N° 115, juin 2015

Les relations sino-iraniennes depuis la fin de
la Seconde Guerre mondiale


Shahâb Vahdati


A partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis se définissent comme une superpuissance sur la scène internationale et malgré les relations historiques tissées depuis des siècles entre l’Iran et la Chine, la diplomatie américaine est un facteur qui influence de façon conséquente les relations entre les deux pays.

Durant les premières phases de la Guerre froide et les rivalités hostiles qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, l’Iran est influencé par deux considérations de politique étrangère primordiales et interdépendantes : d’abord, une peur obsessionnelle du communisme, et deuxièmement, le souhait d’obtenir une assurance politique, militaire, et un soutien économique des États-Unis. Ces considérations incitent Téhéran à suivre Washington, notamment dans sa politique à l’égard de la République populaire de Chine apparue en 1949 et qui suit initialement les politiques de l’Union soviétique. Le refus du gouvernement iranien de reconnaître la République populaire de la Chine et sa position sur la représentation chinoise à l’ONU reflètent ces préoccupations jumelles.

En 1940 et au cœur de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis s’empressent d’aider la Chine contre le Japon. La Chine est donc alors un allié des Etats-Unis. Occupé en 1942, l’Iran est aussi un allié américain à cette époque. Les Etats-Unis lui fournissent de la nourriture et des armes pour un montant de 41,5 milliards de dollars, et y envoient des conseillers.

En septembre 1944, l’Iran établit une légation dans la ville chinoise de Chongqing, ville qui sert à l’époque de capitale provisoire du pays. Cependant, ce comportement peut difficilement être considéré commeun prélude à l’établissement de rapports diplomatiques entre deux Etats souverains : c’est plutôt en qualité de deux alliés américains que se rapprochent l’Iran et la Chine. Après la guerre, un gouvernement nationaliste est instauré à Nanjing. En février 1946, l’ambassade d’Iran ouvre ses portes à Chongqing et Seyyed Ali Nasr est nommé ambassadeur. Il est chargé de tisser des rapports diplomatiques avec le gouvernement nationaliste chinois installé à Nanjing. Il en va ainsi jusqu’à la prise de cette ville par le parti communiste lors de la Révolution chinoise qui mènera au retrait du gouvernement nationaliste à Taïwan.

Les relations hostiles entre les Etats-Unis et l’Iran

La Guerre froide commence à poindre. En 1949, la République Populaire de Chine est proclamée et en rejoignant le camp socialiste, la Chine noue immédiatement une alliance avec l’Union Soviétique. En 1950, la guerre de Corée éclate, impliquant et opposant la nouvelle République Populaire et les Etats-Unis sur un même front. Les relations entre les deux pays s’enveniment. Les Etats-Unis ne reconnaissent pas la nouvelle Chine et pour empêcher les autres pays de la reconnaître, ils s’efforcent de nouer d’étroites relations avec l’ensemble des pays frontaliers de la Chine, véritable "cordon sanitaire" visant à l’isoler.

L’existence d’importantes différences idéologiques et la volonté d’exporter la nouvelle idéologie en Chine fait de l’URSS un obstacle majeur à l’établissement de relations diplomatiques normales entre l’Iran et la Chine, relations qui sont également vues d’un mauvais œil par les Etats-Unis. A cette époque, les Etats-Unis signent le Pacte de Bagdad avec la Turquie, l’Iran, l’Irak et le Pakistan également dans le but de contrer l’influence soviétique. Après la Seconde Guerre mondiale et avec son jeune Shâh, l’Iran doit faire face à une importante crise irano-soviétique pendant laquelle ses provinces du nord-est, l’Azerbaïdjan et les provinces kurdes sont proclamés indépendantes par des régimes prosoviétiques en vue d’une annexion ultérieure à l’URSS. Les Américains promettent à l’Iran de l’aider sur ce dossier. Cependant, tout est finalement résolu de façon interne en 1949 grâce à une manœuvre diplomatique du Premier ministre iranien Ahmad Ghavâm. Entre les années 1950 et 1960, le positionnement du régime Pahlavi vis-à-vis de la Chine se base sur un fort anti-communisme et proaméricanisme. De 1949 à 1977, l’Iran refuse de reconnaître la République Populaire de Chine tout en maintenant des relations diplomatiques avec le gouvernement nationaliste de Taïwan. Après son premier vote en faveur de la proposition américaine à l’assemblée générale de l’ONU en vue d’obstruer le siège de la Chine nouvelle aux Nations-Unies, l’Iran soutient en 1950 la résolution de l’ONU sur la question nord-coréenne, condamnant la Chine communiste comme envahisseur. En 1958, le monarque Pahlavi se rend à Taïwan pour une visite officielle. En 1962 et alors qu’un conflit armé éclate entre la Chine et l’Inde sur le Tibet, l’Iran soutient l’ONU dans sa condamnation de la Chine dans cette « invasion de l’Inde ».

Ji Pengfei

Pendant cette période de 22 ans et en faisant abstraction des faibles échanges commerciaux, il n’existe aucune interaction entre la Chine et l’Iran ; les Etats-Unis et les considérations spécifiques liées à la Guerre froide en étant les raisons principales.

L’attitude chinoise vis-à-vis de l’Iran dans les années 1950 et au début des années 1960 est, malgré de fortes connotations idéologiques, subtile et en harmonie avec les différentes prises de position de politique étrangère de l’Iran. A titre d’exemple, au début des années 1950, la Chine soutient la politique du Premier ministre Mohammad Mossadegh visant à nationaliser l’industrie pétrolière iranienne en tant qu’acte de résistance face à l’impérialisme anglo-américain. Le coup d’ةtat du 19 août 1953 qui renverse Mossadegh, et le rétablissement de Mohammad Rezâ Pahlavi sont dénoncés par la Chine comme orchestrés par les Etats-Unis contre l’Union soviétique. Lors de la Conférence de solidarité afro-asiatique qui se déroule en avril 1955 à Bandung en Indonésie, le Premier ministre chinois Zhou Enlai s’oppose vivement aux tentatives américaines d’alliances anti-communistes dans les pays du Tiers-monde, mais il adopte un ton relativement doux vis-à-vis de l’Iran qui semble être la cible présumée de son discours. Malgré sa politique envers les pays du Tiers-monde, la Chine défend l’idée d’une coexistence pacifique avec l’Iran, lequel voit peu de différences entre ce pays et l’Union soviétique, notamment en ce qui concerne leurs tentatives de dominer des pays tiers à travers des mouvements communistes.

En octobre 1955, l’Iran rejoint le pacte anti-communiste de Bagdad et en 1956, établit des relations diplomatiques avec Taïwan. ہ ces deux occasions, l’Iran est sévèrement condamné par la Chine, mais « l’impérialisme américain » est étiqueté comme principal responsable des positions prises par Téhéran. Dans les années 1960, des problèmes de nature idéologique et politique provoquent une division ouverte entre l’Union soviétique et la Chine. Dans le même temps, tout en conservant une forte position pro-américaine, l’Iran commence à adopter des politiques plus flexibles et indépendantes, en rapport avec sa puissance économique et militaire croissante. Ainsi, en 1966, le Conseil iranien des ministres autorise officiellement le commerce entre l’Iran et la Chine. En 1967, au cours d’un entretien avec l’agence de presse de la République fédérale d’Allemagne, le Shâh explique les raisons pour lesquelles il est favorable à l’admission de la République populaire de Chine à l’ONU.

A la fin des années 1960 et après la Révolution culturelle, la Chine réapparaît peu à peu sur la scène internationale, à la suite de tensions survenues vis-à-vis de l’Union Soviétique et à la suite de l’implication directe des Etats-Unis dans la guerre du Viêtnam. Sous la menace de plus en plus pressante de l’URSS, la Chine ressent le besoin urgent d’améliorer ses relations avec les Etats-Unis qui, à son tour, cherchent à mettre fin à vingt années d’hostilités avec la Chine. En outre, en se rapprochant de la Chine, les Etats-Unis cherchent à former un front uni contre l’Union Soviétique. En 1968, le gouvernement britannique déclare qu’il quittera le golfe Persique d’ici 1971. Initialement tentée de rivaliser avec l’Union Soviétique pour obtenir une place dans la zone, la Chine cherche finalement à gagner l’allégeance des insurgés locaux communistes, notamment ceux du front de libération du Dhofar et le Front populaire pour la libération du golfe Persique avec qui Pékin entretient des liens depuis le début des années 1950. Cette démarche s’oppose expressément au rôle que Téhéran entend jouer en tant que gendarme du golfe Persique contre toute « intervention étrangère » ou tentative locale de subversion, et qui fait progressivement place aux mesures créées par les puissances impérialistes pour juguler l’influence soviétique sur ces groupes révolutionnaires. L’échec de la tentative soviétique conduit l’Iran à adopter une position antisoviétique ouverte et à se rapprocher des Etats conservateurs du golfe Persique.

En avril 1970, l’équipe américaine de tennis de table effectue une visite en Chine. L’Iran apprécie particulièrement cette diplomatie du ping-pong mise en place par Nixon. La princesse Ashraf, sœur jumelle du Shâh, se rend en Chine pour une visite officielle, qui sera suivie par celle de la princesse Fâtemeh. Malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays, les deux princesses sont enthousiasmées par l’accueil chaleureux des Chinois, et encouragent l’Iran à tisser des relations diplomatiques avec la Chine.

Plusieurs autres développements vont suivre, dont le renforcement des relations entre l’Union soviétique et l’Irak et l’Inde à la fin des années 1960, ainsi que la désintégration du Pakistan en mars 1971 qui poussent l’Iran à mener une politique plus souple à l’égard de la Chine. Cependant, en 1970, Téhéran ne témoigne pas d’intérêt à suivre de près le rapprochement sino-américain, ceci alors que le Koweït reconnaît la République populaire en mars 1971 et que la Turquie annonce son intention de faire de même le mois suivant. L’Iran poursuit cependant l’objectif d’établir des relations plus étroites avec la Chine. Le 15 juillet 1971, le président américain Richard Nixon est en visite en Chine, événement qui ouvrira enfin la voie à l’établissement de relations diplomatiques formelles entre l’Iran et la République populaire de Chine. Le 16 août 1971, les ambassadeurs des deux pays se réunissent au Pakistan et signent la reconnaissance par l’Iran du régime de Pékin, événement officiellement annoncé dans les deux capitales le lendemain.

Les nouvelles relations établies entre les deux pays sont l’objet de la vingt-sixième session de l’Assemblée générale des Nations Unies entamée en septembre 1971. La question plus générale d’accepter les représentants de la République populaire et d’expulser la délégation taïwanaise est un sujet qui oppose deux camps autour de deux projets de résolution. L’un, rédigé par l’Albanie, appelle à la reconnaissance de la délégation de la République populaire comme seul représentant de la Chine et l’autre, connu comme « projet de résolution américaine », exige une majorité des deux tiers pour l’expulsion de la délégation de Taïwan, qui occupe alors le siège de la Chine depuis plus de trois décennies. Ayant déjà reconnu la République populaire, l’Iran vote pour la résolution albanaise, mais s’abstient sur la résolution américaine afin de ne pas embarrasser une nation « traditionnellement amie ». [1]

Les relations sino-iraniennes s’améliorent désormais, marquées par les visites fréquentes de responsables de haut niveau et par une convergence des politiques sur un certain nombre de questions régionales et mondiales.

Huang Hua

En septembre 1972, la reine Farah Pahlavi accompagnée du premier ministre Amir-Abbâs Hoveydâ se rend en Chine pour une visite officielle de dix jours. En juin 1973, Ji Pengfei, ministre chinois des affaires étrangères, se rend à Téhéran, visite qui sera suivie de celle du vice-premier ministre Li Xiannin en avril 1975. Le 24 juillet 1976, la princesse Ashraf visite de nouveau la Chine et lors de ces contacts officiels, les Chinois évoquent une série de thèmes qui reflètent essentiellement leurs préoccupations stratégiques vis-à-vis des initiatives diplomatiques soviétiques,et insistent également sur des sujets qui coïncident avec les préoccupations majeures et les aspirations de la politique étrangère iranienne. Ils partagent ainsi les soucis de l’Iran sur la sécurité de la région du golfe Persique et de l’Océan Indien, et considèrent le vaste programme militaire du Shâh comme étant une mesure « nécessaire » afin de lutter contre les tentatives de « subversion » et les « visées hégémoniques » dans la région. Les fonctionnaires iraniens partagent ces positions, sans rejoindre néanmoins les attaques virulentes de la Chine portées à l’encontre des superpuissances et en particulier de l’Union Soviétique avec laquelle l’Iran tente d’entretenir des relations plus équilibrées. Après la mort du Premier ministre Zhou Enlai et celle du président Mao Zedong en 1976, la Chine envoie à Téhéran, le 15 novembre de la même année, une délégation conduite par Olan Fu, le vice-président du Comité permanent du congrès populaire, pour assurer le gouvernement iranien de la constance de la politique étrangère chinoise.

En septembre et décembre 1977, deux autres délégations chinoises effectuent une visite officielle à Téhéran, la dernière étant dirigée par Deng Ying-Zhao, veuve de Zou Enlai. Le 16 juin 1978, le ministre des Affaires étrangères Huang Hua arrive à Téhéran à un moment où l’Iran et la Chine sont alarmés par l’activité accrue de l’URSS dans la corne de l’Afrique et au Yémen du Sud, ainsi que par la création d’un régime prosoviétique en Afghanistan en avril 1978.

Au même moment, l’Iran connaît lui-même une époque de tourmente, et la ferveur révolutionnaire contre le Shâh se propage rapidement. Les Chinois sont alors déterminés à neutraliser ce qu’ils appellent « les conceptions hégémoniques de l’Union Soviétique » en Iran, ce qui démontre qu’ils n’ont pas encore saisi les enjeux de la situation dans ce pays. Le Premier ministre Hua Guofeng arrive ainsi à Téhéran le 29 août 1978, alors que le régime iranien lutte pour sa survie. Le Shâh le reçoit personnellement mais les cérémonies d’accueil sont omises. Néanmoins, les déclarations habituelles de positions communes sont réitérées. Hua fait même l’éloge du Shâh pour son leadership interne et son rôle international, mais par respect pour sa situation critique, ses attaques contre l’Union Soviétique sont circonscrites. Un accord culturel est signé entre les deux pays et lors de son départ, Hua exprime son désir de revoir le Shâh et l’impératrice en Chine. Hua est ainsi l’un des derniers étrangers à rendre visite au Shâh d’Iran avant qu’il ne se fasse détrôner en 1979. Six mois plus tard, le régime pahlavi s’effondre et la République islamique est proclamée. La visite de Hua Guofeng ayant été interprétée comme un soutien au Shâh, le nouveau régime iranien manifeste un certain ressentiment envers la Chine et les relations bilatérales nouvellement instaurées subissent un revers.

Les relations sino-iraniennes après la Révolution islamique

La Révolution islamique connaît la victoire le 14 février 1979 et la Chine reconnaît officiellement le nouveau gouvernement révolutionnaire en Iran. Le nouveau régime révolutionnaire est d’abord peu réceptif aux ouvertures chinoises, et seul le déclenchement de la guerre Iran-Irak le 22 Septembre 1980 mène à une attitude plus favorable envers la Chine à Téhéran. A l’inverse, les problèmes entre l’Iran et les pays occidentaux s’enveniment à la suite des événements du 4 novembre 1979, lorsque des étudiants iraniens occupent l’ambassade américaine et que 52 diplomates sont pris en otage. L’administration Carter rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran, gelant les avoirs de ce dernier aux Etats-Unis. Les autres pays occidentaux suivent en masse. Par la suite, le 30 janvier 1980, le gouvernement Carter propose au Conseil de sécurité des Nations unies d’imposer des sanctions économiques à l’Iran. Les représentants d’une dizaine de pays votent en faveur de cette proposition, l’Union Soviétique et la république démocratique d’Allemagne votent contre, le Mexique et le Bangladesh s’abstiennent tandis que la Chine refuse de participer au vote. L’Iran et la Chine surmontent rapidement ces premières tensions, et la visite du président iranien en Chine est bientôt suivie de celle du ministre chinois des Affaires étrangères Wu Xueqian. Le 21 septembre 1980, l’invasion de l’Iran par Saddam Hussein déclenche la guerre Iran-Irak. Les Etats-Unis et la plupart des pays arabes soutiennent l’Irak. La manipulation médiatique aux Etats-Unis et dans les pays occidentaux a pour but de susciter la sympathie de la communauté internationale pour l’Irak.

Malgré une période de relations positives entre les Etats-Unis et la Chine, celle-ci prend ses distances avec la position américaine sur la question de la guerre Iran-Irak. Deng Xiaoping rencontre le Premier ministre norvégien et déclare à cette occasion qu’il espère que les deux pays trouveront une solution à travers les négociations et que le conflit ne durera pas. La Chine est donc l’un des rares pays à rester neutre pendant la guerre contre l’Irak, ceci engendrant l’insatisfaction des Etats-Unis qui accusent alors la Chine d’avoir fourni des armes à l’Iran. Dans les faits, l’Union Soviétique est le principal fournisseur d’armes à l’Irak et les relations avec les fournisseurs traditionnels d’armes à l’Iran, les pays occidentaux et en particulier les Etats-Unis, sont tendues ou entièrement rompues. La Chine est donc un partenaire potentiel important et une source d’armements. Le 16 juillet 1982, une délégation économique iranienne composée de dix-huit membres se rend à Pékin. En septembre de cette même année, la guerre se propage dans le golfe Persique, et le ministre iranien des Affaires étrangères se rend en Chine pour signer un accord technique et culturel. Aucune mention n’est faite d’une vente d’armes, mais les rumeurs d’un tel accord courent au point que la Chine juge nécessaire de publier un démenti officiel. Puisque l’Iran a besoin d’armes sophistiquées, notamment de missiles, le président du parlement iranien Ali-Akbar Rafsandjâni conduit une délégation en Chine le 27 juin 1985, et un nouveau protocole d’entente sur la coopération économique et commerciale est signé. Pourtant, ce que l’on croit être le but principal de la visite est l’obtention d’un appui militaire. En 1987, des rapports sont publiés selon lesquels l’Iran aurait installé des missiles près du détroit d’Ormuz et que la vente possible des missiles DF5 chinois à l’Iran aurait été considérée par les ةtats-Unis comme une menace pour la sécurité du golfe Persique. Alors en visite à Pékin, le ministre des Affaires étrangères iranien, ainsi que son homologue chinois s’empressent de démentir l’existence d’une telle vente. Malgré ces dénégations, les contacts de haut niveau entre les deux pays suggèrent que des décisions politiques importantes affectant les relations politiques et économiques des deux pays ont été prises. Ces relations continuent même après la fin de la guerre en juillet 1988. En mai 1989, le président iranien Ali Khamenei est à la tête d’une autre délégation en Chine, visite qui aboutit à plusieurs accords concernant le renforcement de la coopération culturelle et artistique, la simplification des formalités de visas, l’administration conjointe de la Banque de Chine et la Banque centrale à Téhéran, etla facilitation de l’échange des comptes relatifs à la coopération économique et technique entre les deux pays. A Téhéran, la visite est qualifiée de « succès » et de « tournant positif ». Ce développement des relations est surtout dû à la position chinoise vis-à-vis de l’Iran durant la guerre.

Li Peng

La Chine et les sanctions américaines contre l’Iran

Le 3 juin 1989, un jour avant les manifestations de la place Tiananmen, l’ayatollah Rouhollâh Khomeyni, fondateur et chef spirituel du régime iranien, meurt à 86 ans. La Chine est frappée par les sanctions collectives des pays occidentaux dirigées par les Etats-Unis. En 1991, l’effondrement de l’Union Soviétique suit celui du mur de Berlin. Les Etats-Unis commencent à exercer de plus grandes pressions diplomatiques, économiques et commerciales sur la Chine. Ils essaient également de pousser un Iran privé de son leader vers une transition douce de pouvoir et vers un isolement sur la scène internationale. Ainsi, se crée une sympathie mutuelle entre l’Iran et la Chine pour s’opposer à l’hégémonie américaine.

En juillet et octobre 1991, le premier ministre chinois Li Peng et en novembre, le président Yang Shangkun effectuent une visite en Iran. En 1992, les Etats-Unis annoncent la vente à Taïwan de chasseurs F-16, ce qui a notamment pour résultat une réunion sino-iranienne avec le président iranien Akbar Rafsandjani et la signature d’un accord bilatéral de coopération nucléaire. Le refroidissement des relations sino-américaines a un effet inverse sur les relations sino-iraniennes entre l’Iran et la Chine : la visite en 1992 de Rafsandjani en Chine sera suivie par celle du vice-président Hassan Habibi en août 1994 et du vice-président Hamid Mir Zâdeh en mai 1995.

Conflit sino-américain sur la question de la vente des missiles et le nucléaire

Au terme des années 1980, les relations sino-américaines sont troublées notamment par les événements du 4 juin, mais aussi parce que la Chine entretient des rapports étroits avec Téhéran. Ayant défait l’Union Soviétique, les Etats-Unis espèrent établir un nouvel ordre mondial où leur suprématie restera incontestable. Néanmoins, la croissance de la capacité militaire iranienne commence à défier la présence américaine dans le golfe Persique, en même temps que les progrès de la Chine dans la fabrication d’armes nucléaires menacent la technologie américaine dans ce même domaine. Ce conflit sino-américain dure tout au long des années 1990 et est particulièrement intense.

Pendant les dernières années de la guerre Iran-Irak, un navire américain est frappé par les missiles iraniens, et la vente à l’Iran de missiles chinois DF5 (ver à soie) est délibérément exagérée par les médias américains. La visite du secrétaire d’Etat américain George Schultz en Chine vise aussi à exercer une pression diplomatique sur ce pays. Ceci sert de prétexte pour que les Etats-Unis suspendent le 22 octobre 1987 le transfert de hautes technologies à la Chine. Depuis l’établissement de relations diplomatiques avec les Etats-Unis, c’est la première fois que la Chine fait face à un tel conflit diplomatique.

En août 1993, le navire de commerce chinois Galaxie accoste au port de Bandar Abbâs. Les Etats-Unis allèguent à partir de leurs propres sources informatives que le navire contient des matériaux nécessaires à la fabrication d’armes chimiques. En coopération avec le gouvernement saoudien, la décision est prise de vérifier le contenu du navire en présence des représentants de trois pays, vérification qui prouve la fausseté des allégations américaines. La Chine proteste et exige des excuses et une indemnisation, demande que les Etats-Unis rejettent immédiatement. Ceci mène à une exacerbation du sentiment anti-américain dans l’opinion publique chinoise qui persévérera tout au long des années 1990.

Les relations économiques et commerciales entre l’Iran et la Chine

La République populaire de Chine déclare son intérêt pour le développement de liens commerciaux avec l’Iran dès 1958, mais sans aucun résultat. A cette époque, l’Iran n’a pas d’intérêts économiques assez forts l’emportant sur des considérations politiques opposées. De 1960 à 1966 toutefois, la Chine importe 199 000 tonnes par an de pétrole iranien. Un changement de politique iranienne se profile en 1966, lorsque le commerce entre l’Iran et la Chine est officiellement autorisé par le Conseil des ministres iranien. Le niveau des échanges commerciaux reste néanmoins très faible pendant les années 1960. Les années 1966-1970 voient progresser les exportations pétrolières vers la Chine pour une somme totale d’environ 3,2 millions de dollars, contre un montant d’importation de 3 millions de dollars.

Avec l’établissement de liens diplomatiques le 17 août 1971, les relations commerciales et économiques commencent à s’accroître. Le 31 octobre, l’Iran autorise la libre circulation des biens et services à destination et en provenance de Chine, et une délégation officielle de commerce, accompagnée des représentants de l’industrie et d’hommes d’affaires, arrive à Pékin en novembre. Suit encore une série de visites mutuelles de 1971 à 1972 conduisant à la conclusion d’un certain nombre d’accords commerciaux, notamment celui du 8 avril 1973 à Pékin où les deux gouvernements signent un important accord de commerce sur cinq ans. Avec cet accord, c’est la première fois que le rial iranien est accepté comme monnaie de base pour différents calculs dans un accord de commerce extérieur. Le volume des échanges, de seulement 780 millions de rials en 1971, atteint 3,65 milliards en 1972 et plus de 4,5 milliards en 1973. L’Iran exporte des biens industriels comme des minibus, des camions, des réfrigérateurs, des pièces de télévision, des engrais chimiques et des machines agricoles, ainsi que certaines matières premières et produits alimentaires comme la laine, le coton ou les fruits secs. En revanche, papier, articles de papeterie, articles de sport, produits alimentaires, thé, machines, et acier font partie des exportations chinoises vers l’Iran. La Chine importe également environ 200 000 tonnes de pétrole iranien au taux officiel établi en 1974 par l’OPEP. Afin de promouvoir davantage les relations commerciales et la coopération économique, Li Qiang, ministre chinois du commerce extérieur, effectue une visite officielle à Téhéran en novembre 1974 et signe un protocole visant à l’expansion de la coopération technique entre les deux pays, en particulier dans la production de pétrole et de la pétrochimie.

En 1977 et à Téhéran, de nouveaux accords sont signés en vue de l’exportation en Chine de produits iraniens d’une valeur d’environ 30 millions de dollars, dont 28 millions de dollars pour la vente de 300 000 tonnes de pétrole. Suit un nouveau protocole signé à Téhéran le 1er novembre 1977. Le volume des échanges commerciaux s’élève alors à un total de 9,152 milliards de rials (130,7 millions de dollars), soit environ 65 millions de dollars de chaque côté. Le volume total des échanges commerciaux entre les deux pays augmente à plusieurs reprises entre 1971 et 1979, mais en raison de différences dans les perspectives économiques, la planification et les capacités productives, le niveau des échanges reste marginal en comparaison avec le volume du commerce extérieur de chaque pays. Le volume prévu ne dépasse jamais 65 millions de dollars et les quotas ne sont souvent pas atteints.

Durant près de trois ans après la Révolution iranienne de 1979, le niveau des échanges commerciaux n’augmente pas sensiblement, mais la coopération économique s’accélère à nouveau en 1982, après la visite d’une nouvelle délégation économique iranienne en Chine. En mars 1985, suite à la visite d’une délégation économique chinoise à Téhéran, un mémorandum sur l’économie, le commerce et la coopération technique est signé. En juillet 1987, le ministre chinois du commerce Liu Yi vient en Iran à la tête d’une délégation économique et commerciale et un accord commercial est signé, d’après lequel le volume prévu des échanges entre les deux pays doit augmenter de 200 à 500 millions de dollars. La visite du président Khamenei en Chine en 1989 est saluée comme constituant un tournant économique et commercial dans les relations sino-iraniennes. Les deux gouvernements se sont alors mis d’accord sur plusieurs enjeux économiques, commerciaux, bancaires et des échanges techniques pour l’avenir. Depuis, la présence des sanctions occidentales contre l’Iran a permis une augmentation encore sensible des importations chinoises en Iran dans tous les domaines notamment, et récemment, dans le secteur automobile.

Bibliographie :
- Shudja, Sharif, “China, Iran and Central Asia : The Dawning of a New Partnership”, Contemporary Review, Londres, 2005.
- Mafinezâm, Alidâd ; Mehrâbi Ali, Iran and its place among nations, éd. Praeger, Connecticut, 2008.
- http://www.iranicaonline.org/articles/chinese-iranian
- http://hualiming.blog.sohu.com/223700345.html

Notes

[1Keyhân international, 20 octobre 1971, p. 3.


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