N° 149, avril 2018

Les monuments de
l’architecture achéménide


Shahâb Vahdati


La colline Hasanlu est située à 7 km au nord-est de la ville de Naghadeh, un vestige des édifices mèdes près du lac Oroumieh

Les monuments de l’ère mède

 

C’est dans le royaume mède qu’il faut rechercher le lien intermédiaire entre les cultures de l’Assyrie, les pays de l’Asie Mineure et l’art achéménide. La capitale mède, Ekbatana, fut fondée environ 150 ans avant la montée en puissance des Achéménides. Elle se trouvait dans une vallée fertile et montagneuse, protégée par les montagnes de Zagros. Selon Polybe, la ville ne possédait aucun rempart et c’étaient les montagnes environnantes qui en faisaient une citadelle naturellement protégée. Le site des palais mèdes, composés de sept arènes d’environ 1 km de circonférence, était situé à une altitude légèrement inférieure à celle de la ville. Selon Polybe, qui décrit le luxe et l’arrangement de ces palais, ils étaient alignés et leurs colonnes en bois de cyprès et de cèdre supportaient des plafonds décorés de feuilles d’or et d’argent. Le plancher était fait de plaques en carreaux d’argent. L’architecture mède était plutôt humble et d’apparence rocailleuse. Les vestiges d’édifices mèdes, dont on peut trouver des exemples près du lac Oroumieh, sont construits en pierre et sur le modèle des bâtiments résidentiels en bois des Hittites. La description de Polybe permet donc de déceler des traces d’architecture achéménide.

A l’époque achéménide, les tombes royales sont creusées dans une roche solide située à une hauteur considérable. Le vestibule du tombeau, qui fait face à la façade, est large de 6 à 7 mètres et long d’environ 2 mètres. Supportée par deux colonnes, la forme de l’entablement imite celle de l’architrave en bois, tandis que les côtés latéraux imitent la forme du vestibule. La porte à l’arrière du tombeau mène à la chambre intérieure. Dans l’une des tombes de la chambre funéraire, le hall a été séparé de la seconde paire de colonnes et de pilastres. Tout cela permet de conclure que l’usage de supports en bois et la forme du portique annoncent les techniques de l’époque achéménide et la sortie de l’architecture médiane.

 

Excavation de l’ancienne Ecbatane, la capitale mède fondée environ 150 ans avant la montée

en puissance des Achéménides. Hamedân

Les anciennes villes du nord de l’Iran

 

Un rôle important dans le développement de l’architecture iranienne de la première période a été joué par les emprunts à l’architecture urbaine des régions du nord de l’Iran et autour du Caucase, connues des Achéménides au travers des chroniques militaires assyriennes. Les images de ces villes, même peu détaillées, les présentent comme dotées d’une forteresse, construite en hauteur, avec accès à de l’eau abondante, bâties en pierre et possédant plusieurs rangées de murs dérivés, des tours et des remparts. Ces villes comportaient des édifices à étages, munis de colonnes et de toitures, des piliers en pierre et des murs de soutènement en argile corrigent le relief. Les portails à double battant de ces villes étaient recouverts d’arcs. Cette technique a notablement influencé tant l’art mède que l’architecture perse. Il est possible de trouver des vestiges de constructions imitant le modèle des villes nordiques à Ecbatane, Pasargades et Persépolis.

 

Représentation de la campagne brutale
d’Ashurbanipal contre Elam, 647 av. J.-C.

Pasargades

 

Pasargades est la première capitale de la Perse, fondée par Cyrus II le Grand en 559-550 avant J.-C. Les Perses avaient alors déjà abandonné le nomadisme pour se sédentariser, après l’unification de plusieurs de leurs clans qui leur permit d’engranger des victoires décisives contre le royaume mède. Pasargades est située sur un haut plateau entouré de montagnes. Il reste aujourd’hui de cette ancienne capitale une vaste terrasse de 78 à 79 mètres située tout en haut d’une colline pyramidale, et composée de quadras parfaitement taillés selon un plan de construction méticuleux, une citadelle qui domine la cour des palais et un parc entouré de murs. Il existe sur toute cette colline des vestiges de bâtiments séparés les uns des autres et de ce qui apparaît être des vestiges de campements rudimentaires, donnant à la périphérie de la ville antique l’aspect des campements provisoires nomades. A l’ouest de la citadelle et de la place des palais, la route continue pour mener au monument le plus remarquable de Pasargades, le tombeau de Cyrus II.

 

Le tombeau de Cyrus II

 

Le tombeau du roi achéménide est une chambre en forme de cube rectangulaire, de 3.16*2.18 mètres carrés, fixée sur un piédestal possédant six bases posées les unes sur les autres, et muni d’un toit à deux versants. La hauteur totale de la structure est de 11 mètres et elle est entourée sur trois de ses côtés d’une double paroi et d’une colonnade datant du Moyen Age (VIIIe siècle), construite par les envahisseurs arabes, qui se sont servis pour matériaux des colonnes d’autres édifices de la ville de Pasargades. Leur colonnade est posée à même la pierre concassée, sans fondation. Selon Aristobule, historien et compagnon d’Alexandre dans sa campagne, les alentours du tombeau étaient autrefois couverts de « bosquets d’arbres variés irrigués par des canaux et des prairies d’herbes hautes. »

 

Comme l’architecture du tombeau de Cyrus II est unique et inhabituelle, différente des pierres tombales pré-achéménides perses ou mèdes, et qu’elle n’a pas non plus été imitée plus tard, sa construction et les origines de ce style ont mené à de nombreuses interprétations.

Porte des Nations, Persépolis

 

Les Palais de Pasargades

 

Situés à l’intérieur de la clôture du parc, les bâtiments palatins ont été édifiés comme un ensemble comprenant également de petites constructions en forme de pavillons. Ceci est indiqué par l’orientation de leurs axes, par l’emplacement des murs du parc, par les gouttières artificielles et la piscine à l’intérieur de la clôture.

 

Les Propylées

 

L’entrée dans le parc par le côté sud s’effectue à travers des propylées monumentaux. Ces propylées reproduisent l’image de griffons ailés gravés sur leurs colonnes. Les propylées sont des structures rectangulaires allongées, ouvertes sur leurs côtés étroits, dont le toit est soutenu par deux rangées de colonnes, quatre à chaque rangée. Les entrées sont décorées de grands taureaux ailés aux visages humains et taillés sur de l’ardoise noire. Il ne reste aujourd’hui de ces colonnes que les blocs cubiques de bases en calcaire noir et les dalles en pierre blanche en-dessous.

 

Le Palais de la colonne

 

A 200 mètres de la principale porte du parc se trouve une salle de réception avec une colonne préservée de douze mètres, nommée « le Palais de la colonne ». Elle est composée d’une grande salle rectangulaire de 32*24.5 mètres et de deux séries decolonnes - quatre consécutives - auxquelles les portiques doubles font face de trois côtés, ainsi que de portiques carrés et fermés dans le plan de construction. Une large terrasse d’entrée s’étend entre le portique nord et les antas (colonnes). Les terrasses et les portiques, dont les colonnes angulaires sont encore debout, font six mètres de hauteur, alors que la salle centrale a une hauteur de plafond de 13 mètres. L’édifice avait donc un plan basilical. Le socle et ses murs ont été construits en sections régulières, ainsi que les fondations en blocs massifs, particulièrement sous les colonnes, les portes et les poteaux de soutènement.

Dessin du tombeau de Cyrus II par Eugène Flandin

 

Une caractéristique commune des bâtiments de Pasargades est l’usage de matériaux bicolores. Par exemple, la base des colonnes est noire alors que les troncs sont blancs, avec des chapiteaux noirs. On voit également des portails à la base de couleur claire et aux garnitures aux nuances sombres. Il est probable que ce détail esthétique ait été inspiré par l’architecture chaldéenne.

Les fresques et gravures représentent des figures d’animaux fantastiques ou réels, qui servent souvent de support aux reliefs des portes. Les images opposées sur les portes sont toujours les mêmes, que l’on voit d’ailleurs également à Persépolis. Sur les portes de la salle de réception, on peut voir un taureau conduit par trois personnages en robe longue aux pieds nus, probablement les prêtres menant l’animal au sacrifice, et sur les portes du côté étroit de la salle, deux griffons ailés. Il faut noter que pour une raison inconnue, sur tout le site, seule la moitié inférieure de ces fresques a été conservée.

 

Le Palais résidentiel de Cyrus II

 

Ce palais se trouve à 150 mètres au nord du Palais de la colonne. Il comporte un large pilier rectangulaire de 76*42 m2. Un portique, comprenant vingt colonnes en bois situées sur deux rangées et des colonnes en pierre sur les extrémités, court le long de la façade orientée sud-est.

Une estrade longe le mur arrière du portique. Elle a été construite en pierre blanche avec des décorations noires gravées, qui font écho aux rayures noires décorant le sol du portique. L’unique porte qui relie le portique aux pièces intérieures sur le côté droit mène à une salle de réception presque carrée de 22*24 m2, dont le plafond est soutenu par 30 colonnes disposées en six rangées. La base de ces colonnes se compose de deux blocs cubiques : la partie la plus proche du sol est en plaques noires et blanches, tandis que la partie reliée au tronc est entièrement en noir. Les chapiteaux ont été entièrement détruits au fil du temps, mais les archéologues ont découvert de nombreux fragments de plâtres peints dans des tons vifs.

La partie inférieure des deux portes d’entrée de la salle centrale est décorée de quatre fresques identiques représentant Cyrus II et la petite silhouette de son serviteur le suivant. Les figures de ces fresques, comme c’est le cas des autres fresques de Pasargades, n’ont été conservées que sur leur moitié inférieure. Le roi et son ministre sont vêtus de robes plissées. Le roi tient un sceptre et un serviteur tient le manche d’un parapluie. On trouve sur les revers des vêtements des traces de clous auxquels étaient autrefois attachés des ornements métalliques, probablement en or. Les fresques et bas-reliefs de Pasargades paraissent encore un peu archaïques, les lignes sont tranchantes et anguleuses par rapport à celles de Persépolis. La représentation de l’espace est plus primitive et les images semblent être enterrées dans un cadre fortement saillant.

 

Propylée reproduisant l’image de griffons
ailés gravés sur leurs colonnes.

Naqsh-e-Rostam

 

A Naqsh-e Rostam, situé à 5 km de Persépolis, l’architecture des tombes royales paraît proche du style mède, avec cependant des édifices beaucoup plus grands, plus richement traités et décorés et surtout de nouvelles techniques qui nécessitent moins de travail. Les colonnes ne sont pas séparées du mur, comme c’est le cas dans les tombes mèdes. Ici, les tombes sont sculptées dans la roche à une hauteur de 20 mètres et représentent un creux en forme de croix large. La partie supérieure de la croix contient un relief représentant le roi qui soutient les figures allégoriques des divers pays à lui subordonnés. Au-dessus du relief est représenté Ahura Mazda bénissant le roi. Tout de suite après l’entrée, on retrouve le tombeau de Darius Ier, de 11.5*2.25 mètres, entouré de plusieurs niches funéraires.

Plusieurs dispositifs funéraires similaires sont à voir à Naqsh-e Rostam dont l’un, inachevé, avait été conçu pour accueillir la dépouille du dernier roi achéménide Darius III, renversé par Alexandre. Il y a aussi de nombreuses autres tombes rocheuses, notamment d’un type plus simple, qui semblent avoir été celles de personnalités locales.

Face aux tombes rocheuses de Naqsh-e-Rostam se trouve une construction à l’architecture plus caractéristique de l’ère achéménide. C’est une tour en forme de cube, construite en grands blocs bien taillés et ajustés et un toit en pierre avec de petites rampes sur quatre côtés. Des ouvertures de fenêtres décoratives ont été aménagées dans les murs.

En 1936, des fouilles ont également mis à jour les vestiges du sous-sol d’une tour et une inscription énumérant les cadeaux apportés au temple de la déesse Anâhitâ. L’intérieur de cette tour est recouvert d’une épaisse couche de suie, mais l’archéologue Herzfeld estime que ce bâtiment est bel et bien un tombeau et non pas un temple. On a trouvé des vestiges d’une tour semblable à Pasargades, dont la forme est associée à un type de logement ancien iranien construit en argile, en pierre et en bois avec des portes, des architraves et des fenêtres.

 

Persépolis

 

Persépolis est le nom que les Grecs ont donné à cette capitale résidentielle dont le nom perse demeure inconnu. Cette ancienne ville royale achéménide est aujourd’hui le site archéologique réunissant le plus grand nombre de monuments de l’apogée de l’art achéménide relativement bien conservés. La ville a été fondée par Darius Ier et construite de 520 à 460 av. J. – C. En 331 av. J.-C., ses palais ont été brûlés par Alexandre le Macédonien et quelques décennies plus tard (soit autour de 250 av. J.-C.), la ville entière a été abandonnée. Persépolis a eu un développement complètement différent de Pasargades. Cette ville est en réalité une sorte de forteresse qui renferme des palais très proches les uns des autres. Elle domine la vallée de Marvdasht, située sur une terrasse qui touche sur son versant est, les pentes escarpées de la montagne. Au nord et au sud, les limites de cette terrasse sont deux crevasses profondes. Le plan de la terrasse est quasiment un rectangle régulier, et sa superficie occupe environ 130 000 m2. Elle s’élève au-dessus de la vallée sur une hauteur allant de 8 à 18 mètres. Elle est séparée de la vallée par un puissant mur de soutènement en pierre. La maçonnerie est sèche, les blocs ont été fixés par une queue d’aronde, et sur le côté sud figure une inscription indiquant que la terrasse a été construite par Darius Ier. Les fouilles ont mis à jour un système de drainage complexe avec des canaux qui font au total plusieurs kilomètres. On a construit sur le bord de la terrasse un mur fortifié en briques brutes d’une épaisseur d’environ 5 mètres.

Le Palais de la colonne

 

Le Propylée

 

La seule entrée est située au sud de la terrasse, le long de l’escalier central, flanqué de deux escaliers menant aux ailes de la terrasse, qui divergent vers le bas et convergent de nouveau au palier supérieur. On y trouve aussi des traces d’une balustrade en métal. En passant par une petite cour, le visiteur arrive sur le propylée cérémonial, constitué d’un plan carré de l’entrée dont le toit est supporté par quatre colonnes de 17 mètres - dont deux sont toujours debout. L’entrée de l’escalier est gardée par deux taureaux colossaux, et la sortie par deux taureaux ailés à tête humaine. L’inscription cunéiforme de Xerxès donne au propylée le titre solennel de « Tous les pays ». Après avoir traversé les propylées, le visiteur sortant se trouve sur un vaste espace, au sud duquel se dressent deux salles de réception des rois, nommées les Apadanas.

 

Les Apadanas

 

La première d’entre elles, située à 4 mètres au-dessus du niveau des propylées, possède un escalier double et conserve l’inscription sur la construction par Xerxès, ce qui justifie son nom de « l’Apadana de Xerxès ». On a cependant trouvé en 1930 deux cercueils en pierre enfermant une plaque d’or et d’argent avec des inscriptions sur le tabernacle le dénommant « Apadana de Darius Ier ». Ainsi, on suppose que Xerxès n’en a construit que les escaliers. L’Apadana est une grande salle carrée, de 62.5*62.5 m2, entourée sur trois côtés par deux douzaines de portiques. Les murs d’environ 5,60 mètres d’épaisseur ont été construits en matières brutes et n’ont pas survécu. Le plafond du hall central était soutenu par six rangées de colonnes de 18 mètres de hauteur, le nombre total de colonnes étant de 36. La superficie de toute la construction, portiques inclus, est de plus de 10 000 m2. Toutes les bases et un nombre remarquable de colonnes ont été conservés sur le site, ainsi que la partie inférieure de la porte, les pieds et les seuils. Sur les coins du portique antérieur de l’Apadana se trouvent deux tours massives, en section carrée et construites en briques brutes. Outre l’escalier septentrional antérieur, l’Apadana possède un escalier oriental jumeau parfaitement similaire. Pendant les fouilles de 1930, un grand nombre d’images en relief ont été découvertes sur ces escaliers.

 

Naqsh-e-Rostam

Dans la partie médiane du mur, deux groupes de gardes sont représentés entre les deux ailes de l’escalier. Sur les triangles latéraux, on peut admirer une scène de chasse avec un lion attaquant un taureau. Les reliefs du mur de soutènement constituent une composition complexe et unique. Les reliefs ont été séparés par des cyprès qui se profilent le long de la ligne verticale. Les scènes représentent une procession de peuples qui offrent leurs cadeaux au roi. A gauche, on peut voir les émissaires des 22 nations de l’empire achéménide. Les Perses sont naturellement absents puisqu’ils sont exempts de toutes les charges. Les Bactriens apportent un chameau en cadeau, les Syriens une paire de chevaux, des bracelets et des vases d’or, les Lydiens des moutons, les Susiens des poignards, des arcs et des amulettes, d’autres des lions et ainsi de suite. L’armée représentée à droite laisse voir également une disposition en trois niveaux, avec les Perses, les Mèdes, les Susiens, l’infanterie, les archers, la cavalerie et les chars de combat. Au sommet du parapet de l’escalier se trouvent les créneaux de garde. Avalés par le feu, les bas-reliefs des escaliers brillent encore aujourd’hui suite à une rénovation. Leur valeur artistique et historique est exceptionnelle.

 

La Salle des cent colonnes

 

La deuxième salle de réception des rois nommée « Cent Colonnes » est située à l’est de la grande Apadana et du côté de la montagne. Elle se trouve légèrement en dessous de la grande Apadana. La hauteur du bâtiment lui-même est également un peu plus petite ; sa largeur et sa longueur étant chacune de 75 mètres. La superficie totale de l’ensemble du bâtiment est de 6635 mètres carrés. La salle est orientée vers le nord-ouest, comme la grande Apadana. L’axe parallèle aux deux bâtiments et la paroi antérieure de la Salle des Cent Colonnes ont été placés dans le prolongement de l’axe latéral de l’Apadana. Le portique antérieur possède deux rangées de colonnes, 8 colonnes dans chaque rangée et une façade. Il y a deux chambres fermées et une grande tour d’angle correspondante. Dans le hall il y avait huit portes, deux de chaque côté. Le toit était soutenu par 10 rangées de 10 colonnes. Leurs bases existent toujours, mais les colonnes elles-mêmes comme le palais ont été détruits par l’incendie de Persépolis attribué à Alexandre le Macédonien.

 

Devant la Salle des Cent Colonnes, sur deux anciennes portes du portique antérieur, la scène d’une audience solennelle que le roi donne au satrape mède est représentée quatre fois. En bas et au milieu du passage, il y a plusieurs rangées de gardes. Sur les portes de la stèle arrière, le roi est de nouveau représenté sur le trône, soutenu par les représentants des 28 pays de l’Empire, disposés en deux rangées de 14 sur les deux battants. Les reliefs sur les portes ouvrant sur les côtés montrent le roi engagé dans des combats contre divers animaux fantastiques ou sauvages. Les bas-reliefs qui représentent l’audience mettent clairement en scène l’organisation administrative de l’Empire. Ces deux salles avec la plate-forme située en face d’elles et les propylées de Xerxès constituent les lieux de réception officielle dans le complexe du palais. C’est ici que se réunissaient les sujets de l’Empire lors des cérémonies officielles, et c’est peut-être la raison pour laquelle Xerxès a donné aux propylées le nom de « Tous les pays ».

 

Les Apadana sont les constructions les plus impressionnantes de l’architecture achéménide. Elles sont entièrement liées aux tâches et à l’exercice du pouvoir. Elles ont une fonction similaire à celles des monuments similaires de l’Égypte et de la Mésopotamie : une exaltation de la puissance du roi, mais ici cet objectif a été réalisé par des moyens complètement différents. Dans un empire multinational incluant de nombreux peuples, où les Perses ne sont qu’une minorité et où différentes religions sont pratiquées, l’ancienne méthode d’exaltation du roi à travers les cérémonies religieuses devient impossible. La tolérance est dictée par la nécessité. En outre, la religion du mazdéisme a déjà le caractère d’un monothéisme abstrait. Les cérémonies de l’exaltation du roi ont une nature purement laïque, et l’architecture avait pour tâche de leur créer un environnement et de les mettre en scène.

Persépolis

 

En Assyrie, une fonction similaire avait déjà été définie, au palais de Nabuchodonosor, sans être pourtant développée. Les architectes iraniens ont choisi pour point de départ les bâtiments du palais, une salle à colonnes avec un plafond plat en bois, entouré sur trois côtés par des portiques dont l’origine architecturale remonterait à l’architecture syro-hittite.

 

L’influence de l’architecture des salles hypostyles des temples égyptiens est également présente. Il est probable qu’après la conquête de l’Egypte, des architectes égyptiens aient été invités à travailler à Persépolis. Cependant, le caractère architectural égyptien de l’Apadana suit une tendance inverse à celle observée en Egypte même. L’architecture monumentale égyptienne a évolué vers une diminution des tailles. Les cérémonies religieuses égyptiennes étaient organisées dans des petites salles, généralement plutôt obscures, pour créer une ambiance de mystère. Au contraire, l’architecte achéménide fournit autant de visibilité que possible dans la salle des cérémonies solennelles. Le majestueux trône où le roi est assis et sa suite doit être visible à l’assemblée entière. Cette tâche a été facilitée par l’usage d’un type de bois qui permet de construire des colonnes minces, offrant beaucoup de distances dans leur espacement. Ainsi, la visibilité sera meilleure, avec une salle plus lumineuse. Par exemple, sur une superficie totale de 4 000 à 6 000 m2, on aura des espaces vides à 95%. Ce ratio a été réalisé à Persépolis simplement avec des colonnes plus minces. Le rapport du diamètre des colonnes à leur hauteur est sans précédent dans toute l’Antiquité ; soit de 1 : 10-12 et même 13.

 

Cependant, l’architecture achéménide n’a pas réussi à créer une visibilité complète à l’intérieur d’un endroit clos, la forêt de colonnes obscurcissant partiellement la vue. C’est plus tard en Grèce que cet objectif sera atteint avec un type de salle dans lequel les rangées de piliers sont situées le long des lignes radiales qui sortent d’un centre.

Les revêtements en bois, planchers ou plafonds des Apadanas n’ont pas survécu au temps. Cependant, Polybe et d’autres historiens témoignent que les plafonds étaient soutenus par des poutres de cèdre, ce que confirme l’épaisse couche de cendre et de charbon de bois découverte sur le sol de l’Apadana principale. En outre, des représentations de ce type de plafonds ont été découvertes sur les gravures des portiques dans les tombes rupestres à Naqsh-e-Rostam. Les murs des Apadana et ceux de tous les bâtiments achéménides étaient en briques crues. Pour les archéologues, il a été difficile de retrouver des traces de ces murs, et c’est pour cette raison que l’Apadana a été reconstituée sans ses murs. C’est après la reconstitution que les archéologues ont découvert que les salles centrales des Apadana étaient séparées des portiques par des murs très épais en briques crues. Herzfeld a également réussi à trouver des traces d’une tour carrée dans l’angle oriental de la terrasse, devant la grande Apadana de Persépolis.

La question de l’éclairage de l’Apadana n’a pas été résolue. Certains chercheurs estiment que la luminosité était uniquement assurée par les portes. Cependant, l’hypothèse la plus probable est que les murs de l’Apadana étaient munis dans leur partie supérieure de fenêtres qui, par mauvais temps, pouvaient être fermées par des tapisseries. Le toit des portiques était probablement plus bas que celui de la salle centrale, de sorte que l’Apadana, grâce à la différence de hauteur, puisse absorber la lumière de la partie supérieure. On peut voir des exemples de ce type de toitures dans les palais de Pasargades.

 

Reconstitution de l’Apadana

Les édifices et parties résidentiels

 

La partie résidentielle du grand palais renferme les salles de réception auxquelles on peut accéder par un grand escalier double, décoré comme à l’Apadana de motifs de guerriers et d’animaux. Ensuite, il faut traverser les propylées monumentaux et deux portiques à deux colonnes sur les côtés nord et sud pour accéder à la salle centrale dont le toit est soutenu par quatre colonnes. De ce bâtiment ont été conservées des bases en pierre et trois portes avec des reliefs illustrant la vie quotidienne du roi qui ont survécu à l’épreuve du temps. Sortant par les portes sud, le visiteur suit la direction longitudinale d’une grande cour, à deux parois latérales, adjacente au palais. Tournant ensuite vers la droite et montant par un petit escalier à travers un propylée à quatre colonnes, il fait face à l’entrée nord du palais de Xerxès. Une inscription témoigne de l’appartenance du palais à ce roi. Dans le hall, il ne demeure aujourd’hui que les traces des colonnes, pas même leur base, mais l’on peut supposer que les colonnes étaient en bois. De nombreux vestiges en pierre des portes et fenêtres ont été conservés. Le côté sud du palais mène à une petite terrasse, à quelques mètres au-dessus du flanc de la colline, de laquelle on peut voir l’ensemble de la vallée. Le coin oriental du complexe est divisé en une série de salles identiques, des petites pièces qui auraient été des harems. Au centre de la moitié nord du harem se trouve une salle de 12 colonnes et un autre portique de 8 colonnes. Au sud, il existe une cour intérieure de même superficie. Enfin, au plus près de la grande Apadana se trouve un petit palais appelé le « Palais d’hiver de Darius Ier », avec un plan plutôt rectangulaire. Ce palais est le seul édifice situé en face de la partie méridionale de l’Apadana. Le hall principal est un carré avec trois rangées de quatre colonnes et à deux extrémités du portique de la façade, deux escaliers descendent dans la cour.

 

Dans ses inscriptions gravées sur les bâtiments, Darius Ier appelle plusieurs fois Persépolis « La Forteresse ». Cette appellation nécessite une clarification, car Persépolis n’était pas à proprement parler une forteresse. Il n’y avait pas à Persépolis d’installations militaires, de casernes, de garnisons, d’arsenaux ni d’entrepôts militaires importants. La terrasse de soutènement de l’ensemble du complexe était quasiment non-protégée sur son côté est. Finalement, même si Persépolis était architecturalement bâti avec un plan rappelant une forteresse, il n’est qu’un complexe de palais.

L’ensemble du complexe bénéficie d’une disposition strictement régulière. Tous les angles sont droits. Les axes de l’ensemble des bâtiments sont orientés de façon égale, tous étant reliés à la composition principale : par exemple, la paroi antérieure de la Salle des Cent Colonnes s’étend le long de l’escalier de la grande Apadana. L’angle méridional de cette salle est disposé sur la continuation de la diagonale de l’Apadana. Si l’on crée une diagonale à travers la Salle des Cent Colonnes, sa suite traversera également en diagonale le palais résidentiel de Xerxès. De plus, certaines dimensions sont répétées plusieurs fois dans le complexe. Ainsi sont égales entre elles : la longueur de l’escalier latéral de l’Apadana, la longueur latérale de la salle centrale de l’Apadana – égale à la longueur de la paroi périphérique extérieure -, la longueur du segment de la paroi dans la partie supérieure des propylées, la longueur des cours du complexe résidentiel et celles des deux cours situées autour de l’axe est-ouest. Apparemment, cette valeur était un module très en usage et une base de la planification de l’ensemble. Elle est très proche du nombre d’or. Par exemple, la longueur de la façade antérieure de la grande Apadana est de 112.5 mètres et celle du côté de la Salle des Cent Colonnes, de 67.5 mètres.

Suse

 

Suse est la troisième capitale achéménide choisie en raison de son climat plus doux en hiver par rapport à Persépolis et à Pasargades, situés en altitude. L’ancienne capitale d’Elam devint, en raison de son commerce rentable et son emplacement stratégique, le centre le plus important de l’empire achéménide. Suse était munie d’une forteresse très protégée. Des fouilles archéologiques menées notamment par Dieulafoy ont permis de découvrir le système de défense de la ville : il s’agit d’un modèle de protection emprunté aux Hittites et aux Assyriens, qui a été amélioré. Ce système consiste à creuser un large fossé rempli d’eau, de monter des murs de soutènement de 18 mètres de hauteur, des murs de clôture de 9 mètres de hauteur avec des meurtrières à mi-hauteur. La citadelle de garde était située au point culminant, sur l’extrême pointe occidentale de la ville-forteresse.

 

Ernst Emil Herzfeld à Persépolis.

Le palais de Suse

 

Ce palais a été fouillé - et vandalisé - par Jacques de Morgan en 1908-1912. Ce dernier y a notamment découvert une plaque d’argile cuite au four avec une inscription de Darius Ier, dans laquelle le roi décrit les travaux de construction du palais et répertorie les matériaux fournis par les provinces. La construction du palais a commencé vers 500 av. J.-C. En 440 av. J.-C., le palais brûla mais fut restauré entre les années 404-349 av. J.-C. par Artaxerxès II. Une tablette explicative concernant la reconstruction du palais a également été découverte. Ce palais, dont le plan a été restauré sur les restes d’une maçonnerie à partir de briques brutes, est très différent de celui de Persépolis ou de Pasargades. Sa disposition révèle une grande similitude avec le palais babylonien de Nabuchodonosor. Sa composition est symétrique et repose sur l’agencement consécutif d’un certain nombre de cours ouvertes, chacune étant un habitat pour les souverains du voisinage. Au total, il existe cinq zones de ce type : trois zones grandes ou étroites situées le long de l’axe est-ouest et deux autres plus petites qui font face au nord.

 

Le palais de Suse est entouré d’un mur et accessible à travers deux passages, l’un au sud et l’autre à l’ouest. Le large escalier sud et les marches qui convergent vers le bas et le haut de la place mènent à une cour rectangulaire où se trouve l’entrée principale. La première chambre est liée à un étroit couloir et un petit vestibule de garde. On accède ensuite à la salle du tribunal. Elle est formée de deux halls très allongés en largeur, dont les pilastres conservent les traces des poutres transversales à l’axe opposé des plafonds voûtés. Entre les pilastres, il y a des niches au fond desquelles les portes sont cachées. Les sols sont recouverts d’une couche de peinture en ocre rouge. Au sommet se trouvent des fenêtres en treillis, et l’enfilade se termine par une « cour de murs vitrés » centrale, nommée d’après les petits murs décorés de carreaux vernissés et placés perpendiculairement aux murs, divisés en plusieurs compartiments. La « cour des murs vitrés » comprend huit portes à deux vantaux. Sur les murs sont placées de petites colonnes lumineuses soutenant un rideau tendu sur la cour.

 

Au nord-ouest se situe la Plate-forme ou Terrasse aux Colonnes. Au sous-sol de la terrasse, les restes des bases et un grand morceau de chapiteau décoré de taureaux permettent d’établir la forme des colonnes. Un grand nombre de tuiles de canaux d’irrigation, encore attachées au sol, a été retrouvé, ainsi que les parties d’un panneau sur lequel sont représentés des archers tirant. Ils sont moins remarquables que ceux de la fameuse frise des archers, pillée par Dieulafoy et offerte au Louvre. Les murs du site ont été construits en briques cuites, tandis que la plate-forme crée un endroit parfaitement abrité de la chaleur et des vents. Compte tenu de la beauté et du luxe de la décoration de cette plate-forme, on peut conclure qu’elle avoisinait les chambres royales.

Reconstitution du palais de Suse

 

Un édifice situé dans l’une des cours s’appelle « Le coffre aux trésors ». D’une surface de 1100 m2, il comporte trois portes qui mènent à des entrepôts, qui auraient abrité des trésors. Ces derniers auraient ont été conservés jusqu’à la conquête d’Alexandre qui, selon le témoignage de Strabon, a sorti des coffres de Suse, 49 000 talents d’or et d’argent.

Apparemment, les cours du côté nord ont été construites pour réunir les salles du harem, quelques petites chambres, et des corridors les reliant. Une frise représentant des lions, aujourd’hui conservée au Louvre, a été découverte à cet endroit.

 

En tout, le palais possède environ 110 chambres. Le toit du palais était recouvert de tuiles grecques, en forme d’anneaux avec des larges bords surélevés de 52*35 cm. Les tuiles étaient protégées par une doublure semi-cylindrique. Un long corridor relie l’ensemble du complexe du palais d’ouest en est, puis tourne à angle droit vers les sorties de l’allée centrale de l’Apadana, à l’angle nord-est du palais. Du hall central de l’Apadana de Suse, seules les fondations, ainsi que les bases des colonnes, en forme de cubes en pierre, ont été conservées. L’Apadana de Suse est très semblable à la grande Apadana de Persépolis mais elle est plus grandiose. L’architecture achéménide y atteint son apogée. Sa superficie totale est de 8500 m2. La hauteur des colonnes est de 20 mètres pour un diamètre d’environ 1,6 mètre. Bien que le palais de Suse soit déjà très éloigné des palais résidentiels de Persépolis sur le plan de la structure ou de la décoration et témoigne d’une très forte influence de Babylone, ce type d’apadana est une création plus vivante de l’architecture achéménide, entièrement conservée ici comme à Persépolis.

 

Ayadana

 

Les fouilles à Suse ont également permis de retrouver les restes d’un sanctuaire nommé Ayadana, qui abritait le feu sacré éternel. C’est un double mur placé sur une plate-forme surélevée de 2 mètres et un système complexe avec des allées étroites pour protéger l’inviolabilité du lieu. Le foyer sacré était caché dans une pièce spéciale élevée au-dessus du niveau de la cour et située dans les profondeurs de celle-ci, en face de l’entrée. C’est une cellule carrée dont le plafond est soutenu par quatre colonnes et l’accès est possible à travers un petit hall. L’Iran achéménide n’avait pas de sanctuaire officiel.

Bibliographie :


- Diakonov, Igor M. Târikh-e Mâd (Histoire des Mèdes), Elmi-Farhangi, 2007.


- Robert, Hillenbrand, Honar va Memâri-e Eslâmi (L’Art et l’Architecture Islamique), Rozaneh, 2008.


- Jafari, Hussein, Piramoun-e Memâri-e Sonnati va Modern (Autour de l’architecture traditionnelle et moderne), Ekbâtân, 2007.


- Erich F. Schmidt, Persepolis : Structures, Relief, Inscriptions, Ed. Oriental Institute of the University of Chicago, 2010.


- Ferrier W. Ronald, The Arts of Persia, éd. Oriental Institute of the University of Chicago, 1997.


- Moussavi Ali, Persépolis, Grand Encyclopédie de l’Islam, Tome 14. Rééd. 2014.


- Pirnia Hassan, Târikh-e Irân-e Bâstân (Histoire de la Perse Antique), Ed. Negâh, Téhéran, 2006.


- Sayce, A. H., Cyrus était-il roi de Perse ou Sousiane ? Ed Muséon, 1882.


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