N° 34, september 2008

Réformer l’enseignement supérieur


Marc Botenga


Introduction

Le déroulement d’une conférence intitulée "Gestion de la connaissance et innovation dans l’enseignement supérieur " à l’Université de Téhéran [1] fin août marque le début d’une nouvelle ère dans l’approche de l’enseignement supérieur en Iran. En effet, les mots d’ordre de cette conférence "innovation et commercialisation de la recherche ", "université entrepreneuriale" et "culture entrepreneuriale" illustrent le versant académique d’un discours qui s’est progressivement introduit dans le monde politique. Une évaluation.

Aperçu du système d’éducation iranien

A la base, le système d’éducation iranien ne diverge guère du système français. L’école primaire (dabestan), cinq ans, est suivie de trois ans de la période dite d’orientation (dowre’ye-rahnama’ii), comparable au collège en France. Ensuite on arrive au "lycée" (dabirestan) pour trois ans. Comme en Europe, les études sont réparties en différentes sections, allant du théorique au technique. L’accès à l’enseignement universitaire dépend de l’obtention du " bac " et d’un concours national (konkour). On ne peut toutefois participer au concours qu’après avoir réussi une année préparatoire. Bien que ce concours soit de nature compétitive, certains groupes sociaux bénéficient de privilèges dûs aux sacrifices de leurs familles pour la Révolution ou la nation iranienne. Il en est ainsi par exemple pour les étudiants dont les parents sont morts dans la guerre contre l’Irak, 1980-1988. Lors de la participation au concours, on indique ses préférences par rapport aux filières, plus le score du participant sera élevé, plus il aura de chance de pouvoir accéder à la filière de son choix dans une université de haut niveau. [2]

Ressemblant à une variante du LMD, l’éducation supérieure iranienne permet d’abord l’obtention d’une " licence " (parfois dite karshenasi, comparable au Bachelor anglo-américain). Après l’obtention de celle-ci, qui prend habituellement quatre ans, les étudiants doivent à nouveau passer un concours national pour accéder à la maîtrise (Fogh-e-License ou Master) qui prendra généralement deux ans. Même l’accès au doctorat (doktorat, PhD) est réglé par un concours qui permettra au candidat de poursuivre ses études au-delà de la maîtrise et de rédiger une thèse doctorale en minimum 3 et maximum 6 ans.

L’influence de la Révolution

Quand on parle de l’éducation en Iran, on s’arrête souvent à la révolution culturelle qui suivit la Révolution islamique. Cette révolution culturelle visait à islamiser les universités, tant au niveau des syllabus qu’au niveau des enseignants. Rouvertes graduellement trois, quatre ans, après le début de cette révolution culturelle, il est incontestable que les universités en ont ressenti l’influence. Un autre facteur qui a très certainement joué un rôle dans l’approche et l’organisation postrévolutionnaire de l’éducation, est la philosophie pro-étatique de développement, longtemps dominante dans l’Iran postrévolutionnaire. Ainsi la Constitution iranienne préconise clairement la responsabilité de l’Etat dans le secteur de l’éducation. L’article 3 prévoit que le gouvernement de la République islamique s’efforcera de réaliser une éducation gratuite pour tous à tout niveau et de faciliter l’accès à un enseignement supérieur élargi. L’article 30, d’autre part, affirme que le gouvernement doit prévoir et organiser une éducation gratuite jusqu’au niveau de l’école secondaire. Ce ne sont que deux exemples, mais d’autres articles, notamment l’article 43§1, confirment que les deux articles cités reflètent correctement l’esprit de la Constitution révolutionnaire.

Entrée de l’Université de Téhéran, avenue Enghelâb
ISNA

En passant des textes normatifs à la réalité empirique, on ne peut nier que les chiffres démontrent que le gouvernement de la République islamique a pris au sérieux ses tâches découlant de la Constitution. Le rôle important des choix politiques de la République islamique dans le développement de l’éducation, tant primaire que supérieure est incontestable. Grâce à des campagnes d’alphabétisation, celle-ci est passée de 59 % en 1976 à 81% en 1996 pour les garçons. Côté filles, le progrès a été encore plus frappant : de 35% en 1976 à 74,5% en 1996 ! [3] L’Iran se trouve aujourd’hui clairement au-dessus de la moyenne régionale à ce niveau. Au niveau des jeunes entre 15 et 25 ans 97,6% est lettré, contre 79,9% régionalement. Ce chiffre marque aussi une augmentation nette par rapport à 1991 où le taux d’illettrisme parmi la jeunesse était de 13%. [4] Là où en 1996 l’Iran avait moins d’un enseignant pour 30 élèves, [5] ce chiffre descendait à un enseignant pour 27,1 élèves en 1998, [6] et un pour 19 en 2006 pour ce qui concerne l’éducation primaire. [7]

Bien que la part de l’éducation dans le PNB ait chuté de 2,7% en 1990 à 2,0% en 1995, le gouvernement a depuis 1996 de nouveau octroyé davantage de fonds au ministère de l’enseignement et en 1997 la part de l’éducation dans le PNB était remontée à 2,6%. [8] Cette reprise relative du financement de l’enseignement ne peut cependant masquer une réalité plus complexe. En effet : le nombre d’institutions d’enseignement supérieur et de leurs étudiants s’est accru de manière impressionnante, et cela avec un budget qui n’a guère augmenté. Ainsi, dix ans après la Révolution, le Ministère de la Culture et de l’Education supérieure [9] pouvait déjà annoncer que l’Iran possédait désormais plus de 100 institutions d’enseignement supérieur dont 30 universités et ce contre environ 16 universités avant la révolution. [10] Qui plus est, le nombre d’étudiants universitaires est passé en 15 ans de 167.971 (1986) à un million et demi (2001). [11]

Evolution structurelle

Si les résultats obtenus jusqu’ici sont bien dûs à l’action du gouvernement, le maintien du niveau du financement public, malgré l’augmentation des étudiants et des institutions, illustre que les réformes de l’enseignement n’ont pas toujours mené à une implication plus large du gouvernement dans le système. Ainsi depuis des années, mais surtout depuis la présidence de Hachémi-Rafsanjani(1989-1997), on assiste à un mouvement vers ce que l’on pourrait appeler l’autonomisation des écoles et des universités.

Plus qu’un choix politique, il s’agissait en premier lieu d’une nécessité. Face au constat que le nombre d’universités ne permettait manifestement pas de satisfaire la demande, la République islamique a rapidement pris l’initiative de réformer l’ancien système. La réforme qui saute le plus à l’œil a été l’instauration et l’élaboration d’un réseau, quasi parallèle, appelé l’université islamique libre (la Dâneshgâh-e Eslami-e Azad). Vu les limites d’accès au système d’éducation universitaire public, notamment par le concours, un grand nombre d’étudiants potentiels étaient de fait exclus des études universitaires. [12] Souvent des étudiants ayant échoué au concours devaient patienter un an ou plus avant de pouvoir accéder aux études universitaires par le biais d’une nouvelle participation, cette fois avec issue positive, au concours. L’université Azad, dont l’accès ne passe pas par un concours difficile, a offert une deuxième voie d’accès à l’enseignement universitaire. Elle permet d’y accéder si l’on est disposé à dépenser des sommes bien plus élevées pour mener à bien ses études. Toutefois, vu qu’un diplôme d’une université privée est généralement moins valorisé qu’une licence ou un master obtenus dans une université publique, certains étudiants semblent se servir de l’université Azad uniquement pour préparer le concours d’accès aux universités publiques. Ainsi après avoir échoué au concours public, ils passent un an ou deux dans une université privée en espérant que cela leur permettra de réussir lors d’une prochaine participation au concours public.

Selon des chiffres relevés par le British Council lors de l’année académique 1998-1999 les secteurs public et privé ont admis respectivement 98182 et 121467 étudiants au Bachelor. L’on voit donc que l’émergence du secteur privé pose à ce niveau un défi important au secteur public. Par contre au niveau du Master et PhD, avec respectivement 8562 étudiants admis contre 7195 et 2067 contre 278 [13], les rapports restaient favorables au secteur public. L’excellence n’est donc pas (encore) prioritaire dans les universités privées. Leur tâche première est de garantir l’accès à l’université à un nombre plus élevé de candidats. Les innovations à ce niveau ne se limitent d’ailleurs pas à l’université Azad. L’université Payame Nour, créée en 1987, offre une éducation à distance, pratique pour ceux qui veulent entamer ou continuer des études supérieures tout en travaillant. Même si cette forme d’enseignement est méprisée par les étudiants du système universitaire public, il est incontestable que Payame Nour a une certaine valeur puisqu’elle offre une voie alternative d’ascension sociale, en palliant à un manque de capacité du système officiel d’une part et en répondant à une réalité socio-économique qui ne permet certainement pas à tous d’étudier à plein temps d’autre part.

Autonomisation graduelle

Cependant ces mesures initiées dans la première décennie postrévolutionnaire et développées par la suite, se sont révélées insuffisantes. Le gouvernement a décidé de mettre en œuvre des réformes plus drastiques. Ainsi fin 2007, une loi prévoyant la suppression du concours pour 2011 a été adoptée. Le concours serait remplacé par une évaluation des notes obtenues au dabirestan. [14] Non sans rapport avec cette décision, un mouvement d’autonomisation a été engagé. Peu après le Nouvel An iranien cette année, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a renouvelé l’appel à l’autonomisation des universités. Celles-ci devraient ainsi davantage, sinon entièrement, pourvoir à leurs propres besoins financiers. Cette idée d’une autonomisation des universités, fût-elle graduelle, n’est pas neuve, ni en Iran, ni en Europe. En Iran elle est répétée avec plus ou moins d’intensité depuis au moins 15 ans, mais elle semble petit à petit prendre forme.

En Europe la Déclaration de Bologne [15]. insistait sur le fait que "l’indépendance et l’autonomie des universités sont garantes des capacités des systèmes d’enseignement supérieur et de recherche de s’adapter en permanence à l’évolution des besoins, aux attentes de la société et aux progrès des connaissances scientifiques." [16] Déjà en 1995, l’on pouvait lire dans des documents de la Commission européenne que : "Les systèmes les plus décentralisés sont aussi ceux qui sont les plus flexibles, qui s’adaptent plus vite et qui permettent de développer de nouvelles formes de partenariat." [17] La Table Ronde européenne des Industriels (ERT) affirmait de son côté que : "En période de changement chaotique, la gestion centralisée d’un système complexe devient un véritable obstacle à son adaptation aux circonstances nouvelles. (…) [C’est pourquoi] les institutions d’enseignement de tous niveaux ont besoin d’une large autonomie locale." [18]

Comme dans le mouvement européen, différents objectifs peuvent être discernés dans cette tendance à la décentralisation et l’autonomisation en Iran. On citera notamment la facilitation de la compétition entre différentes universités, le développement de liens étroits entre les institutions d’éducation supérieure et le monde des entreprises et, finalement, la rationalisation des moyens financiers ou le recul progressif du rôle de l’Etat dans le financement de l’enseignement.

La première condition à remplir afin que les institutions d’enseignement supérieur puissent entrer en compétition l’une avec l’autre est la comparabilité des produits d’enseignement offerts. Pour qu’un vrai marché de l’enseignement, permettant une concurrence réelle, se développe, les études offertes doivent donc être standardisées. La méthode ECTS est très utile à ce niveau. Due notamment à la nature transnationale de l’Europe, cette comparabilité a longtemps posé sur le vieux continent des problèmes que l’on ne retrouve qu’en bien moindre mesure en Iran. Ainsi l’Iran connaît déjà un système universitaire très hiérarchisé et les formations offertes sont assez facilement comparables. L’émergence d’un secteur privé fort avec l’Université Azad a contribué à préparer le cadre pour la libéralisation du marché de l’enseignement iranien. L’abolition prévue pour 2011 du concours dans sa forme déterministe actuelle doit être considérée dans la même perspective.

Dans cette compétition, l’autonomie doit donner la liberté aux institutions d’enseignement supérieur d’engager les professeurs et chercheurs de leur choix, d’augmenter les frais d’inscription afin d’offrir plus de qualité, de passer des contrats de recherche avec le privé, etc. Ceci devrait augmenter non seulement la qualité mais aussi la compétitivité internationale des universités iraniennes. Suite à cette autonomie, les universités publiques ne seraient plus favorisées par l’Etat, car son aide fausserait la libre concurrence. L’autonomie est donc aussi un instrument destiné à accélérer la libéralisation du marché de l’enseignement.

Entrée de l’Université Azâd de Zâhedân

Le renforcement des liens entre le monde du privé et l’enseignement aujourd’hui public est une conséquence logique de l’autonomisation des universités. La décentralisation de la gestion des universités, dite "University-Based Management", entreprise en Iran, va exactement dans ce sens. [19] Un des obstacles au passage de la gestion centralisée et publique à une gestion autonome par institution (plus ou moins privatisée) est précisément la dépendance des universités iraniennes vis-à-vis du financement public. En affirmant que les universités devront davantage chercher leurs fonds en dehors du financement public, on indique indirectement le monde du privé comme seule destination appropriée. La Commission européenne avait considéré qu’un enseignement plus flexible "deviendra de plus en plus important, aussi bien pour l’entreprise, afin qu’elle puisse faire un meilleur usage des innovations technologiques qu’elles développent (…), que pour les individus, dont une proportion importante aura à changer d’emploi quatre à cinq fois au cours de leur vie." [20] A cette fin, les établissements d’enseignement supérieur doivent être en état d’intégrer directement les industriels dans leur organisation (conseil d’administration, organisation des cursus, etc.) d’autant plus si ceux-ci amènent des fonds. Autonomisation décisionnelle et financière vont donc clairement de pair.

Logiquement les réformes misent aussi sur une rationalisation des fonds, exemple typique s’il en est d’une "culture entrepreneuriale". L’ERT affirme que "selon l’OCDE, la plupart des pays d’Europe réduisent progressivement la part du PNB allouée à l’éducation publique. (…) Il est illusoire d’imaginer, dans le contexte actuel, un retournement de ces tendances. (…) Instruits par leur expérience des restructurations, les industriels sont convaincus qu’il est possible d’améliorer l’allocation des ressources sans augmenter les dépenses. (…) Nous croyons que l’initiative de l’amélioration d’efficience doit venir des enseignants eux-mêmes sans interférence extérieure ". [21] Les établissements d’enseignement supérieur devront donc pouvoir faire mieux avec moins de moyens ou plus précisément moins de moyens publics. Les universités doivent donc trouver une voie pour assurer leur autonomie vis-à-vis du financement public. L’idée est d’inciter les établissements à trouver eux-mêmes des méthodes pour rationaliser les moyens. L’objectif est de limiter les budgets de l’enseignement ou de les maintenir sous contrôle. Une idée qui ne peut que plaire en Iran où les dépenses publiques font l’objet d’âpres discussions depuis au moins deux décennies et pas seulement en matière de subventions étatiques concernant le carburant ou les produits de base.

Perspectives futures

La philosophie développementale concernant l’enseignement, dominante dans les premières années postrévolutionnaires, a donc évolué vers une approche plus rationalisant et entrepreneuriale de l’enseignement supérieur. Cette évolution et les réformes qui l’accompagnent sont partiellement une suite logique des rapports de force politiques, mais elles ne sont pas sans risques. Des réformes sont certainement nécessaires, puisque nonobstant les efforts faits, l’enseignement iranien présente toujours des défis aux gouvernements successifs, comme le nombre élevé de candidats n’ayant pas accès aux études de leur choix et la fuite des cerveaux, selon certains parmi les plus élevés au niveau mondial. L’autonomisation devrait aussi permettre à l’Iran de s’en prendre à ces problèmes sans alourdir davantage le budget public.

Pourtant, si l’on ne sait pas avec certitude dans quelle mesure l’abolition du concours et les autres réformes proposées pourront changer la donne à ce niveau, d’autres conséquences, notamment pour les universités et les étudiants, doivent aussi être prises en considération.

En ce qui concerne les conséquences pour les universités, deux questions se posent. Dans les pays caractérisés par une forte compétition entre institutions d’enseignement supérieur, l’on voit effectivement émerger des universités privées de très haut niveau, plus quelques universités publiques de première classe. A côté de cela, il y a toute une série d’universités et d’écoles supérieures, différant de niveau et de réputation avec, bien entendu, des moyens (d’encadrement, etc.) moins importants. Vu le système très hiérarchisé que l’on connaît déjà aujourd’hui en Iran, il n’est pas exclu qu’en cas d’autonomisation financière, seules les universités de première classe seront en état d’attirer les fonds privés nécessaires, par exemple pour engager le personnel académique permettant d’améliorer encore leur position concurrentielle. La question est alors de savoir ce qui se passera avec les universités de deuxième ou troisième niveau. Ayant moins accès aux fonds du privé, comment pourront-elles améliorer leur position concurrentielle ou tout simplement se maintenir ? En d’autres mots, l’autonomie contribuera-t-elle à créer une hiérarchie plus poussée dans l’enseignement supérieur ?

La deuxième question concerne le contrôle de la qualité des formations. Même lors du développement de l’Université Azad, le contrôle des programmes formatifs et des syllabus est resté dans les mains des ministères compétents (Ministère de la Science, Recherche et Technologie et Ministère de la Santé pour les formations médicales). Ce contrôle a permis de défendre et de mettre en avant certains intérêts collectifs. Il n’est pas dit qu’il en sera de même après la réforme en cours. Comment permettre une synergie plus étroite entre le monde universitaire et celui du privé sans que ce dernier n’intervienne de manière déterminante dans le contenu des formations ? Ou, si l’on veut, comment demander un financement au privé sans accorder une certaine influence sur le curriculum ?

En ce qui concerne le sort des étudiants, il faut souligner que si la réforme permet un accès plus large à l’enseignement supérieur, comme l’a fait l’introduction de l’Université Azad, ceci est évidemment un résultat de taille. D’autre part, il ne faut pas oublier que l’introduction d’une structure compétitive a souvent pour effet d’accentuer la hiérarchie parmi ceux qui ont fait des études supérieures en produisant des diplômés du supérieur qui sont de fait de niveaux différents selon l’institution fréquentée. Cette question sera d’autant plus pertinente pour les catégories qui jouissent aujourd’hui de certains privilèges dans l’accès à l’enseignement supérieur : conserveront-ils ces privilèges et si oui pour quelles institutions ?

Par rapport au sort des étudiants aussi une deuxième question se pose. Les institutions, confrontées à une responsabilité financière plus lourde, seront peut-être tentées de faire payer aux étudiants une partie plus grande de leur éducation. Ceci sera d’autant plus vrai pour les institutions qui feront l’objet de toutes les attentions pour l’excellence des formations et de l’encadrement qu’elles offrent. En outre il faudrait savoir comment évoluera le rôle de l’Etat dans cette perspective. Un exemple très concret est offert par la question des prêts sans intérêts offerts aujourd’hui par l’Etat pour le financement des études. Ces prêts, notamment garantis pour l’accès au logement universitaire ("khâbgah"), ont connu d’importantes évolutions. Entre autres à cause de l’inflation, on demande maintenant aux étudiants de rembourser chaque mois une partie du prêt, plutôt qu’à la fin de leurs études, et de financer ainsi presque en temps direct l’accès au logement. L’accès aux logements devient aussi plus cher au fur et à mesure que l’on avance dans les études. Le risque est que l’instauration d’un système compétitif et autonomisé renforce encore ces tendances, ce qui pourrait à terme miner la politique de démocratisation de l’enseignement menée par la République islamique.

Impossible de juger a priori ces réformes, mais il est clair que le choix en faveur de l’autonomisation et d’un retrait relatif du rôle de l’Etat dans le financement de l’enseignement peut comporter certains avantages pour le système universitaire iranien et son développement. Cependant, il est tout aussi incontestable que ce choix comporte également des risques, tant pour les étudiants que pour les intérêts collectifs de la société iranienne.

Notes

[1The 5th International Symposium, "Knowledge Management and Innovation in Higher Education", 24th-27th of August, Germany-Iran Alumni Network, Faculty of Entrepreneurship (University of Tehran), Georg-August-Universitنt (Gِttingen, Germany).

[2Les universités iraniennes étant classées en fonction de leur performance, leur qualification quant aux domaines d’enseignement et de recherche se fait très aisément.

[3T. Coville, Iran, La révolution invisible, Paris, La Découverte, 2007, pp.130-132.

[4UNESCO Institute For Statistics, "Education in the Islamic Republic of Iran", UIS Statistics in Brief, 2008, http://stats.uis.unesco.org/unesco/TableViewer/document.aspx?ReportId=121&IF_Language=eng&BR_Country=3640.

[5Chiffres de la Banque Mondiale, 2002 World Development Indicators, New York, http://humandevelopment.bu.edu/dev_indicators/show_info.cfm?index_id=524&data_type=1.

[6EFA 2000 Assessment, "Country Report : Iran", Part II, Analytic Section, , UNESCO, World Education Forum, http://www.unesco.org/education/wef/countryreports/iran/rapport_2_2.html , relevé le 4 juillet 2008, http://stats.uis.unesco.org/unesco/TableViewer/document.aspx?ReportId=121&IF_Language=eng&BR_Country=3640.

[7UNESCO Institute For Statistics, "Education in the Islamic Republic of Iran", UIS Statistics in Brief, 2008.

[8EFA 2000 Assessment, "Country Report : Iran", Part II, Analytic Section, , UNESCO, World Education Forum, http://www.unesco.org/education/wef/countryreports/iran/rapport_2_2.html, relevé le 4 juillet 2008.

[9Maintenant remplacé par le Ministère de la Science, de la Recherche et de la Technologie.

[10The Higher Education Advisory of the Islamic Republic of Iran in Canada, "Education System in Iran", Embassy of the Islamic Republic of Iran, Ottawa, Canada.

[11T. Coville, o.c., pp.130-132.

[12Voir S. Kamyab, The University Entrance Exam Crisis in Iran , BC Edu-Newsletter, n.51 Spring 2008, http://www.bc.edu/bc_org/avp/soe/cihe/newsletter/Number51/p22_Kamyab.htm.

[13The British Council Iran, Education in Iran : An Overview, http://www.britishcouncil.org/iran.htm.

[14D. Saleh-Isfahani, "On the Right Track ? Iran Edges toward Education Reform", The Brookings Institution, 11 décembre 2007.

[15The Bologna Process, Towards the European Higher Education Area, http://ec.europa.eu/education/policies/educ/bologna/bologna_en.html

[16Pour une analyse approfondie du processus de Bologne voir M. Botenga & B. Pestieau, " L’enfer ou le paradis : l’enseignement en Europe après la Déclaration de Bologne ", EM/EPO, no.56, Bruxelles, 2001.

[17Enseigner et apprendre ; vers la société cognitive. Livre blanc sur l’Education et la formation, Commission des Communautés européennes, Bruxelles, 29 novembre 95.

[18ERT, Une éducation européenne, vers une société qui apprend, Bruxelles, juin 1995, p.18.

[19Y. Mehralizadeh, "New Reforms in the Management of the University : Transition from Centralized to

Decentralized (University-Based Management) in Iran", Higher Education Policy, International Association of Universities, 2005, 18, pp.67-82.

[20Commission européenne, White Paper on growth, competitiveness, and employment- The challenges and ways forward into the 21st century, Brussels, 5th December 1993.

[21ERT, Une éducation européenne, vers une société qui apprend, juin 1995.


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1 Message

  • Réformer l’enseignement supérieur 10 novembre 2010 14:28, par Yabre Mahama

    Salam je me nomme Yabre Mahama ayant le Bac islamique, je sollicites l’aide de toutes personne de bonne foie qui voudrons m’aider à continuer mes études universitaire dans son université ou autres je vous pris de bien vouloir agrée l’expression de mon profond respect.

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