N° 92, juillet 2013

Pensée iranienne contemporaine – études religieuses et philosophiques (XI)

Commentaire du verset de la Lumière
(ayat al-nûr)
de ’Allâmeh Seyyed Mohammad-Hossein Hosseini Tehrâni*
(5ème partie)


Amélie Neuve-Eglise

Voir en ligne : Pensée iranienne contemporaine – études religieuses et philosophiques (IX)
Commentaire du verset de la Lumière (ayat al-nûr)
de ’Allâmeh Seyyed Mohammad-Hossein Hosseini Tehrâni*
(4ème partie)


Dans les parties précédentes [1], nous avons vu que la lumière signifiait ce qui est apparent en lui-même (zâhir li-zhâtihi) et fait apparaître ce qui est autre que lui (muzhir li-ghayrihi). Dieu peut donc être réellement qualifié de Lumière (nour), dans le sens d’existence par laquelle l’ensemble des êtres existe, constituant à leur tour autant de signes et de manifestations du divin.

"Si les hommes connaissaient la valeur de la connaissance de Dieu,

ils ne jetteraient pas leurs regards sur les attraits de la vie de ce monde. […]

En vérité, la connaissance de Dieu est le compagnon de tout esseulement, l’ami de toute solitude,

la lumière de toute obscurité, la force de toute faiblesse et le remède de toute maladie."

Imâm Sâdeq, Al-Kâfi, vol. 8, p. 247, no. 347

اللَّهُ نُورُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ

"Dieu est la Lumière des cieux et de la terre." (24:35)

Dans les parties précédentes [2], nous avons vu que la lumière signifiait ce qui est apparent en lui-même (zâhir li-zhâtihi) et fait apparaître ce qui est autre que lui (muzhir li-ghayrihi). Dieu peut donc être réellement qualifié de Lumière (nour), dans le sens d’existence par laquelle l’ensemble des êtres existe, constituant à leur tour autant de signes et de manifestations du divin. Nous avons également souligné que ces "signes" montrant différents aspects de Dieu se situent à la fois aux horizons (fi al-âfâq) et dans les âmes (anfusi). Sur cette base, "Dieu est la lumière des cieux et de la terre", et chaque être, chaque cellule et chaque atome constituent une manifestation de cette présence divine qui embrasse tout. "Voir" un être implique donc d’avoir vu Dieu avant lui, en tant qu’Il est son Créateur et un aspect de Sa réalité manifestée. Sur cette base, l’Imâm ’Ali a affirmé que "Dieu est dans les choses, mais sans être mélangé à elles, et Dieu est hors des choses, mais sans en être séparé." [3] Dieu reste néanmoins caché de par la force de Sa manifestation et du fait que Sa Présence remplit tout lieu. Il est voilé aux regards du fait de l’intensité de Sa proximité. L’idée même de "proximité", qui implique à la fois une séparation et un rapprochement, n’est pas ici appropriée : Dieu n’est dès le départ pas séparé de Sa manifestation, Il est ce par quoi l’ensemble des êtres sont. Il est encore plus apparent que ce qui est apparent. Dans ce sens, le Coran parle de Dieu comme Celui qui est "plus près de lui [l’homme] que sa veine jugulaire" (50:16).

Calligraphie du verset de la lumière

Lorsque nous ouvrons les yeux et regardons les êtres autour de nous, les rayonnements lumineux se reflètent dans notre œil, et grâce à eux, nous voyons les choses. Dans ce sens, Dieu et les choses peuvent être comparés aux rayonnements et aux objets que nous voyons : le rayonnement de lumière est si proche de notre œil, il s’unit avec lui de telle façon que nous ne le voyons plus, mais seulement les objets qu’il nous montre. Mais avant même de voir les choses, nous avons en réalité vu, sans nous en rendre compte, ce rayonnement et cette réflexion. Ici, la proximité est donc à prendre au sens figuré, car il n’est même plus question d’une quelconque séparation ni dualité.

L’homme est constamment en présence de Dieu dans chaque aspect de son existence. Un maître gnostique avait plusieurs élèves dont l’un était plus jeune que les autres. Ce dernier était l’objet d’un respect particulier de la part du maître, ce qui suscitait un certain étonnement chez les autres élèves. Un jour, en vue de leur en faire comprendre la raison, le maître demanda à chacun de tuer une poule dans un endroit où il ne serait vu de personne, puis ensuite de se rendre auprès de lui. Chaque élève fit ce que le maître avait dit puis se rendit près de lui. Le plus jeune tarda à venir, tarda encore et vint finalement avec une poule vivante dans les bras. Le maître lui demanda : "Pourquoi ne l’as-tu pas tuée ?" Il répondit : "Partout où je suis allé, j’ai vu que la condition que vous aviez mentionnée ne pouvait être remplie. Vous aviez dit de la tuer à un endroit où je ne serai vu de personne. Or, partout où je suis allé, Dieu était là. Je l’ai donc apportée ainsi…"

Nous sommes à la recherche de Dieu, mais où peut-on aller où Dieu ne soit pas ? Nous comprenons la nuit grâce au jour, le blanc grâce au noir, l’eau grâce à l’air… mais où pouvons-nous trouver le néant absolu et l’absence pour comprendre l’Existence, cette Présence qui remplit tout ?! Tout comme le poisson resté toute sa vie dans l’eau ne peut comprendre le sens de l’eau ni la voir, à moins d’être projeté hors de l’eau, l’homme n’est entouré que par l’Existence et les manifestations de Dieu. En réalité, il n’a jamais vu que Dieu pour pouvoir se rendre compte de ce qui n’est "pas Dieu".

Dieu est donc voilé par l’intensité de Sa lumière : Son apparition omniprésente le voile. Ce principe central est exprimé par ce verset du Coran : "Il est le Premier et le Dernier, l’Apparent et le Caché, Il est l’Omniscient." (57:3). Pourquoi et comment même aller à la recherche de Dieu ? Lui qui est l’Apparence de tout apparent… Tels des poissons n’ayant connu que l’eau et ignorant ce qu’elle est, nous vivons en permanence au milieu de Ses grâces et signes. N’ayant jamais vu que Lui, nous demandons : "Où est Dieu ?"

Le problème majeur de l’homme est qu’il tend à considérer Dieu comme une "chose" hors du monde, dans le ciel et éloignée de lui, ainsi qu’à prendre les objets divers et limités de ce monde comme autant de réalités indépendantes à posséder. Viennent alors l’ambition, l’hypocrisie, la guerre. Lorsque le cœur ne voit que des "choses" séparées, il ne peut voir Dieu, comme ce poisson qui ne peut saisir la réalité de l’eau. Dieu est à la fois "l’Apparent et le Caché". Or, le Caché ne se dévoile qu’en exerçant son regard intérieur à discerner l’Unité dans la multiplicité, pour ne finalement voir les choses non plus comme autant de phénomènes indépendants, mais comme subsistant par Lui et Le manifestant. Une personne ayant atteint un tel regard, qui ne s’obtient que par un processus de purification intérieure, se rendra compte que Dieu n’est aucunement voilé, et que le voile nous Le cachant n’est que la limitation et les failles de notre propre regard. Nous sommes telle une personne dont les yeux seraient chargés de poussière face au soleil : le soleil est là dans son intense luminosité, il suffit juste de purifier son regard et son miroir intérieur pour qu’il s’y reflète le plus justement possible.

Néanmoins, quel est le sens exact de cette rencontre et de cette vision ? L’être humain peut-il parvenir à saisir l’ensemble des Noms divins, et l’Essence divine même ?

Les attributs divins sont divisés en deux, non pas dans le sens où Dieu aurait deux types d’attributs distincts, mais où Il a par rapport à nous et à la compréhension que nous en avons, deux miséricordes, deux savoirs, deux puissances… : ce que nous pouvons en comprendre et saisir dans notre être, et ce qui nous échappe du fait même de nos propres limitations. Ces deux aspects sont évoqués dans le verset suivant : "Béni soit le Nom de ton Seigneur, Plein de Majesté (al-jalâl) et de Magnificence (al-ikrâm)" (55:78) ; la Magnificence exprimant l’équivalent de la beauté (jamâl) que nous avons évoquée. Les attributs de beauté sont la lumière, la puissance, la science et la vie, l’ensemble des attributs remplissant le monde et que nous pouvons saisir. Toute créature est donc chacune à sa mesure un reflet de la beauté divine et de Ses attributs. Nous qualifions donc les manifestations de la beauté divine, sa miséricorde, sa vie, sa science… que nous voyons et percevons dans les êtres d’attributs de beauté (sefât-e jamâli). Face à cela, lorsque ces mêmes attributs se trouvent dans une créature ou une réalité que nous ne pouvons saisir par notre compréhension, ces attributs sont qualifiés de jalâli désignant ce qui, par rapport à nous, a une telle splendeur et sublimité que nous ne pouvons le saisir à notre propre degré limité d’existence. Tout jalâl ou "réalité majestueuse" exprime donc ce qui n’est pas compréhensible dans le sens à la fois de compréhension intellectuelle et d’embrassement concret et existentiel pour une créature située à un rang particulier. Dieu a en effet créé chaque être selon une essence aux limites déterminées qu’il ne peut franchir sans s’anéantir lui-même et ne plus être ce qu’il est.

A titre d’exemple, lorsqu’un enfant va à l’école pour la première fois, il commence à apprendre l’alphabet. Cet apprentissage est à sa portée, les lettres sont donc pour lui un jamâl. Néanmoins, le savoir de son maître est pour lui insaisissable, il ne peut même pas en imaginer l’étendue : il constitue un jalâl par rapport à lui. Cette science est la même dans son essence que ce qu’il apprend au travers l’alphabet, mais a un degré plus élevé et intense que l’existence actuelle de l’élève ne peut embrasser et supporter. De même, quelques centaines d’euros possédés par une personne modeste sont pour elle un jamâl, mais si cette même personne recevait un héritage d’un milliard d’euros, elle aurait une crise cardiaque et ne pourrait "supporter" une telle nouvelle ; cette somme serait donc pour elle un jalâl. De même, sa propre contenance en eau est pour le verre un jamâl, mais cent litres constituent pour lui un jalâl, qu’il ne peut recevoir sans se briser.

Les deux aspects de jamâl et de jalâl des Noms divins ne signifient donc pas que des attributs contraires ou distincts – les uns qualifiés de "jamâl" et les autres de "jalâl" - seraient issus de deux aspects séparés de l’essence divine, mais qu’à partir de chacun des attributs manifestés, nous pouvons effectuer deux considérations : en premier lieu, prendre en compte ce qui est manifesté dans les différents êtres limités et qui se situe à notre degré propre de compréhension - le jamâl -, et en second lieu, ce qui est situé à un degré supérieur et est pour nous insaisissable - le jalâl. Cette idée est illustrée par la réaction des femmes d’Egypte lorsqu’elles virent la beauté de Joseph telle qu’elle est décrite dans le Coran : n’ayant pas la capacité existentielle de contempler une telle beauté, elles sont prises d’une telle confusion en le voyant qu’elles se coupent les mains avec les couteaux qu’on leur avait donnés : "Lorsqu’elle [Zoleikha] eut vent de leurs méchants commérages, elle les invita chez elle à un banquet, et remit à chacune d’elles un couteau. Puis elle ordonna à Joseph de paraître. Dès qu’elles l’aperçurent, elles furent émerveillées au point que, dans leur trouble, elles se tailladèrent les mains, en s’écriant : "Grand Dieu ! Ce n’est pas un être humain, mais c’est un ange merveilleux !" (12:31) De même, il est rapporté que lors de l’ascension céleste (mi’râj) du prophète Mohammad qu’il effectua en compagnie de l’ange Gabriel, ils parvinrent ultimement au degré de la Suprême grandeur divine. Gabriel ne put alors avancer davantage sous peine de se brûler les ailes, car ce degré était plus intense et élevé que sa propre existence.

’Allâmeh Tehrâni

Autrement dit, tout comme la lumière du soleil, on ne peut diviser la lumière divine en deux lumières distinctes, dont l’une serait jalâli et l’autre jamâli. Tout n’est qu’une même et unique lumière. Cependant, lorsque cette lumière descend sur le monde, elle se fractionne en de multiples degrés de plus ou moins grande intensité : certains sont perceptibles par nos yeux, tandis que d’autres sont si éblouissants que nous ne pouvons les contempler ni même imaginer l’intensité de leur lumière. Si nous voulions voir une telle intensité de lumière, nos yeux seraient instantanément brûlés. La lumière que nous pouvons contempler est donc pour nous un jamâl, alors que celle qui nous brûle est un jalâl. En résumé, jalâl et jamâl sont deux considérations du point de vue de la capacité de chaque être dans sa détermination et son essence propre à percevoir les manifestations divines : lorsqu’un être peut saisir une perfection particulière, cette dernière est qualifiée de jamâl, et lorsqu’il ne le peut, cette perfection devient un jalâl par rapport à lui.

Revenons maintenant à la question du "voile" existant entre l’homme et Dieu. Pourquoi un tel voile existe ? Et de quoi parle-t-on exactement lorsque l’on évoque un "voile" ? En reprenant l’exemple du soleil, il est clair qu’il n’existe aucun voile entre l’homme et le soleil qui lui cacherait une partie de sa lumière. Ce n’est que la faiblesse de notre vision qui constitue un voile l’empêchant de le contempler dans toute sa luminosité. S’il l’on excepte cela, "rien" et "aucune chose" n’existe entre le soleil et l’homme. Le soleil lui-même ne produit aucun rayon ou obstacle particulier qui empêcherait de le contempler. Le soleil ne fait que produire de la lumière. Ce sont donc les manques et faiblesses de notre propre vision qui empêchent de voir le jalâl et la Majesté divine dans toute sa splendeur, et non la lumière en elle-même. Le "voile" n’est donc en réalité pas une réalité concrète, mais un manque, un néant. Si ce néant laisse peu à peu place à l’existence, si la vision se renforce, la Lumière pourra être perçue et contemplée dans toute sa beauté originelle. Comme le verre qui ne peut contenir la mer, c’est l’aspect limité de son existence qui constitue le voile entre le croyant et Dieu. La détermination limitée est voile. Le voile n’est donc pas ce qui est, mais ce qui n’est pas, ce qui a une existence faible et enserrée dans des limites déterminées. Déchirer le voile implique donc de briser les déterminations et l’aspect limité de son existence. Lorsque le limité laisse place à l’illimité, tout voile entre l’homme et Son créateur s’efface. Cette réalité est exprimée dans plusieurs hadiths selon lesquels Dieu est trop miséricordieux et éminent pour pouvoir se voiler à une chose et qu’une chose puisse lui être voilée. [4] Selon un hadith de l’Imâm Kâzem, "il n’y a pas entre Lui et sa création d’autre voile que Sa création elle-même ; Il s’est voilé sans voile le voilant […] point de dieu hormis Lui, il est le Grand, le Très-Haut." [5] C’est également dans ce sens que l’on peut comprendre ce fameux vers de Hâfez : "Tu es ton propre voile, ô Hâfez, éloigne-toi de toi-même !" Par conséquent, selon l’Imâm Sâdeq, "Celui qui prétend connaître Dieu au travers d’un voile, d’une forme ou d’un modèle est un associationniste, car le voile, la forme et le modèle sont autres que Lui, et Il est l’Un et l’Unifié ; […] Celui qui connaît Dieu est celui qui Le connaît par Dieu." [6]

Celui qui veut arriver à Dieu même, à Son essence, doit oublier les limites de son propre être et s’immerger dans l’تtre illimité. Il doit éloigner de lui tout ce qui à trait au néant, à la mort et à la limitation, afin de franchir les degrés de jamâl pour atteindre le jalâl - tel cet enfant entrant en classe qui ne peut déchiffrer les lettres et dont la lecture est pour lui un jalâl, et qui devient peu à peu, par de nombreux efforts, un grand érudit. L’ascension spirituelle consiste ainsi à élargir et effacer les limites de son existence pour transformer peu à peu les jalâl en jamâl, et à se rendre capable de percevoir les hauts degrés des Noms et Attributs divins. Dans ce sens, celui qui chemine vers Dieu ne doit pas s’attacher et convoiter le limité et l’éphémère, qui limitera son être même à ces choses limitées. Cette démarche va de pair avec une compréhension du néant essentiel de son être, du fait qu’il n’est rien en lui-même et que tout vient de Dieu. L’égoïsme, l’arrogance et le moi constituent autant de voiles entre lui et Dieu. Le pèlerin doit donc briser les limites de sa propre existence constituées par son égo, nettoyer le miroir de son cœur pour que Dieu puisse s’y manifester.

Calligraphie du verset de la lumière

On demanda un jour à un éminent érudit : "Quelle est la preuve de l’existence du Créateur ?" il répondit : "Lorsque le jour se lève, plus besoin de lampe." Lorsque l’ensemble de la création est la manifestation de Dieu, comment peut-on encore s’interroger sur la preuve de Dieu ? Dans ce sens, on demanda un jour au Prophète : "Par quoi as-tu connu Dieu ?" Il répondit : "J’ai connu les choses par Dieu." [7]

Il est parfois attribué à Dieu des attributs dits "négatifs" et "positifs". Ses attributs positifs sont la science, la puissance, la vie… alors que les attributs négatifs sont le fait de ne pas avoir de corps ni de matière, de ne pas se situer dans un lieu ou un temps défini, etc. Pour autant, ces deux types d’attributs ne correspondent pas à deux réalités distinctes dans l’تtre divin car dans ce cas, Dieu serait divisible et composé, et Son unicité se trouverait remise en cause. En réalité, ces attributs négatifs correspondent à la négation d’une négation, et non à une réalité distincte et concrète dans Son essence. Ainsi, le fait de ne pas avoir de lieu particulier signifie par exemple d’avoir une étendue existentielle illimitée, etc. L’ensemble des attributs négatifs vient réfuter l’idée que Dieu pourrait avoir un quelconque aspect de possibilité et de limitation. De même, ce que nous qualifions d’attributs jalâli ne doit pas être compris comme faisait référence à une réalité distincte des attributs jamâli, tout comme la lumière que nous ne pouvons fixer des yeux n’est pas distincte de celle que notre vue tolère, mais une réalité unique constituée de degrés distincts, et que nous fractionnons par rapport à la capacité de notre vision. Ainsi, la notion de jalâl n’a de sens que face à un manque, à une limitation existentielle qui ne peut saisir et embrasser une réalité au-dessus d’elle qui la dépasse. S’il n’existe pas d’élève face à un maître, le jalâl du savoir n’a pas de sens, de même que pour la puissance s’il n’existe pas de serviteur face au roi. Dieu est donc beau (jamil), et Sa beauté se confond avec Son jalâl. Comme le dit une prière : "Ô celui qui a manifesté le beau, et a dissimulé le laid", ce qui est laid n’étant autre que ce qui est limité et voué au néant.

Sur cette base, il n’existe pas de "vide" ni de séparation dans le Réel, et par sa foi et ses actes, le croyant peut s’élever dans les degrés de l’être. Plus il s’élève, et plus ce qui était auparavant pour lui du jalâl devient du jamâl, jusqu’à ce que tout jalâl s’efface et qu’il connaisse Dieu tel qu’Il est. A l’inverse, celui qui est dénué de foi se concentre sur son être et prend pour des perfections les multiples aspects éphémères et égoïstes liés au "moi" qui constituent autant de voiles entre lui et son Créateur, et enserrent son être dans les limites qu’il s’est lui-même fixées. Si l’homme veut parvenir à la perfection, il faut, tel un enfant qui va pour la première fois à l’école, qu’il déchire le voile de son ignorance et de ses limitations en apprenant quelques lettres, puis un mot, pour pouvoir ensuite lire des ouvrages entiers… jusqu’à embrasser le monde de sa science. De même, le pèlerin doit peu à peu se déprendre des degrés limités de sa propre existence, de ses désirs éphémères, afin que tout ce qui est pour lui un jalâl se transforme en jamâl. Il pourra alors réaliser en lui et embrasser l’ensemble des Noms et Attributs divins, jusqu’à l’Essence divine, devenant ainsi l’Homme parfait et Sa lumière la plus éminente.

* Hazrat-e ’Allâmeh Ayatollah Hâjj Seyyed Mohammad Hossein Hosseini Tehrâni, Tafsir Ayeh-ye Nour, Maktab-e Vahi, 1390 (2011).

Notes

[1Voir le numéro précédent de La Revue de Téhéran.

[2Voir le numéro précédent de La Revue de Téhéran.

[3Sharh al-Asmâ’ al-Hosnâ, vol. 2, p. 96.

[4Tafsir al-Mizân, vol. 6, p. 172 ; vol. 8, p. 263.

[5Tawhid ’elmi va ’ayni, p. 312, ta’liqeh-ye 1.

[6Tawhid Sadouq, p. 143 ; Tuhaf al-’Uqul, p. 328 ; Tafsir al-Mizan, vol. 8, p. 265.

[7Tafsir Mansoub be Ibn Arabi, vol. 2, p. 238 ; Sharh Fosous al-Hikam Qeysari, p. 582.


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