N° 113, avril 2015

L’artisanat et les vêtements traditionnels de la province de Fârs


Khadidjeh Nâderi Beni


De nombreux artisanats sont pratiqués depuis plusieurs siècles dans les différentes zones rurales et urbaines de la province de Fârs. Les métiers manuels principaux de la province sont la tapisserie, dont la confection du qâli et ses diverses variantes comme le kilim, le gabbeh, etc., la marqueterie (khâtamkâri), la sculpture sur bois (mo’arragh, monabbat rou-ye tchoub), la production de carreaux en céramique (mo’arragh-e serâmik), la peinture sur et sous verre, sur bois, la tuilerie (sofâlgari), l’enluminure (tazhib), la fabrication de chaussons en coton (givehbâfi) et la confection des vêtements traditionnels et folkloriques. Cet article comprend deux parties : la première est consacrée à la présentation de plusieurs réalisations artisanales du Fârs, et la seconde porte sur les vêtements traditionnels de la province.

Tapis de la tribu nomade qashqâ’i

Les œuvres artisanales de Fârs

-Les tapis (qâli) : La tapisserie de Fârs est en plein essor et de nombreuses fabriques du tapis, traditionnelles ou industrialisées, y sont actives. Le tapis de Fârs est omniprésent dans la vie quotidienne des habitants de la province. Ainsi, les tapis tissés à la main par des nomades, en particulier les femmes, servent de couverture de cheval, de sac à dos ou à main, etc. Le tapis de Fârs se distingue avant tout par ses matières premières, de la laine de mouton et du coton teinté avec des colorants naturels et des plantes. Il faut souligner que la majorité des tapis de Fârs, et plus particulièrement ceux fabriqués par les nomades, sont réalisés sans plan précis ; autrement dit, les tapissiers ont le motif en tête et les techniques de nouage sont transmises oralement, de génération en génération. Les noms des tapis de Fârs sont issus des tribus nomades Qashqâ’i et Khamseh se déplaçant chaque année dans une vaste région allant d’Ispahan jusqu’aux côtes du golfe Persique.

Comme nous l’avons évoqué, les teintures des tapis de Fârs sont naturelles. Les principales couleurs y sont le rouge, le brun, le bleu et le blanc qui sont produites à partir des plantes sauvages poussant sur les hauteurs de Fârs et les provinces voisines ou à partir de la peau de fruits. Parmi ces plantes, on peut citer la garance, l’indigotier, la feuille de laitue. En ce qui concerne les fruits, on utilise le brou de noix ou la peau de grenade. Plusieurs types de tapis sont tissés dans la province, dont les plus importants sont : 1) le kilim : ce tapis à une ou deux faces est réalisé sans plan précis et en passant des fils de laine colorés (poud) entre les fils verticaux (târ). 2) le ghâlitcheh : ce tapis est de plus petite dimension, soit moins de trois mètres carrés. 3) le djâdjim : ce tapis en laine réalisé avec des motifs simples peut servir de couvre-sol ou de couvre-lit. 4) le kilim naghsh-e bardjasteh : ce kilim à une face comporte des motifs en relief. 5) le gabbeh : tapis grossier généralement tissé par les nomades, il est réalisé sans plan précis et les couleurs y sont naturelles. Le rend et le mafrash font également partie des autres types de tapis de la province de Fârs.

Il faut ajouter que les produits artisanaux tels que les sacs (à dos ou à main), les couvertures de cheval (nommées pâlân ou khordjin), sont réalisés par les tapissiers nomades et ont divers usages dans leur vie quotidienne. Outre la communauté nomade, les artisans de Firouzâbâd, Mamassani et Dârâb sont les plus gros producteurs de tapis de la province de Fârs.

Tapis de la tribu nomade Khamseh

-La marqueterie (khâtam) : Le terme persan khâtamkâri désigne l’art de la marqueterie et de l’incrustation, notamment la décoration de surfaces en bois avec des matériaux précieux dont l’ivoire, les écailles, l’or, l’argent, etc. et ce, selon des formes géométriques précises. La qualité du khâtam dépend de la finesse du dessin et de la régularité du plan. Dans chaque centimètre cube du khâtam, il est possible de disposer près de 250 petits morceaux des matériaux choisis les uns à côté des autres. L’histoire de la marqueterie en Iran est étroitement liée à la province de Fârs et plus particulièrement à Shirâz, où cet artisanat est né pour ensuite se développer à Ispahan, puis à Kermân et à Téhéran. Un nombre important de chefs-d’œuvre de marqueterie datant de l’époque safavide et conservés dans les musées iraniens et étrangers, atteste du degré de maîtrise atteint par ses artisans. Il s’agit avant tout de vielles portes et fenêtres, de boîtes à bijoux, de grandes tables et de divers genres de lustres. Un certain nombre de monuments et maisons historiques que l’on peut visiter en constitue également de beaux exemples, comme c’est le cas du palais de Sa’dâbâd à Téhéran dont une partie des murs, des portes et des fenêtres comporte de fins travaux d’incrustation sur bois, avec notamment des motifs de fleurs et d’oiseaux.

-La mosaïque (mo’arraghkâri) : La province de Fârs se distingue également par ses réalisations uniques de mosaïques constituées par un assemblage à l’aide d’enduit, de fragments de verre (mo’arragh-e shisheh), de bois (mo’arragh-e tchoub), ou de tuiles émaillées (mo’arragh-e kâshi) pour former divers motifs.

Les vêtements traditionnels de la province de Fârs

Si la majorité de la population citadine de la province ne porte plus de vêtements dits "traditionnels", certaines de ses populations se distinguent par leur attachement à la tradition, notamment dans leur façon de se vêtir. C’est le cas des nomades qashqâ’i dont la beauté et la qualité des vêtements sont réputés dans l’ensemble du territoire. L’une des particularités de ces vêtements réside dans ce fait que les matières premières et les couleurs y sont naturelles. Nous présentons ici les éléments principaux des vêtements qashqâ’i féminins et masculins.

-Les vêtements des femmes qashqâ’i :

Mosaïque sur bois (mo’arragh-e kâshi)

Ces vêtements se caractérisent par la très grande diversité de leurs couleurs qui varient selon leur usage : fêtes, deuils, changement de saison, etc. Les éléments principaux des vêtements féminins sont les suivants :

- tchârghad ou latchak (fichu) : cette étoffe généralement en velours entoure le front et les oreilles et permet de couvrir la tête et les épaules des femmes. Des fils d’or ou d’argent sont parfois brodés sur sa partie extérieure.

- pirâhan-e zanâneh (robe) : cette robe à manches longues et à col fermé couvre l’ensemble du corps et descend jusqu’aux chevilles. Elle comporte deux fentes latérales qui permettent de faciliter le mouvement.

- tonbân (pantalon) : ce pantalon est une sorte de longue jupe-culotte plissée confectionnée avec des étoffes légères.

- dastmâl ou bâghlough (foulard) : noué autour de la tête, il la protège contre le vent et le froid. Il se porte sur le tchârghad et se fait avec des étoffes précieuses comme la soie.

- arkhâlogh zanâneh (caftan féminin) : ce caftan se présente comme une longue couverture se portant au-dessus des vêtements et sert à protéger le corps contre le froid.

-Les vêtements des hommes qashqâ’i :

- kolâh-e dogoushi (chapeau bicorne) : si auparavant les hommes portaient des chapeaux de feutre (kolâh-e namadi), depuis 50 ans, le chapeau bicorne est à la mode parmi les tribus qashqâ’i. Comptant parmi les éléments principaux du vêtement folklorique masculin, il jouit d’une grande importance chez les Qashqâ’is.

- arkhâlogh mardâneh (manteau masculin) : ce vêtement large et long se porte au-dessus de la chemise et s’ouvre par devant. Il est fait à partir de grosses et épaisses étoffes.

- shâl-e kamar (écharpe) : faite de toile grossière noire ou marron de 5 à 6 mètres de long, elle se porte souvent sur l’arkhâlogh comme ceinture. Elle est en même temps utilisée comme poche dans laquelle les hommes mettent leur argent et leurs effets personnels.

Durant ces dernières années, les vêtements folkloriques féminins qashqâ’i ont connu certaines évolutions, avec notamment l’apparition des rakht-e goshâd ("larges habits"), dont l’usage s’étend dans une vaste région allant de Firouzâbâd dans le Fârs jusqu’à Bastak, dans la province de Boushehr. La ville d’Evaz [1] , toujours dans la province de Fârs, est considérée comme le berceau de la confection de ce type de vêtements. Un nombre important d’habitants de cette ville travaillant dans la confection du khous, tissu onéreux utilisé pour faire ces habits. Le khous est une étoffe dont les fibres sont en argent et utilisée pour orner la partie extérieure des vêtements folkloriques faits à Evaz. Les éléments principaux du rakht-e goshâd d’Evaz sont le bala, fichu de grande taille qui protège la tête contre le vent et le froid, le korehbâghi, sorte de chapeau féminin fabriqué avec du khous, le djom, robe satinée à col fermé, le shikhap, grand collier d’or avec une grande multitude de pièces précieuses, le tchombor, bracelet d’or sculpté, le kosh soghori, chaussures en cuir auxquelles sont accrochés divers ornements, et le milli, anneau d’argent auquel sont accrochées de grosses pièces et porté autour de la cheville.

Mosaïque de tuiles émaillées (mo’arragh-e tchoub), mosquée de Vakil, Shirâz

Sources :
- Mo’arref, Minâ, Lebâshâ-ye mahalli-e Irân (Les vêtements folkloriques d’Iran), Ispahan, Farhang-e mardom, 2007.
- Yâvari, Hossein, Shenâkht-e sanâyeh’ dasti-e Irân (La connaissance des artisanats de l’Iran), Téhéran, éditions Irânshenâssi, 2005.

Notes

[1Ville située à 40 km au nord-ouest de Lâr et à 340 km au sud de Shirâz.


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