N° 114, mai 2015

La route de la Soie, voie des échanges
entre l’Iran et la Chine


Mireille Ferreira


Route commerciale reliant la Chine à la Rome impériale, la « Route de la Soie » était empruntée depuis le premier siècle avant J.-C. par les caravaniers qui allaient chercher, entre autres produits précieux, la soie en Inde ou en Chine en passant par l’Iran, et allaient vendre en Orient l’or, l’argent et la laine d’Occident. Cette route avait plusieurs variantes, comme le montre le panneau mural ci-dessous photographié en Ouzbékistan.

La route de la Soie

Les habitants de la vallée de Ferghana, à l’ouest de l’Ouzbékistan, faisaient de fréquentes incursions en Chine. Au IIe siècle avant J.-C., l’empereur de Chine leur déclare la guerre, sans succès. Comprenant que la supériorité de l’ennemi est due à ses chevaux rapides et de grande taille, il change alors de stratégie, essayant la voie diplomatique. Dans cet objectif, il leur envoie une mission chargée de cadeaux, composés notamment de la soie que seuls les Chinois savent produire à cette époque. Le chef de cette mission est emprisonné et passe treize années en esclavage. De retour chez l’empereur de Chine, il persuade ce dernier de rétablir les liens diplomatiques. Sa nouvelle expédition en Ferghana est couronnée de succès : les autochtones acceptent d’échanger la soie chinoise contre des chevaux. C’est le début de la route de la soie.

La partie de la section iranienne de la route de la soie relie Téhéran à Mashhad, ville du nord-est de l’Iran, proche de la frontière avec le Turkménistan. De nos jours, les nombreux caravansérails qui parsemaient cette route sont encore présents - on en compte environ un tous les dix kilomètres - certains sont en ruine, d’autres sont en cours de restauration par les services de l’Héritage Culturel d’Iran.

Glacière près du village de Deh Namak, dans la région de Semnân. Photos : Mireille Ferreira

C’est au nord-est de l’Iran que commence l’immense steppe d’Asie centrale. La plaine, s’étendant à perte de vue, reçoit les pluies venues du nord, bloquées par les montagnes, arrosant généreusement la région. Des champs de céréales occupent une partie de la steppe, mais la plus grande partie est laissée en prairie. Les habitants de Téhéran, habitués aux paysages minéraux et arides de l’Alborz, aiment venir faire du tourisme dans cette campagne verdoyante et boisée. Une population semi-nomade aux traits déjà asiatiques y vit avec ses troupeaux, là où débute le royaume des yourtes, qui constituent l’habitat typique de l’Asie centrale.

Les petits chevaux turkmènes, nombreux dans la steppe, sont indirectement à l’origine de la route de la soie car les Chinois, traversant les cols de montagne, venaient les troquer contre des étoffes de soie. Cette espèce, petite, véloce et rustique, supporte sans souffrir 40° en été et –15° en hiver. Ils sont déjà représentés, avec leur petite silhouette très caractéristique à dos plat sans cambrure, sur les fresques de Persépolis.

Sur le plan spirituel, toutes les religions non chinoises qui ont été diffusées en Chine sont arrivées de l’Iran par la route de la Soie. Comme nous l’apprend la romancière Nahal Tajadod dans ses ouvrages A l’est du Christ : vie et mort des Chrétiens dans la Chine des Tang : VIIe-IXe siècle et Les Porteurs de lumière, Epopée de l’Eglise de Perse, les grandes religions que sont l’islam, le christianisme et le judaïsme ont d’abord traversé l’Iran pour arriver en Chine, diffusées par des Iraniens dès le VIIe siècle de l’ère chrétienne.

Ancien caravansérail près du village de Deh Namak, dans la région de Semnân

Encore aujourd’hui, les musulmans chinois utilisent le mot iranien Khodâ pour désigner Allah. De même, le zoroastrisme, religion née en Iran, pénètre brièvement en Chine par l’intermédiaire du prince héritier de la dynastie sassanide fuyant l’Iran après l’invasion des Arabes au VIIe siècle, tout comme le bouddhisme implanté en Chine au IIe siècle avec des Iraniens de cette confession. Le manichéisme est également introduit en Chine par des adeptes venus d’Iran, où il est né. Les Nestoriens, représentants de l’église de Nestorius, archevêque de Constantinople (428-431), qui prêche une doctrine hérétique sur la nature de Jésus qu’il ne reconnaît pas comme fils de Dieu, sont chassés de l’Eglise chrétienne et s’installent en Iran et au Tibet en 483 en suivant la route de la Soie jusqu’en Chine où ils arrivent en 638.

Au XVIIe siècle, quand Shâh Abbâs décide d’installer sa capitale à Ispahan, il a besoin d’une main-d’œuvre nombreuse. Il met alors à profit le savoir-faire des Arméniens du nord de la Perse maltraités par les Turcs, les protégeant du même coup des massacres. Partis d’Arménie au nombre de 20 000, les 4000 survivants d’une longue marche arrivent à Ispahan, secourus par des moines augustiniens portugais.

Confection traditionnelle du pain dans le village de Deh Namak, dans la région de Semnân

Ils s’installent au nord de la ville, créant la Nouvelle Jolfa - d’après Jolfa, leur ville arménienne d’origine - et pratiquent le commerce entre les pays parcourus par la route de la Soie.

De nos jours, la route de la soie n’est plus parcourue, comme autrefois, par les interminables méharées de chameliers, remplacées par une file ininterrompue de camions transportant d’importants tonnages. Elle a en outre été complétée à la fin du XXe siècle par une ligne ferroviaire au départ de Mashhad qui dessert le Turkménistan et a été prolongée jusqu’au golfe Persique et, dans la partie nord-ouest de l’Iran de Tabriz à Van en Turquie, reliant ainsi cette nouvelle route de la soie à l’Europe. Comme l’a récemment déclaré le Président iranien Hassan Rohani, la Chine reste, sur le plan commercial, le partenaire le plus important de l’Iran. C’est, à n’en pas douter, de l’antique route de la soie que le rapprochement entre ces deux grands pays puise ses origines, non seulement sur le plan commercial mais également dans les domaines culturel et spirituel.

Ruines d’un caravansérail près du village de Deh Namak, dans la région de Semnân

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3 Messages

  • Bonjour,
    Je m’appelle Chloé, je suis rédactrice et créatrice du blog www.boui-boui.com et tenais à vous informer que je trouve votre site très intéressant et complet. Bravo pour ce travail car c’est un bien beau pays et une gastronomie riche et malheureusement peu connu.
    Je m’en inspire beaucoup pour réaliser mon article sur "l’Iran à Paris : une balade culinaire au coeur du XVème arrondissement". Puis-je vous citer à la fin de mon article afin d’aller plus loin pour les curieux qui lisent mon blog ?

    D’autre part, j’aimerais citer un livre sur la Route de la soie où on retrouve grandement les influences sur les tables iraniennes, auriez-vous des livres à conseiller, voire même un conte ?

    A bientôt,

    Chloé

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  • La route de la Soie, voie des échanges
    entre l’Iran et la Chine
    7 novembre 2016 15:27, par b-dufrene@orange.fr

    je suis arrivée chez vous en cherchant un plan de la route de la soie, ;
    vous lis avec beaucoup d’intérêt,
    reviendrai prochainement, car je dois préparer un article sur le marché du Thé en Iran, du travail sur la planche !
    merci,
    Barbara Dufrêne
    La Nouvelle Presse Du Thé

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