N° 111, février 2015

Excursions aux environs de Téhéran


Mireille Ferreira


Passe d’Alexandre

Le circuit des 3000 vallées

L’été est une saison propice aux randonnées pédestres dans la chaîne de l’Alborz qui surplombe le nord de Téhéran, permettant d’échapper à la chaleur venue des plateaux arides de l’Iran central pour atteindre les zones tempérées de la Caspienne, tout en profitant des paysages grandioses et d’une nature intacte qui s’offrent au regard.

Partant de Téhéran un soir d’été en minibus avec un petit groupe de marcheurs, nous atteignons la petite ville de Tâleghân, point de départ de notre randonnée située au nord-est de Téhéran à 1800 mètres d’altitude.

Une réception de mariage bat son plein sur une place du village. Nous ne pouvons voir que les hommes, quelques-uns dansant et jouant de la musique. Les femmes dansent et chantent sous une toile de réception, à l’abri des regards étrangers. Faisant exception, la mariée, dont le visage est en partie caché par un grand capuchon blanc, quitte un moment ses invitées pour venir nous offrir quelques fruits en signe de bienvenue. Après ce petit intermède festif, nous reprenons notre minibus pour installer notre campement près d’un ruisseau, point de départ de notre randonnée du lendemain. Certains choisissent de dormir sous la tente, d’autres, les plus courageux, à la belle étoile. Le choix de la tente se révélera le meilleur car en pleine nuit, un orage éclate et des tentes doivent être montées à la hâte. Avant l’aube toutefois, nous sommes réveillés, baignant dans l’eau, les tentes n’étant pas à l’épreuve de cette forte et improbable pluie d’été.

Au matin, la pluie finit par se calmer. Nous prenons le petit déjeuner à quelques pas de notre campement, chez l’un des muletiers qui nous accompagneront dans notre circuit. Une succulente omelette aux dattes est préparée par Ali Rezâ, notre guide. Après quelques moments d’hésitation durant lesquels nous scrutons le ciel, nous finissons par nous lancer dans la longue marche qui nous mènera de 2200 à 3300 mètres d’altitude, sur les beaux sommets de la région d’Alam Kouh (la Montagne d’Alam), entre ruisseaux, névés et troupeaux. En soirée, au moment de monter les tentes, la pluie se remet à tomber mais, à notre grand soulagement, elle ne durera pas.

3000 vallées - Programme de rénovation de l’habitat rural

Au troisième jour, nous grimpons jusqu’à 4000 mètres, à travers prés et ruisseaux jusqu’au sommet du Gardoneh Kouh d’où l’on aperçoit neuf autres sommets alentours. Quelques mules portent nos paquetages et l’une d’elles me prête, à l’occasion, sa solide croupe lorsque je suis fatiguée. Les hommes formant le reste du groupe sont plus résistants, ou plus fiers, pour emprunter la même commodité.

Le soir de ce troisième jour, notre peine est récompensée, nous dressons notre campement près d’une source d’eau chaude, fréquentée par quelques familles de la vallée venues là en villégiature. Nous nous baignons tour à tour dans cette eau sulfureuse et ferrugineuse, très chaude, jaillissant dans une grotte minuscule qui ne contient pas plus de trois personnes à la fois. Une des jeunes filles qui m’accompagnent me fait réciter une formule traditionnelle, que je répète après elle en pénétrant dans l’eau. Le lendemain matin, avant notre départ, nos amis d’un soir, filles et garçons, viendront nous faire leurs adieux et prendre quelques photos de notre groupe.

Ce dernier jour nous mène vers une petite bourgade de montagne où quelques familles vivent près d’une rivière et de quelques maisons en ruine, vestiges du dernier tremblement de terre du printemps précédent, signe que l’Alborz est encore une zone sismique très active. Un programme de rénovation de l’habitat rural est en cours et le haut du village est parsemé de solides maisons de torchis en cours de construction, montées sur un socle de pierres, capable de résister à de violentes secousses.

Après quelques heures de marche, nous retrouvons notre minibus venu nous chercher pour notre retour à Téhéran. Nous sommes alors parvenus sur le versant nord de l’Alborz, proche de la mer Caspienne, que nous atteignons dans une grosse chaleur moite à travers un superbe paysage de végétation tropicale et de rizières.

Il faut savoir que nos muletiers, de vigoureux septuagénaires, auront parcouru, durant ces trois longues journées, la totalité du chemin, d’un pied sûr, guidant leurs mules et ne manifestant aucun signe de fatigue, alors que notre groupe de randonneurs était à la peine chaque jour. Au moment de les quitter, nous les remercions chaleureusement de nous avoir permis de découvrir ces fabuleux paysages de l’Alborz.

Le bas-relief qâdjâr de la Passe d’Alexandre

Promenade dans les eaux de la gorge de Vâshi (Tang-e Vâshi) dite Passe d’Alexandre, sur la trace des tribus qâdjâres

Au pied d’une masse minérale, formée d’un grand bloc de roches, long de plusieurs kilomètres et haut de 50 à 60 mètres, dénué de toute végétation, un gros torrent sort violemment par une étroite faille. Cette fissure, large de huit à douze mètres et haute de cinquante mètres, ressemble à un coup d’épée dans une grosse branche de bois tendre. C’est la Passe d’Alexandre, magnifique lieu de villégiature, situé à 120 kilomètres à l’est de Téhéran.

Les historiens nous apprennent que ce site est celui des Portes Caspiennes, évoquées dans les chroniques d’Alexandre le Grand : après la destruction de Persépolis, Alexandre poursuit Darius III, le roi perse, pour le battre définitivement et s’emparer de tout son empire. Il a été informé que Darius a emprunté ce chemin pour fuir vers l’Est. C’est après avoir quitté ces gorges qu’Alexandre et ses compagnons découvriront au bord du chemin le corps sans vie de Darius, assassiné et abandonné par ses compagnons.

Pas de chemin, ni de sentier pour longer ce torrent dont les eaux arrivent directement de la fonte des glaciers qui descendent d’environ 5 600 mètres du Mont Damâvand. La seule manière de progresser est de marcher directement dans le lit du torrent. Malgré la froideur de l’eau, venue directement des glaciers en amont, et la lenteur de la progression, en raison des galets qui tapissent le fond du torrent, cette promenade est bien agréable pendant les chaudes journées d’été. Le site est magique. L’eau pure, éclairée par une lumière tamisée qui parvient au fond de la gorge après une descente de 60 mètres à travers la faille rocheuse, s’écoule entre deux murs de roches blondes.

Passe d’Alexandre

Après 10 minutes de marche, une surprise attend le randonneur. Un immense bas-relief, taillé dans la roche, représente une scène de chasse où figurent le roi qâdjâr Fath Ali Shâh, qui régna de 1797 à 1834, et sa Cour. Il fait partie des neuf bas-reliefs rocheux représentant des scènes mythiques, de chasse ou de couronnement, gravées à l’époque de ce roi qâdjâr [1]. Le nom des différents personnages est indiqué, de même que l’information, en bas à droite, que ce bas-relief a été réalisé sur ordre du gouverneur de Firouzkouh, la localité la plus proche. Le texte autour du bas-relief conte l’histoire mythique des Qâdjârs, descendants de Gengis Khân.

La gorge de Vâshi fut empruntée par les tribus qâdjâres venues du Turkménistan, vers la plaine et Téhéran. Au XIXe siècle, les pâturages qui suivent ce premier défilé leur appartenaient. C’était également un des terrains de chasse au mouflon, réservé aux dignitaires. Le bas-relief indiquait en quelque sorte la porte d’entrée du « palais montagnard » des monarques.

Après quinze nouvelles minutes de marche, une large vallée bien verte apparaît, avec ses vaches, ses pâtures et ses haies de peupliers. Une fois arrivés au bout de cette vallée longue d’environ un kilomètre, il nous faut à nouveau marcher dans le torrent au fond d’une seconde faille. Après une petite marche agréable de vingt minutes, une belle cascade ferme le fond du canyon. Et là, en pleine chaleur estivale, peu résistent au plaisir de passer sous ce jet d’eau bienfaisant.

Nous décidons d’aller au-delà de cette cascade, point habituellement ultime des promeneurs locaux. Il nous faut donc quitter le lit du torrent et grimper un petit sentier le long de la falaise pour passer en amont de la cascade. Le chemin est escarpé mais assez court, et après le passage de gros rochers, la vallée s’élargit, le torrent se fait ruisseau et nous arrivons dans un pâturage marécageux peuplé de roseaux. Le retour vers Téhéran s’effectuera par le même chemin.

Muletiers des 3000 vallées

Notes

[1Pour des informations détaillées sur les bas-reliefs rocheux en Iran, voir les articles « L’évolution artistique des bas-reliefs rocheux en Iran » dans les numéros 94 et 95 de La Revue de Téhéran.


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3 Messages

  • Excursions aux environs de Téhéran 16 mai 2015 18:26, par malauzat antoine

    bonjour

    je suis un français expatrie etabli en Iran

    j’ai lu avec interet votre article sur les excursions dans les environs de Teheran et notamment la traversee de l’alborz a partir de Taleghan

    je souhaiterai savoi rs’il existe des guides ou organismes qui pourraient me faire revivre votre traversee cet ete ? dans l’affirmative avez vous la possibilite de me communiquer des contacts que je pourrai joindre pour organiser cette randonnée

    avec mes sinceres salutations,

    antoine malauzat

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    • Excursions aux environs de Téhéran 17 mai 2015 18:19, par Mireille Ferreira

      Pour Antoine Malauzat,
      Je vous indique l’adresse d’un organisme de tourisme à Téhéran, susceptible de vous aider :
      Arg e Jadid Travel C°
      Arg e Jadid building
      296 Motahari Ave - Teheran
      Adresse mail : info@atc.ir

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    • Excursions aux environs de Téhéran 19 mai 2015 13:34, par Mireille Ferreira

      A Antoine Malauzat
      J’ai également retrouvé les coordonnées du guide indépendant qui avait organisé cette excursion. Il s’agit de Mr Reza Bagheri, son adresse mail : r_bagheri@cooleriran.com
      son contact téléphonique : 0912 1012959
      Bonne chance

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