l’Azerbaïdjan oriental), Dânesh-e djogrâfiâ, hiver-printemps 1379-80, 2e année, no. 3.
- Encyclopaedia Iranica : www.iranicaonline.org
- http://www.iranicaonline.org/articles/azerbaijan-index
- Site de l’Unesco sur les biosphères de la province : www.unesco.org
- www.wikipedia.org


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