N° 109, décembre 2014

Esmaïl Fassih :
l’un des premiers écrivains de la
littérature de guerre en Iran


Zahrâ Moussâkhâni


Esmaïl Fassih, auteur et traducteur, est né en 1934 dans le quartier Darkhoungâh à Téhéran. Il effectue ses études primaires à l’école Onsori avant d’intégrer le lycée Râhnamâ. Il part ensuite pour les ةtats­-Unis et obtient un diplôme en littérature anglaise. Le plus beau souvenir de Fassih à cette époque est sa rencontre avec Ernest Hemingway dans un café. Après être revenu en Iran, il est employé dans le sud de l’Iran à la compagnie nationale du pétrole iranien où il rencontre Sâdegh Tchoubak et Najaf Daryâbandari en 1963.

ہ Ahvâz, Fassih commence à écrire ses romans. Sa première œuvre, Sharâb-e Khâm (Le vin cru) fut publiée en 1968. En 1970, il publie le roman Del-e Kour (Cœur aveugle) ainsi que deux autres nouvelles. Le roman Dâstan-e Jâvid (L’histoire de Jâvid) publié en 1980 est basé sur la vie réelle d’un zoroastrien de l’époque qâdjâre.

Esmaïl Fassih dans sa jeunesse

En 1984, le roman Sorayâ dar eghmâ (Sorayâ dans le coma) devient l’un des romans post révolutionnaires qui rencontre le plus de succès. Il évoque l’angoisse, l’insécurité et la confusion qui hantent les vies bouleversées par la révolution, la guerre et l’émigration. Alors que l’Iran est en pleine guerre, Jalâl Aryân, personnage principal du roman, est obligé d’effectuer un voyage à Paris afin de pourvoir aux besoins de sa nièce Sorayâ, qui est dans le coma suite à une chute. Il se retrouve alors mêlé à un groupe d’expatriés iraniens coupés des réalités objectives de leur pays alors dans les premières années d’après la Révolution islamique.

En 1985, Fassih publie le roman Zemestân-e 62 (L’hiver 83). Son titre fait référence à l’hiver 1362 (1983), troisième année de la guerre Iran-Irak. ةtant donné que le roman a pour cadre et pour thème la guerre, il est considéré comme son plus important roman de guerre. Ce livre est remarquable notamment du fait de la description exacte et minutieuse des villes d’Ahvâz et d’Abâdân, où Fassih a vécu avant et pendant la guerre.

L’histoire est racontée par l’un des protagonistes familiers des romans de Fassih, Jalâl Aryân, qui est également le narrateur de la majorité de ses romans et de plusieurs de ses nouvelles. Dans cette œuvre, Jalâl Aryân effectue un voyage à Ahvâz durant la guerre afin d’organiser un stage de formation pour les employés d’une compagnie pétrolière.

Couverture du roman Zemestân-e 62 (L’hiver 83)

Zemestân-e 62 suscita également beaucoup d’intérêt critique et fut perçu comme un type distinct de littérature de guerre, unique dans la littérature persane moderne. Ainsi, l’auteur ne choisit pas de glorifier l’héroïsme militaire sur les champs de bataille, mais raconte l’histoire d’une panoplie de personnages appartenant à différentes catégories sociales et ayant diverses convictions politiques ; personnages tous aux prises avec la mort d’un être cher ou envisageant la probabilité de leur propre mort, et s’interrogeant sur la condition humaine dans un contexte marqué par la violence de la guerre.

Esmaïl Fassih fut l’un des écrivains les plus prolifiques de l’Iran. Il écrivit 21 romans, quatre recueils de nouvelles et deux récits publiés dans des revues littéraires. Le thème central de ses six nouvelles est la guerre, et c’est pour cette raison que Fassih a été considéré comme l’un des pionniers dans le domaine de la littérature de guerre iranienne. Il existe également un lien intertextuel entre ses romans et ses nouvelles ; les personnages principaux de ses œuvres restant toujours loin de la guerre et regrettant, à un certain moment de leur vie, de ne pas y avoir participé.

Couverture du roman Sorayyâ dar eghmâ (Sorayyâ dans le coma)

Bibliographie :
- Badi’i, E., Asl-e Asâr-e Fassih (Le principe des œuvres de Fassih), éd. Alborz, 2000.

- Fassih, E., Sorayâ dar eghmâ (Soraya dans le coma), Téhéran, éd. Zehn Aviz, 1984.
- Fassih, E., Zemestân-e 62 (L’hiver 83), Téhéran, éd. No, 1985.


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