N° 135, février 2017

Kiarostami - Farhadi : figures de proue internationales, en attendant la suivante


Samuel Hauraix


Abbas Kiarostami a été le tout premier réalisateur iranien à embrasser une carrière internationale. Il a permis à l’Iran d’émerger sur la carte mondiale du cinéma. Une stature désormais incarnée par Asghar Farhadi, devenu lui aussi la coqueluche des festivals internationaux, tout en inspirant ses semblables Iraniens. Derrière ces grands maîtres, une nouvelle génération entend se faire une place en suivant sa propre voie.

« Je vous remercie d’avoir ouvert le difficile chemin de la mondialisation au cinéma iranien. » Ces mots d’hommage tombent comme une évidence. Ils sont signés Asghar Farhadi, qui participait en juillet 2015 à Téhéran, à la cérémonie d’adieux d’Abbas Kiarostami, décédé une semaine plus tôt à Paris. Un bon moyen pour le réalisateur d’Une séparation de montrer qu’il ne jouirait peut-être, ou sans doute, pas d’un tel rayonnement aujourd’hui sans le travail de Kiarostami avant lui. Son discours marque aussi un passage de témoin entre les deux cinéastes iraniens les plus connus dans le monde. Deux réalisateurs qui ont réussi, et ils sont rares à l’avoir fait, à sortir leurs productions en dehors des frontières iraniennes.

Abbas Kiarostami

 

Bien que leur aura internationale soit aujourd’hui comparable, il est important de différencier leur trajectoire et leur succès. Tout simplement parce qu’ils ne sont pas de la même génération et que chacun a développé un style cinématographique propre. Mohammad Atebbai, distributeur et directeur d’« Iraniens indépendants », estime qu’Abbas Kiarostami appartient à la « troisième génération » de réalisateurs, la fameuse « Nouvelle Vague du cinéma iranien du début des années 1970 ». Avec lui, nés également dans les années 1940, on trouve Dariush Mehrjui (La Vache), Massoud Kimiai (Qeysar), Nasser Taghvai, Sohrab Shahid Saless, Ali Hatami, Parviz Kimiai, Mohammad-Reza Aslani… Une génération dorée dont le premier film sélectionné à Cannes, en 1980, est La Ballade de Tara, de Bahram Beyzai1. Cinq ans plus tard, Le Coureur d’Amir Naderi obtient le grand prix au festival des Trois Continents de Nantes, et devient le premier film iranien distribué en France. Les prémices du raz-de-marée Kiarostami.

 

Une première « révélation » internationale

 

Sa révélation intervient lors de la sortie en France, le… 21 mars 1990, d’Où est la maison de mon ami ?. « À ce moment-là, on découvre une pépite, un trésor qui était caché dans son pays, décrit le réalisateur franco-iranien Nader Takmil Homayoun. Personne ne le connaissait. Mais il n’était pas un jeune espoir. C’était déjà un cinéaste confirmé qui avait plusieurs films derrière lui. »

 

Pourquoi lui et pas les autres ? Parce que Kiarostami produit un cinéma poétique, philosophique, contemplatif, qui s’inscrit, à l’instar de Close-Up, à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Et surtout, son cinéma incarne quelque chose de nouveau. « Il est un ovni », qualifie Nader Takmil Homayoun, qui ajoute : « Et il n’est pas seulement question de cinéma iranien ici. Il aurait été Japonais ou Burkinabé, cela aurait été la même chose. » « Quand ses films sont apparus dans les années 1980, raconte à l’AFP l’écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière au moment de ses hommages, nous avons été nombreux à nous dire : ‘Voilà un auteur de films qui vient à notre secours’, comme s’il était venu nous dire que le cinéma d’auteur n’était pas mort. » Aussi, « son cinéma allait en rupture avec l’image dominante de l’Iran, juge Jean-Michel Frodon, critique pour Slate et très bon connaisseur de la question. Il a associé des codes visuels influencés par le néotraditionalisme italien, à la découverte de la réalité du pays dans les villages, à la campagne, avec des questions liées à l’enfance, la famille… »

Poster du film Le Coureur d’Amir Naderi

« Pourquoi Godard est devenu Godard ? »

 

« C’était une vision très personnelle et intériorisée, poursuit Vahid Mortazavi, coéditeur du magazine spécialisé Filmkhaneh. Il voulait simplement prendre des photos de la vie. » Le critique de cinéma complète : « Il est le plus originaux de tous, il a changé le langage cinématographie. C’est un génie ! Après tout, pourquoi Godard est-il devenu Godard ? » Le réalisateur français a d’ailleurs eu cette phrase, passée à la postérité : « Le cinéma naît avec Griffith [du nom du cinéaste américain du début XXè] et se termine avec Kiarostami. »

Mais le cinéma iranien ne s’est pas figé avec le gagnant de la Palme d’Or 1997 à Cannes, pour son sublime Goût de la cerise. Au contraire, il a ouvert la voie. « Kiarostami nous a influencés en tant que réalisateurs car il a été le premier à porter la diaspora iranienne sur la scène internationale, pense Nader Takmil Homayoun. Au-delà de la fierté cinématographique, il y avait la fierté nationale. Il a donné une autre image du pays qui venait juste de sortir de la guerre avec l’Irak (1980-1988). Il a ouvert la porte aux autres car tout à coup, l’Iran est devenu la coqueluche. »

Une quatrième génération de cinéastes voit ainsi le jour. « Le première génération post-révolutionnaire, précise Mohammad Atebbai, dont le cinéma traite de questions sociales et politiques, avec Mohsen Makhmalbaf, Rakhshan Bani-Etemad, Rasoul Sadr Ameli, Ebrahim Hatamikia… » Puis vient la cinquième génération avec Jafar Panahi, Samira Makhmalbaf, Bahman Ghobadi, Hassan Yektapanah, etc., « qui suit principalement la formule du cinéma de Kiarostami ».

 

Farhadi, nouvelle recette, nouveau succès

 

L’exemple Panahi est notable. Avec Kiarostami et Farhadi, il est sans doute la troisième grande figure connue sur la scène internationale. Moult fois récompensé dans les festivals de Venise, Cannes et surtout Berlin, dont l’Ours d’or du meilleur film pour Taxi Téhéran (2015), Jafar Panahi fut l’ancien assistant de Kiarostami. L’influence du second sur le premier est donc notable. Kiarostami a écrit le scénario du premier film de Panahi, Le Ballon blanc (1995). « Mais il y a eu une émancipation progressive, film après film, juge Pooya Abbassian, artiste en arts visuels et collaborateur sur ses trois derniers films, qui assure d’ailleurs que le dispositif de Taxi Téhéran n’est pas un clin d’oeil au Ten de Kiarostami. Il a trouvé son cinéma et fait de la société son sujet principal. »

 

La société iranienne est également au cœur du cinéma d’Asghar Farhadi, de 12 ans le cadet de Panahi. Son arrivée est comme une seconde révélation à l’étranger. « Pendant des années, il y a eu une forme de lassitude dans les festivals », constate Amin Farzanefar, co-directeur du festival de Cologne, en Allemagne. Nader Takmil Homayoun a observé le même phénomène : « Ça a été la tendance de copier Kiarostami de 1991 à 2002 environ. On prend tous les clichés, des plans longs, des plans de voiture… » Et on fait comme le maître, en moins bien. Kiarostami, qui a d’ailleurs animé de nombreux workshops pour ses cadets, « a eu la plus grosse influence dans le cinéma iranien ces trois dernières décennies, estime Saeed Shafa, directeur du festival de film iranien à San Francisco. Beaucoup de réalisateurs ont tenté de copier son style mais ont échoué, car il avait sa propre façon de raconter une histoire, avec sa propre signature que personne ne pouvait copier. » « Et puis Farhadi est arrivé », note Amin Farzanefar. Tel un prophète.

Scène du film Le Ballon blanc de Panahi (1995)

 

L’art de l’écriture d’abord

 

« Farhadi s’est rapidement imposé comme le réalisateur important de sa génération en se basant sur des sujets très sociaux, très réalistes cinématographiquement, note Vahid Mortazavi. Il est dans une dramaturgie, dans un mélodrame plus conventionnel, qui n’est pas ancré dans la Révolution. » Pour Jean-Michel Frodon, « son cinéma est beaucoup plus marqué par des schémas occidentaux télévisuels. L’art de la mise en scène est faible, mais son art de l’écriture est plus fort. » C’est peut-être là la plus grande différence avec Kiarostami, dont la mort pourrait d’ailleurs déclencher une vague d’hommages dans les prochaines productions iraniennes. La mise en abyme auquel a recours Farhadi dans son Client nous rappelle qu’il vient du monde du théâtre. « Kiarostami vient de l’art visuel, décrit Pooya Abbassian qui a collaboré avec lui sur une exposition photo. Son regard sur le cinéma était différent. Il laissait plus de liberté à ses acteurs. Chez Farhadi, l’écriture vient en premier. » Il reproduit ainsi une structure de scénario quasi-millimétrée : « Il donne le problème, pose des questions et tourne autour pour donner des réponses. C’est le cinéma d’aujourd’hui : donner plein d’informations, avec beaucoup de personnages, de dialogues. À la fin, il répond donc. Kiarostami donne moins d’infos, dans un récit plus lent. Il veut laisser réfléchir le spectateur. À la fin, on reste « pendu » au film. »

La recette Farhadi, 20 ans après Kiarostami et dans un monde hypermondialisé, rencontre un succès jamais connu pour un cinéaste iranien. Et cela, grâce à son film phare Une Séparation, Ours d’Or à Berlin en 2011, et surtout Oscar du meilleur film en langue étrangère l’année suivante. Une récompense inédite pour un Iranien. La déferlante Farhadi gagne les salles françaises : près d’un million d’entrées étendues sur plus d’une dizaine de semaines d’exploitation ! Le succès de son film Le Client, sorti début novembre en France, est moindre dans les salles, contrairement à en Iran où il a battu des records, ce qui fait de lui l’un des rares réalisateurs à rayonner tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Moins bien apprécié par la presse spécialisée en France, son dernier opus a tout de même bénéficié d’une exposition énorme. Au point d’être à nouveau le représentant iranien aux Oscars de février prochain.

 

Asghar Farhadi

« Il vaut mieux partir d’un cliché que d’y finir. »

 

De quoi là encore donner des idées à certains, à l’intérieur du pays. De jeunes réalisateurs sont tentés d’imiter Farhadi, comme on a tenté de copier Kiarostami. « Ils vont voir quel a été le dernier succès et le copier, s’agace Nader Takmil Homayoun. Mais c’est le mauvais calcul. Ils ne réalisent pas que Farhadi, c’est une écriture au cordeau, réglée comme une horloge suisse. » Le réalisateur basé à Paris cite Alfred Hitchcock : « Il vaut mieux partir d’un cliché que d’y finir. »

 

Au sujet de l’importance de suivre sa propre voie, son expérience personnelle est éloquente. Âgé de 48 ans, Nader Takmil Homayoun est né en France et a reçu une « formation à l’occidentale » à la Fémis, une école de référence dans les métiers de l’image et du son. Mais il a aussi vécu une partie de sa vie en Iran. D’où cette double culture qu’il met aujourd’hui en avant : « Je ne me suis jamais considéré comme Iranien ou Français à part entière. Donc je ne peux pas être dans la même mouvance que Kiarostami et Farhadi. Ce n’est pas comparable. » Résultat, si son film Téhéran (2009) est « typiquement iranien », son téléfilm, Les Pieds dans le tapis (2015), diffusé sur la chaîne Arte, incarne parfaitement son avancée cinématographique « à deux cerveaux ». Il raconte les péripéties d’une mère et son fils iraniens partis récupérer le corps du père… à Brive-la-Gaillarde, une commune de 50 000 habitants du sud-ouest de la France. Un choc dans le dialogue culturel abordé sur le ton de l’humour.

 

« J’essaie de trouver mon propre univers, défend-t-il. Et j’ai toujours essayé de comprendre les cinéastes, sans pour autant m’en inspirer. Je veux mettre ma touche personnelle. » Sa réflexion le mène à citer Marjane Satrapi, dont le film d’animation Persepolis a connu un succès retentissant en France, et qui selon lui est « aussi dans ce double ancrage, à cheval sur deux cultures ». Avec un pied dedans, un pied dehors. Pour Bamchade Pourvali, responsable du site internet Iran ciné panorama, ces films-là peuvent être qualifiés d’ « iraniens » dès lors qu’ « un dialogue avec le cinéma de l’intérieur existe ». Et ce spécialiste du cinéma iranien d’évoquer le long-métrage de Babak Anvari, Under the Shadow (2016), un film d’horreur ancré dans la guerre Iran-Irak, tourné en Jordanie mais en farsi. Censé représenté le Royaume-Uni, le long-métrage n’a finalement pas été pré-sélectionné aux prochains Oscars. Contrairement au Client de Farhadi. 

 

Nader Takmil Homayoun, en plus de souligner l’importance de « prendre le temps de bien financer son film avant de le tourner pour ne pas qu’il reste un petit ovni de festivals », donne un conseil à ses cadets : « Dès lors que l’histoire est bien racontée, on se fiche de la mouvance. Alors soyez vous-mêmes ! » Comme Kiarostami et Farhadi ont fait.

 

Une nouvelle vague en action

 

Dès lors, une toute nouvelle génération de cinéastes iraniens veut prendre sa place sur la scène internationale. Yadolah Dodge, directeur général et artistique du festival du film iranien à Zurich (Suisse), se plaît à scinder le cinéma iranien en plusieurs tendances. Selon lui, on compte bien sûr un « groupe Farhadi », un groupe Kiarostami avec notamment l’émergence d’une nouvelle figure comme Hadi Mohaghegh (Immortal) dont Yadolah Dodge est persuadé qu’il deviendra « le prochain Kiarostami ». On compte également « un cinéma responsable, qui s’engage politiquement », une référence directe à Jafar Panahi. « Et puis, poursuit le connaisseur, un groupe à part existe. Un groupe d’avant-gardistes, qui pense comme des artistes, et qui fait ce que personne d’autre ne fait. »

 

Deux noms, principalement, reviennent dans la bouche de nos interlocuteurs interrogés : Reza Dormishian (I Am Not Angry) et Shahram Mokri. Ces deux trentenaires incarnent ce que Vahid Mortazavi décrit comme « cette nouvelle génération qui essaie de nouvelles choses ». « Une toute jeune tendance à la marge des influences encore prégnantes de Kiarostami et Farhadi, poursuit Bamchade Pourvali, nourrie d’une vraie cinéphilie de tous les cinémas du monde, y compris de l’Iran. Il ne s’agit pas de faire du Quentin Tarantino [réalisateur américain] par exemple, mais de traduire l’âme iranienne. » Shahram Mokri est connu pour le film Fish and Cat. Un long métrage iranien atypique tant par la forme - il s’agit d’un plan séquence de plus de deux heures où il nous balade d’un personnage à un autre, à la manière d’un Gus Van Sant dans Elephant, autour d’un lac et d’une forêt - que par le fond : il crée une atmosphère angoissante en se basant sur l’histoire (bien réelle ?), et tout aussi morbide, d’un restaurant du nord de l’Iran qui servait… de la chair humaine.

Le Client de Farhadi

Ne pas rester qu’un imitateur

 

À 39 ans, Shahram Mokri ne se considère « pas encore » comme un cinéaste avec un style personnel. Sa filmographie est trop réduite pour l’heure. Mais en continuant sur cette voie, sa patte « devrait être une combinaison du cinéma hollywoodien et la suggestion du cinéma européen d’une rupture avec les règles ». Son Fish and Cat, primé au festival de Venise en 2013, se veut d’abord être une réflexion autour de la temporalité, nourrie surtout… par les tableaux de Maurits Cornelis Escher. Pour lui, « tous les cinéastes du monde entier vont dans la même direction pour créer une image unique, que ce soit Kiarostami ou Tarantino. L’un de mes exercices favoris est de trouver des similarités entre les travaux de réalisateurs éloignés l’un de l’autre. Je pense par exemple que la noirceur de Kill Bill [célèbre saga de Tarantino] est vraiment similaire à celle de ABC Africa de Kiarostami. »

 

Résultat, Mokri a puisé autant chez l’un que chez l’autre. Le réalisateur affirme avoir dans sa chambre un poster accroché au mur « avec les photos de ces deux-là, ainsi que Gus Van Sant, Béla Tarr [réalisateur hongrois] et d’autres directeurs… » Symbole d’une influence multiple. « Tous les cinéastes se réfèrent aux modèles, poursuit-il. Une génération de jeunes a suivi Kiarostami, et beaucoup d’autres se définissent à travers leur proximité, ou non, avec lui. Maintenant, c’est Farhadi. Le fait est que si vous ne reconnaissez pas l’identité personnelle d’un réalisateur dans son travail, il va malheureusement rester un imitateur. Et c’est un problème majeur. Ces réalisateurs ne s’approprient pas ce qu’ils ont appris, et sont sans arrêt comparés à l’un ou à l’autre. Même si certains essaient de trouver leur voie, la plupart du temps, ils n’ont pas l’occasion de se faire connaître. »

 

La politique des festivals en question

 

Pourtant, plusieurs festivals du cinéma iranien dans le monde affichent ce credo : mettre en avant ces jeunes cinéastes. « Notre objectif est de montrer des films jamais vus ailleurs, défend Amin Farzanefar, au festival de Cologne, dont Shahram Mokri était l’invité il y a deux ans, et principalement ceux de jeunes réalisateurs et de réalisatrices car on sait que c’est plus difficile pour eux. » Même logique de l’autre côté de l’Atlantique, à San Francisco. Ce rendez-vous, né en 2008, se dit être le premier festival des films iraniens indépendants à l’extérieur de l’Iran. « Notre festival ouvre des opportunités aux jeunes et talentueux cinéastes iraniens en touchant une audience plus large en Amérique du nord », défend son fondateur et directeur Saeed Shafa.

 

Mais cette démarche, à entendre Mohammad Atebbai, n’efface pas toutes les difficultés à bénéficier de la reconnaissance extérieure. Cet ancien membre de la Fondation du cinéma Farabi, qui a participé à la promotion internationale de cinéastes comme Kiarostami, a lancé en 1997 sa propre entité, Iraniens indépendants. « C’est plus un refuge pour indépendants qu’une entreprise », définit ce distributeur, qui a déjà travaillé sur plus de 200 films. Parmi lesquels, des productions de Manijeh Hekmat, Mani Haghighi, Naghi Nemati et… Shahram Mokri ainsi que Reza Dormishian. Mohammad Atebbai est formel : « L’une des difficultés de notre travail est de présenter de nouveaux types de films à des festivals. Les programmateurs ne s’attendent pas à voir et sélectionner un film inhabituel et loin des clichés d’un cinéma national. Il existe encore beaucoup de festivals qui résistent à croire qu’il y a une nouvelle génération dans le cinéma iranien, et que tous les films ne doivent pas ressembler à ceux de Kiarostami ! »

 

Shahram Mokri

Augmentation du nombre de films

 

Selon lui, la dimension « politique » d’une réalisation peut prendre le pas sur sa qualité. Car certains festivals privilégient des films « en pensant supporter la liberté d’expression… » Résultat, « il y a de moins en moins de découvertes et la majorité des festivals ne font que suivre les sélections de Cannes, Berlin, Venise, Sundance, Locarno… Ils préfèrent les noms connus. Alors je me bats avec certains festivals. Croyez-moi, c’est un combat ! »

 

Et comment l’emporter si le nombre de films augmente ? À San Francisco par exemple, la programmation de Saeed Shafa se complique un peu plus, année après année. La faute à de plus en plus de candidatures : plus de 1 000 propositions en 2016 ! Un record. Parmi les productions, le programmateur compte également les films qui parlent de l’Iran, sans forcément avoir été réalisés par un Iranien. « On s’attend à en recevoir davantage pour notre 10ème anniversaire en 2017 », note le responsable. « Malgré les sanctions internationales et la baisse de budget pour les entreprises publiques pour supporter les productions iraniennes, le nombre de premiers films augmente chaque année ! », s’étonne Mohammad Atebbai.

 

Serait-ce à penser que « trop » de films d’Iran, ou en lien, sont réalisés ? Nader Takmil Homayoun penche vers l’affirmatif : « Si vous avez plus de 200 films inscrits au Festival international du film de Fajr à Téhéran [événement annuel phare du cinéma iranien], c’est difficile de faire émerger une économie. Il faut faire vivre les films. » D’autant que selon Jean-Michel Frodon, « il y a environ six à huit films iraniens par an qui sortent des frontières. Ce chiffre est plutôt stationnaire, voire même en léger recul. »

 

Quantité ne fait pas qualité

 

Surtout, pour viser l’exportation, la qualité du film doit évidemment être au rendez-vous. Ce qui est loin d’être toujours le cas selon Mohammad Atebbai, un habitué de Fajr : « On peut voir des films à bas, voire zéro budget, faits principalement par les jeunes. Des histoires simples avec les 3/4 des personnages filmés à la caméra digitale avec un travail de post-production dans de petits studios… Cela crée une sorte de « cinéma d’appartement » proche de celui de Farhadi. La jeune génération est obsédée par l’art, ils sont nés à l’ère d’internet. Et sont peut-être moins patients pour rencontrer le succès, et réaliser ce rêve : « Le succès international ! » Mais la majorité des productions ne sont pas de grande qualité. Même si on peut voir une dizaine de films brillants chaque année, ce qui est conséquent pour n’importe quel cinéma national. En tout cas, il y a une vraie compétition entre ces films pour aller dans les festivals et gagner les marchés internationaux. »

 

Difficile de savoir aujourd’hui qui sortira vainqueur de cette compétition. Et de savoir qui sera le prochain porte-drapeau iranien sur la scène du cinéma international. « Je ne pense pas que les gens veulent un Farhadi bis maintenant », pense Nader Takmil Homayoun. Ce même Farhadi que Saeed Shafa voit « continuer à dominer le cinéma iranien dans les années à venir ». En attendant la poussée, comme le dit Shahram Mokri, des « réalisateurs qui immigrent et de ceux qui arrivent derrière, nés dans les années 1990. Ceux-là représenteront une nouvelle image pour le cinéma iranien, avec de nouvelles idées, qui sauront intéresser le monde. »

1 : Source « 100 questions sur l’Iran » de Mohammad Reza-Djalili et Thierry Kellner (éditions La Boétie)


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