N° 147, février 2018

La fondation de la ville de Zanjân,
étude historique


Mahnâz Rezaï


Les voyageurs étrangers ont toujours été sensibles aux singularités des villes iraniennes. Leurs récits de voyage en sont les témoins. La question de la fondation et des fondateurs de ces villes prête, pour la plupart, à discussion. Zanjân est l’une de ces villes dont l’ancienneté est discutable. La province de Zanjân se situe au nord-ouest du pays, entre l’est de l’Azerbaïdjan et Qazvin, et la langue des habitants de cette région est le turc azéri. Jusqu’à présent, trois textes historiques nous ont parlé du fondateur de Zanjân :

 

  1. a) Mohammad Ali Adib Marâghei, l’un des politiciens de l’ère de Nâssereddin Shâh Qâdjar, écrit dans son récit de voyage Dâfeh-ol-Gorour que cette ville est l’une de celles que Kyomars, le premier souverain mythique du Shâhnâmeh a construites. Le fait d’attribuer la fondation de villes iraniennes à des rois mythiques est une constante de la littérature traditionnelle ainsi que de certaines œuvres historiques et géographiques. Ainsi, la fondation de la ville d’Abhar a notamment pu être attribuée à Dârâ de la dynastie Kiyân ; néanmoins, selon Yahyâ Qazvini dans son livre Lob-Al Tavarikh (L’essentiel des Histoires), Abhar aurait été fondée par le roi sassanide Shâpour. De toute façon, Kyomars est un personnage mythique et légendaire du Shâhnâmeh, le premier souverain sur terre et fondateur de la dynastie Pishdâdiân, à la tête de laquelle il a régné 30 ans. Ce que suggère Mohammad Ali Adib Marâgehei ne peut donc pas être vrai - reste à savoir quand et où il a pris cette citation et/ou puisé cette inspiration.
Portrait imaginaire de Clavijo, XIXe siècle

 

  1. b) Clavijo, célèbre touriste espagnol et ambassadeur d’Espagne à la cour du roi Tamerlan, a écrit dans son carnet de voyage que Zanjân avait été la résidence du roi achéménide Darius III. Si nous considérons vraie la suggestion de Clavijo, cela signifie que Zanjân a dû être une très grande ville jusqu’à l’époque de Darius III, ce qui apparaît peu probable. La question est donc de savoir sur la base de quelle source un ambassadeur espagnol comme lui au début du IXe siècle a donné une telle information. La réponse la plus facile serait qu’il l’a entendu des habitants de Zanjân. Jusqu’au XVIIIe siècle, les Iraniens avaient peu d’informations sur les noms des rois achéménides, et l’histoire connue par la majorité des gens de l’Iran ancien se limitait à des récits mythiques au sujet des Pishdâdiân ou des Kiyâniyân.

Il est donc possible par exemple que le nom de « Dârâ », autre roi mythique, ait été pris pour « Darius » par le traducteur.

  1. c) Hamdollâh Mostowfi Qazvini, auteur de Nezhat-ol-Qoloub, a suggéré que Zanjân aurait été fondée par Artaxerxés Bâbakân, le fondateur de la dynastie sassanide, également surnommé Shâhin. D’autres auteurs et historiens l’ont suivi dans cette idée, comme par exemple Borhân-e Qâte’ (La preuve convaincante) et Târikh-e Dâr-ol-Erfân Khamseh rédigé par Mohammad Hâshem Asef. C’est l’hypothèse la plus suivie, que plusieurs chercheurs contemporains ont confirmée.

Avant eux, d’autres historiens, dont Haji Vazir Zanjâni, auteur de Fosoul-e Khamseh dar Khamseh Târikh a confirmé cette hypothèse et a ajouté qu’un château à l’est ou au nord-est de Zanjân était attribué à Artaxerxés : « Selon les vieilles écritures, Artaxerxés Bâbakân est le fondateur de cette ville. Il est dit à Zanjân qu’une tranchée d’un ancien château, appartenant au roi mentionné, traverse l’est ou le nord-est de la ville. » Un article publié il y a quelques années dans la revue Honar va Mardom affirmait que "Shâhine" ou "Shahine" mentionné dans Nezhat al-Qoloub signifiait "La ville de l’Aigle", animal qui était le symbole des soldats sassanides. A l’époque qâdjâre, cette origine a été confirmée dans Târikh Dâr-ol-Erfân Khamseh et Fosoul Khamseh dar Târikh Khamseh. Notons aussi que dans le terme Shâhine se trouve le mot Shâh qui signifie "le roi", et le suffixe ine signifiant "attribué à…" (au roi, le cas échéant).

Vieille photo de la mosquée de Zanjân (mosquée de Seyyed). Cette photo a été prise par Nâser-al-Din Shâh lors d’un voyage à l’époque qâdjâre.
  1. d) La quatrième hypothèse concernant la fondation de Zanjân a été formulée par Mohammad Hâshem Rostam-ol-Hokamâ. Après avoir évoqué l’idée d’une construction de Zanjân par Artaxerxés Bâbakân suite à un compromis avec César, il a suggéré qu’un château aurait été construit près de la ville par Bahrâm Gurkâni. Comme la rivière s’appelait Zangânroud, le château aurait aussi été nommé "Château de Zanjân". De ce qui vient d’être dit, nous pouvons formuler trois remarques :

D’abord, Artaxerxés aurait construit cette ville après un traité avec les voisins de l’ouest de l’Empire, peut-être les Romains ; ensuite, "Zangânroud" était plus ancien que "Shâhine" ; et enfin, le nom du château construit par Bahrâm Gurkâni vient de "Zangânroud".

La question de l’origine de Zanjân reste donc l’objet de débats, comme celle de la majorité des grandes villes iraniennes. Mais existait-il des sources évoquant l’existence de Zanjân avant la période islamique ?

 

Les sources évoquant l’existence de Zanjân avant la période islamique

 

Ptolémée, géographe grec mort en 168 av. J.-C., a cité une ville nommée "Aganzana" dans sa géographie. Minorski, dans un article de l’Encyclopédie Islamique, puis Azizollâh Bayât ont suggéré que cette ville pouvait être Zanjân.

En outre, dans des villages environnants Zanjân se trouvent des ruines de temples du feu et des traces de voies de communication zoroastriennes. Des cadavres appelés « hommes de sel » du fait de leur bonne conservation retrouvés dans les mines de sel du village de Tchehrâbâd à Zanjân ont, selon les experts, une ancienneté remontant à 2200 à 2500 ans. Ces éléments contribuent à étayer l’idée selon laquelle Zanjân existait durant la période pré-islamique.

Des tribus appelées notamment Kaspies, Kasies, Kadousies, Lulubiys, Houries, Ghouties vivaient également dans la région, et formaient une civilisation primaire mais relativement avancée pour leur époque.

En outre, des historiens et géographes anciens dont Ibn Khordâdbeh, Hamdollâh Mostowfi, ou encore Shams Qeys Râzi ont suggéré que la langue du peuple de Zanjân fut le pahlavi jusqu’au VIe siècle. Suite à la migration de tribus turques comme les Oquz, qui ont commencé à s’installer dans la région à partir du Ve siècle, la langue pahlavi aurait été progressivement remplacée par la langue turque.

Carte de Zanjân dessinée par l’historien
ottoman Matrakchi Nasuh

La question des noms précédents et des origines du nom de Zanjân

 

Il est probable que par le passé, Zanjân se soit un temps appelée Shahine. Ce nom a été mentionné pour la première fois dans le Nezhat-ol-Qoloub par Hamdollâh Mostowfi. C’est Artaxerxés qui l’aurait baptisée ainsi. Certains auteurs sont allés plus loin en affirmant que des termes tels que "Sayan", "Saeine" et "Sanandaj" étaient liés à ce mot.

Selon certains chercheurs, Zanjân serait une forme arabisée du mot "Zangân", tandis que le mot Zendighân signifierait "peuple du Livre Zand". Certains ont considéré qu’il avait une origine persane, et d’autres ont cru qu’il était dérivé de mots turcs comme "zangine" qui signifie "personne riche".

En outre, selon Mohammad Javâd Mashcour, dans son ouvrage La géographie historique de l’Iran ancien, le mot pahlavi Shânjan serait à l’origine de Zanjân.

A l’époque des Afsharides et des Qâdjârs, les noms et les titres suivants ont été utilisés pour désigner Zanjân :

-Khamseh : Ce mot d’origine arabe issu de "cinq" (khamsa) désigne tantôt l’ensemble de la région, tantôt la ville de Zanjân de façon spécifique. Certains auteurs de l’ère qâdjâre, y compris l’auteur de Târikh-e Dar-ol-Erfan Khamseh ont suggéré qu’il était dérivé de cinq régions nommées Zanjânroud, Abharroud, Ijroud, Sojasroud, et Bezinehroud qui sont actuellement des villes de la province de Zanjân.

Deuxièmement, selon certains récits, les habitants de la région étaient les membres de cinq grandes tribus turques, c’est-à-dire Afshâr, Moghaddam, Osânlou, Bayât, et Khodâbandehlou qui s’appelaient Khamseh. De nos jours, les gens vivant à Târom et Khalkhâl appellent encore les habitants de Zanjân "Ilat-e Khamseh".

-Dâr-ol-Erfân ("la maison mystique") : Ce nom qui aurait servi à désigner Zanjân pendant un temps n’a été mentionné que dans un ancien livre historique, Dâr-ol-Erfân Khamseh. Au début de l’ère safavide, les provinces et villes iraniennes étaient souvent désignées par un préfixe arabe, "Dâr" signifiant "Maison". Ainsi, Ardebil était "Dâr-ol-Ershâd", Astarâbâd était "Dar-ol-Momenin", tandis que le Guilân et le Mazandârân étaient appelés "Dâr-ol-Marz".

 

-Dar-ol-Sa’adat ("la maison du bonheur") : A l’époque qâdjâre, en particulier sous le règne de Nâsereddin Shâh, ce titre fut assigné à la province de Khamseh et Zanjân, et fut utilisé jusqu’au début de l’ère Pahlavi.

Sources :


- Yârmohammadi, Forough (1390/ 2010), Gandjineh-ye shahr-e Zandighân, Zanjân, Nikân Ketâb.


- Hosseinali, Hassan (1388/2009), Gozâri bâ târikh-e Zanjân, Madjmoueh-ye Zanjân shenâsi 1, Zanjân : Dânesh.


- Sobouti, Houshang (1366/1987), Târikh-e Zanjân, Téhéran : Edâreh-ye Kol Farhang va Ershâd Eslâmi.


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