N° 174, mai 2020

Kish, la perle du golfe Persique


Babak Ershadi


Le plus vieil arbre de Kish est un figuier des pagodes qui a entre 500 et 600 ans.

Kish est une petite île iranienne du golfe Persique faisant partie du département de Bandar Lengueh (province du Hormozgan). Cette île corallienne a une forme ovale et mesure approximativement 16 kilomètres de long et 8 kilomètres de large, avec une superficie de 91,5 kilomètres carrés. Kish est aujourd’hui célèbre pour ses offres de séjour de repos et de plaisance, de shopping, et de découvertes. Et tout au long de son histoire, elle est restée célèbre pour ses palmeraies qui sont particulièrement denses sur la côte nord de l’île, ainsi que sa situation géographique privilégiée propice au commerce maritime.

Les ruines de Harireh, une ville ancienne de Kish du VIIIe siècle, située au nord de l’île. Harireh est très probablement la ville à laquelle le célèbre poète iranien Saadi a fait référence dans le Golestân.

Le nom de Kish est mentionné dans de nombreux ouvrages anciens d’itinéraires maritimes. L’île se trouvait sur la route maritime reliant la ville de Shiraz à l’Inde, et était aussi une escale de relâche et de ravitaillement importante pour les voyageurs qui naviguaient dans le golfe Persique, du détroit d’Ormuz à l’ouest jusqu’à Bassora à l’est, deuxième grande ville de l’Irak moderne après Bagdad qui se situe sur le Chatt-el-Arab, principal chenal du delta commun du Tigre et de l’Euphrate. Ainsi, l’île de Kish occupait une situation très privilégiée sur les routes maritimes qui reliaient la Perse et la Mésopotamie à l’Inde et à la Chine.

L’emplacement géographique stratégique de Kish a également fait de l’île une escale importante à l’époque des anciennes civilisations assyrienne et élamite, lorsque leurs voiliers naviguaient de Suse à travers la rivière Karoun dans le golfe Persique le long du littoral. Ainsi, des îles comme Kish, Qeshm et Hormoz prirent une très grande importance pendant les IIe et Ier millénaires avant notre ère. Lorsque ces civilisations disparurent, la position avantageuse de l’île de Kish s’atténua et pendant un certain temps, elle fut soumise à l’agitation et à la tyrannie des potentats locaux.

Une maison ancienne de Kish.

L’établissement de la dynastie achéménide (559-330 av. J.-C.) entraîna de profonds bouleversements dans la région du golfe Persique. Cependant, tout au long de la dynastie des Achéménides, l’île de Kish conserva des liens économiques et politiques avec la civilisation des Mèdes. Les îles du golfe Persique devinrent prospères, la navigation se développa, de meilleurs navires furent utilisés pour transporter des passagers et des marchandises, et des phares furent mis en place pour faciliter la navigation dans le golfe Persique.

Kish possède la plus longue véloroute de l’Iran qui, avec sa longueur de 75 kilomètres, contourne complètement l’île.

En 325 av. J.-C., Alexandre chargea l’un de ses commandants, Néarque, d’explorer le golfe Persique et la mer d’Oman. Les rapports de Néarque contiennent la première mention connue de l’île de Kish dans l’Antiquité.

À l’époque de la dynastie des Sassanides (224-651 apr. J.-C.), l’île de Kish faisait partie d’Ardashir-Khwarrah, l’une des quatre (plus tard cinq) divisions administratives de la province de Pârs (Fârs, après la période islamique). Il faut souligner que Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats Arabes Unis faisaient également partie d’Ardashir-Khwarrah dont la gouvernance fut attribuée à Ardashir Ier (224-242), fondateur de la dynastie des Sassanides.

Kish a considérablement développé son infrastructure hôtelière.

Pour connaître sa période la plus prospère, l’île de Kish dut attendre le XIe siècle de notre ère, quand l’Empire turc des Seljoukides domina la Perse, mais aussi l’Asie Mineure et le Levant. Sous les Seldjoukides, une lignée d’émirs, de maleks et de khâns s’établit sur l’île. Pourtant, les origines de ces dirigeants et même de la population de l’île en général ne sont pas totalement claires.

Selon une tradition relatée par un historien perse de l’Ilkhanat mongol, Sharafeddin Shirâzi, alias Wassaf (1299-1323), Kish aurait peut-être commencé par être peuplée de colons venus de Siraf, un port ancien de la province de Boushehr.

Cité souterraine de Kariz.

Durant cette même période, une famille locale, probablement arabe, fonda une petite dynastie sur l’île. Certains documents suggèrent que les Qiâssareh étaient une famille d’origine modeste, enrichie par le commerce et la navigation maritime. Des membres de cette famille auraient même envahi des terres sur le littoral yéménite et y auraient construit des fortifications. C’est pourquoi, certains ouvrages ont parlé des Qipassareh qui seraient devenus « gouverneurs » au Yémen.

Dans tous les cas, les Qiâssareh étaient dotés d’une flotte à l’aide de laquelle ils étaient devenus maîtres du littoral yéménite. Des études menées par des historiens laissent également entendre qu’une partie de la population de Kish était formée d’anciens vassaux omanais de l’Empire sassanide. Cette tradition permet d’expliquer pourquoi Yaqout al-Hamawi, historien et géographe syrien (d’origine grecque) du XIIIe siècle, qualifiait la capitale de Kish de « résidence du prince d’Oman ».

Kish est un grand chantier d’innovation architecturale. Cette villa est devenue célèbre pour les solutions qu’elle propose en vue de protéger la maison de la chaleur, tout en permettant à la lumière d’y entrer.

La puissance des « maleks » (princes) était due au contrôle du trafic maritime commercial entre l’Inde, le Yémen, la Perse, l’Arabie et l’Irak. Des historiens médiévaux suggérèrent que les dirigeants de Kish s’attaquaient aux navires marchands et les qualifiaient de « pirates de l’île de Kish ».

Les étoiles marquent les sept zones franches et les ronds les zones de libre-échange en construction en Iran.

En effet, Ibn al-Mujawir, voyageur et géographe syrien du XIIIe siècle, relate que « le prince de Kish n’avait ni cavalerie ni infanterie, mais tous les habitants de son île étaient des marins ». Les insulaires agissaient comme des intermédiaires auprès des marchands étrangers et les populations locales du golfe Persique et y gagnaient leur vie. Bien qu’infructueuse, l’attaque sur Aden (Yémen) en 1135 par le « malek » de Kish révèle néanmoins l’étendue remarquable de la puissance de cette dynastie locale de Kish dans l’océan Indien, la mer d’Arabie et le golfe Persique au XIIe siècle.

En 1229, cependant, Kish fut elle-même conquise par le souverain d’Ormuz. L’île connut cependant une sorte de renaissance sous le gouverneur iranien du Fârs sous les Ilkhanides, Jamâleddin Ebrâhim Tibi, connu comme le « premier roi de Kish » dans un ouvrage historique du XIVe siècle. À cette époque, Kish devint l’un des centres d’un véritable empire commercial. Des sources de cette période soulignent que les revenus de l’île atteignaient un montant de 400 000 à 700 000 dinars, dus en partie à son industrie perlière florissante.

Comme plusieurs autres îles iraniennes du golfe Persique, Kish fut occupée par les Portugais de 1506 à 1622, avant d’être finalement libérée par Imâm Qouli Khan (Undiladzé), le tout-puissant général et ministre géorgien du roi safavide, Shâh Abbâs Ier (1588-1629).

Le « Bateau grec » est le surnom du Khoula-F, échoué sur la côte sud-ouest de l’île de Kish depuis 1966. De 1946 à 1966, il est passé par une série de propriétaires britanniques et iraniens ainsi que divers changements de nom. Ses derniers propriétaires étaient grecs, d’où son surnom. Le « Bateau grec » est devenu en quelque sorte un symbole de l’île de Kish.

Géographie et climat

L’île de Kish est située à 19 km au sud du littoral de l’Iran continental. Le long de sa côte se trouvent des récifs coralliens et de nombreuses autres petites îles. Kish mesure 15,45 km de large de sa côte ouest à sa côte est. Sa largeur maximale s’étendant des rives sud aux rives nord-est de 7,5 km. La surface de l’île est plate, dépourvue de montagnes ou même de hautes collines. L’aéroport international de Kish est construit au centre de l’île sur une zone surélevée de 35 à 40 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sa plus haute inclinaison de surface s’étend de l’aéroport aux rives près de l’hôtel Shayan (côte est).

Comme les autres îles du golfe Persique, en particulier les îles du détroit d’Ormuz, Kish est située sur une étroite bande de végétation tropicale. Outre ses attributs géographiques et climatiques particuliers, comme d’autres îles voisines, Kish a un climat semi-équatorial dominant cette bande de végétation.

Kish a un climat semi-équatorial très sec, caractérisé par un taux de pluviométrie annuelle faible d’environ 145 mm (54% en hiver, 28% en automne et 14% en été), et une température annuelle moyenne de 26,6 °C. L’humidité est d’environ 60% pendant la majeure partie de l’année. La température de l’île varie de très chaude à modérément chaude, accompagnée d’une humidité relativement élevée souvent entrecoupée de fortes pluies de courte durée à certaines saisons.

Kish est un grand centre de sports et de loisirs nautiques.

La Kish moderne

La première zone franche du Moyen-Orient a été fondée en 1974 en Égypte. Depuis 1993, Kish est la première et la plus importante des sept zones de libre-échange de l’Iran.

Une zone de libre-échange est une zone géographique d’un pays présentant des avantages fiscaux afin d’attirer les investissements et de développer l’activité économique. Dans cette zone, il existe des réglementations douanières spéciales présentant de nombreux avantages pour le commerce. Aujourd’hui, les zones de libre-échange en Iran sont au nombre de 7 : Kish, Qeshm, Chabahar, Arvand, Anzali, Aras et Makou. Sept autres zones de libre-échange sont en cours de construction.

Kish est un grand centre de sports et de loisirs nautiques.

L’idée de zones de libre-échange en Iran remonte aux années 1960, lorsque le gouvernement a demandé à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement d’étudier la possibilité d’établir des ports francs en Iran. Bien que Bandar Abbâs ait été choisie pour être la première zone de libre-échange selon ces études, finalement, l’île de Kish a été officiellement introduite comme la première zone de libre-échange d’Iran en 1972. La mise en œuvre de ce projet a finalement été retardée jusqu’à la Révolution islamique de 1979.

Après la victoire de la Révolution et sur la base du premier programme quinquennal du développement, le gouvernement est devenu responsable de l’établissement de la première zone franche à Kish. Cependant, il a fallu environ quatre ans à Kish pour se doter d’une loi officielle de gestion et d’exploitation. La zone de libre-échange de Kish comprend trois autres îles voisines, c’est-à-dire Hendorabi (22,8 km²), Faror (26,2 km²) et la petite Faror (5,1 km²).

Kish est un grand centre de sports et de loisirs nautiques.

La création de la zone de libre-échange à Kish a introduit de profonds changements dans la vie de l’île et de ses habitants. À la population locale composée de Perses et d’Arabes, s’ajoutent aujourd’hui des milliers de personnes venues d’ailleurs. Selon le recensement national de 2016, l’île était habitée par 41 258 personnes dont la grande majorité réside dans la ville de Kish. La même année, l’île de Hendorabi n’était habitée que par 191 âmes, tandis que la grande et la petite Faror étaient inhabitées.

Plages de sable blanc, eaux turquoise, récifs coralliens… nombreux sont les atouts touristiques de Kish pendant la belle saison. Mais au-delà de ses attractions naturelles et écologiques, cette île sans embouteillage et sans pollution offre aux visiteurs des séjours touristiques attractifs grâce à ses nombreux hébergements très variés dont plusieurs hôtels cinq étoiles très luxueux.

À cela s’ajoute aussi l’engouement pour les pratiques de shopping dans les centres commerciaux modernes, dont certains sont les plus beaux d’Iran.

Les touristes apprécient beaucoup les plages de sable blanc de Kish.

Tout cela fait de l’île de Kish l’une des principales destinations touristiques de l’Iran avec 1,8 million de visiteurs par an, essentiellement des Iraniens. Ce chiffre signifie que Kish est l’une des destinations de vacances les plus visitées au Moyen-Orient après Dubaï (Émirats Arabes Unis) et Charm el-Cheikh (Égypte). Le nombre des hôtels et des « malls » ne cesse d’augmenter.

Le développement de Kish a commencé après la création de l’Organisation de la zone de libre-échange au début des années 1990.

Avant la pandémie de Covid-19, les responsables de l’Organisation de la zone de libre-échange de Kish avaient déclaré que leur objectif était d’augmenter le nombre des touristes à 2,6 millions de personnes par an dans les prochaines années. Cette organisation envisage également de transformer l’île de Hendorabi en une zone écologique spéciale sans pollution, sans routes asphaltées et sans voitures à combustion interne consommant de l’hydrocarbure. L’île de Kish compte aussi sur le développement du tourisme médical avec ses deux grands hôpitaux modernes et bien équipés.

Le développement de Kish a commencé après la création de l’Organisation de la zone de libre-échange au début des années 1990.

Toutefois, Kish ne se résume pas aujourd’hui aux loisirs et au commerce. L’île est également un pôle universitaire de la province du Hormozgan avec des établissements affiliés pour la plupart à l’université de Téhéran, à l’université technologique Sharif et à l’université Azâd. Enfin, l’Organisation de la zone de libre-échange de Kish facilite et soutient depuis longtemps l’établissement de sociétés du secteur privé qui travaillent dans le domaine des innovations technologiques et des sciences.

Le développement de Kish a commencé après la création de l’Organisation de la zone de libre-échange au début des années 1990.

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