N° 171, février 2020

Le cheval dans la culture iranienne


Zinat Saleh Poor
Traduit par :

Mina Alaei


Zone humide de Azgan, un territoire pour l’élevage des chevaux, Lorestân

Dérivé de « as », le mot asb (« cheval » en persan) signifie « coureur agile et rapide ». Le cheval, qui est aussi un symbole de beauté et de noblesse, est considéré comme l’un des animaux les plus marquants et importants dans le monde des mythes de l’ancienne Perse. L’Avesta considère le cheval comme un animal élu et prodigue des conseils pour bien l’entretenir. Cette importance se retrouve dans la mythologie persane, tandis que la présence du cheval dans la plupart des épigraphes et des ardoises en or ou en argent de la période achéménide témoigne de la place éminente qu’on lui accordait. Dans l’islam également, le cheval occupe une place particulière, et un verset du Coran prête serment sur cet animal (sourate Adiat, versets 1-2).

Le cheval et l’équitation ont joué aussi un rôle crucial dans la vie et la culture des habitants de différentes régions de l’Iran : au cours des siècles et jusqu’à aujourd’hui, il a toujours fait partie des guerres, des fêtes et des deuils ; une partie importante de la musique iranienne étant également influencée et s’étant inspirée de cet animal. Nous présentons ici un aperçu des modalités de la présence du cheval dans les chansons et poèmes de différentes ethnies iraniennes :

 

Zone humide de Azgan, un territoire pour l’élevage des chevaux, Lorestân

La région du Turkmène Sahra

 

Ô toi qui montes un cheval rapide

Et qui as une bien-aimée au bras

Pourrais-tu les emmener

Au monde éternel de l’Au-delà ?

(Traduction d’un poème de Maktoum Qoli Faraqi, poète turkmène).

 

Le cheval occupe une place centrale dans la littérature et la culture turkmènes. Les chevaux sont souvent revêtus de belles couvertures et d’ornements dorés, tandis que les rythmes de do târ (littéralement, « deux cordes ») dans la musique turkmène s’accordent parfaitement au galop du cheval, et produisent une mélodie le rappelant. Par ailleurs, l’archet du kamancheh était confectionné avec la crinière ou la queue du cheval. Parmi les chansons turkmènes faisant allusion au cheval, on peut citer « Mayagouzel », (Maya est un prénom féminin, et gouzel signifie « belle »), dans laquelle les sentiments du chevalier et les gestes du cheval sont exprimés sous forme d’image. Le galop du cheval semble ici incarner à la fois le rythme de la vie et de la musique. 

Le Lorestân

 

Le cheval et l’équitation occupent une place spécifique parmi les nomades du Lorestân et à l’instar des Turkmènes, ce cheval occupe une place centrale dans les événements les plus importants de la vie comme la fête, le deuil ou encore la guerre et la paix. La région même du Lorestân comprend un territoire particulièrement propice à l’élevage des chevaux, et les habitants de cette région sont connus pour être d’habiles et rapides cavaliers. Selon des documents historiques, les chevaux de l’armée de Babylone, d’Achour, de la plupart des pays d’Asie occidentale et même de celle de la Phénicie étaient élevés dans cette région.

Spectacle musical appelé "le spectacle du cheval en bois", ville de Sabzevâr

Il existe actuellement dans le sud de Khorram Abâd, l’une des villes du Lorestân, une région appelée « Asbestan » c’est une ville qui serait plutôt en azerbaïdjan oriental. Cette région, qui porte le nom d’Aspostana dans l’Avesta, désigne un lieu où vivent de nombreux chevaux.

Plusieurs tonalités musicales, comme « Jangra » et « Pakotaly », sont consacrées à des événements faisant intervenir des chevaux. La première est utilisée lors du retour des chevaliers de la guerre et lorsqu’on réunit les soldats sous l’ordre des chefs de tribu, tandis qu’on a recours à la seconde lors des funérailles. Lors de la mort des personnes les plus élevées dans la hiérarchie sociale, on revêt de noir le cheval du défunt et on lui couvre le cou d’un tissu vert. Il accompagne également le défunt vers le cimetière.

 

Cheval de Dalahou, villages du Kurdistan

Le Khorâssân

 

Au nord de cette région ainsi que dans la ville de Sabzevâr, un spectacle musical appelé « le spectacle du cheval en bois » est organisé. Un danseur ou un musicien monte sur un cheval en bois en tenant une épée à la main. Il effectue des danses et des gestes particuliers tandis que les musiciens locaux jouent du Sorna et de la batterie. Ce spectacle est souvent organisé lors de cérémonies de mariage. À cette occasion, la jeune mariée, montée à cheval, se met dans un coin tandis que le marié, monté sur un autre cheval, se poste en face. Ils se jettent une pomme. Le cheval de bois et les danseurs se déplacent vers l’endroit où la pomme est tombée. Ce spectacle fait également intervenir un cheval blanc qui est ici le symbole de la famille de la jeune femme et un cheval rouge, qui symbolise celui de la famille du marié. Dans ce spectacle à la fois symbolique et humoristique, une dispute se déclenche entre les deux familles et en fin de compte, on découvre que ce sont les chevaliers cachés dans les chevaux en bois qui se disputent.

 

Rituel de Kotal dans la culture nomade bakhtiâr

Le Kurdistan

 

De nombreux spectacles équestres sont organisés dans tous les villes et villages du Kurdistan. C’est notamment le cas lors de cérémonies de mariage, où la jeune mariée est amenée à cheval chez le marié. En automne, les habitants des régions nomades de Gouran et Dalahou fêtent la moisson. Lors de cette fête, la musique remplit la plaine et les jeunes se livrent à des courses équestres arbitrées et jugées par les personnes plus âgées. En même temps que les chevaux galopent, des musiciens locaux jouent selon la tonalité Sovar-Sovar.

 

Courses équestres à Talech, province du Guilân

La culture nomade bakhtiâr

 

Le cheval occupe également une place centrale dans les fêtes et le deuil dans la culture bakhtiâr. Dans le rituel dit de Kotal, on revêt de noir le cheval du défunt, en accrochant le fusil de ce dernier au cheval. L’un des hommes de la tribu prend la bride du cheval et marche lentement, au rythme d’une musique, suivi du cortège des funérailles.

La « Sovar Bazi » est l’une des tonalités épiques jouée par les musiciens locaux en présence de chevaux, qui accélèrent leur galop en suivant le rythme de la musique. Cette tonalité est également jouée pendant les cérémonies de fête comme le mariage.

 

Les côtes du golfe Persique, Boushehr

La région du Guilân

 

À l’ouest du Guilan, à Talech, des courses équestres ont lieu sur le rythme de tambourins. Excités par ces rythmes, les chevaux réalisent souvent des mouvements spectaculaires et remarquables.

 

Les côtes du golfe Persique et de la mer d’Oman

 

Sur l’île de Qeshm, de nombreux spectacles ayant tous des origines iraniennes sont joués. Les acteurs portent souvent des masques d’animaux en particulier de cheval, au rythme d’instruments de musique typiques du sud de l’Iran. D’autres acteurs se penchent parfois pour imiter un cheval, et en vue de déclencher les rires des spectateurs.


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