N° 4, mars 2006

Les jeunes pousses de l’imagination
Exposition de l’art traditionnel


Massoud Ghârdâshpour


L’Institut Sabâ accueille en ce moment l’exposition "Les jeunes pousses de l’imagination", première exposition d’art traditionnel consacrée aux oeuvres de la jeune génération des artistes iraniens. Les œuvres se répartissent en treize catégories parmi lesquelles la miniature et l’enluminure, la calligraphie, la tapisserie, la verrerie. 750 ouvrages appartenant à 420 artistes, en tout, deux générations d’artistes dont les âges varient entre 25 et 35 ans. Ces œuvres ont été, il va de soi, sélectionnées par des spécialistes et sont exposées dans les galeries principales de cet Institut. "L’objectif est de mettre l’accent sur la culture nationale et d’encourager la jeunesse qui pratique l’art traditionnel" nous a déclaré Mohsen Zâre’, le directeur de l’Institut. Avec cette exposition, 25 ateliers artisanaux ont également été mis sur pied afin de familiariser le visiteur avec les différentes pratiques créatives.

La diversité et l’importance quantitative des œuvres exposées, prouvent la vitalité de l’art traditionnel iranien, surtout chez la jeune génération. Les œuvres sont également d’une qualité technique considérable, véritable gage de la compétence des jeunes artistes, toutes disciplines confondues. Mais ce qui frappe dans une telle exposition, c’est, comme souvent, le manque de nouveauté. Dans une exposition d’art traditionnel, on ne trouve que du traditionnel, autrement dit, du déjà vu ! C’est encore le cas pour l’exposition des "jeunes pousses de l’imagination". Les œuvres nouvelles ne sont rien, sinon, de bonnes imitations des anciennes (alors que les domaines du Mo’aragh et de la sculpture offre des alternatives inédites). C’est un problème auquel l’art traditionnel est confronté depuis longtemps. L’Iran est un pays à la fois moderne et traditionnel. L’art traditionnel, toujours vivace dans ce pays, hésite à frayer avec cet étranger qu’est la modernité. C’est par exemple le cas de notre musique traditionnelle. La monophonie des instruments qui n’ont jamais évolué, les textes, toujours les mêmes, inlassablement repris dans la poésie classique iranienne, tout cela conduit à ce que notre musique traditionnelle ne soit pas en mesure de satisfaire les exigences d’une société dite moderne.

Récemment, le Musée d’art contemporain de Téhéran exposait sa collection d’art moderne iranien. Contrairement à l’exposition de l’Institut Sabâ, l’exposition du Musée permettait de formuler une intéressante problématique autour de la question de la légitimité d’appliquer le qualificatif de modernes aux œuvres présentées. Cette problématique tient compte du fait, comme nous l’avons déjà mentionné, que notre pays n’est pas encore un pays littéralement moderne. A vrai dire, ces deux questions, celle de la permanence d’un art traditionnel dans une société moderne ou de la permanence d’un art moderne au sein d’une société traditionnelle, ne sont que les deux faces d’une même pièce. Chacune de ces deux expositions est une réponse apportée à ce dilemme.

Quatre expositions d’ouvrages des précurseurs de l’art traditionnel ont lieu en marge de l’exposition des "jeunes pousses de l’imagination" :

1- Une collection de 40 tableaux des peintures-calligraphies de Jalil Rassouli, exposée pour la première fois.

2- Regard sur les sculptures de Asghar Khânchi.

3- Regard sur l’œuvre de Mahmoud Mâher-o-naghsh.

4- L’œuvre de Hossein Kalâghichi Ganjineh, initiateur de l’impression "Bâtic" en Iran.

La collection des tableaux de Jalil Rassouli est une collection importante dans son genre. Ces tableaux sont le résultat, pour l’artiste, de 5 années de travail, dont le résultat est dévoilé pour la première fois durant cette manifestation. Les tableaux de Rassouli sont peut-être une tentative pour réduire en Iran, de manière symbolique, la distance entre tradition et modernité. La calligraphie est un art traditionnel, métamorphosé, sur la toile à peindre, sous la forme de peinture-calligraphie, une sorte de peinture qui cherche ses sujets non pas dans les objets du monde réel, mais dans le monde des formes calligraphiques de l’alphabet. Rassouli a commencé sa carrière par la calligraphie. Il s’est ensuite orienté vers la peinture-calligraphie, pour désormais n’user que de pinceaux et de couleurs. A ce titre, on peut le présenter comme un artiste traditionnel s’exprimant grâce à un langage renouvelé.

Mais dans l’histoire de notre peinture moderne également, nous trouvons des peintres qui ont su profiter des possibilités offertes par la calligraphie persane. L’exemple le plus connu reste celui des peintres de l’école de "Saghâ-khâneh", parmi lesquels, Farzâm Pil-ârâm, Hossein Zendeh Roudi, Mohammad Ehsâï, etc. La réconciliation entre tradition et modernité, nous la trouvons donc très bien dans la peinture-calligraphie qui est un art national récemment entré dans la famille des arts picturaux.


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