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	<title>La Revue de T&#233;h&#233;ran | Iran </title>
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	<description>Iran | Mensuel culturel iranien en langue fran&#231;aise | Histoire de l'Iran, Art iranien, Culture iranienne, Traditions iraniennes, Litt&#233;rature persane, Langue fran&#231;aise en Iran,</description>
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		<title>La Revue de T&#233;h&#233;ran | Iran </title>
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		<title>Entretien avec Ahmed Djebbar</title>
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		<dc:date>2007-08-01T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Am&#233;lie Neuve-Eglise, Kamran Gharagozli</dc:creator>


		<dc:subject>Ahmed Djebbar</dc:subject>
		<dc:subject>Roshdi Rashed</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Professeur en histoire des math&#233;matiques &#224; l'Universit&#233; de Lille, Ahmed Djebbar a publi&#233; et a particip&#233; &#224; la r&#233;daction de nombreux ouvrages, dont Les instruments de l'astronomie ancienne : De l'Antiquit&#233; &#224; la Renaissance (2006), Pour l'histoire des sciences et des techniques (2006), L'alg&#232;bre arabe : Gen&#232;se d'un art (2005), L'&#226;ge d'or des sciences arabes (2005) ou encore Une histoire de la science arabe (2001). Avec Roshdi Rashed, il compte parmi les grands sp&#233;cialistes de l'histoire des sciences dites (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.teheran.ir/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;N&#176; 21, ao&#251;t 2007 &lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.teheran.ir/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Ahmed Djebbar&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.teheran.ir/spip.php?mot124" rel="tag"&gt;Roshdi Rashed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='http://www.teheran.ir/local/cache-vignettes/L150xH120/arton204-3f467.jpg?1687724230' width='150' height='120' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Professeur en histoire des math&#233;matiques &#224; l'Universit&#233; de Lille, Ahmed Djebbar a publi&#233; et a particip&#233; &#224; la r&#233;daction de nombreux ouvrages, dont &lt;i&gt;Les instruments de l'astronomie ancienne&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;De l'Antiquit&#233; &#224; la Renaissance &lt;/i&gt;(2006), &lt;i&gt;Pour l'histoire des sciences et des techniques&lt;/i&gt; (2006), &lt;i&gt;L'alg&#232;bre arabe : Gen&#232;se d'un art&lt;/i&gt; (2005), &lt;i&gt;L'&#226;ge d'or des sciences arabes&lt;/i&gt; (2005) ou encore &lt;i&gt;Une histoire de la science arabe&lt;/i&gt; (2001). Avec Roshdi Rashed, il compte parmi les grands sp&#233;cialistes de l'histoire des sciences dites &#034;arabes&#034;, telles qu'elles se sont d&#233;velopp&#233;es dans le monde arabo-musulman. Nous avons pu le rencontrer lors de son r&#233;cent s&#233;jour en Iran durant lequel, r&#233;pondant &#224; l'invitation du Conseil sup&#233;rieur de la r&#233;volution culturelle, il a particip&#233; &#224; de nombreuses conf&#233;rences et tables rondes consacr&#233;es &#224; l'histoire des sciences et notamment au r&#244;le de l'Iran dans l'essor scientifique qu'&#224; connu le monde musulman du Xe au XVIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;b&gt;Quels types d'&#233;changes scientifiques existaient-ils entre le monde arabo-musulman et l'Europe &#224; l'&#233;poque de l'&#226;ge d'or de la science arabe ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, on parle de &#034;science arabe&#034;, mais ici les Iraniens pr&#233;f&#232;rent employer l'expression plus large de &#034;sciences en pays d'islam&#034;, ou &#034;islamic sciences&#034; en anglais. Nous avons pris l'habitude de dire science arabe, mais elle renvoie en r&#233;alit&#233; &#224; la science &#233;labor&#233;e par les pays musulmans qui &#233;tait &#233;crite en arabe. On situe en g&#233;n&#233;ral son &#226;ge d'or entre le IXe et la fin du XIe si&#232;cle, mais en r&#233;alit&#233; nous savons maintenant que des apports tout &#224; fait originaux ont continu&#233; &#224; &#234;tre produits jusqu'au XVIe et m&#234;me au XVIIe si&#232;cle, en particulier en Iran. Des &#233;changes scientifiques ont commenc&#233; &#224; avoir lieu &#224; la fin du XIe si&#232;cle. Entre le IXe et la fin du XIe si&#232;cle, nous n'avons pas d'informations pr&#233;cises et nous ne pensons pas qu'il y ait eu des &#233;changes pour une raison tr&#232;s simple : pour qu'il y ait &#233;change entre deux espaces culturels, il faut que celui qui est relativement en avance - ce qui &#233;tait le cas des foyers scientifiques de l'islam - puisse faire circuler ou transmettre des savoirs qui peuvent &#234;tre consomm&#233;s par le partenaire de l'autre espace. Or, nous savons aujourd'hui gr&#226;ce aux historiens sp&#233;cialistes du Moyen Age europ&#233;en que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes n'&#233;taient pas encore pr&#234;tes &#224; l'&#233;poque &#224; s'int&#233;resser et &#224; int&#233;grer ces sciences dans une nouvelle tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin du XIe si&#232;cle, nous avons des t&#233;moignages d'&#233;changes, notamment au travers de trait&#233;s de m&#233;decine &#233;crits en arabe qui vont &#234;tre traduits en latin &#224; Salerne en Italie par Constantin l'Africain. Mais cela reste accidentel. Le ph&#233;nom&#232;ne de circulation du savoir &#224; la fois grec, indien, et musulman qui va circuler au travers des textes &#233;crits en arabe s'est essentiellement d&#233;roul&#233; &#224; partir du XIIe si&#232;cle, pour s'&#233;tendre jusqu'au XIVe-XVe si&#232;cle. Ce ph&#233;nom&#232;ne puissant a suppos&#233; beaucoup de choses, et notamment que des individus et des groupes en Europe prennent conscience de l'importance de ce savoir, &#233;prouvent le besoin d'aller le chercher, aient la capacit&#233; de le comprendre puis de le commenter et de l'enseigner, et enfin de le d&#233;velopper. Ce processus se retrouve dans beaucoup de civilisations et fut aussi exp&#233;riment&#233; par les musulmans au VIIIe si&#232;cle lorsqu'ils ont traduit, critiqu&#233;, comment&#233; et assimil&#233; le savoir grec et indien pour ensuite produire un nouveau savoir enrichi. C'est le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne que l'on va observer dans les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes du XIIe si&#232;cle, avec des vitesses diff&#233;rentes et des sp&#233;cificit&#233;s r&#233;gionales et sociales. Les Europ&#233;ens traduisent alors de nombreux trait&#233;s d'alg&#232;bre, d'astronomie, de g&#233;om&#233;trie, beaucoup de philosophie et de m&#233;decine, cependant, ils n'ont pas traduit les textes religieux qui les int&#233;ressaient moins. On le comprend d'ailleurs tout &#224; fait car au moment o&#249; des groupes de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne ont commenc&#233; &#224; traduire des textes de la science de l'islam, commen&#231;ait &#233;galement le puissant mouvement des croisades, qui &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment des attaques violentes contre ce m&#234;me empire qui produisait la science. C'est donc paradoxalement pendant cette p&#233;riode du conflit que les traductions ont commenc&#233;, faisant de ces deux &#233;v&#233;nements deux processus parall&#232;les. Bien entendu, ceux qui traduisaient les textes n'&#233;taient pas ceux qui faisaient la guerre. Les combattants &#233;taient guid&#233;s par des raisons complexes, &#224; la fois id&#233;ologiques, politiques, et &#233;conomiques. Quant &#224; l'int&#233;r&#234;t pour la science, il &#233;tait davantage le r&#233;sultat d'un processus interne propre aux soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes. C'est-&#224;-dire que de par leur d&#233;veloppement &#233;conomique, social, politique elles ont alors atteint un type d'organisation ou une structure qui leur a permis de produire des groupes sociaux capables de se lib&#233;rer de la puissance de l'Eglise pour devenir des s&#233;culiers ou des clercs. Ces groupes ne vont plus s'int&#233;resser uniquement &#224; l'&#233;tude de la religion mais &#224; autre chose. Et cette autre chose, on ne le trouvait pas &#224; la Sorbonne mais plut&#244;t &#224; Tol&#232;de et &#224; Palerme. C'est alors qu'&#224; partir du XIIe si&#232;cle, des jeunes vont venir apprendre l'arabe &#224; Palerme, &#224; Tol&#232;de ou au Maghreb. Ils ont appris d'ailleurs un peu rapidement, parfois en un ou deux ans, puis ils ont commenc&#233; &#224; traduire, parce qu'ils avaient &#233;prouv&#233; le besoin et le sentiment, pas seulement pour eux mais pour la soci&#233;t&#233;, que c'&#233;tait le moment d'aller assimiler cette science. Pourquoi cela ne s'est pas fait avant ? Parce que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes n'&#233;taient pas pr&#234;tes &#224; assimiler ce savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;L'apport de cette science &#233;labor&#233;e en pays d'islam &#224; la science moderne est donc &#233;norme&#8230;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les Europ&#233;ens de l'&#233;poque eux-m&#234;mes qui disent que l'apport est &#233;norme. Cependant, &#224; partir de la fin du XVIIe si&#232;cle, les historiens vont changer d'opinion et d&#233;cider de r&#233;&#233;crire l'histoire pour des raisons strictement culturelles et id&#233;ologiques compr&#233;hensibles, car &#224; ce moment-l&#224;, l'Europe qui commence &#224; &#234;tre &#224; son tour le moteur de la science &#224; l'&#233;chelle internationale. M&#234;me si cela ne se percevait pas encore de fa&#231;on &#233;vidente, les Europ&#233;ens ont pris conscience qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; les &#233;l&#232;ves des musulmans, ils &#233;taient en train de devenir meilleurs qu'eux. Cela n'&#233;tait d'ailleurs pas totalement exact car ils ignoraient qu'au XVIe et au XVIIe si&#232;cle en Iran, le niveau scientifique &#233;tait aussi &#233;lev&#233; qu'en Europe. Il a donc d&#233;clin&#233; dans certaines r&#233;gions du monde musulman comme en Espagne &#224; la suite de la Reconqu&#234;te, et, dans une moindre mesure, au Maghreb et en Egypte, mais pour des raisons tr&#232;s complexes, la p&#233;riode Safavide a &#233;t&#233; pour l'Iran une p&#233;riode de renouveau de la logique, de la philosophie, de l'astronomie&#8230; Ignorant cela, les Europ&#233;ens consid&#233;raient donc qu'ils avaient atteint le niveau scientifique le plus avanc&#233; et tout en produisant une science totalement construite sur les sciences de l'islam - les sciences profanes, car ils ont &#233;cart&#233; les sciences religieuses -, ils vont naturellement commencer &#224; innover et, au travers de cela, prendre conscience de leur puissance. Et quand une soci&#233;t&#233; prend conscience de sa propre puissance, elle devient nationaliste et chauvine. C'est le cas pour tous les peuples, jusqu'&#224; aujourd'hui. Ils comprennent donc qu'ils ne sont plus les &#233;l&#232;ves des musulmans, qui sont de plus leurs ennemis en religion, alors pourquoi se r&#233;clamer d'eux ? Ils vont donc essayer de montrer qu'ils ne sont pas les h&#233;ritiers des musulmans, mais ceux d'une vieille tradition qui a toujours &#233;t&#233; europ&#233;enne. C'est &#224; ce moment-l&#224; que l'on a construit le concept d'h&#233;ritage grec. Les musulmans n'ont jamais reni&#233; l'h&#233;ritage grec, et c'est l'h&#233;ritage grec et indien enrichi par les apports musulmans durant quatre si&#232;cles qui a constitu&#233; la science profane des pays musulmans. Les Europ&#233;ens du XIIe au XVIe si&#232;cle savaient parfaitement cela, mais les nouveaux Europ&#233;ens du XVIIe avaient besoin de r&#233;&#233;crire l'Histoire autrement pour r&#233;pondre &#224; une sorte de besoin identitaire. Ils ont donc commenc&#233; &#224; gommer le r&#244;le des scientifiques des pays d'islam &#224; partir de la fin du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Dans sa th&#233;orie des id&#233;es, Platon consid&#232;re que l'objet math&#233;matique fait partie des id&#233;es m&#233;dianes. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, comment les math&#233;maticiens des pays d'islam ont-ils r&#233;agi face &#224; cette th&#233;orie ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_644 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.teheran.ir/local/cache-vignettes/L291xH448/204-1-6cf8f.jpg?1686737357' width='291' height='448' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:291px;'&gt;&lt;strong&gt;Ahmed Djebbar&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dd class='spip_doc_descriptif' style='width:291px;'&gt;Photo : Revue de T&#233;h&#233;ran
&lt;/dd&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il faut bien pr&#233;ciser que les math&#233;maticiens des pays d'islam n'&#233;taient pas n&#233;cessairement des philosophes ; ils ne connaissaient donc pas forc&#233;ment les &#233;crits de Platon. En plus, les musulmans ont surtout traduit Aristote. Ils ont traduit Platon mais ils ont davantage travaill&#233; sur Aristote qu'ils connaissent donc mieux. Par cons&#233;quent, quand les math&#233;maticiens d'Orient et d'Occident veulent utiliser la philosophie pour exprimer certaines id&#233;es, ils citent toujours Aristote et non Platon. Platon a donc qualifi&#233; les math&#233;matiques d'id&#233;alit&#233;s situ&#233;es dans le monde des id&#233;es. C'est une id&#233;e qui &#233;tait accept&#233;e par beaucoup de math&#233;maticiens m&#234;me s'ils n'avaient pas lu Platon, car les math&#233;maticiens travaillent sur des id&#233;es qui viennent n&#233;anmoins de l'environnement concret. L'id&#233;e de cercle, de droite, de ligne, de carr&#233;, etc. se voit d'abord dans la nature, et m&#234;me certaines courbes tr&#232;s compliqu&#233;es. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les math&#233;maticiens ont donc tendance &#224; &#234;tre platoniciennes sans le savoir, comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir ! Par contre, les math&#233;maticiens des pays d'islam ne faisaient pas des math&#233;matiques d'une mani&#232;re platonicienne ; ils &#233;taient tr&#232;s r&#233;alistes. Il y avait deux types de math&#233;matiques : une math&#233;matique concr&#232;te, qui r&#233;pondait &#224; des besoins de la soci&#233;t&#233; et qui va d&#233;velopper des outils pour r&#233;soudre des probl&#232;mes d'arpentage, d'architecture, de m&#233;canique, de physique ; qui va chercher &#224; comprendre comment la lumi&#232;re se fabrique, comment elle arrive &#224; nous, comment on voit, pourquoi l'arc en ciel a des couleurs&#8230; Ce sont des questions qui sont &#224; la fois th&#233;oriques mais aussi pratiques. Mais les math&#233;maticiens ne font pas que r&#233;soudre des probl&#232;mes concrets, ils se posent aussi des questions th&#233;oriques. Ces questions sont parfois tr&#232;s simples, mais leurs r&#233;sultats peuvent &#234;tre tr&#232;s compliqu&#233;s &#224; obtenir et elles ne servent &#224; rien pratiquement et dans l'imm&#233;diatet&#233;. Mais elles leur permettent de s'exercer et de d&#233;velopper des outils th&#233;oriques pour essayer de trouver la solution uniquement par curiosit&#233;. Cependant, dans le domaine des math&#233;matiques, il n'y a pas de miracles. Ce sont avant tout des accumulations, des imbrications et des constructions sophistiqu&#233;es et bien souvent, pour r&#233;soudre un probl&#232;me complexe, il faut s'appuyer sur tout l'h&#233;ritage des pr&#233;d&#233;cesseurs. Donc bien souvent, l'utilit&#233; de ces travaux n'est pas de d&#233;montrer le r&#233;sultat mais de conduire au d&#233;veloppement d'outils math&#233;matiques nouveaux servant &#224; &#233;laborer ce m&#234;me r&#233;sultat. Peut-&#234;tre que celui-ci ne servira jamais &#224; rien, mais les outils qui auront &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s pour le trouver pourront servir pour la physique ou les math&#233;matiques, car elles ne travaillent pas souvent pour le pr&#233;sent, mais plus pour l'avenir. C'est l&#224; toute la puissance des math&#233;matiques, et leur faiblesse aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Durant cet &#226;ge d'or que nous venons d'&#233;voquer, quels rapports existaient entre science et spiritualit&#233; ? Est-ce que les scientifiques travaillaient en vue de r&#233;pondre &#224; des objectifs de curiosit&#233; intellectuelle et d'am&#233;lioration des conditions de vie mat&#233;rielles, o&#249; se rattachaient-ils d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; un principe transcendant ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne le disent pas. Nous n'avons pas de textes de math&#233;maticiens. Vous savez, les math&#233;maticiens sont comme des artisans : selon leurs aptitudes, ils s'orientent vers une sp&#233;cialisation. On croit souvent que tous les math&#233;maticiens des pays d'islam &#233;taient comme Avicenne qui connaissait tout, alors que c'est loin d'&#234;tre le cas. Avicenne &#233;tait un savant encyclop&#233;dique, mais la majorit&#233; des savants d'islam n'&#233;taient sp&#233;cialis&#233;s que dans une, ou parfois deux disciplines. De nombreux math&#233;maticiens n'&#233;taient ni philosophes, ni th&#233;ologiens, ni physiciens ; et m&#234;me en tant que math&#233;maticiens ils n'&#233;taient si g&#233;om&#232;tres, ni th&#233;oriciens, mais seulement alg&#233;bristes par exemple. Ils ont sans doute &#233;tabli des liens entre certaines des questions qu'ils se sont pos&#233;s et le spirituel, mais malheureusement, nous n'avons pas d'&#233;crits pouvant l'attester. En tant que chercheurs, nous d&#233;pendons des textes et nous ne pouvons pas nous permettre de sp&#233;culer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Roshdi Rashed consid&#232;re que les travaux de Descartes dans le domaine des math&#233;matiques se situent dans le sillage des travaux de Khayy&#226;m. Qu'en pensez-vous ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1261 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.teheran.ir/local/cache-vignettes/L358xH242/204-2-3896b.jpg?1686737357' width='358' height='242' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Compilation de chimie illustr&#233;e, manuscrit de chimie montrant le proc&#233;d&#233; de distillation.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Entre sp&#233;cialistes, nous n'avons pas toujours la m&#234;me opinion sur une question. Dans la mesure o&#249; Omar Khayy&#226;m a &#233;tudi&#233; les &#233;quations du troisi&#232;me degr&#233;, on peut consid&#233;rer que de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les math&#233;maticiens de l'Europe vont poursuivre les recherches qui ont &#233;t&#233; men&#233;es en pays d'islam et en particulier certaines qui n'ont pas abouties. Khayy&#226;m est le premier a avoir &#233;tabli une th&#233;orie g&#233;om&#233;trique des &#233;quations cubiques parce que, et il le dit lui-m&#234;me, il a &#233;chou&#233; dans la r&#233;solution des &#233;quations avec des radicaux. La formule sera trouv&#233;e au XVIe si&#232;cle en Italie par Tartaglia, Cardan et Bombelli. Pourquoi les Italiens ont-ils trouv&#233; la formule au XVIe si&#232;cle et alors que les musulmans avaient &#233;chou&#233;s ? Les hypoth&#232;ses sont compliqu&#233;es et touchent &#224; leurs mani&#232;res respectives de faire des math&#233;matiques. Cela n'est aucunement li&#233; &#224; l'intelligence car &#224; chaque &#233;poque, il y a des gens tr&#232;s intelligents. Mais la fa&#231;on de faire des math&#233;matiques &#224; une &#233;poque permet de trouver certains r&#233;sultats qui refl&#232;tent les pr&#233;occupations des soci&#233;t&#233;s &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire le lien entre Descartes et Khayy&#226;m, il faudrait chercher &#224; savoir si Descartes a connu les travaux de Khayy&#226;m, et nous n'en avons aucune preuve &#233;crite. En tant que chercheur, je suis un peu sceptique et je ne dispose d'aucun &#233;l&#233;ment me permettant d'affirmer que son livre serait arriv&#233; en Occident. Nous n'avons m&#234;me pas de preuves que son livre &lt;i&gt;D&#233;monstrations de probl&#232;mes d'alg&#232;bre &lt;/i&gt;soit arriv&#233; au Maghreb et en Andalousie. Or, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, pour qu'un livre des math&#233;maticiens de l'islam arrive en Europe, il fallait d'abord qu'il passe par le Maghreb, l'Espagne musulmane ou l'Italie, et nous n'avons pas de preuves qu'ils aient &#233;t&#233; traduits &#224; Tol&#232;de ou &#224; Palerme. Nous disposons cependant d'un seul t&#233;moignage qui est celui du grand historien Ibn Khaldun n&#233; &#224; Tunis et mort en 1406. Dans son ouvrage central, la &lt;i&gt;mouqaddima&lt;/i&gt; ou &#034;l'introduction&#034;, il &#233;voque un math&#233;maticien d'Orient qui a &#233;tudi&#233; plus de six &#233;quations pour arriver jusqu'&#224; vingt-cinq. L'information n'est donc pas tr&#232;s pr&#233;cise. On peut donc affirmer qu'au XIVe si&#232;cle, on ne connaissait pas les travaux d'Omar Khayy&#226;m au Maghreb, il semble donc plus qu'improbable qu'ils soient connus des Europ&#233;ens. On peut donc seulement affirmer que les travaux de math&#233;matiques de Descartes appartiennent &#224; une nouvelle tradition, celle de l'Europe, qui a &#233;t&#233; construite sur les math&#233;matiques grecques et des pays d'islam. Le reste n'est qu'hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Quels sont les facteurs qui ont conduit au d&#233;clin de la science &#233;labor&#233;e dans ces pays d'islam ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle de d&#233;clin, on pense souvent qu'&#224; un moment donn&#233;, dans toutes les r&#233;gions de l'empire, on observe un ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;gression, de ralentissement et d'appauvrissement de l'activit&#233; scientifique conduisant &#224; une absence d'innovation. Ce ph&#233;nom&#232;ne a effectivement commenc&#233; &#224; appara&#238;tre, mais il ne s'est jamais g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; tout l'empire. En outre, il n'a pas d&#233;marr&#233; au m&#234;me moment dans ses diff&#233;rentes r&#233;gions et n'a pas eu la m&#234;me intensit&#233; partout, car c'&#233;tait un empire monde. Il ne faut pas raisonner comme la Gr&#232;ce ou m&#234;me l'Europe, car l'empire musulman s'&#233;talait sur trois continents. Quant on pose le probl&#232;me du d&#233;clin, on ne pense souvent qu'&#224; la partie m&#233;diterran&#233;enne o&#249;, effectivement, un d&#233;clin est observable notamment au moment de la Reconqu&#234;te de l'Espagne. La reconqu&#234;te de Tol&#232;de, Cordoue, Saragosse et S&#233;ville au XIIe si&#232;cle va en effet freiner leurs activit&#233;s. Les foyers scientifiques qui existaient dans ces villes vont alors se d&#233;placer car ils ne vont plus y retrouver le m&#234;me climat et le m&#234;me mode de vie, pour se diriger vers l'espace musulman plus en accord avec leur culture. Ces conqu&#234;tes ont donc provoqu&#233; de grandes migrations civilisationnelles &#224; la source d'un net d&#233;clin en Andalousie du XIIe au XIVe si&#232;cle. Cependant, le d&#233;clin espagnol va profiter au Maghreb, qui va conna&#238;tre au m&#234;me moment une floraison en math&#233;matiques et en astronomie. Il y a donc des d&#233;clins partiels, durant des p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es, alors que certains d&#233;clins profitent &#224; d'autres r&#233;gions et contribuent &#224; une redynamisation de leur activit&#233;. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, beaucoup de r&#233;gions vont commencer &#224; voir leur activit&#233; frein&#233;e pour des raisons &#233;conomiques, militaires, politiques &#224; la suite les Croisades qui se sont d&#233;roul&#233;es de 1099 &#224; 1270. Apr&#232;s elles, les Mongols envahissent l'empire musulman par l'Asie et l'Iran. Les cons&#233;quences de ses invasions ont &#233;t&#233; catastrophiques &#224; la fois sur le plan &#233;conomique, mental et culturel, m&#234;me si apr&#232;s des Mongols vont devenir musulman puis essayer de redynamiser et donner un second souffle &#224; une r&#233;gion qu'ils avaient ravag&#233;e. C'est alors que l'Iran va conna&#238;tre un certain renouveau scientifique alors que l'Andalousie est en train d'agoniser. Mais le probl&#232;me est que les orientalistes ont souvent eu tendance &#224; analyser l'ensemble de l'empire au travers de ce qui se passaient en Andalousie, alors qu'il faut &#233;tudier en d&#233;tail chaque r&#233;gion de l'empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Est-ce que la m&#233;taphysique, et plus particuli&#232;rement l'ontologie, peuvent servir de base &#224; l'&#233;laboration d'un type de math&#233;matiques sp&#233;cifique ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre question suppose que des consid&#233;rations intellectuelles m&#233;taphysiques peuvent provoquer des recherches math&#233;matiques. Compte tenu des connaissances actuelles de la tradition math&#233;matique islamique, qui demeurent partielles parce que tributaires des manuscrits que nous d&#233;couvrons et que nous &#233;tudions, nous ne pouvons en rien l'affirmer, ce qui ne veut pas dire qu'on ne trouvera pas un jour des &#233;crits sur ce sujet. Mais pour l'instant, je ne connais pas de chercheur qui soit parti de questions m&#233;taphysiques pour &#233;tablir des r&#233;sultats math&#233;matiques, sauf dans quelques exemples tr&#232;s localis&#233;s. On peut notamment citer certaines &#233;tudes philosophiques de N&#226;sir ad-Din at-T&#251;si au XIIIe si&#232;cle, ou celles de math&#233;maticiens plus tardifs qui ont voulu commenter Avicenne et qui ont essay&#233; d'introduire certaines d&#233;marches non pas m&#233;taphysiques, mais math&#233;matiques pour r&#233;soudre des probl&#232;mes de logique. C'est l&#224; qu'ils ont fait de l'analyse combinatoire, qui restait cependant &#233;l&#233;mentaire. Mais de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on ne peut pas consid&#233;rer que des probl&#232;mes li&#233;s &#224; la philosophie ont pu provoquer un d&#233;veloppement math&#233;matique important. Par contre, certains probl&#232;mes de linguistique ou de pratique religieuse ont provoqu&#233; des travaux importants en math&#233;matiques ou en astronomie, tout en conduisant au d&#233;veloppement de nouveaux outils math&#233;matiques. Par exemple, c'est l'&#233;tude de la linguistique et de la grammaire arabe qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque la langue du pouvoir qui a fait que l'on s'est pos&#233; la question de la lexicographie. Quand on &#233;tudie une langue, la question de l'&#233;laboration d'un dictionnaire, qui am&#232;ne celle de la mani&#232;re de d&#233;membrer tous les mots d'une langue et de les ordonner pour faire un dictionnaire utilisable se pose. C'est un probl&#232;me math&#233;matique s&#233;rieux ayant &#233;merg&#233; &#224; la fin du VIIIe si&#232;cle, et qui ne trouva pas de solution tout de suite. Il a cependant &#233;t&#233; &#224; la base de recherches qui ont &#233;t&#233; essentiellement r&#233;alis&#233;es non dans le centre de l'empire mais &#224; Marrakech, et qui se sont d&#233;velopp&#233;es jusqu'au XIIe si&#232;cle. Cela montre d'ailleurs que les sciences ont circul&#233; d'une mani&#232;re tr&#232;s importante de Samarcande &#224; Saragosse, et que malgr&#233; l'immensit&#233; de l'empire, les foyers scientifiques entretenaient d'&#233;troites relations. Voici donc un probl&#232;me ext&#233;rieur aux math&#233;matiques qui va provoquer des recherches en math&#233;matiques. Mais pour revenir &#224; votre question, on peut trouver une relation contraire : ce n'est pas la m&#233;taphysique qui provoque des recherches en math&#233;matiques, mais les math&#233;maticiens qui, en faisant des math&#233;matiques, se posent des questions qui sortent de leur domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Quels sont le r&#244;le et le statut de l'imagination dans les activit&#233;s scientifiques, et plus sp&#233;cifiquement dans les math&#233;matiques &#233;labor&#233;es en pays d'islam ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1262 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.teheran.ir/local/cache-vignettes/L358xH238/204-3-61c74.jpg?1686737357' width='358' height='238' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:350px;'&gt;&lt;strong&gt;Trait&#233; d'hippiatrie, copie orientale XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;L'imagination et l'intuition sont des &#233;l&#233;ments que l'on consid&#232;re comme subjectifs dans le domaine scientifique, et qui ne sont pas consid&#233;r&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on dans le domaine philosophie ou de la mystique. Quand nous disons par exemple que l'analyse et la synth&#232;se constituent des outils puissants de r&#233;flexion, chez les philosophes cela a une signification, et cela en a une autre chez les math&#233;maticiens. Beaucoup de gens parlent des math&#233;matiques en ayant uniquement &#224; l'esprit l'exp&#233;rience de la philosophie et de la m&#233;taphysique. Il faut bien voir qu'en pays d'islam, c'&#233;taient des disciplines compl&#232;tement s&#233;par&#233;es. Et comme pendant longtemps ceux qui parlaient des math&#233;matiques &#233;taient des gens qui connaissaient mieux l'histoire de la m&#233;taphysique, de la philosophie, de la psychologie, ou des activit&#233;s religieuses comme le Fiqh, ils ont essay&#233; d'expliquer &#224; la lumi&#232;re de leurs concepts ce qui se passait dans le domaine math&#233;matique, alors qu'eux m&#234;mes n'avaient pas forc&#233;ment de grandes connaissances scientifiques. Notre g&#233;n&#233;ration d'historiens sp&#233;cialis&#233;s en histoire des math&#233;matiques comprend mieux la mati&#232;re, et dans ce sens, nous ne pouvons pas dire aussi facilement que tel math&#233;maticien a fait des sp&#233;culations m&#233;taphysiques en faisant des math&#233;matiques. La majorit&#233; a fait des math&#233;matiques pures, comme les math&#233;maticiens le font aujourd'hui. Pour revenir &#224; la question de l'imagination et de l'intuition, elle existe partout dans la d&#233;marche math&#233;matique. Les math&#233;maticiens eux-m&#234;mes en ont parl&#233;. Quand ils font des math&#233;matiques, ils disent : en ayant recours &#224; l'imagination, vous pouvez imaginer telle ligne qui se d&#233;place, etc. Gr&#226;ce &#224; l'imagination, ils ont donc introduit le mouvement, qui avait &#233;t&#233; rejet&#233; par les Grecs, et ont ainsi fait avancer la mani&#232;re de faire de la g&#233;om&#233;trie. C'est donc gr&#226;ce &#224; l'imagination qu'ils ont pu introduire le mouvement qui &#233;tait interdit par Aristote. Ils sont donc all&#233;s contre lui, mais au sein m&#234;me de la communaut&#233; des math&#233;maticiens musulmans, il y avait ceux qui &#233;taient pour Aristote et ceux qui voulaient juste faire des math&#233;matiques. Car il y avait des math&#233;maticiens philosophes, comme Avicenne et Omar Khayy&#226;m, qui va critiquer Ibn al-Haytham en disant que s'il est un tr&#232;s grand math&#233;maticien, il n'est pas pour autant un bon philosophe. Il va ainsi consid&#233;rer que le fait d'introduire le mouvement pour d&#233;montrer des hypoth&#232;ses est une h&#233;r&#233;sie d'un point de vue philosophique. Certains ont donc introduit l'intuition, l'imagination, et par cons&#233;quent le mouvement dans la d&#233;marche math&#233;matique, alors que d'autres ont consid&#233;r&#233; que l'on devait faire des math&#233;matiques uniquement avec les objets qui sont dans l'esprit tout en donnant des d&#233;finitions strictement th&#233;oriques ne faisant pas intervenir le mouvement. Par exemple, ces derniers acceptent de dire que le cercle est l'ensemble des points qui sont &#224; &#233;gale distance d'un autre point que l'on appelle le centre. C'est le genre de d&#233;finition qu'Aristote ou Euclide aiment bien, et qui appartient au domaine de la g&#233;om&#233;trie fixe. Mais si un math&#233;maticien dit qu'il est libre de d&#233;finir le cercle comme &#233;tant le r&#233;sultat du d&#233;placement d'une droite qui tourne autour d'un point, son extr&#233;mit&#233; dessinant une courbe qu'il va alors appeler cercle, il introduit le mouvement. M&#234;me si au final le r&#233;sultat est le m&#234;me, certains math&#233;maticiens &#233;taient pour le mouvement, d'autres contre pour des raisons philosophiques et m&#233;taphysiques. Voil&#224; encore un exemple d'intervention de la m&#233;taphysique dans les d&#233;marches math&#233;matiques. On peut donc &#233;tablir une distinction entre ceux qui s'efforcent de respecter les r&#232;gles de la m&#233;taphysique dans le sillage d'Avicenne, et ceux qui veulent avant tout r&#233;soudre les probl&#232;mes et font des math&#233;matiques pour trouver ce qu'ils consid&#232;rent comme &#233;tant quelques lois qui sont des petits epsilons dans l'oc&#233;an de la science de Dieu. Dans ce cas, pourvu que l'on trouve le r&#233;sultat, la mani&#232;re importe peu car seul Dieu demeure de d&#233;tenteur absolu de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Si on consid&#232;re que les deux tendances principales de la philosophie des math&#233;matiques sont l'intuitionnisme et le constructivisme, avec laquelle d'entre elles s'accorderaient le mieux la philosophie des math&#233;matiques &#233;labor&#233;e en pays d'islam ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_1263 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;img src='http://www.teheran.ir/local/cache-vignettes/L268xH358/204-4-6aa0a.jpg?1686737357' width='268' height='358' alt='' /&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;dt class='spip_doc_titre' style='width:268px;'&gt;&lt;strong&gt;M&#233;canisme hydraulique tir&#233; du Livre des proc&#233;d&#233;s ingenieux d'Al-djaz&#226;r&#238;, Syrie XIVe si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas que les math&#233;maticiens aient &#233;labor&#233; de philosophie des math&#233;matiques. Les math&#233;maticiens des pays islamiques ont voulu r&#233;soudre des probl&#232;mes, construire des th&#233;ories, mais ils ne sont pas all&#233;s jusqu'&#224; un tr&#232;s haut niveau dans ce domaine. En tant qu'historiens, nous essayons d'&#233;crire une sorte de philosophie des math&#233;matiques des pays d'islam et de comprendre comment ils faisaient des math&#233;matiques. Je n'appelle pas cela philosophie des math&#233;matiques mais plut&#244;t &#233;pist&#233;mologie, ce qui renvoie davantage &#224; une r&#233;flexion sur la mani&#232;re dont pensaient les math&#233;maticiens musulmans et faisaient les math&#233;matiques, quelle &#233;tait la nature de leurs pratiques, quels &#233;taient les obstacles &#233;pist&#233;mologiques qu'ils ont affront&#233;s, etc. On cherchera notamment &#224; savoir pourquoi Khayy&#226;m a r&#233;ussi &#224; trouver une th&#233;orie g&#233;om&#233;trique des &#233;quations cubiques, pour d&#233;couvrir que c'est parce qu'il a d'abord &#233;chou&#233; &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me avec des m&#233;thodes algorithmiques. Et dans son livre sur l'alg&#232;bre, il indique que jusque l&#224;, aucun math&#233;maticien des pays d'islam n'a trouv&#233; la m&#233;thode pour calculer la solution d'une &#233;quation du troisi&#232;me degr&#233; avec du calcul. Il ajoute ensuite prudemment que peut-&#234;tre des Grecs ont pr&#233;c&#233;demment trouv&#233; la m&#233;thode, mais que rien ne leur est parvenu. Il dit ensuite qu'apr&#232;s avoir r&#233;fl&#233;chi et &#224; partir de toutes les tentatives qu'ont faites ses pr&#233;d&#233;cesseurs comme al-Koohi, Ibn al-Heytham, Bir&#251;ni, etc., il est parvenu &#224; trouver une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale. Il r&#233;v&#232;le ainsi qu'il y avait un obstacle &#233;pist&#233;mologique, qui a oblig&#233; les math&#233;maticiens &#224; chercher une nouvelle voie. C'est d'ailleurs souvent comme cela que les sciences avancent : soit par d&#233;passement de l'obstacle, soit par d&#233;viation ; et pour trouver la solution par une autre voie, on va fabriquer de nouveaux outils &#233;tant donn&#233; que les anciens ne permettaient pas d'aller plus loin. Peut-&#234;tre que cette &#233;pist&#233;mologie &#233;quivaut &#224; une philosophie des math&#233;matiques, il y a d'ailleurs des coll&#232;gues qui l'appellent comme cela, mais je pr&#233;f&#232;re l'expression, un peu plus modeste, d'&#233;pist&#233;mologie des math&#233;matiques. Pourquoi les musulmans ont-ils fait des math&#233;matiques dans telle direction et non dans une autre, pourquoi &#224; un moment donn&#233; ont-ils plus d&#233;velopp&#233; l'alg&#232;bre ou l'astronomie ? Pourquoi ont-ils eu des r&#233;sultats de th&#233;orie des nombres qui &#233;taient uniquement li&#233;s &#224; la tradition grecque ? C'est ce &#224; quoi s'efforce de r&#233;pondre notre discipline. Mais nous demeurons ignorants sur de nombreux points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;On &#233;voque souvent l'id&#233;e d'un divorce qui se serait op&#233;r&#233; entre astronomie et astrologie ou encore entre chimie et alchimie. Est-ce que d'un point de vue scientifique il y a eu une union avant de parler de divorce ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'aventure scientifique des pays d'islam, les savants savaient tr&#232;s bien la diff&#233;rence entre astronomie et astrologie. Concernant la chimie, il n'y avait qu'un seul mot chez les musulmans pour dire la chimie : &lt;i&gt;al-kimia&lt;/i&gt;. L'id&#233;e de l'existence de deux chimies est une cat&#233;gorisation des historiens des sciences europ&#233;ens &#233;labor&#233;e apr&#232;s le XVIIIe si&#232;cle. Par contre, dans la chimie musulmane, et comme dans toutes les chimies qui ont exist&#233; avant, il y a une chimie th&#233;orique - que l'on appellera plus tard chimie &#233;sot&#233;rique ou ayant des prolongements mystiques - et une chimie de laboratoire, mais les deux se faisaient ensemble par la m&#234;me personne et &#233;tait donc la Chimie. A partir du XIIe si&#232;cle, une partie des &#233;crits de chimie des savants de l'islam vont &#234;tre traduits en latin, mais malheureusement, on ne va traduire que ce qui &#233;tait &#233;crit et accessible &#224; l'&#233;poque, c'est-&#224;-dire avant tout des constructions th&#233;oriques ou la chimie &#233;sot&#233;rique qui &#233;tait la th&#233;orie essentielle de l'&#233;poque avant que n'apparaisse la th&#233;orie mol&#233;culaire. Il y a eu d'abord la th&#233;orie grecque, que les musulmans ont reprise et red&#233;velopp&#233;e avec R&#226;zi, Jaldaki et d'autres, puis les Europ&#233;ens vont conna&#238;tre une rupture &#224; l'&#233;poque de Lavoisier avec la th&#233;orie du phlogistique avant l'apparition de la th&#233;orie mol&#233;culaire. Il y a donc eu au moins trois &#233;tapes successives qui furent toutes des moments d'interpr&#233;tations diff&#233;rentes de choses qui &#233;taient observables et manipulables dans la pratique, et que l'on qualifiera de &#034;th&#233;ories chimiques&#034;. Et comme les th&#233;ories physiques, elles contiennent un peu de v&#233;rit&#233; puis elles sont ensuite d&#233;pass&#233;es pour &#234;tre remplac&#233;es par de nouvelles th&#233;ories, car elles ne r&#233;pondent pas &#224; toutes les questions que se pose la pratique. Cependant, chaque th&#233;orie rejette mais aussi garde une partie de la pr&#233;c&#233;dente. Quand les Europ&#233;ens vont inventer le phlogistique puis la th&#233;orie mol&#233;culaire, ils vont dire : &#034;Tout ce qu'ont fait les chimistes avant nous, c'est-&#224;-dire les Egyptiens, les Grecs, les Persans avant l'islam et les musulmans, &#233;tait une certaine chimie, et nous nous faisons une autre chimie.&#034; Comme l'id&#233;ologie intervient beaucoup en science, ils ont alors appel&#233; leur chimie la chimie &#034;moderne&#034;, pour ensuite qualifier tout ce qui existait auparavant d'alchimie afin de la distinguer de la chimie &#233;labor&#233;e par eux, et ce alors qu'auparavant, l'Europe ne connaissait pas de chimie. Il ne faut cependant garder &#224; l'esprit que toute la chimie europ&#233;enne du XIIe si&#232;cle jusqu'au XVIIe si&#232;cle provient int&#233;gralement des &#233;crits arabes traduits en latin ; c'est un fait indiscutable. Autant les Europ&#233;ens avaient un peu de math&#233;matiques et d'astronomie, mais il n'existait pas de chimie. Toute la chimie &#233;labor&#233;e en Europe trouve donc ses sources dans les &#233;crits arabes. Les recherches nous aident donc &#224; changer notre regard sur les faits, et conduisent &#233;galement &#224; un changement de terminologie, ce qui est tr&#232;s important. Concernant un autre changement de terminologie : on ne doit plus &#233;crire que les musulmans ont &#034;transmis&#034; leurs sciences aux Europ&#233;ens. Le mot &#034;transmettre&#034; est trompeur ; car les musulmans n'ont jamais pris la d&#233;cision sur le plan des faits de transmettre leurs sciences parce que leur philosophie, leur conception du monde, leur connaissance de leurs voisins qui &#233;taient erron&#233;e, ont fait qu'ils pensaient que ces derniers &#233;taient incapables de comprendre les sciences qui se produisaient en pays d'islam. Ils n'ont jamais pens&#233; &#224; aider les Europ&#233;ens comme ceux qui, aujourd'hui, veulent venir aider les Iraniens, les Alg&#233;riens, ou les Africains parce qu'ils sont moins d&#233;velopp&#233;s. C'&#233;tait &#224; l'&#233;poque tout le contraire : les musulmans consid&#233;raient que ceux qui produisaient de la science pouvaient le faire tout seul &#224; condition qu'ils aient r&#233;gl&#233; tous les probl&#232;mes de la vie mat&#233;rielle c'est-&#224;-dire qu'ils mangent &#224; leur faim, aient un habitat convenable&#8230;, la science n'&#233;tant que &#034;kamaliy&#226;t&#034;, c'est &#224; dire des compl&#233;ments. Dans les pays d'islam, la science n'a pas &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme un outil de l'industrialisation, m&#234;me si elle a servi &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes concrets et &#224; trouver des solutions &#224; des probl&#232;mes de la vie de tous les jours. Philosophiquement, les musulmans consid&#233;raient que la science &#233;tait un don de Dieu qui leur permettait d'aller plus loin que la moyenne des mortels puisqu'elle leur faisant acc&#233;der &#224; certaines v&#233;rit&#233;s de Dieu qui sont les lois de la nature. Dans leur esprit, Dieu les conna&#238;t toutes mais il a autoris&#233; l'&#234;tre humain &#224; en comprendre quelques parcelles infimes. Cette attitude-l&#224; leur donne d'ailleurs la libert&#233; de faire de la science comme ils le veulent, car ils disent que quelque soit ce qu'ils trouvent, ce n'est rien compar&#233; &#224; tout le savoir divin. Dans ce sens, personne ne pouvait leur interdire de faire de la science ; aucun th&#233;ologien conservateur - et ils &#233;taient nombreux - ne pouvait leur interdire de faire des hypoth&#232;ses qui &#233;taient parfois r&#233;volutionnaires. C'est d'ailleurs en Iran que des astronomes ont discut&#233; de l'hypoth&#232;se que la terre tournerait sur elle-m&#234;me, ce qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire, car, selon l'id&#233;e courante &#224; l'&#233;poque, elle demeurait fixe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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