N° 143, octobre 2017

La Mosquée Bleue de Tabriz


Samirâ Fâzel


Photos : Mosquée Bleue de Tabriz

La mosquée Jahân Shâh ou Mosquée Bleue de Tabriz a été construite en 1465 par un émir qaraquyunlu, Abul Mozaffar Jahân Shâh ibn Qorâ-e-Yousouf, dont l’épouse, Jân Beigom Khâtoun, a supervisé les travaux de construction.

Les textes historiques mentionnent ce monument somptueux sous le nom d’« Édifice Mozaffarieh ». Tabriz était alors une ville florissante et prospère. Durant la première moitié du XIe siècle, Kâtip Chelebi et Evliyâ Chelebi, célèbres voyageurs de l’Empire ottoman, ont visité cette mosquée, de même que les Français Jean-Baptiste Tavernier et Jean Chardin, dans la deuxième moitié du même siècle.

« Le seuil de la mosquée est plus haut que celui de Taq-e- Kasrâ. Ornée de beaux carreaux, elle est munie d’un haut dôme. C’est une Grande mosquée ravissante où quiconque entre, n’a pas le cœur de la quitter. » [1]

 

Jane Dieulafoy [2], voyageuse française persanophone, tenait un journal dans lequel elle décrivait avec une grande précision non seulement ses observations des sites archéologiques d’Iran, mais aussi ses observations au sujet de la société persane. Elle évoque ainsi la mosquée bleue dans son journal :

« Le plus ancien monument de Tabriz est la mosquée bleue, construite au XVe siècle à l’époque de Jahân Shâh Qaraquyunlu. Malheureusement, son dôme a été détruit par un séisme, et une partie des murs s’est défaite. Elle a une cour avec des arcs décoratifs remarquables tout autour et, au centre, une fontaine à ablutions. » [3] 

 

Elle évoque ensuite le motif principal de la construction de cette mosquée : « Vu que Jahân Shâh était dévoué au Prophète et aux Imams, il a ordonné d’insérer des carreaux sur lesquels on a écrit de façon différente « Ali Vali-e-Allah » et les noms des quatorze Imams infaillibles. Le dallage de ce monument est très munificent, et pas encore endommagé. La porte d’entrée s’ouvre directement sur le corridor ou le seuil. La grande mosquée centrale carrée se trouve au sud du seuil, et le grand dôme turquoise de la mosquée bleue est placé directement au-dessus de la salle principale de prière. Malheureusement, le terrible séisme de Tabriz du XVIIIe siècle a détruit ce dôme. De plus, le mihrab en marbre s’est cassé en son centre. »

Dans l’enceinte de la mosquée se trouvent la madrassa Jahân Shâh et le musée d’Azerbaïdjan fondé en 1958, comprenant entre autres une section dénommée « Constitution », qui revient sur la Révolution constitutionnelle de 1906 dans laquelle Tabriz et ses habitants ont joué un rôle central.

 

L’architecture de la mosquée bleue

 

 La façade voûtée de la mosquée dont le fronton est magnifiquement carrelé est dotée d’une splendeur particulière. Les matériaux utilisés dans l’édifice sont des briques assorties avec des pierres rares et précieuses. Les vestiges de la mosquée montrent que les briques ont été jointoyées par le plâtre. La mosquée avait différentes parties dont la cour carrée, un bassin symétrique pour les ablutions, les salles de prière, et les iwans. Devant la cour et en direction de la qibla se trouve le monument principal de la mosquée de forme carrée. La hauteur des toits en arc est de 12 mètres, reposant sur les quatre colonnes du monument. L’intérieur de la mosquée est embelli par de beaux éléments décoratifs, et le sol est recouvert de mosaïques brillantes. Des porches cernent la grande salle de prière, qui possède un plafond arqué de 17 mètres de diamètre. L’originalité de son dôme est qu’il est soutenu par quatre colonnes carrées et symétriques.

Ce qui retient en premier lieu l’intérêt du visiteur, c’est la grandeur et la largeur du fronton disproportionné au regard des autres parties de monument : sa hauteur fait en effet le double de sa largeur et quand on le regarde, il semble encore plus haut. Ce fronton comprend trois parties : les deux grandes colonnes de soutènement, terminées à leur extrémité par un arc profond, avec le proche d’entrée entre les deux colonnes. La marge de l’arc du fronton est composée d’une colonne en colimaçon très ouvragée. Enfin, une autre particularité de cette mosquée est qu’elle n’a pas de minarets. 

    Notes

    [1Târikh-e- Jahânnamâ, de Kâtip Chelebi.

    [2Jane Henriette Magre (née le 29 juin 1851 à Toulouse et morte le 25 mai 1916 au château de Langlade, à Pompertuzat, près de Toulouse) était une archéologue, auteure de romans, nouvelles et pièces de théâtre, journaliste, et photographe. Elle épousa Marcel Dieulafoy.

    [3J ournal de voyages, Jane Dieulafoy.


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