N° 138, mai 2017

Patrimoine culturel du Khorâssân-e Razavi


Khadidjeh Nâderi Beni


Selon une définition courante, le folklore ou la culture traditionnelle et folklorique est l’ensemble des créations émanant d’une communauté culturelle, fondées sur la tradition et représentant l’identité culturelle de la communauté. Elles comprennent entre autres la langue, la littérature, la musique, les jeux, les mythologies, les rites, l’artisanat, les vêtements, l’architecture et des types d’arts très variés. Le patrimoine culturel du peuple du Khorâssân-e Razavi ressemble à de nombreux égards à celui d’autres régions iraniennes. Il existe cependant des différences culturelles entre les ethnies de la province dont les Kurdes, les Turcs, les Baloutches, etc.

 

Rite d’invocation de la pluie (marâssem-e talab-e
bârân)

Les rites traditionnels

 

Le Khorâssân-e Razavi se situe dans une région aride et de ce fait, en période de sécheresse, les habitants pratiquent une cérémonie traditionnelle pour demander la pluie. Le rite d’invocation de la pluie (marâssem-e talab-e bârân) est organisé par les chefs du village, et les petites filles du village se réunissent pour accomplir cette cérémonie : le matin, chacune porte une poupée et chante des vers en langue régionale. Ce cortège traverse le village et s’arrête devant les maisons tout en répétant une chanson invoquant la pluie. Devant chaque maison, la mère de la famille jette de l’eau sur les poupées pour symboliser la pluie. Après avoir parcouru les maisons du village, le cortège, accompagné par les villageois, se rend à un ruisseau pour y baigner les poupées. On termine la cérémonie avec d’autres chansons d’invocation de la pluie.

Lutte Tchoukheh (koshti bâ tchoukheh)

Parmi les provinces iraniennes, le Khorâssân-e Razavi est la plus riche du point de vue des jeux traditionnels. Il existe près de 80 jeux régionaux parmi lesquels dix sports toujours couramment pratiqués. L’exemple le plus éloquent est la Lutte Tchoukheh (koshti bâ tchoukheh). Il s’agit d’une lutte festive dont les participants sont habillés avec un vêtement de lutte traditionnel nommé tchoukheh. Cette lutte est également organisée lors de compétitions sportives. Parmi d’autres jeux traditionnels courants, on peut surtout citer le poshtak bâzi (jeu de culbute), le tileh bâzi (jeu de billes), le sang-sang-tchalipâ (pierre-pierre-croix) et le gousheh bâzi (jeu des coins). L’ensemble de ces jeux traditionnels encourage les participants à pratiquer la générosité et la bienfaisance vis-à-vis de l’"adversaire", à l’opposé de la logique de la victoire totale.

Le patrimoine oral, qui comporte plusieurs genres dont des légendes, chansons, contes, proverbes et expressions, berceuses, etc., enrichit aussi la culture traditionnelle et populaire du Khorâssân-e Razavi. De plus, la musique du Khorâssân compte parmi les plus belles musiques folkloriques iraniennes.

 

Les artisanats traditionnels

 

- Le ghâlibâfi (la tapisserie) : Artisanat principal du Khorâssân-e Razavi, l’histoire locale de la tapisserie est divisée en deux phases : 1) L’époque safavide : durant cette période, les tisserands du Khorâssân réalisent les motifs dit Harâti ; le rouge foncé et le bleu de cobalt sont les couleurs dominantes, mais les tapis à fond jaune et orange sont également courants ;

Ghâlibâfi (la tapisserie)

2) L’ère contemporaine : durant ces deux derniers siècles, de nombreuses tapisseries sont actives dans les villes et les villages de la province et plus particulièrement à Mashhad, Neyshâbour et Sabzevâr. Cet artisanat est également courant chez les nomades de Kâshmar, Torbat-e djâm et Torbat-e Heydarieh. Les nomades baloutches de ces régions tissent surtout des petits tapis nommés Ghâlitchehs. Les femmes kurdes des villes et des villages nouent aujourd’hui des grands tapis de style Mashhad.

- Guelimbâfi (le tissage de kilim) : Les kilims du Khorâssân-e Razavi sont généralement tissés par les nomades de Ghoutchân et Shirvân. Les artisans nomades en font aussi bien des tapis que des sacs et des rideaux de couleur foncée, pour des tentes. Parmi les différents types de kilims de cette région, les kilims Soumak et Souzani jouissent d’une renommée particulière.

- Abrishambâfi (la soierie) : En tant qu’artisanat traditionnel iranien, la soierie est surtout pratiquée dans la région de Kalât et plus particulièrement le bourg de Zâvin.

Abrishambâfi (la soierie)

- Barakbâfi (le tissage de barak) : Le barak est une sorte de tissu en poils de chameau. Son tissage est surtout pratiqué par les habitants du sud du Khorâssân-e Razavi.

- Hassirbâfi (le tissage de la paille) : Tout comme le tissage des fibres, le tissage de la paille est pratiqué depuis longtemps par les habitants du Khorâssân-e Razavi. Le village de Torghabeh, situé à 18 km au sud-ouest de Mashhad, est considéré comme le centre du hassirbâfi de cette province. Les artisans de cette région tressent divers objets en pailles de seigle, blé, et orge, et produisent des objets décoratifs et d’usage courant.

- Sangtarâshi (la sculpture sur pierre) : Il s’agit d’une technique particulière de sculpture qui aboutit à la fabrication d’une forme artistique de pierre. La région montagneuse du sud de Mashhad est considérée comme le centre de sculpture sur pierres depuis plusieurs siècles. Les artisans se servent des roches ignées de la région pour fabriquer divers objets en pierre dont des objets d’usage quotidien, des objets décoratifs, des sculptures, etc.

- Firouzeh tarâshi : Depuis 2000 ans, la ville de Neyshâbour est considérée comme l’une des plus importantes productrices de turquoise au monde. Les montagnes limitrophes de cette région abritent de nombreux gisements de turquoise et de ce fait, son économie est basée sur l’industrie de cette pierre semi-précieuse.

- Sofâlgari (la poterie) : La poterie, qui est l’un des plus anciens artisanats iraniens, est surtout pratiquée à Gonâbâd, au nord du Khorâssân-e Razavi. Le village de Mend est considéré comme le centre de la poterie de la province.

Hassirbâfi (le tissage de la paille)
Sangtarâshi (la sculpture sur pierre)

Notons aussi que Neyshâbour et ses alentours sont depuis longtemps peuplés par des populations kurdes du Khorâssân-e Razavi. Ils sont très actifs dans le tissage de textiles comme :

- Le tchouvâl, sorte de grand sac utilisé pour conserver ou transporter des affaires.

- Le tapis kordi, noués par les Kurdes de cette région et qui sont en général deux ou trois fois plus longs que larges. Les nomades kurdes les utilisent comme protection contre le froid, comme décoration ou comme isolation sous la literie.

- Le djâdjim, sorte de tapis utilisé comme couvre-lit.

- Le navmâl, couverture que les Kurdes utilisent pour couvrir leurs provisions, leurs articles de ménage et leurs literies.

- Le bâlesht kordi, sorte de sac rempli de balles d’avoine et servant de coussin pour le dos.

Parmi d’autres artisanats couramment pratiqués dans le Khorâssân-e Razavi, on peut citer le samâvar sâzi (fabrication de samovars), l’arghavânbâfi (tressage des fibres de l’arbre de Judée), ou encore le kâshikâri (fabrication de tuiles émaillées).

Firouzeh tarâshi, Neyshâbour

 

Les vêtements traditionnels

 

La province du Khorâssân-e Razavi est habitée par plusieurs groupes ethniques, chacun ayant ses propres vêtements folkloriques. De ce fait, il y existe une grande diversité de vêtements traditionnels. Dans l’ensemble, ces vêtements sont divisés en quatre groupes : 1) vêtements des Kurdes du Khorâssân-e Razavi ; 2) vêtements folkloriques des frontaliers de Torbat-e djâm, Tâybâd et Khâf ; 3) vêtements des émigrants dont les Turkmènes, les Turcs, les Arabes et les Baloutches ; 4) vêtements des habitants du désert, dont Sabzevâr et Torbat-e Heydarieh. Il faut souligner que de nos jours, les habitants du Khorâssân ne portent en général pas ces vêtements traditionnels qui sont désormais uniquement portés lors des événements folkloriques et fêtes nationales.

Les femmes kurdes possèdent également une importante diversité de vêtements traditionnels, souvent ornés de perles de verre sur le col et les manches. Ces habits traditionnels comportent plusieurs éléments principaux :

- Le koumâkh, souliers de maroquin vert dont le bout est particulièrement haut et large. La partie extérieure des souliers est ornée de broderies, souvent faites à la main.

- Les djourâb, bas courts de laine de mouton tricotés souvent par les femmes kurdes. Les chaussettes se portent à l’intérieur des Koumâkh.

- Le shaliteh, sorte de courte jupe très ample et plissée descendant jusqu’aux genoux. Elle se porte avec une robe.

Vêtement traditionnel de la province du Khorâssân-e Razavi

- La pirâhan, robe à manches longues qui descend jusqu’aux chevilles et couvre ainsi l’ensemble du corps. Cette robe à fleurs est souvent brodée d’or, d’argent ou de pierreries.

- Le djeligheh, gilet sans manches qui couvre le buste. Fait de velours ou de laine brodée, il est souvent brodé d’argent.

- Le roussari, étoffe à fleurs généralement en velours qui entoure le front et les oreilles et couvre la tête et les épaules. Des fils d’or ou de pierreries sont souvent brodés sur sa partie extérieure.

- Le sarband, foulard fait avec des étoffes précieuses comme la soie et noué autour de la tête, parfois enrichi d’ornements en pierres semi-précieuses.

Le koumâkh

Sources :


- Ahmadpour, M., "Aghâyed va rossoum-e mardom-e Khorâssân" (Les coutumes et traditions du peuple du Khorâssân ), in Revue de Vahid, no. 9, 5ème année.


- "Tchehreh-ye irân, Râhnemâ-ye gardeshgari-e ostânhâ-ye irân" (Visage d’Iran, Guide du Tourisme des provinces iraniennes), Mo’assesseh-ye djoghrâfiâ-ye irân (La Société géographique d’Iran), 2011.


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