N° 126, mai 2016

La voix de l’histoire dans les cimetières de Téhéran


Roshanak Danaei


Flâner dans les cimetières peut parfois s’apparenter à un voyage dans l’Histoire. On peut également y rencontrer des personnalités célèbres, dont le nom rappelle certains grands événements historiques. Téhéran abrite plusieurs cimetières qui sont le lieu de repos de personnages connus de différentes époques de l’Iran, dont le cimetière des Polonais, ainsi que les cimetières Zahir-od-Dowleh,Ibn-e Bâbevayh, Mesgar Abâd, et Behesht Zahrâ. En s’y promenant, on peut revivre certains événements de l’histoire iranienne dont la venue des Polonais en Iran durant la Seconde Guerre mondiale, la Révolution constitutionnelle de 1906, le combat des militants communistes du parti Toudeh, ou encore l’avènement de différents courants artistiques.

 

Affiche du film documentaire intitulé Requiem perdu réalisé par Khosrow Sinaï

Le cimetière des Polonais

 

En 1983, le metteur en scène iranien Khosrow Sinaï réalise un film documentaire intitulé Requiem perdu au sujet de l’immigration de 300 000 Polonais en Iran lors de la Seconde Guerre mondiale. Pour réaliser ce film, il utilise des archives filmées de la Seconde Guerre mondiale ainsi que des entretiens avec les survivants de cette époque. Malheureusement, ce film ne sortit jamais en salle en Iran. Il a néanmoins été projeté en 2007 au sein d’une université polonaise, suite à quoi Khosrow Sinaï reçut la croix du Mérite des mains du président de la Pologne lors de la cérémonie de clôture d’un festival polonais de films en 2008. Cette croix lui a été décernée pour son travail en vue de présenter l’histoire des souffrances endurées par les Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale.

240 pierres tombales appartenant à des Polonais réfugiés en Iran

 

Requiem perdu nous conduit ainsi à mieux comprendre l’étendue de la violence subie par ce peuple durant la Seconde Guerre mondiale. Le cimetière polonais de Téhéran donne ainsi à voir une partie de cette histoire tragique ; lieu où sont enterrés de nombreux Polonais ayant dû fuir leur patrie à cette époque et s’étant établis en Iran.

Statue commémorative et une pierre où figure un aigle, symbole de la République de Pologne.
Photo : Samirâ Monfared

 

Les longues herbes entourant les tombes donnent à première vue l’impression d’un cimetière laissé à l’abandon. Il abrite également les tombes de Russes, Français, Italiens venus à la même époque, ainsi que de chrétiens iraniens. Une croix ou encore des représentations de la Vierge figurent sur de nombreuses tombes.

Tombe du docteur Cloqué. Photo : Samirâ Monfared

La partie la plus importante du cimetière est la section où se trouvent 240 pierres tombales de la même forme et qui appartiennent à des Polonais réfugiés en Iran y ayant vécu dans les années 42-43 et décédés à la suite de la pauvreté, de la faim ou de la maladie. Certains étaient des enfants. A la suite de la chute de Varsovie prise par l’armée allemande en 1939, la Pologne est répartie entre la Russie et l’Allemagne par le pacte germano-soviétique signé entre Hitler et Staline. Des centaines de milliers de Polonais sont alors envoyés dans des camps de travaux forcés en Sibérie, et beaucoup choisissent l’exil. En 1941, Hitler rompt le pacte et entre en guerre contre l’Union soviétique. Les Alliés font alors sortir des Polonais de l’Union soviétique afin de les acheminer vers les champs de bataille. Le premier arrêt de certains de ces réfugiés est la ville de Bandar Anzali, en Iran. Durant deux ans, des milliers de Polonais réfugiés se rendent de Bandar Anzali vers des villes comme Téhéran, Ispahan et Ahvâz, et sont logés dans des camps. Mais des maladies comme que le typhus ainsi que l’affaiblissement causé par la famine subie en Sibérie font succomber un grand nombre de ces réfugiés de tous âges. A part certains d’entre eux qui restent en Iran pour des raisons telles que le mariage, les autres quittent rapidement le pays. Dans le film Requiem perdu, on rencontre ces survivants qui évoquent leurs souvenirs de cette époque. La majorité voit alors l’Iran comme un pays paradisiaque, avec des habitants très chaleureux et hospitaliers qui s’efforcent de subvenir à leurs besoins en nourriture et en vêtements. A côté des tombes des Polonais se trouvent une statue commémorative et une pierre où figure un aigle, symbole de la République de Pologne. On peut aussi y lire : « En souvenir des patriotes polonais qui, sur le chemin du retour vers leur patrie, reposent pour toujours ici, sous l’ombre de Dieu ».

 

Tombe de 26 mineurs et ingénieurs italiens enterrés verticalement dans un caveau de ce cimetière.

Dans cet ancien cimetière se trouvent également les tombes de figures connues de l’histoire de l’Iran, dont la tombe du docteur Cloqué, médecin français de Mohammad Shâh Qâdjâr. On raconte que Monsieur Cloqué était un jeune homme de trente ans d’une grande intelligence, qui apprit rapidement la langue persane. Il demeura neuf ans à la cour après la mort de Mohammad Shâh, et continua son travail en tant que médecin de Nâssereddin Shâh. Il se maria avec une jeune fille arménienne et mourut peu de temps après son mariage, dans des circonstances qui demeurent troubles – il aurait pris du poison pour du vin, qu’il aurait bu. Il est enterré dans un mausolée en briques.

 

La partie la plus impressionnante de cet ancien cimetière est sans doute la tombe de 26 mineurs et ingénieurs italiens qui travaillaient en Iran entre les années 1936 et 1943, et qui ont été enterrés verticalement dans un caveau de ce cimetière. Son architecture est telle qu’en y pénétrant, on est entouré de morts debout.

Tombe d’un soldat inconnu de la Seconde Guerre mondiale

Au cœur du cimetière se situe également la tombe d’un soldat inconnu de la Seconde Guerre mondiale, au-dessus de laquelle figure une étoile rouge.

 

Antoin Sevruguin, photographe né à Téhéran et dont le père était orientaliste et diplomate de l’ambassade de Russie à Téhéran, repose aussi dans ce cimetière. En 1870, il est introduit à la cour de Mozafareddin Mirzâ à Tabriz, qui lui décerne le titre de « Khân ». Peu de temps après, il se rend à Téhéran, se marie avec une jeune fille arménienne, et crée un studio de photographie dans la rue Ala’od-Dowleh (aujourd’hui connu sous le nom de rue Ferdowsi). A l’époque du règne de Mohammad Ali Shâh, comme il était constitutionnaliste, une bombe est déposée à proximité de chez lui et une grande partie de son travail, dont un grand nombre de photos prises à l’époque qâdjâre, est détruite. Malheureusement, lors du règne de Rezâ Khân Pahlavi, près de 2000 plaques photographiques lui appartenant sont également saisies ; ce qui porte un coup très dur à cet artiste qui perd ainsi le résultat de plusieurs décennies de travail. Il meurt en 1933 des suites d’un problème rénal, et est enterré dans le cimetière des Polonais.

Tombe de Minâ Khosh Taria, princesse géorgienne.
Photo : Samirâ Monfared

Une autre tombe célèbre de ce cimetière est celle de Minâ Khosh Taria, une princesse géorgienne, qui mourut des suites d’une apoplexie à l’âge de 42 ans à Téhéran, alors qu’elle était venue en Iran avec son mari investisseur pour faire du commerce. Sa tombe est surplombée d’un beau mausolée.

 

Parmi les autres personnes connues enterrées dans ce cimetière, on peut citer le Général Dubrofsky, décédé en janvier 1898 ou encore le docteur Tholozan, qui fut le médecin de Nâssereddin Shâh.

 

Le cimetière Zahir-od-Dowleh

 

Le cimetière Zahir-od-Dowleh, qui se situe entre les ruelles du quartier téhéranais de Shemirân, a été fondé par Monsieur Zahir-od-Dowleh, le gendre de Nâsseredin Shâh Qâdjâr, qui le consacra au début aux artistes et aux disciples de Safi Ali Shâh. Cet homme, qui était lui-même adepte du soufisme, repose en son sein. De nombreuses personnalités y sont également enterrées, dont le grand poète Malek-ol-Shoarâ-ye Bahâr, qui est à côté du célèbre poète et traducteur Gholâm Rezâ Rashid-Yâsemi, ou encore un prince qâdjâr.

Tombe de Forough Farrokhzâd, une célèbre poétesse iranienne, cimetière Zahir-od-Dowleh

 

Ce cimetière est également le lieu de repos du célèbre musicien iranien Rouhollah Khâleghi, connu pour avoir magnifiquement joué avec son violon l’hymne « Ô Iran ».

 

Le poète de la douleur et de l’épreuve Rahi Mo’ayyeri, également connu sous les pseudonymes littéraires de Goushegir (reclus) et Haqqgou (celui qui dit la vérité), y est aussi enterré .

 

On peut également y voir une tombe isolée dont la pierre fendue attire l’attention. Elle appartient à un membre de la famille de Sâdegh Hedâyat, Mehdi Gholi Khân Hedâyat, un poète soufi qui fut condamné par un tribunal du fait de sa pratique du soufisme.

 

Ce cimetière comprend aussi, comme nous l’avons évoqué, des tombes d’adeptes de Safi Ali Shâh. Le sigle de la hache et de chaînes figurant sur ces tombes est celui des soufis de cette école mystique.

Tombe du célèbre musicien iranien Rouhollah Khâleghi,

 

Enfin, le visiteur pourra se rendre sur la tombe de Forough Farrokhzâd, une célèbre poétesse iranienne. Au-dessus de sa tombe sont suspendues plusieurs lampes, en allusion à son poème : « Bon ami ! Si vous venez chez moi, apportez-moi une lampe, et une fenêtre, par laquelle je puisse regarder la rue bondée et heureuse. »

 

Le cimetière Ibn-e Bâbevayh

 

Le cimetière Ibn-e Bâbevayh est également un lieu historique important où reposent de nombreuses personnalités célèbres ainsi que de grands érudits iraniens. Il tire son nom de celui du fameux théologien iranien chiite Mohammad Ibn-e Bâbevayh, surnommé Sheikh Sadough, qui est lui-même enterré dans ce cimetière.

Tombe du poète Rahi Mo’ayyeri, cimetière Zahir-od-Dowleh

La construction de ce cimetière remonte à 200 ans. Il est situé à Rey, au sud de Téhéran, sur un terrain de 10 hectares. Rey est une ville antique dont la formation remonterait à l’époque des Aryens. Le nom de cette ville figure aussi dans les mythes iraniens, et elle était la plus grande ville mède. On lit également dans l’Avesta que Rey fut la 13ème ville construite dans le monde, et qu’elle était peuplée dès 3000 ans av. J.-C. Avant le règne de Nâsseredin Shâh Qâdjâr au XIXe siècle, le cimetière Ibn-e Bâbevayh n’était qu’un vaste jardin oublié. Cependant, à la suite de la découverte d’un corps non décomposé dans une crypte près du jardin et d’une pierre dans cette même crypte révélant que le corps appartenait à Sheikh Sadough décédé il y a près de neuf siècles, un mausolée y fut érigé pour devenir peu à peu un lieu de pèlerinage. Selon les documents historiques, dès l’époque des Samanides, un mausolée aurait été construit au-dessus de la tombe de Sheikh Sadough ; cependant, il a été détruit à la suite d’une inondation survenue à Rey. Après la reconstruction, il fut de nouveau détruit à plusieurs reprises à la suite des invasions mongoles, des guerres de l’époque des Khorezmiens et Timourides, ainsi que de plusieurs catastrophes naturelles, jusqu’à se retrouver entièrement enseveli. Après la reconstruction du mausolée à l’époque qâdjâre, plusieurs personnalités ont été enterrées à ses côtés dont des poètes, des hommes religieux, des hommes politiques, des hommes de lettres, etc. ; et c’est ainsi que ce cimetière a peu à peu été créé.

Tombe du grand poète Malek-ol-Shoarâ-ye Bahâr, cimetière Zahir-od-Dowleh

A proximité du mausolée de Sheikh Sadough se trouve celui de Abol-Hassan Jelveh, philosophe et savant du XIXe siècle. Construit par Mirzâ Ahmad Khân Badr Nasir-od-Doleh et Shâhzâdeh Soltân Mirzâ Nayyer-od-Doleh, ce mausolée était d’abord constitué d’un iwan qui était un espace vouté ; mais ce monument originel a été depuis détruit pour être remplacé par un mausolée à huit colonnes ressemblant à celui de Hâfez à Shirâz. A quelques mètres de ce mausolée se trouvent les tombeaux d’élèves connus d’Abolhassan Jelveh dont Mohammad Tâher Tonkâboni et Sheikh Mohammad Taghi Amoli.

 Le cimetière Ibn-e Bâbevayh abrite aussi la tombe de Rajab’Ali Khayyât (1884-1961), un homme détaché du monde célèbre pour sa simplicité et sa piété. Son vrai nom était Rajab Ali Nekougouyân. Il est surnommé Khayyât car jusqu’à la fin de sa vie, il a habité dans un domicile modeste à côté du petit magasin de couture (khayyâti) que son père lui avait laissé en héritage après sa mort alors qu’il n’avait que douze ans. Sa tombe est située dans le tombeau familial de la famille Sepâsgozâr. Pour respecter la volonté de Rajab Ali Khayyât, on a changé l’écriture du fronton du mausolée où on peut lire : "Tombeau du bon serviteur de Dieu, Rajab Ali Nekougouyân (Khayyât)". Sa tombe se trouve au milieu d’une petite pièce recouverte de tapis. La pierre tombale est couverte d’une étoffe verte, sur laquelle est disposée une photo de Rajab Ali Khayyât. Il est décédé en 1961, à l’âge de 79 ans.

Mausolée de Mohammad Ibn-e Bâbevayh, surnommé Sheikh Sadough, cimetière Ibn-e Bâbevayh

 

Dans ce même cimetière, on peut également voir le tombeau de Sheikh Mohammad Hossein Zâhed. Ce professeur d’éthique forma de nombreux élèves dont plusieurs sont aujourd’hui de grands professeurs. Sheikh Zâhed avait quarante ans lorsqu’il décida d’apprendre les sciences et l’éthique. Il fut d’abord vendeur de pétrole, et un jour, alors qu’il passait avec sa charrette devant la mosquée Jâme’ de Téhéran où se tenaient les cours de l’Ayatollah Ali Mofasser, il décida d’y participer pour apprendre les sciences religieuses, et devint ainsi un érudit, ainsi que l’un des meilleurs enseignants de la langue arabe. Sa pierre tombale est placée sous un verre carré sur lequel se trouvent un Coran, un chandelier, des fleurs et une photo.

Mausolée de Abol-Hassan Jelveh, philosophe et savant du XIXe siècle, cimetière Ibn-e Bâbevayh

 

A un autre endroit de ce même cimetière est enterré Rahim Mo’azen Zâdeh Ardebili (1925-2005), célèbre muezzin iranien, qui est enterré à côté de son père également muezzin. On dit que la pratique de l’appel à la prière remonte à 150 ans dans leur famille ; c’est pourquoi, leur nom de Mo’azen Zâdeh signifie « être né muezzin ». Rahim Mo’azen Zâdeh est mort d’un cancer à l’âge de 80 ans, en 2005.

 

Le tombeau du grand lutteur iranien Gholâmrezâ Takhti (1930-1967) se situe également dans le cimetière Ibn-e Bâbevayh. C’est un tombeau de construction récente qui a un aspect plus moderne que les autres et dont la pierre est placée sous un verre. On peut y trouver également une biographie de Gholâmreza Takhti ainsi que certaines médailles qu’il a gagnées. Durant sa vie, Takhti a participé à de nombreuses épreuves de lutte aux Jeux olympiques et était connu comme l’un des sportifs les plus médaillés. En Iran, c’était aussi un athlète populaire du fait de sa générosité et de son bon caractère. Il décéda à l’âge de 37 ans ; la cause de sa mort demeure inconnue.

 

Dans ce même cimetière, le tombeau familial de la famille Dehkhodâ est situé à quelques mètres de la tombe de Rajab’Ali Khayyât. Le membre le plus connu de cette famille est Ali Akbar Dehkhodâ, linguiste et auteur du fameux dictionnaire Dehkhodâ qui est le dictionnaire le plus complet de la langue persane. Dehkhodâ décéda à son domicile à Téhéran, en 1956, alors qu’il avait 77 ans. Après sa mort, sa maison fut transformée en une école primaire ayant porté son nom pendant des années.

Tombe de Rahim Mo’azen Zâdeh Ardebili (1925-2005), célèbre muezzin iranien

 

A l’ouest du mausolée de Sheikh Sadough se trouve le tombeau familial de la famille Foroughi. Le membre le plus connu de cette famille y étant enterré est Mohammad Ali Foroughi, qui fut premier ministre à l’époque pahlavi. Il repose à côté de son père Mohammad Ali Foroughi, homme de lettres de l’époque qâdjâre. Mohammad Ali Foroughi était également homme de lettres, traducteur, journaliste, homme politique et diplomate. Il a écrit et traduit de nombreux ouvrages dans différents domaines dont la philosophie, l’histoire, et le droit. Y repose également Mohsen Foroughi, fils de Mohammad Ali Foroughi, qui était un célèbre architecte iranien. Il est aussi connu en tant que l’un des fondateurs de la discipline de l’architecture à la faculté des Beaux-Arts de l’université de Téhéran, et y a enseigné durant quinze ans.

 

Parmi les tombes du cimetière

d’Ibn-e Bâbevayh, citons aussi celle du poète Mirzâdeh-ye Eshghi qui est dotée d’une architecture particulière. Sur la pierre tombale sont gravés certains de ses poèmes ainsi que sa photo. Seyyed Mohammad Rezâ Kordestâni, surnommé Mirzâdeh-ye Eshghi, est né à Hamadân en 1894. Il était poète à l’époque de la Révolution constitutionnelle, ainsi qu’écrivain et journaliste publiant des articles et poèmes abordant des sujets patriotiques dans les journaux de l’époque. Il s’opposa à Rezâ Khân, premier ministre à l’époque, et s’exprima toujours sans réserve et de façon très franche. Il fut finalement assassiné par deux inconnus en 1924, alors qu’il n’avait que trente ans.

Tombe d’Ali Akbar Dehkhodâ, cimetière Ibn-e Bâbevayh

 

D’autres personnalités célèbres sont enterrées dans le cimetière Ibn-e Bâbevayh, dont Roshanak No’doust, fondatrice de l’association Peyk-e Sa’adat-e Nesvân (Message du bonheur des femmes) en 1921 et créatrice d’un magazine du même nom en 1927 ; Abolghasem Pâyandeh (1913-1984), auteur, traducteur et journaliste iranien qui maîtrisait les langues arabe, anglaise et française ; Hossein Behzâd (1894-1968), célèbre peintre et miniaturiste iranien ; Fâtemeh Sayyâh (1902-1947), fondatrice de la littérature comparée en Iran ; Abbâs Yamini Sharif (1919-1989), auteur et traducteur iranien renommé dans le domaine de la littérature enfantine, etc.

 

Le cimetière Mesgarâbâd

 

Le cimetière Mesgarâbâd était situé au nord de l’avenue Khâvaran. Il a aujourd’hui été transformé en parc connu sous le nom de Fadâ’iân-e Eslâm. A l’époque qâdjâre, les cimetières de Téhéran étaient mal entretenus et la plupart des habitants de Téhéran inhumaient leurs défunts dans la cour de leurs domiciles. Avec l’arrivée au pouvoir de Rezâ Khân et le début de l’époque pahlavi, l’inhumation des morts dans les jardins privés fut interdite. Sur ordre de Rezâ Khân, le cimetière Mesgarâbad fut créé ; c’était le premier cimetière moderne de Téhéran et le seul de l’époque qui était asphalté et orné de fleurs et d’arbres. Ce cimetière fut bientôt plein. C’est pour répondre à ce manque de place que le cimetière Behest Zahrâ fut ouvert, pour devenir peu à peu le plus grand cimetière d’Iran. Après sa création, le cimetière Mesgarâbâd tomba peu à peu dans l’oubli, d’où sa transformation en parc. Ce cimetière a également été témoin d’événements historiques importants : Navvâb Safavi, fondateur du mouvement Fedâyin-e Eslâm, y fut enterré, ainsi que les personnes ayant trouvé la mort dans l’opération Ajax ou encore des membres du parti communiste iranien Toudeh. Aujourd’hui encore, on peut voir au pied des murs du parc deux pierres tombales appartenant à deux officiers membres du parti Toudeh qui furent fusillés : le capitaine Mostafâ Bayâti et le commandant Gholâm Hossein Mohebbi.

Le cimetière Behesht Zahrâ

 

Le cimetière Behesht Zahrâ (Paradis de Zahrâ), le plus grand cimetière de l’Iran, a été construit en 1970 sur 314 hectares dans la banlieue sud de Téhéran. Il était prévu que ce cimetière ait la capacité d’accueillir les corps des défunts de la capitale pendant 25 ans. En 1997, un terrain de 110 hectares a été adjoint à ce cimetière. La dernière phase de l’agrandissement du cimetière a commencé en 2009, avec l’ajout d’un terrain de 160 hectares. Actuellement, près de 1 300 000 personnes y ont été enterrées. La première personne enterrée dans ce cimetière s’appelle Mohammad Taghi Khiâl, et était issue d’une famille de militaires.

Les soldats inconnus de la guerre Iran-Iraq sont enterrés dans le bloc 44 du cimetière Behesht Zahrâ

 

Le cimetière Behesht Zahrâ est formé de plusieurs blocs. Le bloc 29 est consacré aux martyrs de la guerre Iran-Iraq, et dans le bloc 44 sont enterrés les soldats inconnus de cette guerre. Le bloc 33 est consacré aux combattants politiques, et le bloc 88 aux personnes célèbres. Le mausolée de l’Ayatollah Khomeiny est également situé à proximité de ce cimetière. Y sont enterrées des personnalités telles que le journaliste et poète iranien Khosrow Golsorkhi, l’écrivain Nâder Ebrâhimi, le grand musicien Bâbak Bayât, l’acteur populaire Khosrow Shakibâyi etc.

 

Le jour d’affluence est le jeudi, surtout le dernier jeudi de l’année, ainsi que le premier jour du Nouvel An iranien (norouz). C’est à ces occasions que les familles rendent visite à leurs défunts, viennent fleurir les tombes, les nettoyer, allument une bougie et distribuent de la nourriture par charité dans le cimetière.

Les familles rendent visite à leurs défunts, viennent fleurir les tombes au dernier jeudi de l’année, ainsi que au premier jour du Nouvel An iranien

 

Selon les croyances religieuses populaires, l’âme des défunts attend plus particulièrement les visites de leurs familles le jeudi (pandj shanbeh en persan) soir. Cette croyance trouve son origine dans l’Antiquité. Les Perses rendaient également hommage à leurs défunts lors de certaines occasions spéciales, dont le jour de Pandjeh. A l’époque antique, chaque mois comptait 30 jours et l’année 365. Les cinq derniers jours de l’année n’étaient donc pas pris en compte dans le nombre de mois, et on appelait ces derniers jours pandji (« pandj » est le mot persan signifiant « cinq »). Durant l’un de ces cinq jours, les Perses se réunissaient sur le lieu de l’enterrement de leurs défunts, distribuaient de la nourriture et aspergeaient les tombes d’eau afin que l’âme des morts soit en paix. Après la venue de l’islam en Iran, ces pratiques prirent une forme islamique et aujourd’hui, le cimetière Behesht Zahrâ est témoin de la visite des Iraniens qui accomplissent ces actions avec quelques changements le dernier jeudi de l’année. En outre, dans la culture iranienne, rendre hommage aux défunts, surtout le premier jour du nouvel an exprime une sorte d’équilibre dans la vie ; il exprime cette vérité selon laquelle la joie et le chagrin existent toujours côte à côte et que même dans les moments heureux, il ne faut pas ignorer le chagrin, la séparation ainsi que la renonciation au monde et à ses biens. Le fait de commencer la nouvelle année dans un cimetière et de rendre visite à ses défunts en ce jour signifie que les défunts restent bien vivants dans la mémoire de leurs descendants.


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