N° 68, juillet 2011

Un prophète passa près de chez nous (fragments)


Erfân Nazar Ahâri
Traduit par

Arshiâ Shivâ


Lorsqu’il quitta le Paradis, tout ce qu’il possédait n’était qu’une pomme cueillie par tentation, et le talion respectif en était son déclin.

Les anges lui dirent : "Tu vas mourir sans Paradis. La Terre n’est pas ton domaine. Ce n’est qu’un lieu de persécution et de corruption." L’homme répondit : "Mais je me suis fait du tort à moi-même. Voilà, la Terre est ma punition. Elle sera meilleure que le Paradis, si Dieu le veut." Et Dieu lui dit : "Va sur terre, et tu verras que la voie qui te ramènera au Paradis croisera la Terre même ; une Terre imprégnée de bien et de mal, de vérité et de corruption, de tort et d’équité. Et si la bonté et la vérité gagnent, tu retourneras, sinon..."

Et les anges se mirent tous à pleurer. Mais l’homme ne partit pas. Il ne pouvait se résoudre à partir. Immobile au seuil du Paradis, il avait peur et se trouvait bien indécis.

Alors, Dieu concéda à l’homme un objet qui stupéfia le monde et fut envié par toutes les créatures. L’homme étendit donc ses mains et Dieu lui fit cadeau de la volonté. S’adressant à l’homme, Dieu lui dit : "A toi de choisir désormais, car tu n’as été créé que pour cela. Vas-y et tache de choisir le meilleur, et le Paradis en sera la récompense. Pour que tu choisisses le meilleur, vont t’accompagner la raison et le cœur de maints prophètes. Et ce fut ainsi que l’homme choisit la Terre, la peine, la lutte et la tolérance." Et voilà, les débuts de l’homme furent aussi simples que cela. (...)

Or l’homme n’avait pas de nom. Il ne s’appelait rien qu’Homme et son capital n’était que la solitude.

Il annonça : "Je vends ma solitude pour de l’amour. Qui en veut, n’en fut-ce qu’un peu ?"

Personne ne répondit. Il ajouta : "Ma solitude est imprégnée de mystères, ceux du Paradis, de Dieu. Parlez-moi que je vous raconte la stupéfaction." Mais personne ne lui parla ; et un parmi tant d’hommes, portant sa petite lanterne, il se retira dans sa grotte. Une grotte aux alentours du cœur ; sachant bien qu’il y a toujours là quelqu’un qui s’achète de la solitude et dispense son amour en échange.(...)

Dessinatrice : Atieh Markazi

Or, il avait le cœur serré face à de faux humains, et sa lampe à la main, faisait le tour de la ville, à la recherche de l’Homme."Ne cherche pas" lui dirent-ils, "nous avons déjà cherché, et tu ne trouveras pas ce que tu cherches." "Je continuerai à chercher.", dit-il, "car chercher est en soi plus beau que trouver". Et il ajouta : "Il s’agit de faim, pas celle de l’eau ni du pain, celle de l’homme." Mais voilà qu’ils se mirent en colère, le haïrent et ne manquèrent pas de le blesser ouvertement. Ils lui reprochèrent de ne pas les avoir vus, d’où son reniement. "Ouvre les yeux" lui dirent-ils, "que disparaisse ton refus."

Ironiquement, il répondit : "Quand j’avais les yeux clos, j’entendais le brouhaha, je pensais qu’il s’agissait de la voix de l’Homme. Mais depuis que j’ai ouvert les yeux, j’ai tout vu, sauf l’Homme..."(...)

Et alors, le train qui partait vers Dieu s’arrêta un moment dans la station Monde, le prophète, s’adressant à tous, déclara : "Notre destination est le Seigneur, qui veut nous accompagner ? Qui souhaite à la fois la peine et l’amour ? Qui tient à ce que le monde ne demeure qu’une station à dépasser ?"

Des siècles s’écoulèrent mais de la multitude des gens, seul un petit nombre montait dans le train qui allait vers Dieu.

Du Monde à Dieu, il y avait plus de mille stations. A chaque escale, quelqu’un descendait. Le train avançait, toujours plus léger, la légèreté est bien une loi divine.

Finalement, ledit train atteignant la station Paradis, le prophète annonça : "Voici le Paradis. Que descendent ceux qui s’y destinaient. Mais elle n’est pas la dernière station. Les passagers qui descendirent alors furent désormais au Paradis, mais de rares personnes étaient encore dans le train. Le train démarra de nouveau et le Paradis resta à sa place.

Dieu s’adressa alors à ces derniers voyageurs : "Salut à vous tous ! Voilà Mon secret : Celui qui Me veut, ne descend pas à la station Paradis. (...)"

Un prophète passa près de chez nous. Il se mit à pleuvoir. Ma mère dit : "Mais quelle pluie !" Mon père ajouta : "C’est le printemps", et on ne savait pas que pluie et printemps étaient le nom de ce prophète.

Un prophète passa près de chez nous. Nos vêtements étaient poussiéreux. D’un geste de la main, il en effaça la poussière. Voila que nos vêtements devinrent soie et lumière ; et on pouvait distinguer nos cœurs sous eux.

Un Un prophète passa près de chez nous. Le ciel de notre cour était inondé d’habitudes et de fumée. Le prophète les écartant nous révéla le soleil et en mit même un morceau dans nos mains.

Un prophète passa près de chez nous, et voila que mille moineaux amoureux se mirent à faire pousser du bout des doigts le petit arbre dans le jardin, nous offrant les mille chants oubliés dans leur gorge. Et ce fut alors que nous nous rappelâmes de nouveau nos liens avec l’arbre et l’oiseau.

Un prophète passa près de chez nous. Nous avions mille portes fermées, ainsi que mille serrures sans clés. Il nous offrit une clé. Mais rien qu’en citant son nom, les serrures s’ouvraient.

Et moi, je dis à Dieu : "Aujourd’hui, un Un prophète passa près de chez nous. On dirait qu’aujourd’hui, c’est ici le Paradis." Dieu répondit : Ah ! Si tu savais. Tous les jours un prophète passe près de chez toi, et si tu savais aussi que le Paradis n’est rien d’autre que ton propre cœur..." (...)

Et le prophète s’adressant aux hommes déclara : "O gens ! Vous êtes des gerbes de blé dans le champ de Dieu. N’ayez pas peur de la moisson. Livrez-vous au meunier du monde pour qu’il vous moule, que vos grossièretés deviennent tendresses et que vos difficultés deviennent aises. Dieu est le boulanger des hommes.

Remettez-Lui votre pâte pour qu’Il la pétrisse. Il mettra une nuance de peine et de sel dans vos âmes, vous pressant entre Ses mains. Ayez patience et tolérez, certainement vous serez élaborés..."


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