N° 81, août 2012

L’Iran prestigieux dans L’Épître de Nicolas Boileau


Majid Yousefi Behzâdi


Pour les auteurs classiques français, l’identité culturelle et la richesse littéraire entraînent principalement une réflexion pertinente propre à tout regard : l’émergence de la mobilité dans la quête de la réserve nationale. La hiérarchie présentée par les poètes classiques, en particulier chez Nicolas Boileau (1636-1711), renvoie à la précision des termes dans lesquels la gloire humaine se manifeste comme un élan éblouissant : sauvegarder le patriotisme par une conviction collective. Dans cette perspective, lorsqu’il y trouve la trame d’une aventure historique, l’image fascinante de l’Iran apparaît sous la plume de Boileau comme une contrée de révélation héroïque. Dans son Épître, l’auteur français dépeint les particularités de l’Iran au travers de l’affrontement de deux mondes opposés : les tueries d’Alexandre, et la sagesse des Iraniens. La célébrité de Boileau à l’époque classique provient du fait que, comme le précise P. G. Castex dans son Histoire de la littérature française : « Ses Épîtres, puis son Art Poétique sont les œuvres d’un « honnête humain » assagi qui veut fixer sa doctrine. » [1] Partant de ce point de vue, nous pouvons dire que pour Boileau, la polémique fut utilisée comme un instrument efficace pour exprimer à la fois sa perspicacité et une virulente satire. A cet égard, en relevant le ton satirique de Boileau, Shojâ’-od-Din Shafâ souligne que « malgré sa réputation dans la cour royale, Boileau échappait à toute apologie, c’est ainsi qu’il avait beaucoup d’ennemis. L’Épître sur Alexandre a été citée à plusieurs reprises dans l’œuvre de Voltaire, car avant Boileau, personne ne l’avait vivement critiqué. » [2]

Nicolas Boileau

Suivant son idée de mettre en question le tempérament de guerriers sanguinaires comme Alexandre, Boileau prend l’exemple de l’Iran pour dire que l’authenticité historique dépend d’une quête au sens vrai. Si le poète tente de faire de l’Orient un endroit ayant conservé un dynamisme vital, l’Iran y devient le vecteur de l’apaisement d’un traumatisme mental :

Un fou, rempli d’erreurs que le trouble accompagne,

Et malade à la ville ainsi qu’à la campagne,

En vain monte à cheval pour tromper son ennui,

Le chagrin monte en croupe et galope avec lui [3]

La description d’une telle scène pathétique évoque l’âme blessante du tyran qui n’est pas susceptible de reconnaître ses crimes, face à la puissance de l’Iran déjà affaiblie. Pour Boileau, la présence d’Alexandre dans les lieux dévastés est le signe d’une errance apparente causée par la perte de l’identité. La trace du mépris se décèle dans le jugement de Boileau au moment où il montre que l’attaquant est touché par une démence inévitable :

Que crois-tu qu’Alexandre, en ravageant la terre,

Cherche parmi l’honneur, le tumulte et la guerre,

Possède d’un ennui qu’il ne saurait dompter,

Il craint d’être à soi-même et songe à s’éviter [4]

La menace mentionnée ici correspond à la tentation de certains conquérants ne voulant que dénaturer la fierté nationale d’un pays comme l’Iran, où tout devient harmonieux et prestigieux lorsque le peuple se mobilise volontairement. L’intérêt de Boileau pour l’histoire remonte à l’époque où il devint l’adepte d’une démarche évolutive : « Quand le souverain s’appelle Louis XIV, le poète est Boileau ; quand le souverain s’appelle Auguste, le poète est Horace. Et quand le souverain s’appelle Charlemagne, le poète est Alcuin. » [5]

On peut se demander si Boileau a vraiment lu l’histoire de l’Iran ; ce qu’il en dit, en tout cas, passe encore pour une vérité historique absolue : on continue à admettre que Boileau choisit l’Iran comme modèle parfait de la bonté et de la croyance morale :

« C’est là ce qui l’emporte aux lieux où naît l’aurore,

Où le Perse est brûlé de l’astre qu’il adore. » [6]

Selon cette affirmation, Boileau estime que l’Iran est un refuge permettant au sanguinaire Alexandre de demeurer au sein de ce monde, et qui lui permettrait de purifier son âme infâme au profit d’un repentir présagé.

L’Épître de Boileau sur Alexandre est une vive satire qui nous rappelle l’image sanguinaire de Gengis Khan et de Tamerlan. En outre, pour Boileau comme pour d’autres poètes- écrivains français, l’Iran joue un rôle prépondérant dans la découverte du Nouveau Monde dans la mesure où il est pris à témoin pour aborder les questions essentielles et fondamentales auxquelles la civilisation est confrontée.

Bibliographie :
- Castex, P.G., Histoire de la littérature française, Hachette, Paris, 1974.

Backès, Jean-Louis, La littérature européenne, Éd Berlin, Paris, 1996.
- Shafâ, Shojâ’-od-Din, Iran dar adabiyât-e jahân (L’Iran dans la littérature du monde), éd. Ibn-e Sinâ, 1953.
Linares, S., Introduction à la poésie, Nathan Université, 2000.

Notes

[1Castex, P. G., Histoire de la littérature française, Hachette, Paris, 1974, p. 315.

[2Shafâ, Shojâ’-od-Din, Iran dar adabiyât-e jahân (L’Iran dans la littérature du monde), éd. Ibn-e Sinâ, 1953, p. 27.

[3Ibid., p. 47.

[4Ibid.

[5Backès, Jean-Louis, La Littérature européenne, Éd Berlin, Paris, 1996, p. 39.

[66. Op. Cit., p. 47.


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1 Message

  • L’Iran prestigieux dans L’Épître de Nicolas Boileau 7 novembre 2016 13:21, par fereidoun A Zanganeh

    EN CE QUI concerne l’islam ou Sumision
    Ca n a jamais existé c est une invention qui a était complétée a traver des siècle
    Concernent Koran . A était copier DE judaisme par cousin de Khadija QUI était Rabbain DE sinagoge DE Mekka
    Waqrqa Ibn Nafal
    Mais CIA ET GROUP BILDERBERG QUI LICENCY ACTUELEMENT LES AKHOND POUR CHANGEMENT DE REGIME EN IRAN ONT INVENTÉ LA RÉVOLUTION
    BIDON DE 1979 ET préparation de destruction de moyen orient
    Mes salutation faternel
    FEREIDOUN

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