N° 173, avril 2020

Entretien avec Onish Aminelâhi, graphiste contemporain :
Le graphisme est intimement lié à la calligraphie


Réalisé par

Samirâ Fâzel


Onish Aminelâhi est un graphiste, affichiste, sculpteur et photographe commercial iranien. Né le 26 août 1972 à Téhéran, il a obtenu son master en graphisme à l’Université Tarbiat Modares de Téhéran. Il a été trésorier et membre de l’Iran Graphist Designer Society de 2012 à 2015 et a fondé son atelier, Hamrang, en 1996 à Téhéran. Il a longtemps enseigné le graphisme à l’Université de Téhéran et animé plusieurs workshops et expositions nationales et internationales. Onish Aminelâhi a également enseigné plusieurs cours, dont l’un intitulé « La Créativité et L’Idéation » pour la nouvelle génération iranienne du graphisme.

Onish Aminelâhi

Pourriez-vous nous décrire votre parcours professionnel ?

J’ai étudié les sciences humaines au lycée, puis j’ai étudié le graphisme à l’Université Azâd en 1993. J’ai continué mes études supérieures à l’Université Tarbiat Modares. Je me suis engagé dans cette discipline un peu par hasard : au départ, je voulais devenir dentiste, mais à cette époque-là et grâce à un ami graphiste, je me suis beaucoup intéressé à l’art. En participant aux cours du maître Nedâyï, j’ai découvert l’univers de l’art et son histoire en Iran et dans le monde. J’ai décidé donc d’étudier le graphisme et de travailler selon une approche académique.

 

Comment définiriez-vous le graphisme ?

Je pense que le graphisme est une technique qui n’a pas de valeur artistique en tant que telle, mais qui peut contribuer à la production d’œuvres artistiques. Ce que j’ai toujours cherché, ce sont les valeurs artistiques que le graphisme peut susciter. Pour moi, il est important aussi que les marques de la culture iranienne soient représentées dans l’œuvre.

Photos : œuvres de Onish Aminelâhi

 

Que pensez-vous du graphisme iranien ?

Le graphisme iranien a cela d’exceptionnel qu’il rallie le modernisme à la culture traditionnelle et développe une identité propre à l’époque de la mondialisation.

Les étudiants cultivent l’utopie selon laquelle le graphisme serait un art. Tant qu’ils croiront à cela, le graphisme iranien sera puissant. Sa force est due d’abord à l’un de leurs prédécesseurs, Mortezâ Momayez, qui fut le premier à créer ce souffle, puis à de jeunes artistes de grand talent comme Rezâ Abedini ou Majid Abbâsi – pour ne citer que ceux-là – qui sont aussi d’excellents professeurs et qui entretiennent cette flamme parmi les étudiants.

 

Quelle est l’importance de l’image dans la communication ?

Je pense que notre vie quotidienne est influencée par des images que nous voyons. Par exemple, quand on dit une vache, jamais le mot « vache » ne vient à l’esprit, mais l’image de la vache. C’est-à-dire, c’est essentiellement l’image des sujets qui est enregistrée dans la mémoire.

 

 Avec quels outils travaillez-vous ?

D’abord, je note mes idées dans mon cahier. Puis, je commence à les travailler sur mon ordinateur. Comme tous les graphistes de nos jours, j’utilise des logiciels graphiques comme Photoshop, Illustrator et Adobe InDesign. Je fais aussi souvent une esquisse à la main. Mais il est désormais impossible de pratiquer ce métier sans ces logiciels.

 

Quelle est la différence entre le graphisme et le design ?

Le graphisme est un métier qui répond aux besoins d’une clientèle. Quelqu’un commande un logo pour son produit ou un design pour une boîte à chemise. Le graphisme a une dimension médiatique et joue le rôle d’un moyen de communication. Il faut insister sur les différentes dimensions du graphisme : les gens l’utilisent et le consomment, mais cela n’a rien à voir avec le choix d’un vêtement ou d’un magazine qu’ils lisent. C’est pourquoi, certains graphistes donnent plus d’importance à l’aspect artistique du graphisme qu’à son aspect informatif. Moi-même, j’ai essayé de créer selon les valeurs artistiques héritées de l’histoire et de la riche civilisation iraniennes ou occidentales. Quant au design, c’est la clé d’une énigme. Le design est une sphère générale et une sorte de graphique appliqué. Personnellement, je préfère le design minimaliste.

 

Quels sont les principaux problèmes rencontrés par un graphiste ?

Ne pas trouver ses idées et sa créativité bridée par une agence de communication, des clients ou les canons de la publicité. Ce n’est pas toujours facile de garder son indépendance. Je crois que la plupart des clients respectent mon travail. De même, je respecte toujours leurs idées et exigences autant que possible. 

 

La Revue de Téhéran vous remercie de nous avoir accordé cet entretien.

Merci à vous.


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