Le désert, encore. Ondulant à l’horizon, indéfiniment. Des montagnes parfois, ponctuant l’ondulation, pour distraire un peu.

Et ces oasis fantastiques au milieu du désert ! Ispahan, Shiraz, Yazd, Kerman, Kashan... Ces cités antiques aux racines enfouies dans le temps. La nuit des temps. Mille fois mille et une nuits, et beaucoup plus encore. Des racines pivotantes, pour puiser l’Eau de Vie aux sources de la Terre. Et l’Energie. Et les répandre à la surface, recevoir l’énergie du Soleil... Alchimie, photosynthèse... Et le miracle de la Vie, fleurissant au milieu de nulle part.

La rose ancienne, la plus belle, au parfum inoubliable, en floraison perpétuelle. Depuis cette nuit des temps. Avant l’Indus, avant la Mésopotamie. Depuis Jiroft, la cité du fond des âges, où recule à chaque coup de pioche dans le sol l’origine de l’émergence.

Et l’Iran pioche. Et déblaie, et restaure. Redonne la vie aux morts. Fait revivre son patrimoine, obstinément. Abbassabad, Soltaniyeh, le Trône de Salomon... Des temples, des églises, des mosquées... Alamout aussi, cette forteresse écroulée à la frontière du ciel. Bam, demain, pour revivre elle aussi. Comme mu par un besoin pressant de remonter à ses racines, jusqu’à l’ultime, et y puiser sa quintessence.
Et qu’apparaisse un nouvel arbre, ce Cyprès immortel, sur un parterre de roses anciennes.

Le désert Lout, Kermân

... Se posera le Rossignol sur la plus haute branche.

Joli programme... Il y en a d’autres, hélas !

... Il y a les ténèbres à la porte. Aux deux portes. Côté levant, côté couchant. Les Princes de ce Monde ; ou la grande Babylone... Elle a conquis la petite, cette autre terre des origines. A pillé son patrimoine. Ses racines, ses preuves. Et rugit aux deux portes.

Le sang noir l’attire ! Et ce patrimoine fabuleux à piller aussi... Les racines, les preuves. Elle veut les arracher ces preuves, jusqu’aux tréfonds des terres ! Balayer les millénaires ; et les pétales de roses. Faire table rase. Pour que l’Humanité oublie son chant des origines, s’endorme dans sa médiocrité... Et que se lève l’humanoïde. "Homo mecanicus", robotisé, "gadgétisé", n’admirant plus un paysage, une œuvre d’art. N’admirant que lui-même, ou ses joujoux électroniques.

... Pour changer ce programme ? Une solution, une seule... Hiroshima, Nagasaki, multipliés par mille.

Ils ont dépassé Qom, la ville sainte, longent un grand lac de sel. Abordent le désert du désert... Pas même un buisson sec, ou trois poils d’herbe rase. Un relief fracassé. Et des couleurs de feu, de sang sous un soleil d’incandescence... La Terre, après les mille soleils.

Tombeau de Hâfez, Shirâz

... Un mirage à l’horizon ! Ou un miracle. Comme un triangle blanc, resplendissant, posé sur des brumes de chaleur. Et irradiant ces brumes pour les gagner à la lumière.

Le Damavand. Le royaume du Simorgh, poudré aux premières neiges de l’automne. Invulnérable. Ayant bravé les cataclysmes anciens. Et les futurs, à l’avance. Il est un bouclier, un fer de lance. Et le plus haut donjon d’Iran, dominant les remparts de l’Elbourz. Il se moque du feu des hommes. Et de ces princes de pacotille, aux royaumes sans racines, régnant par la magie du bluff, de l’illusion, du papier vert... Il en a vu passer d’autres ! Houlagou, Timour Lang... A laissé se répandre les tempêtes, les "tsunamis" ; puis les a tranquillement avalés, digérés, assimilés... Et sourit à ce souvenir.

Géhel n’aime pas le dernier programme. La violence, la guerre... ces princes de pacotille. Il leur préfère les va-nu-pieds, les poètes, les artistes... Et "zappe" sur le programme numéro un.

... A Shiraz, au Jardin du Livre du Monde, près du tombeau de Hâfez, un rossignol s’est posé sur la cime d’un cyprès.

Et s’apprête à chanter.


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1 Message

  • Les programmes 10 avril 2014 20:57

    Quelle belle écriture de Gilles LANNEAU !
    On est fasciné plus par la beauté des mots prononcés que par son documentaire.
    On oublie la beauté des paysages par rapport à sa belle écriture qui mérite non seulement un prix de littéraire en Français dans la revue de Téhéran mais un prix en FRANCE.
    Rare sont ceux qui ont ces belles écritures.

    Iradj Ansari


    *Pouvez vous proposez le prix de la littérature, chaque année dans le revue de Téhéran ?

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