N° 114, mai 2015

Nouvelles sacrées (XVII)
L’épopée de Morvârid


Khadidjeh Nâderi Beni


Al-Bakr et Al-Omayyeh sont deux importantes plates-formes pétrolières irakiennes qui, à l’époque du déclenchement de la guerre irano-irakienne, jouaient un rôle de premier plan dans le commerce maritime de ce pays. Situées au nord du golfe Persique à l’embouchure de Khour Abdollah, près de l’île koweïtienne de Boubian, ces deux plates-formes étaient très bien protégées par les systèmes de défense et les radars irakiens. Suite aux attaques-surprises de l’Irak contre l’Iran, l’armée iranienne tente d’infliger d’importants dommages à l’Irak afin d’affaiblir de façon croissante la puissance militaire de ce pays. Les opérations H-3 [1]et Kamân 99 [2] s’inscrivent dans ce sillage. Il y a, dans l’histoire de la Défense sacrée, une autre opération qui s’est déroulée dans les eaux du golfe Persique et a permis à l’Iran d’accéder à la supériorité maritime pendant toute la guerre : il s’agit de l’opération Morvârid (en persan, "perle").

Le 27 novembre 1980, avec le commencement de la première phase de l’attaque et selon la carte de l’opération Morvârid, les bombardiers et les bateaux lance-missiles iraniens bombardent les installations et bâtiments abrités dans les deux plates-formes irakiennes Al-Bakr et Al-Omayyeh, dont la plus grande partie est anéantie et mise hors d’usage. Les forces navales de la République islamique d’Iran lancent des attaques contre ces deux plates-formes irakiennes et douze heures plus tard, ces mêmes forces soutenues par des chasseurs de l’armée aérienne arrivent à prendre le contrôle des deux plates-formes irakiennes et à lever le drapeau iranien au sommet de l’un des derricks le plus haut de la zone.

Après avoir installé une base militaire dans la région, les commandants iraniens planifient la deuxième phase de l’opération Morvârid en vue de défendre cette zone contre tout acte de rétorsion et de représailles de l’Irak. De façon générale, les Iraniens tentent de sauvegarder la supériorité de l’Iran dans les eaux du golfe Persique. Les forces aériennes, de leur côté, sont chargées de soutenir les unités navales engagées dans l’opération. Toutes les mesures préventives sont prises : les Phantom iraniens sont pour la plupart dotés de missiles air-sol et air-air, tandis que le navire Peykân commandé par le martyr Ebrâhim Sharifi est chargé de rassembler rapidement des informations utiles sur la zone opérationnelle. Il faut ajouter que pendant la première phase de l’opération, ce navire a la charge de rassembler et de transférer les informations aux chasseurs et aux navires opérationnels ; pour ce faire, on a recours à des systèmes de camouflage pour le dissimuler. Une fois les bombardements interrompus, la troupe opérationnelle parvient à prendre les plates-formes, centres névralgiques de la zone. De nombreux Irakiens survivants sont capturés, tandis que d’autres parviennent à quitter la région avant l’arrivée des Iraniens. Comme le prévoyaient les commandants iraniens, l’armée irakienne lance des contre-attaques visant à reprendre les plates-formes Al-Bakr et Al-Omayyeh et à chasser les forces iraniennes de cette région. L’armée irakienne jouit toujours du soutien logistique et financier de ses alliés arabes et occidentaux. De ce fait, avec la mobilisation des pays arabes côtiers du golfe Persique, une troupe très équipée composée de divers types de chasseurs, bateaux et navires à grande vitesse sont envoyés dans la région.

Navire Peykân

Avec le commencement de la deuxième phase, le navire Peykân chargé de protéger les troupes iraniennes contre les assauts irakiens quitte sa position pour entrer en opération avant que les autres navires et chasseurs iraniens n’arrivent. Un dur combat est entamé. Une heure plus tard, ce navire est touché par un missile irakien et coulé. Durant cette bataille qui aboutit à la retraite des troupes ennemies, certains navires irakiens sont noyés et d’autres largement endommagés. L’Irak est donc contraint de quitter la région mais quelques heures plus tard, son armée lance sa deuxième contre-attaque : la force navale irakienne envoie plusieurs navires militaires qui traversent le port militaire Omm-ol Ghasr afin de pouvoir accéder aux ports occupés. Lors de ce combat, l’Irak subit d’importantes pertes : deux navires de guerre et treize chasseurs de divers types sont touchés par les missiles iraniens, et coulent dans les eaux du golfe Persique. En outre, un bon nombre de forces navales, marins et pilotes irakiens sont tués. Suite à cette défaite humiliante, l’Irak est contraint de céder et d’abandonner le champ de bataille, ainsi que de reconnaitre la présence militaire de l’Iran sur ces deux plates-formes pétrolières. Lors de cette opération, l’Iran atteint l’ensemble des objectifs qu’il s’était fixés dont : 1) affaiblir les forces navales irakiennes ; 2) mettre la main sur les équipements irakiens ; 3) affirmer la supériorité maritime de l’Iran dans les eaux du golfe Persique ; 4) empêcher l’exportation du pétrole irakien afin d’affaiblir l’économie du pays ; 5) couper les échanges commerciaux irakiens par voie maritime ; 6) constituer des postes de garde sur le quai Al-Bakr en vue de surveiller les mouvements de l’ennemi sur les eaux du golfe Persique.

En conséquence, toute menace irakienne contre la sécurité maritime de l’Iran est levée et la probabilité de l’occurrence d’une guerre navale s’amoindrit. Durant cette opération, les forces navales irakiennes subissent de grandes pertes, ce qui les rend incapables de lancer une contre-attaque.

Voici la liste des dommages imposés à l’Etat irakien : 1) un bon nombre de navires lance-missiles, de patrouilleurs et d’autres types de bateaux et flottants sont totalement anéantis ; 2) trois unités navales sont détruites ; 3) un grand nombre de chasseurs et d’hélicoptères de divers types sont abattus.

Pendant les huit années de la guerre Iran-Irak, l’Irak tente, à plusieurs reprises, de reprendre les plates-formes occupées, mais ses actions se limitent à bombarder sans grande intensité les navires commerciaux et pétroliers qui traversent cette zone. Les combattants iraniens y demeurent toujours présents pour protéger cette zone de toute éventuelle attaque irakienne.

Source :
- Tâheri, Sh. et Ma’ssoumi, A., Morvârid (La perle), Téhéran, Armée de la République islamique d’Iran, 1373/1994.

Notes

[1Voir notre article « L’opération H-3 » publié in n° 98, janvier 2014, consultable sur http://www.teheran.ir/spip.php?article1838

[2Voir notre article « L’opération Kamân 99 », publié in n° 113, avril 2015.


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