N° 11, octobre 2006

Interview avec Habib Tohidi


peintre iranien et professeur à l’université




Le professeur Tohidi nous a présenté trois de ses dernières œuvres.

Que pensez-vous de cette exposition ?

Depuis son arrivée, une des meilleures initiatives prise par M. Sâdeghi fut l’organisation de plusieurs ateliers de travail rassemblant les artistes dont les toiles sont actuellement exposées. Lors de ces ateliers, de véritables échanges ont pu avoir lieu entre le public et les artistes. Il a donné l’occasion aux gens de se familiariser avec leur travail et a permis aux artistes d’entendre de nouveaux points de vues et idées concernant leurs œuvres.

Les tableaux que vous voyez [les trois tableaux de M. Tohidi qui sont exposés], ont été réalisés de façon très spontanée, et l’imagination tient une place centrale dans leur création. Sur ce point, je pense que le peintre est une personne qui, avec des couleurs et des outils et sans représentation à priori, donne naissance à des formes. Je ne crois pas en l’artiste qui trace d’abord quelques esquisses au crayon pour ensuite peindre ; pour moi, cela doit être la façon de travailler du sculpteur ou du graphiste, mais pas celle du peintre. Un peintre est quelqu’un qui imagine et donne forme à ses représentations avec les couleurs mêmes, et j’ai l’impression qu’en comparaison de mes travaux précédents qui étaient encore très marqués par une logique préalable, je me suis rapproché de ce modèle. Avant de peindre les toiles que j’ai exposées ici, je ne savais pas quel serait le résultat final et à quoi elles allaient ressembler.

En tout cas, cette exposition et la sélection qu’elle a opérée sont très intéressantes, et offrent au visiteur étranger un très bel échantillon de notre art contemporain.

Habib Tohidi
peintre iranien et professeur à l’université

Comment interprétez-vous le titre donné à cette exposition ?

Pour moi, ce thème n’est qu’un prétexte qui a permis de rassembler l’ensemble de ces œuvres. Elle sont majoritairement liées à la notion d’ " Orient ", à la poésie de Molânâ, de Attâr, ou de Hâfez, et permettent de mieux cerner une poésie, une littérature, une culture. Lorsque l’on m’a demandé de peindre un tableau sur Molânâ, j’avais déjà lu certains de ses poèmes mais cette commande m’a incité à réellement me replonger dans sa poésie et m’a permis d’y découvrir des choses passionnantes. Je pense que si l’art a incontestablement une dimension universelle, chaque œuvre révèle également l’identité de son artiste et de sa culture. Bien qu’il ait beaucoup voyagé et qu’il ait vécu à Paris, Picasso est toujours resté espagnol. Matisse est toujours resté français. Et tous les autres… L’art est donc une pensée universelle et révèle en même temps des identités singulières et des consciences marquées par un lieu, une éducation, et une culture. On peut dire la même chose de la littérature persane. Les éléments que l’on retrouve dans mes œuvres et les sentiments qui ont guidé leur réalisation sont internationaux, c’est-à-dire que cette dimension innovante et créatrice se retrouve dans toutes les œuvres, mais elle reste liée à un évènement local, historique, ou à la conscience du peintre. On peut presque deviner le cadre de vie et la subjectivité d’un artiste au travers de ses œuvres, comme c’est le cas de Matisse par exemple. L’artiste vit avec et dans son monde, et cela se reflète dans son œuvre. Il ne peut pas fermer les yeux et la porte de son atelier pour peindre. Lorsque Picasso peint Guernica, il s’érige en artiste en dénonçant, par la peinture, une injustice commise contre un peuple ; c’est le cri de l’artiste. Regardez aujourd’hui : à la suite des évènements qui se déroulent au Moyen-Orient, beaucoup d’artistes occidentaux et orientaux manifestent leur désapprobation au travers de leurs œuvres. Dans le monde et le contexte actuel, l’artiste a donc un rôle à jouer pour inciter les hommes à une prise de conscience et pour les sensibiliser à une certaine forme de beauté ; il doit les inviter à la paix, à l’amitié. C’est d’ailleurs une des dimensions et un des buts de cette exposition.


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