N° 68, juillet 2011

Entretien avec Seyyed Hossein Mir Heidar


Farzâneh Pourmazâheri


Le maître Seyyed Hossein Mir Heidar est né en 1919 et fait partie des plus importants spécialistes de l’Iran dans le domaine de la botanique, et plus précisément des herbes médicinales. Il a obtenu sa licence à la faculté d’agriculture de l’Université de Téhéran dans le domaine de la botanique et de l’agriculture à l’âge de 22 ans. Il est ensuite parti en France pour y continuer ses études dans le domaine de la sylviculture, pour ensuite choisir les Etats-Unis afin de participer à des cours d’herboristerie et des différents régimes alimentaires, ainsi qu’à des recherches technologiques et statistiques dans lesquelles il excella.

De cette manière, le maître, Mir Heidar a consacré 36 ans de sa vie à divers projets et recherches dans le domaine agricole dans des pays tels que l’Iran, la Chine, le Japon, les Etats-Unis, la France, le Liban et l’Allemagne. De même, depuis 1956, il enseigne les différentes méthodes de la recherche scientifique basée sur la statistique dans diverses facultés de l’Université de Téhéran.

Ce savant a également défini plus de cent mille espèces avec leurs propriétés qui ont été présentées dans les huit tomes du livre Ma’âref-e Guiyâhi (Le Savoir sur les Plantes), l’un de ses nombreux ouvrages.

Seyyed Hossein Mir Heidar

Farzâneh Pourmazâheri : Pouvez-vous tout d’abord retracer votre parcours ?

Seyyed Hossein Mir Heidar : J’ai obtenu ma licence en botanique de l’agriculture à l’Université de Téhéran puis environ trois ans plus tard, je suis allé en France à l’Université de Nancy pour continuer mes études. J’y ai principalement étudié les différentes espèces de plantes sauvages. Je lisais aussi beaucoup. Je me souviens, en 1955, une mer s’est ouverte devant mes yeux. La botanique et l’agriculture étaient à cette époque des disciplines relativement nouvelles que l’on qualifiait parfois de médecine alternative. J’ai ensuite étudié les différentes méthodes de recherche, bien que ma spécialisation soit la pharmacocinétique qui est l’étude du devenir d’un médicament après son absorption par l’organisme.

F.P. : Pourquoi avez-vous décidé par la suite d’étudier les différentes méthodes de la recherche ?

S.H.M. : Outre mon intérêt pour ce domaine, cela était aussi important d’étudier une telle discipline afin de pouvoir l’appliquer dans mon travail. J’aimais aussi les mathématiques et dans la recherche, il est très important de bien connaître les modèles statistiques et de pouvoir traiter les chiffres. Si vous demandez à deux personnes quelle est la plante qui, sur la base de leur expérience personnelle, agit contre la grippe, que l’une vous réponde l’infusion des fleurs de camomille et l’autre la sauge officinale [1], ce n’est pas suffisant. La statistique nous dit qu’il faut travailler sur des échantillons plus grands, préparer un certain nombre de questions, au moins une centaine.

Le résultat d’une telle recherche indiquera plus précisément quelle plante ou médicament chimique sera le plus susceptible d’avoir un effet.

F.P. : Dans quelle mesure pensez-vous que vous avez transmis vos connaissances et votre savoir à vos compatriotes en Iran ?

S.H.M. : Après mon retour en Iran, j’ai décidé d’écrire un livre en persan et d’y inclure toutes les différentes informations que j’avais glanées sur les propriétés et les spécificités des plantes herbacées. Je souhaitais de cette manière diffuser dans mon pays certaines informations utiles à propos des propriétés des plantes et des herbes, par exemple à propos de la réglisse [2], de ses propriétés, de ses racines. L’Iran exporte cette herbe depuis de nombreuses décennies, qui est utilisée principalement dans l’industrie de la pâtisserie pour la confection de gâteaux, de bonbons, etc.

F.P. : Est-ce que cette herbe pousse seulement en Iran ?

S.H.M. : Non, mais il existe en Iran une grande diversité d’espèces de plantes dans les zones désertiques. Avec une superficie de plus d’un million six cents cinquante-mille kilomètres carrés, ce pays contient une ample variété d’espèces végétales et animales. En particulier dans les deux déserts principaux, Dasht-e Kavir et Kavir-e Lout [3], aux jardins et champs variés. J’ai donc commencé à rédiger ce livre avec beaucoup de plaisir, mais je ne connaissais personne dans le domaine de l’édition. Deux ans, trois ans sont passés durant lesquels je complétais mon ouvrage, puis j’ai un jour fait la connaissance d’une personne travaillant au sein de la faculté d’agriculture, et il m’a demandé d’y inaugurer le corps académique des statistiques et des méthodes de recherche. A cette époque là, il n’y avait guère de spécialistes iraniens dans ce domaine, mais les universités d’Europe et des Etats-Unis enseignaient les statistiques élémentaires et les méthodes de recherches en tant que base des recherches universitaires dans toutes les disciplines, dont la médecine et l’agriculture.

F.P. : Comment vous-a-t-on accueilli à l’Université de Téhéran ?

S.H.M. : Lorsque j’enseignais au sein de la faculté d’agriculture, la faculté d’études vétérinaires m’a également invité à collaborer. Je suis intéressé par l’application des méthodes de recherche aux maladies du bétail. Un peu plus tard, le docteur Kiân qui dirigeait la faculté de droit m’a invité à y organiser des cours sur les méthodes de recherches et de statistiques, que j’enseignais aux étudiants de droit à un rythme de quatre heures par semaine.

De même, j’ai collaboré avec la faculté de médecine, dont le directeur était français spécialiste en cancérologie. C’est dans le cadre des cours au sein de cette faculté que j’ai décidé d’écrire un livre pour faciliter l’apprentissage des étudiants en médecine, qui s’intitule Amâr-e hayâti barâye tahghighât-e ’elmi dar pezeshki va biologi (Les statistiques vitales pour les recherches scientifiques en médecine et en biologie). J’avoue que je suis heureux d’avoir consacré la majeure partie de ma vie à l’enseignement.

Notes

[1Maryam goli en persan

[2Shirin bayân en persan

[3Deux grands déserts au centre de l’Iran


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