La présence d’un important groupe de Belges en Perse au début du XXième siècle reste un épisode historique relativement méconnu, malgré quelques importants mais trop rares travaux historiques déjà publiés en Belgique. Un site Internet vient d’être créé, qui espère combler en partie cette méconnaissance.

Entre 1898 et 1935, environ 200 Belges ont travaillé en Iran (Perse à l’époque) pour les administrations des douanes et des postes, ainsi qu’à la Trésorerie du pays.

Photographie de Joseph Naus issue d’un album de photographies de Perse réalisé par Jérôme Priem, un collègue fonctionnaire belge.

D’où vient cette présence belge ? Différents facteurs l’expliquent. D’abord, l’obligation dans laquelle se sont trouvés les dirigeants Qâdjârs - les souverains Nâssereddine Shâh d’abord, et Mozaffareddine Shâh ensuite -, de répondre à la contrainte croissante et de plus en plus menaçante qu’exerçaient leurs créanciers russe et britannique pour le remboursement des emprunts démesurés de la Cour de Perse. En endettant l’Empire Perse finissant, les maîtres du « grand jeu d’Asie centrale » le mettaient aussi sous tutelle croissante et tentaient d’obtenir un maximum de concessions d’exploitation diverses dans le pays.

Le remboursement des emprunts étrangers de la Cour de Perse était gagé sur les recettes douanières – un poste très important des recettes publiques persanes. La solution était d’en accroître le rendement par de meilleures organisation et gestion, et en tout cas de soustraire celles-ci des mains des potentats et chefs de tribus locaux qui profitaient de la faiblesse du pouvoir central de Téhéran pour s’approprier une grande partie de ces recettes, en outre souvent affermées à des agents et propriétaires privés.

Pourquoi des Belges ?

Mais pourquoi des Belges ? D’une part, le Shâh et son gouvernement optèrent pour des agents étrangers pour éviter les nombreuses contradictions et conflits internes que les réformes allaient susciter. Ensuite, il était difficile de mettre aux commandes de ces administrations des agents russes ou anglais, mettre les créanciers directement dans la bergerie… Enfin, les Belges avaient une bonne réputation administrative et la Belgique, quoique puissance industrielle, n’était pas une puissance géopolitique menaçante pour les intérêts persans.

Une première équipe de trois Belges, Joseph Naus, dirigeant l’équipe, Jérôme Priem, et Auguste Theunis, est donc arrivée en Perse début 1898.

Auguste Molitor en inspection au Sistan © Collection Molitor

Après une analyse de l’organisation douanière persane, ils introduisirent quelques premières mesures de réorganisation qui produisirent des effets immédiats. Le gouvernement persan engagea alors des équipes nouvelles venues de Belgique, par vagues successives. Des agents belges des administrations des douanes, des postes et des finances de leur pays, furent détachés sur la base du volontariat de leur administration et partirent en Perse où ils officiaient directement comme agents du gouvernement persan, même s’ils étaient sous l’autorité directe d’un Directeur supérieur belge, lui-même sous autorité du gouvernement persan. Ils étaient affectés surtout aux différentes frontières du pays, où ils devaient gérer les bureaux de douanes et le réseau postal existant ou à créer, et mettre en œuvre un nouveau règlement des taxes d’import-export.

Jérôme Priem

Plusieurs de ces Belges ont été aussi engagés pour des travaux publics, routes, chemins de fer, pour l’enseignement technique, ou pour des missions de conseil juridique. Et en de nombreuses circonstances, ces Belges ont dû affronter des défis et assumer des tâches et missions bien au-delà du domaine strict des Douanes et Postes : affronter des épidémies, organiser le ravitaillement en période de famine, assurer la sécurité des douanes face aux rebelles et brigands, etc.

Une histoire oubliée ?

À notre connaissance, il semble y avoir peu d’études historiques approfondies sur cet épisode des relations entre les deux pays, ainsi que sur les résultats de l’intervention des Belges dans ces administrations. Fait toujours autorité l’excellent ouvrage d’Annette Destrée (Donckier de Donceel), réalisé au début des années soixante-dix [1], qui a travaillé sur les sources directes alors disponibles en Belgique et en Iran. Alors que son livre porte sur l’origine de cette histoire jusqu’à 1915, celui d’Éric Laureys (en néerlandais) a poursuivi cette entreprise, pour la période 1915-1935 [2]. Nous ignorons la production actuelle ou récente en Iran sur l’activité des Belges en Perse d’alors, mais elle semble toujours relativement limitée.

En octobre 2017, nous avons pu participer aux Archives et la Bibliothèque nationale de la R.I. d’Iran, à une après-midi qui réunissait un certain nombre d’historiens iraniens spécialistes de la période qâdjâre. D’après ces exposés, trois tendances ont pu se dégager dans le « savoir » iranien sur cet épisode historique belgo-persan. D’abord, une ignorance ou un oubli assez répandu, justement parce que l’épisode a été assez peu étudié. Ensuite, un savoir quelque peu superficiel, connoté assez négativement, sur une présence belge assimilée aux diverses formes de domination étrangère dont le pays fut l’objet. Cette perception est concrétisée dans les appréciations négatives portées sur la figure de Joseph Naus, « grand patron » de la « mission » belge de 1898 à 1907, lorsqu’il dut quitter le pays, révoqué par la pression de la révolution constitutionnelle et du tout premier parlement, le Majlis institué en décembre 1906. Une certaine imagerie historique est encore fixée sur des erreurs psychologiques commises par Naus, notamment l’épisode d’un bal costumé lors duquel il s’était déguisé en Mollah, perçues comme une insulte à la religion et qui a été à l’époque l’objet d’une campagne de presse en fait assez bien organisée. Un troisième courant plus documenté et nuancé sans doute émerge en Iran et s’est exprimé lors de ce colloque. Le rôle de Naus a été ainsi mis en perspective avec le contexte mouvementé des relations russo-persanes dans lesquelles il a joué un rôle sans doute à plusieurs facettes : s’il lui est reproché une trop grande proximité avec les Russes et de trop grandes concessions à Moscou dans les négociations douanières, le contexte des relations de domination dans lesquelles la place de l’Iran et l’action de Naus étaient « sous contrainte » fut pris en compte. En outre, la figure de Naus ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt de la totalité de l’action des Belges qui se déroule sur une trentaine d’années. Cette action comporte bien des aspects qui en font un objet d’études assez spécifique, irréductible à des schémas d’analyse classique de présence étrangère.

Lambert Molitor, directeur des douanes, Kermânshâh

« Coopération » d’un nouveau genre ?

Avec le recul de l’histoire, comment qualifier le travail mené par ces Belges au début du XXème siècle en Perse ? Qu’était finalement ce groupe de Belges qui travailla à la réforme des douanes et des postes et à d’autres tâches publiques ? Des représentants de commerce de la Belgique ? Des colonialistes ? Des fourriers de l’impérialisme russe ou britannique ? Des « experts » comme les agents du FMI ou de la Troïka européenne en Grèce aujourd’hui ? Des coopérants ? Le regard qu’on peut porter sur cette histoire variera en fait selon celui qui le porte, selon la période qu’on retient, selon le domaine d’action concerné et même parfois selon le ou les Belges dont on parle. 

Dans une première période, les Belges implantent et généralisent à toutes les frontières de Perse un système douanier centralisé et homogène. Leur action entraîne des résistances, parfois des grèves ou même des révoltes et des émeutes. Car ces réformes remettent en cause les pratiques des potentats locaux qui détournaient à leur profit l’essentiel des taxes aux frontières, et les intérêts de ceux des marchands persans habitués à négocier de multiples exemptions avec lesdits potentats. Il arrive aussi que certains Belges manquent d’intelligence et de souplesse dans la mise en œuvre du nouveau système. 

Les Belges se heurtent aussi, aux frontières de l’Est (Afghanistan et Baloutchistan), aux Britanniques habitués jusque-là à l’absence de contrôle et à des arrangements avec les marchands locaux, ainsi qu’à un flou sur le tracé des frontières, qui arrange bien l’Empire britannique des Indes. Par contre, les Russes ne font guère de problèmes aux Belges, au contraire, ils leur facilitent la tâche puisqu’un bon rendement des douanes garantit le remboursement des emprunts persans à la Russie. Les douanes du Nord, du Caucase et de la Caspienne connaissent un trafic important de marchandises. En outre, le nouveau traité de commerce russo-persan de 1902 négocié par le numéro 1 des Belges, Joseph Naus, est considéré – à tort ou à raison - par beaucoup de Persans comme trop favorable à la Russie. Les Belges sont donc d’abord considérés comme « pro-russes », un sentiment que les Britanniques attiseront aussi pour, à travers eux, affaiblir leur grand rival de Moscou, bien que dans leurs rapports, les consuls et agents britanniques qualifient d’excellent le travail administratif et technique des Belges aux douanes. 

Des fonctionnaires belges entourant le Ministre des Finances Ghavam-o-Saltaneh

Témoins ou acteurs…

Ces années-là sont aussi celles de la montée des aspirations nationalistes et démocratiques en Perse, portées par des milieux qui partagent l’aspiration commune de s’affranchir de la tutelle des deux grandes puissances dominant le pays, les Empires russe et britannique. Intellectuels influencés par « les Lumières », classe moyenne en ascension, marchands, religieux soit éclairés soit intégristes pour qui l’étranger est impur, constituent une alliance qui va renverser le régime qâdjâr considéré comme dépensier à outrance, prisonnier de ses dettes et inféodé à l’étranger, et d’abord aux Russes.

Dans bon nombre de situations locales, les Belges sont souvent les seuls représentants - de facto ou investis légalement - du pouvoir central de Téhéran - par exemple, lorsqu’ils doivent diriger la lutte contre les épidémies ou la famine, ce qui les mettra en conflit fréquent avec des religieux ou des gouverneurs et marchands locaux, mécontents des entraves que les nécessaires prescriptions sanitaires mettent aux « obligations » religieuses ou au commerce. Les Belges sont alors aussi présentés comme des sbires du Shâh ou de l’étranger, ce qui influence évidemment des populations largement ignorantes de la science médicale.

La proximité des actions des Belges par rapport aux intérêts russes et au gouvernement central de Téhéran et donc au Shâh sera ainsi nuisible à la perception qu’on a d’eux. Et ils seront, à leur corps défendant, pris dans ce tourbillon politique qui va conduire aux évènements de la révolution de 1906, l’instauration d’une monarchie constitutionnelle, la création d’un Parlement. Comme le monarque et ses soutiens russes, ils seront aussi ciblés par les opposants qui vont demander leur départ. Mais il ne s’agit pas de tous les opposants ni du départ de tous les Belges. Un homme, on l’a vu, va concentrer toute l’hostilité des révolutionnaires (ou nationalistes, ou constitutionnalistes) : Joseph Naus, le « patron » des Belges, le premier arrivé, en 1898.

Cette photographie fait partie d’un album compilé par Jérôme Priem, un fonctionnaire belge qui a travaillé aux côtés de Joseph Naus dans le cadre de la mission belge de 1898 en Perse en vue de réorganiser le système des douanes.

Joseph Naus a réussi incontestablement à réorganiser et améliorer les douanes persanes, à augmenter leurs revenus, à dégager le commerce intérieur et extérieur d’une série d’entraves et de corruptions. Puis il débordera sur des domaines d’actions au-delà de ce qui était initialement convenu en s’attaquant à l’impôt, sur la réforme duquel les Belges échoueront. Il devint un conseiller très influent du Shâh et même officiellement ministre - un étranger dans le gouvernement persan ! -, en outre, on l’a vu, trop proche des Russes. Plus il prit de pouvoir, plus il se fit d’ennemis. Enfin, il déplut par son style trop arrogant. Il ne restera plus à ses ennemis qu’à exploiter le « scandale » du bal costumé lors duquel il se déguisa en mollah, pour le discréditer aux yeux de nombreux Persans.

En concentrant sur lui la forte animosité des opposants, Joseph Naus peut cependant être l’arbre qui cache la forêt des Belges qui n’ont pas tous de mauvaises relations avec les Persans. Au contraire, un certain nombre parmi ces derniers ont fini par admettre la qualité du travail effectué aux douanes et aux postes, même parmi les marchands, beaucoup moins soumis à l’arbitraire antérieur du potentat local et pouvant au moins compter sur des tarifs stables et prévisibles. D’ailleurs, le volume du commerce intérieur comme extérieur augmentera après ces réformes. Lorsque le premier Parlement (« Madjlis ») obtiendra du Shâh, en janvier 1907, le départ de Naus et de son adjoint Priem, il décidera aussi à une très large majorité de maintenir les autres Belges en place. 

1907 est une année importante aussi parce que les Russes et les Britanniques, en août de cette année-là, passèrent un accord par lequel ils se partageaient cyniquement la Perse en « zones d’influence ». L’indignation qui parcourut le pays eut au moins pour mérite de diminuer l’hostilité à l’égard des Belges qui ne pouvaient plus être qualifiés de marionnettes des uns pour contrarier les autres.

Avec l’émergence du nouveau régime, les Russes choisirent alors, avec pas mal de complicités intérieures liées aux Qâdjârs en déclin, de provoquer continuellement du désordre en Perse, de déstabiliser le pays pour s’en approprier des morceaux et de récupérer leur influence perdue. Les Belges, qui assuraient encore un bon fonctionnement des administrations quel que soit le gouvernement, seront de plus en plus sabotés par les Russes.

La guerre 14-18 a aussi rebattu des cartes puisque les Russes, les Britanniques, les Français, les Belges, se retrouvaient dans le même camp face aux Allemands et aux Turcs qui manœuvraient en Perse neutre pour soulever les tribus contre les alliés et qui même envahirent certaines parties du territoire. En certains endroits, les fonctionnaires belges durent fuir, et purent faire valoir que, comme employés du gouvernement persan neutre, ils avaient un statut particulier leur permettant encore d’agir au profit d’une certaine stabilité.

Difficultés et complexité d’un bilan

 À travers toutes ces années agitées, que ce soit la guerre civile des années 1908-1909, l’invasion russe dans le Nord en 1911-1912, ou la Première Guerre mondiale, les troubles gagnaient tout le pays et l’autorité centrale y était de plus en plus faible, cédant le terrain à de multiples règlements de comptes locaux. Paradoxalement peut-être, les Belges aux Douanes, aux Postes ou aux Finances, furent perçus plus qu’avant comme une source d’objectivité et d’impartialité au milieu d’administrations déliquescentes. Leurs actions face aux épidémies ou aux famines furent finalement largement appréciées. Lorsque les Persans firent appel par deux fois (1911 et 1921) aux Américains pour gérer le Trésor, ces derniers ne furent finalement pas très convaincants dans la qualité de leur gestion et leur mission fut considérée comme des échecs. Il faut dire que celle de 1911 fut sabotée par les Russes qui agirent pour faire renvoyer son chef Schuster.

Par ailleurs, ce groupe de Belges était composé de personnes qui ne partageaient pas nécessairement tous les mêmes options, les mêmes idées, les mêmes attitudes. Certains étaient plus conservateurs, et proches des milieux conservateurs persans ; d’autres, plus progressistes, soutenaient les évolutions démocratiques. La majorité a pris cependant garde de ne pas trop se mêler des conflits politiques et de faire valoir qu’ils étaient simplement au service du gouvernement persan, quel qu’il soit – ce qui n’était pas toujours simple vu les méandres de la politique persane ou les conflits entre le Shâh, son gouvernement et le parlement. 

Camille Molitor en inspection avec des douaniers © Collection Molitor

Comme dans tout groupe humain, les ambitions et rivalités, crocs en jambe et manœuvres diverses ont aussi traversé celui des Belges, que ce soit pour les promotions aux postes supérieurs ou pour les affectations aux confins plus ou moins éprouvants du pays. Certains vivaient quasiment exclusivement entre « expatriés », avec les Russes, Britanniques et autres Européens ; d’autres avaient des relations plus diversifiées, prenant à cœur de développer des attaches avec les Persans et d’apprendre leur langue. Le mode de vie sur place pouvait présenter bien des paradoxes : disposant par contrat de moyens et de domestiques, participant aux mondanités souvent plus ou moins protocolaires entre consulats, et en même temps vivant des moments précaires dans des logements pas toujours confortables, fréquemment sujets aux maladies, aux fièvres, menacés par le choléra et la typhoïde qui emporta plusieurs d’entre eux. Quelques-uns, peu scrupuleux, poursuivirent exclusivement des objectifs d’enrichissement personnel, ce fut une petite minorité.

Tableau de Boushehr © Collection Molitor

Si certains de ces Belges avaient une attitude « coloniale » et furent l’objet de critiques et d’attaques, l’œuvre des Belges ne peut être qualifiée d’entreprise coloniale : elle ne comporte aucune appropriation de terres, ou acquisitions d’intérêt ou de positions économiques ou politiques dominantes en Perse. 

En modernisant les douanes et autres administrations, et en augmentant ainsi les revenus de la Perse, les Belges pouvaient être superficiellement perçus, dans un premier temps, comme des alliés d’une dynastie dépensière et exploiteuse ou de créanciers étrangers de la Perse. Le nationalisme persan a souvent englobé les Belges dans l’hostilité affichée à l’égard des Russes et des Britanniques, tout en les maintenant paradoxalement dans beaucoup de leurs postes générant des recettes publiques. C’est en voyant à long terme les effets de leur action qu’on peut se rendre compte que, au-delà d’une dynastie, d’un régime ou d’une situation ponctuelle de dépendance du pays, l’œuvre réalisée par les Belges, avec ses succès et ses échecs a travaillé à long terme à la construction d’un système administratif assurant plus d’autonomie au pays et jetant les bases d’un état moderne et de ses services publics.

 

Un site Internet et des archives : http://belgesenperse.be/

La grande majorité de ce groupe de Belges « persans » est rentré en Belgique après une, deux ou trois échéances de contrat de trois ans. À partir de la Première Guerre mondiale, ils furent de moins en moins nombreux. Ils ont ramené photos, documents et archives, leurs familles ont gardé leurs correspondances, mais avec le temps beaucoup de cette documentation a disparu ou s’est dispersée, aussi parce que rien n’était fait d’un point de vue historique ou archivistique pour la rassembler et la conserver. À l’exception notable bien sûr des archives officielles conservées au Ministère des Affaires étrangères (devenu Ministère des Relations extérieures). Il s’agit là surtout de documents diplomatiques et administratifs, et les rapports réguliers des ambassadeurs de Belgique ne sont certes pas dénués d’intérêt. Les archives privées, quand elles existent, sont évidemment particulièrement intéressantes tant elles décrivent le quotidien de ces Belges en Perse, confrontés aux multiples péripéties et difficultés de leurs tâches, plongés dans une période de l’histoire de Perse particulièrement fertile en rebondissements : antagonismes divers avec les grandes puissances, révolution constitutionnelle, guerre civile, Première Guerre mondiale, épidémies, grande famine, changement de régime, fin des Qâdjârs, début des Pahlavis… les Belges ont été des témoins et parfois acteurs de première ligne.

Si les archives privées sont hélas peu nombreuses et dispersées ou disparues, celles que Lambert Molitor a ramenées et conservées sont exceptionnelles. D’autant qu’il est, parmi ces Belges, celui qui est resté le plus longtemps - 26 ans - de janvier 1902 à avril 1928. Commençant sa carrière persane à la douane de Boucher en 1902, il l’a achevée comme Administrateur général de toutes les douanes persanes, de 1922 à 1928. Outre de nombreux documents de travail, il a conservé plus de 900 photos, 500 cartes postales, des dessins, peintures et aquarelles en nombre, et enfin des centaines de lettres adressées à sa famille en Belgique, ainsi que celles écrites par son épouse, Élisabeth Delwaide, qui vécut à ses côtés en Perse à partir de 1910. Lambert a aussi rédigé des Mémoires. Camille Molitor, frère de Lambert, fut aussi de cette aventure, avec 20 ans passés en Perse, où il fut Directeur général des Postes persanes. Un troisième frère, Auguste, en fait, premier arrivé en 1901, y a passé sept années. Leurs documents font partie de la collection Lambert Molitor.

Cette collection est d’une telle qualité et d’un tel intérêt que les descendants de Lambert – cinq petits-enfants – ont décidé de la rendre publique de diverses façons. Un petit film a été réalisé en 2005 pour l’émission historique « les années belges », de la RTBF. Une exposition a été présentée en avril et mai 2018 dans la salle d’exposition des Archives et de la Bibliothèque nationale de la R.I. d’Iran [3]. Un livre, De la Perse à l’Iran, l’aventure des Molitor, a été publié en octobre 2018 aux Éditions Elytis. [4]

Enfin, nous avons décidé de créer un site Internet consacré à cette histoire des Belges en Perse. Il met en ligne le maximum de documents disponibles, scannés et les rend ainsi accessibles aux chercheurs, historiens professionnels ou amateurs, ou toute personne intéressée.

Si la collection Molitor en est l’ossature de départ, le but est cependant de l’élargir au plus vite à d’autres figures, dont les descendants se manifesteraient et seraient disposés à se joindre à cette aventure en y apportant leurs documents disponibles et retrouvés, photos, lettres, etc. C’est ainsi que nous avons reçu aussi l’apport important des mémoires d’Émile Ransquin et Paul Guillaume, et d’autres encore dont la documentation plus ou moins abondante ou limitée selon les cas, est venue déjà enrichir le site. Et nous espérons que le phénomène s’amplifiera au fur et à mesure que le sire sera connu.

 

Notes

[1Annette Destrée (Donckier de Donceel), Les fonctionnaires belges au service de la Perse, 1898 - 1915, Acta Iranica, 1976.

[2Eric Laureys, Belgen in Perzië, 1915-1941, 1996.

[4De la Perse à l’Iran, l’aventure des Molitor », par Lambert MOLITOR, Elytis éditions, 2018.


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