N° 123, février 2016

La nature dans les maisons traditionnelles iraniennes


Nedâ Dalil


Palais Hasht-Behesht par Eugène Flandin, Ispahan

En Iran, la construction de jardins est une tradition ancienne datant de près de trois mille ans. Tout comme dans l’architecture iranienne, chaque élément présent dans les jardins iraniens est utile, tout en remplissant une fonction esthétique. L’époque safavide est considérée comme l’âge d’or de la construction des jardins en Iran. Cet essor a commencé à Qazvin, la première capitale des Safavides. Aujourd’hui, il ne reste de la plupart de ces jardins que quelques édifices. Sous le règne de Shâh Abbâs, la capitale a été transférée de Qazvin à Ispahan. Dans cette ville, les jardins les plus simples et les plus majestueux étaient construits sous forme d’allées, les plus élaborés étant constitués de quatre parties symétriques reprenant les motifs des tapis iraniens. [1]

Maison Asadi à Qazvin

De façon générale, le jardin iranien repose sur trois éléments essentiels : la terre, l’eau et les plantes. La terre doit être fertile et l’eau qui lui est nécessaire est fournie par une source d’eau naturellement ou artificiellement alimentée qui coule en permanence. L’eau étant souvent une ressource rare en Iran, les habitants de la maison aiment la voir. Par conséquent, les architectes iraniens essaient de la conserver et d’en faire un élément visuel important dans le jardin, notamment grâce à des bassins, fontaines et canaux. Les plantes s’accordent avec le climat et le mode de vie des habitants. Les arbres que l’on voit traditionnellement dans les jardins iraniens sont le cyprès, le platane, et toutes sortes d’arbres fruitiers, en particulier le grenadier. Les fleurs font également partie des éléments constitutifs des jardins, en particulier des arbustes tels que le rosier et le lilas. Un tel jardin permet d’avoir une très belle floraison au printemps, et des fruits exquis en été.

Maison Behrouzi à Qazvin

La ville d’Ispahan s’est vue, au cours de son histoire, attribuer différents surnoms, tels que "moitié du monde" (nesf-e djahân), miroir du monde, image du paradis… Ces termes renvoient à l’importance de cette cité en tant que jardin-ville. Cette idée s’incarne non seulement dans les grands espaces de la ville, comme le palais Hasht-Behesht et le grand jardin qui l’entoure, mais aussi, à une plus petite échelle, dans les maisons traditionnelles de la ville.

La culture et la civilisation iraniennes se caractérisent notamment par une relation étroite à la nature. Dans les maisons traditionnelles d’Ispahan, cette relation fondamentale se matérialise au travers de la cour centrale de la maison au sein de laquelle les architectes locaux édifiaient les jardins. Les différentes pièces de la maison se trouvent tout autour du jardin, qui concilie la vie humaine avec la nature, l’eau et les plantes. Les architectes musulmans d’Ispahan utilisaient ces éléments naturels pour deux raisons : d’un côté pour rafraîchir, adoucir et purifier l’air de l’intérieur de la maison et de l’autre, comme expression de leurs croyances religieuses et mystiques, car la présence de l’eau qui s’écoule et d’arbres produisant de l’ombre est censée évoquer le paradis que le Coran promet aux croyants.

Palais Hasht-Behesht, Ispahan

Ainsi, l’une des principales caractéristiques des maisons traditionnelles d’Ispahan est l’existence d’une grande cour intérieure rectangulaire comportant elle-même un bassin ainsi qu’un jardin chargé de fleurs et d’arbres. C’est pour cela que ces maisons ont souvent été nommées "maison-jardin". Concernant les grands jardins royaux, ils étaient construits sous la forme de tchahâr-bâgh (quatre jardins), avec un bassin central où se rejoignaient quatre jardins distincts.

La taille et le nombre de cours des maisons dépendaient de la richesse de son propriétaire, et la situation du bassin dans la cour, autour duquel s’organise le jardin, donnait lieu à différents types de jardins : le premier type comportait un bassin rectangulaire devant l’entrée du salon, avec pour objectif de mettre en relief l’importance de cette partie de la maison, avec des jardins et des allées tout autour. Le second type, qui s’inspire du modèle des quatre jardins, comprend un bassin au centre avec quatre jardins aux quatre coins de la cour.

Maison des Badi’, Ispahan

Cependant, comme dans certains jardins royaux, le bassin était remplacé dans certaines maisons comme la maison Aflakihâ et Sheikh Bahâ’i par un pavillon. Un troisième type, typique de l’époque qâdjâre, comprend un long bassin rectangulaire tout au long de la cour autour duquel s’organisent plusieurs petits jardins et des allées, comme dans la maison A’lam. Dans certaines maisons, les salons se situent au point de commencement du jardin, qui constitue un lieu de transition entre les espaces intérieurs et extérieurs. Dans ces maisons traditionnelles, une grande importance est aussi donnée au décor des façades et aux fenêtres ornementées de vitraux multicolores, dont les plus belles sont les orossis. De l’extérieur, ces dernières contribuent à renforcer la beauté du jardin, et à créer de l’harmonie entre art humain et éléments naturels.

Maison A’lam

Sources :
- Motedayen, Heshmatollah, Kaneh-hâye Esfahân (Les maisons d’Ispahan), Ed. Université Azâd Islamique Khorasgân d’Ispahan, 2013.
- Pourmand, Hassan Ali ; Keshtar Ghalâni, Ahmad Rezâ, "Tahlil-e ellat-hâye vojoudi-e sâkht-e bâgh-e irâni" (Analyse des éléments constructifs des jardins iraniens), Revue Honar-hâye Zibâ (Revue des Beaux-Arts), No. 57, automne 2011, pp. 51-62.
- Taghvâ’i, Hassan, "Bâgh-e irâni, zabâni ramz âloud" (Le jardin perse : une langue mystérieuse), Revue Manzar, No. 16, automne 2011.
- Adeli, Samirâ, "Pajouheshi dar khaneh-hâye sonnati-e falât-e markazie Iran" (Etude dans les maisons traditionnelles des régions désertiques du centre de l’Iran), Revue des études comparatives de l’Art, No. 5, printemps/été 2013.
- Bemaniân, Mohammad Rezâ ; Gholâmrostam, Nassim ; Rahmatpanâh, Jannat, "Anâsor-e hoviyat sâz dar me’mâri-e

sonnati-e khaneh-hâye irâni" (Les éléments à la source de l’identité dans l’architecture traditionnelle des maisons iraniennes), Revue scientifique d’études de l’art islamique, No. 13, automne 2010.


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