N° 127, juin 2016

Comment et pourquoi protéger
la vie sauvage en Iran (et ailleurs) ?


Fahimeh Mohammadi*
traduit par

Mina Alaei


Migration de cigognes vers le lac de Zarivâr, ville de Marivân. Photo : Dânâ Azariyân

Est-ce que le fait de protéger la vie sauvage ou de tuer un léopard, un ours, une hyène, un cerf ou d’autres animaux sauvages, à des kilomètres de la ville où nous vivons, a une influence sur notre vie d’urbains ? Est-ce nécessaire d’investir pour protéger les animaux ? Est-ce que l’extinction du lion iranien et du tigre du Mâzandarân a eu un impact suffisamment important pour que nous nous préoccupions de l’extinction d’autres espèces ?

En plus d’être le symbole de la civilité et du développement spirituel des hommes, la protection de la vie sauvage s’appuie sur des valeurs morales, notamment le respect du droit à l’existence de toutes les créatures de Dieu. L’exploitation des animaux et les mauvais traitements qui leur sont infligés sont à présent devenus des questions importantes de la morale théorique et pratique. Les progrès constants de la civilisation humaine dans l’apprivoisement du monde sauvage empiètent sur les droits des animaux et remettent en question la nécessité de leur survie. Et puis, lorsqu’on ne respecte pas le droit des animaux, il n’est pas logique de s’attendre au respect des droits de l’homme.

Lac de Zarivâr, province du Kordestân, près de la ville de Marivân

L’Iran sauvage est confronté à de nombreuses menaces, et l’un des facteurs les plus importants dans la réduction drastique de la population de ses espèces est la destruction de leurs habitats. Cette destruction est due notamment à l’urbanisme, la construction des routes, la transformation des territoires sauvages en lieux de vie humains, la pâture excessive, l’occupation des points d’eau, l’exploitation des ressources minières ou gazo-pétrolières, la sécheresse, la pollution, la chasse et le braconnage, en particulier le piégeage et la raréfaction de la nourriture pour les animaux. Outre la destruction des habitats, d’autres facteurs importants menacent l’environnement, entre autres le manque de dynamisme des organismes de protection, telle que l’Organisation de la Protection de l’environnement et l’Organisation des Forêts et des Pâturages, une législation poussive et inadéquate, le manque de programmes destinés à sensibiliser les personnes quant à l’importance de cette destruction, le manque d’initiatives impliquant les populations rurales ou même urbaines dans la protection environnementale, et le manque de coopération entre les organismes publics en la matière.

Nul doute que la majorité des problèmes environnementaux actuels auxquels l’homme est d’ores et déjà confronté est le résultat de l’extinction ou de l’affaiblissement de la vie sauvage et de la destruction des habitats naturels des espèces. Car le sort de l’homme en tant que membre à part de la nature est étroitement lié au sort des animaux et de son environnement.

En Iran, la dernière décennie a encore malheureusement vu de nombreux cas de chasses effrénées et interdites, qui ont directement contribué à la réduction de la population des espèces concernées et souvent en danger critique d’extinction. Durant les six dernières années, 58 panthères ont été tuées. De plus, la mort de plus de 30 guépards iraniens durant cette dernière décennie, directement en raison de facteurs humains (accident de la route ou chasse), fait désormais de lui un animal sur le point de disparaître définitivement.

Zone humide de Kâni Brâzân, Azerbaïdjan de l’ouest

En outre, les informations rapportant des cas de chasse et de tortures animales ne sont pas rares : ourse et ses oursons chassés et tués, hyène barrée chassée et découpée en morceaux, ratel rare décapité, sept renards trouvés morts, la queue coupée, guépard réfugié avec ses petits dans un champ, tous tués par les villageois, chasse motorisée de gazelles et de capras. La nécessité d’une législation efficace et d’une protection accrue de la vie sauvage est aussi importante que la mise en place d’une politique de sensibilisation des populations rurales et citadines. Mais cette cruauté est loin d’avoir l’impact destructeur de la disparition des habitats de la faune.

 

Les valeurs de la vie sauvage du point de vue écologique et biologique

 

La vie sauvage fait partie de la structure complexe des écosystèmes et joue un rôle important dans l’exploitation et la stabilité des écosystèmes. L’homme en dépend pour ses besoins matériels autant qu’immatériels. Si l’on considère le cycle de vie ou la limite des écosystèmes, c’est en fait la vie sauvage qui garantit la stabilité des écosystèmes et les cycles de matière et d’énergie et cela, en contrôlant les populations, la pollinisation, la diffusion et la plantation des graines, le contrôle des facteurs de maladie, la propreté de l’environnement par le biais des animaux sauvages et domestiques se nourrissant des cadavres, la qualité des sols, la régulation de l’accumulation des matières minérales, etc. En guise d’exemple, si un prédateur disparaît, la population de ses proies augmentera et endommagera l’écosystème. C’est ce qu’avait déclaré Darwin en 1872. Selon lui, si la population de tout être vivant n’était pas contrôlée par l’environnement ou d’autres créatures, sa population augmenterait de telle manière que la terre se remplirait aussitôt de ses petits.

Zone protégée de Vardjine, Alborz central

 

La valeur de la vie sauvage du point de vue économique

 

Il s’agit d’acquisitions ayant un intérêt commercial ; la vente et l’achat des produits directement issus de la vie sauvage ou des métiers qui y sont liés. Ces revenus peuvent concerner la chasse et autres activités similaires et consister en la délivrance d’autorisations de chasse et de pêche, mais aussi la vente de la viande, de la peau ou d’autres produits issus des animaux sauvages qui représentent un pourcentage variable des revenus des sociétés surtout rurales. Ils incluent aussi des métiers liés aux animaux vivants dans leur environnement naturel, tels que les métiers de service touristiques spécialisés dans les randonnées ou les safaris en milieu sauvage, les guides, les hôtels, les restaurants et les transports. La plupart de pays ayant une riche diversité biologique tirent d’importants revenus de leur faune. Ainsi, des pays tels que le Kenya et la Tanzanie, qui n’ont pas de réserves de pétrole, acquièrent de cette manière la majeure partie de leurs revenus et loin de saccager leurs ressources naturelles, ils les protègent tout en créant par ce biais des emplois et revenus. Tout cela de telle façon qu’un économiste de la vie sauvage a recensé qu’au Kenya, une lionne peut rapporter 512 000 dollars sur une durée de sept ans - bien plus que si l’on tue cette même lionne pour lui enlever la peau. Outre les 21 métiers directement ou indirectement générés par la présence d’un écotourisme dans un pays, cette comparaison confirme évidemment la valeur de l’écotourisme en général d’un point de vue écologique et économique.

 

La valeur de la vie sauvage du point de vue de l’excursion et de l’esthétique

 

La vie sauvage fournit de nos jours des loisirs pour ceux qui aiment l’art, entre autres les photographes et les écotouristes, de sorte que la plupart des gens, même dans les pays développés, se sont au moins une fois rendus dans un parc de vie sauvage. On ne peut également pas nier l’influence de la vie sauvage sur la littérature, la poésie et la musique.

Zone humide de Meyghân

 

La valeur de la vie sauvage du point de vue des sciences et de la recherche

 

Les études sur la vie sauvage, qui sont en fait des études sur la vie en général, ont un impact certain sur les autres sciences. Les résultats obtenus par Darwin (la théorie de l’évolution) ont une influence remarquable sur des sciences telles que la biologie, l’écologie et même l’éthique. C’est pourquoi les écologistes, les physiologistes, les sociologues et les moralistes transposent les résultats obtenus des études sur la vie sauvage à leur propre domaine. Diverses espèces animales, des ours aux requins, se présentent dans les recherches de biologie et de médecine comme des exemples vivants afin d’aider l’homme à connaître les causes des maladies, le mécanisme de l’influence de nouveaux médicaments et la découverte de façon à vaincre ou à affronter les maladies. En anéantissant et en réduisant la biodiversité des animaux et des plantes, nous perdons non seulement l’occasion de connaître et de fabriquer des centaines de nouveaux médicaments, mais aussi la chance de prévenir les lourds dommages économiques dus à ces maladies.

 

Comment protéger l’environnement ?

 

Au vu de la devise de la journée mondiale de la vie sauvage (2016), « l’avenir de la vie sauvage est entre nos mains », on peut conclure que c’est en planifiant et en protégeant la vie sauvage et l’environnement que nous pourrons enrayer le processus de leur destruction. La planification et la protection effective de l’environnement et des espèces en danger sont possibles dans le cadre des activités des grands organismes gouvernementaux ou non. Parallèlement aux institutions dépendantes du gouvernement, les institutions privées ou gérées par la population pourront avoir un rôle important dans le processus de la protection.

Oies sauvages migrantes, Sorkhroud

A titre d’exemple, en Iran, chaque hiver, les espèces animales des forêts de montagne de Tonekâbon et de Râmsar viennent s’abriter dans les vallons pour échapper au froid et se nourrir. Autrefois, quand les hivers étaient plus rigoureux, ces espèces entraient dans les forêts de plaine. Selon Satonine, le zoologue russe, jusqu’au début du XXe siècle, les tigres de Hirkan passaient l’été dans les montagnes des forêts de Tâlesh et d’Astârâ et attaquaient de temps en temps le bétail. En hiver, ils avançaient dans la plaine pour trouver des proies. Et il ne s’agit pas seulement de cette espèce éteinte. De nombreuses espèces s’approchent des habitats humains en quête d’abris et de nourriture durant l’hiver. Des initiatives de protection dans ce domaine, qui existent déjà individuellement, pourraient être appliquées à grande échelle. Ainsi, les gardes-chasse de la zone protégée de Vardjine, dans l’Alborz central, sont chargés de préparer et d’éparpiller de la luzerne séchée pour les béliers et les yacks sauvages et depuis quelques années, dans cette région et quelques autres, des ONG collaborent avec l’Organisation de la Protection de l’Environnement pour l’achat mais aussi pour le transport et la préparation du fourrage. On peut aussi citer l’exemple d’une association locale, en collaboration avec les gardes-chasse, qui ont nourri des oies sauvages migrantes s’installant dans les points d’eau de Sorkhroud en hiver. Et grâce à cette initiative, leur population a augmenté. Des initiatives semblables ont été menées par des ONG et des associations près de Meyghân, Kâni Brâzân et Zarivâr.

Même en milieu urbain, nous pouvons contribuer de cette manière à la protection de l’environnement. Par exemple, on peut répandre des graines de tournesol ou du blé pour les oiseaux qui ont un jabot ; du fromage et des restes de viande pour les corbeaux ; des dattes, du raisin sec et autres fruits doux pour les rossignols. On peut placer quelque part dans le jardin, sur le balcon, une réserve d’eau pour que les oiseaux s’y baignent et s’y désaltèrent ainsi que les chats.

* Doctorante en Météorologie synoptique (titulaire d’une licence en ressources naturelles), Université Shahid Beheshti, Téhéran


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