N° 101, avril 2014

La franc-maçonnerie et le chiisme en Iran


Hamideh Haghighatmanesh


Un regard sur l’histoire de l’Iran suffit pour se rendre compte de l’importance du rôle du chiisme dans la société iranienne, autant dans la sphère privée que la sphère politique. Le rapprochement entre le politique et le religieux date de l’époque safavide. La proclamation du chiisme en tant que religion officielle du pays a permis le développement de la pensée chiite et la légitimation du pouvoir safavide. Sous le règne de Shâh Abbâs, les savants religieux se sont vus conférer des rôles importants dans le domaine politique. Ce rapport étroit entre religieux et politique, malgré ses hauts et ses bas, a duré jusqu’à l’époque qâdjâre où la présence politique de personnalités religieuses atteint son apogée après l’arrivée au pouvoir de Fath’Ali Shâh.

Mirzâ-ye Shirâzi

Les francs-maçons, dont l’un des principaux objectifs à côté des motifs politiques, militaires et culturels, était de combattre ce qu’ils considéraient être la dimension la plus traditionnelle et rigoriste de la religion faisant obstacle à leurs idéaux réformistes et modernes. Constatant la grande influence du clergé chiite dans la vie des Iraniens et son rôle dans les affaires politiques du pays, ils essayèrent de la faire reculer, en ce qu’ils considéraient cette influence comme un obstacle important à l’atteinte de leurs buts. C’est ainsi que furent constituées plusieurs associations et loges maçonniques inspirées des loges occidentales, rassemblant des intellectuels et certaines grandes personnalités du monde politique et académique. Ces loges, apparemment fondées au nom de la défense du progrès, du modernisme, de la démocratie attirèrent un certain nombre d’intellectuels et de personnalités politiques. Or, l’un des obstacles à une colonisation aisée de l’Iran, objectif implicite visé par les francs-maçons sous couvert d’idéaux progressistes, était la présence d’une forte conscience religieuse alimentée par la présence des religieux chiites au sein de la population. Ces derniers étaient conscients des projets à visée colonialiste des puissances européennes et s’employaient, de par leur influence au sein de la population et leur autorité religieuse, à les contrer. A titre d’exemple, la fatwâ historique de Mirzâ-ye Shirâzi interdisant l’usage du tabac visait à combattre le traité de Talbot qui, signé en 1872, établissait un monopole étranger dans plusieurs domaines économiques iraniens et visait à étendre le domaine d’influence de l’Angleterre sur l’Iran et ses richesses. Cette fatwâ permit l’annulation de ce traité, ce qui prouve bien le rôle clé du clergé chiite dans les combats anticolonialistes. Mirzâ avait également été soutenu par de grandes personnalités religieuses telles que Sheikh Fazlollâh Nouri, Seyyed Djamâl-e Din Asadâbâdi et Mirzâ-ye Ashtiâni.

Sheikh Fazlollâh Nouri

L’un des moyens employés par la franc-maçonnerie pour limiter l’influence de la religion chiite dans la vie sociale et de la laïciser était de propager le sectarisme et d’encourager la création de sectes déviant des principes de la religion traditionnelle telles que le sheykhisme ou le bahaïsme. Ces activités poussèrent le clergé à davantage s’impliquer et à dénoncer ces activités. Face à l’échec relatif des efforts de la franc-maçonnerie dans ce sens, certains membres de l’ordre tentèrent de défendre une nouvelle version intellectualiste du chiisme gardant son apparence, mais en le vidant en réalité de ses valeurs et principes et en le combattant indirectement. C’est aussi dans ce sens que la franc-maçonnerie se mit à utiliser des devises conformes aux principes islamiques afin de pouvoir augmenter son influence au sein de la population et propager ensuite ses propres idées. Cette initiative attira même quelques religieux qui y adhérèrent en la prenant pour un mouvement défendant les valeurs de l’islam. [1]

Seyyed Djamâleddin Asadâbâdi

Les loges maçonniques sont apparues progressivement en Iran ; la première ayant été fondée par Mirzâ Malcom Khân. [2] Les débuts du mouvement antimaçonnique au sein du clergé débutèrent peu après la fondation de cette loge, sous l’égide du religieux Hâdj Mollâ Ali Kani qui exerça des pressions sur Nâssereddin Shâh en vue de la fermeture de cette loge. Ce même Ali Kani s’érigea, dans le prolongement de la lutte contre l’impérialisme étranger en Iran, contre un traité de monopole obtenu par le baron de Reuters qui affirmait la domination économique et politique de l’Angleterre sur l’Iran en lui octroyant d’importants moyens d’ingérence dans l’économie et la politique iraniennes. Après avoir sensibilisé une partie de la population au contenu de ce traité, Ali Kani écrivit une lettre au Shâh de l’époque et critiqua les activités du chancelier Sepahsâlâr et de Malcom Khân qui avaient conclu ce traité. Grâce à sa persévérance, le roi annula finalement ce traité.

Comme nous l’avons évoqué, l’un des principaux moyens employés par les francs-maçons iraniens pour limiter l’influence du clergé chiite était de développer leur influence en son sein et d’y propager leur pensée humaniste et empreinte de laïcité. Ces paroles de Malcom Khân montrent bien l’existence d’un tel projet : « Je souhaitais propager les principes de la civilisation occidentale en Iran, et pour ce faire, je me suis servi de la société religieuse. » [3] Seyyed Djamâl Vâ’ez Esfahâni et Sheikh Ebrâhim Zandjâni furent les principaux artisans d’un tel projet. Seyyed Djamâl Vâ’ez défendait les idées de Malcom Khân, et ses réflexions étaient publiées dans une revue intitulée Al-Djamâl. Cette revue s’employait notamment à vouloir présenter Sheikh Fazlollâh Nouri, un grand chef religieux, comme une personne opposée au développement de la technologie et enclin à favoriser la colonisation de l’Iran. Du fait de cette propagande négative, l’exécution de Sheikh Fazlollâh suscita très peu de protestations au sein de la population téhéranaise de l’époque. Cette exécution, destinée à affaiblir et à écarter le clergé défendant le gouvernement constitutionnel, était due au rapport qu’entretenait ce dernier avec Mirzâ-ye Shirâzi ainsi qu’à l’hostilité des francs-maçons à son égard. Le tribunal qui proclama sa sentence était majoritairement constitué de membres de loges maçonniques et son procureur, Sheikh Ebrâhim Zandjâni, qui proclama la sentence de l’exécution de Sheikh Fazlollâh était l’un des premiers dirigeants de la loge Bidâri-e Irân (Réveil de l’Iran). A la suite de cette exécution, un grand nombre de religieux renoncèrent à la légitimation de la Révolution constitutionnelle et non seulement le clergé, mais également des constitutionnalistes tels que Sattâr Khân et Bâgher Khân furent écartés de la scène révolutionnaire. Moins d’un an après cet événement, un autre chef religieux, Seyyed Abdollâh Behbahâni fut également exécuté, à la suite de quoi l’âyatollâh Akhound Khorâssâni qui, une fois au courant de l’exécution de Sheikh Fazlollâh et de la déviation de la Révolution constitutionnelle, avait décidé de venir à Téhéran pour protester contre ces événements, décéda dans des circonstances troubles. [4]

Mirzâ Hassan Ashtiâni

La complexité de la nature de la franc-maçonnerie, ses activités clandestines et son idéologie particulière au sujet de la tolérance religieuse empêchaient les religieux de défendre une position unie et précise vis-à-vis des francs-maçons qui jouèrent un rôle important dans la Révolution constitutionnelle de 1906. En raison de la discorde existant entre les religieux au début de cet événement, le clergé défendit deux prises de position distinctes vis-à-vis de la franc-maçonnerie : la refuser et l’éviter, ou l’accepter et la rejoindre. Les religieux défendant la première position mettaient en doute la nature et les objectifs de la franc-maçonnerie et la considéraient comme un complot anti-islamique. D’autres avaient une vision extrémiste et fanatique et protestaient contre elle en raison du fait qu’elle était à l’origine un mouvement occidental. Les tenants de la deuxième position étaient pour leur part des religieux attirés par les devises de la franc-maçonnerie qu’ils considéraient conformes à la religion, et en devinrent membres. Certains d’entre eux, comme Seyyed Djamâleddin Asadâbâdi, Seyyed Mohammad Tabâtabâï et son fils Mohammad Sâdegh, la quittèrent après y avoir discerné son absence de compatibilité avec l’islam. Ce dernier exprima en ces termes leur rapport avec la franc-maçonnerie : « Au cours de la Révolution constitutionnelle, mon père et moi avons rejoint une loge maçonnique. Mais à la fin de la Révolution, nous avons clairement constaté que l’Angleterre usait de la loge française pour étendre son influence. Nous avons donc immédiatement quitté cette loge. » [5]

Hâdj Mollâ Ali Kani

Comme d’autres religieux iraniens qui continuaient leurs activités politiques à l’étranger, Seyyed Djamâleddin Asadâbâdi rejoignit la loge Kowkab al-Shargh (Etoile de l’Orient) en Egypte, un an après avoir accepté les devises maçonniques. Il en exprime ainsi la raison : « Ce qui m’encouragea à devenir membre de la franc-maçonnerie fut la devise trompeuse de ce courant, c’est-à-dire liberté, égalité et fraternité… » [6]

A partir de 1875, en collaboration avec des associations maçonniques, il commença sérieusement à s’investir dans la lutte contre l’injustice sociale et politique. Néanmoins, son combat sincère pour l’égalité et la liberté allait à l’encontre des objectifs non-déclarés des francs-maçons, qui décidèrent de le stopper. Ainsi, finalement, Seyyed Djamâl, qui voulait se servir de cet ordre comme d’une tribune pour diffuser l’islam et ses idéaux, s’en sépara. Cette séparation se fit au détriment des francs-maçons, et ce du fait de la grande influence de Seyyed Djamâl au sein du clergé. Certains francs-maçons tentèrent alors de le discréditer. Il faut rappeler que Seyyed Djamâl était alors une figure nationale et internationale influente : il avait déjà rencontré de nombreuses hautes personnalités religieuses de diverses religions, dont le pape, ainsi que d’influentes personnalités politiques. Son but était d’œuvrer pour la diffusion de l’islam dans le monde, et il avait également rejoint la franc-maçonnerie dans ce but. Son passé d’activiste politique, notamment la correspondance contre le traité de Talbot qu’il avait échangée avec Mirzâ-ye Shirâzi, alors résidant à Nadjaf, lui avait déjà valu une certaine méfiance et animosité parmi les francs-maçons, sentiments attisés à l’extrême quand il décida de quitter la franc-maçonnerie. [7]

Seyyed Djamâl Vâ’ez Esfahâni

Quoi qu’il en soit, au cours de leur règne, les Qâdjârs se sont aliénés de façon croissante un clergé qui s’efforçait de préserver le rôle social de l’islam et d’empêcher les Etats étrangers de coloniser le pays. Les guerres entre l’Iran et la Russie sous le règne de Fath’Ali Shâh, les traités signés avec les Anglais à l’époque de Nâssereddin Shâh et la Révolution constitutionnelle lors du règne de Mohammad Ali Shâh, évènements menaçant la souveraineté de l’Iran et de l’islam, ont favorisé la présence croissante du clergé, seul bastion de résistance sérieuse face au colonialisme occidental. Cette présence de plus en plus visible du clergé suscitait de nombreuses tensions avec le pouvoir en place, et les Qâdjârs se sont toujours efforcés de neutraliser le combat des religieux qui, malgré certains échecs, en particulier lors de la Révolution constitutionnelle, n’ont pas cessé de résister.

Sous le règne des Pahlavis, et plus particulièrement celui de Mohammad Rezâ, la franc-maçonnerie développa encore davantage son influence dans l’ensemble des domaines politique, économique et culturel du pays. Ce rôle accru des loges maçonniques entraîna la réaction du clergé opposé à la franc-maçonnerie. Ce sont en particulier les conséquences de la Première Guerre mondiale en Iran qui ont favorisé un renouveau de l’engagement du clergé sur la scène politique et sociale. Il faut notamment citer les noms de Seyyed Mohammad Kâzem Yazdi, Mirzâ Mohammad Taghi Shirâzi, ou encore Shari’at Esfahâni qui ont activement lutté contre l’influence des Alliés en Iran. L’âyatollâh Seyyed Hassan Modarres, grande figure religieuse et intellectuelle de l’époque, a notamment été l’un des membres du Comité de défense nationale contre la Russie et l’Angleterre. De plus, en collaboration avec Sheikh Mohammad Khiâbâni, autre figure religieuse de cette époque, il s’opposa également au traité de 1919, qui affirmait la domination de l’Angleterre en Iran dans les domaines financier et militaire.

Finalement, les Qâdjârs, qui avaient entretenu des rapports amicaux avec la franc-maçonnerie, ont dû leur disparition, au moins en partie, au travail conjoint de l’ambassade d’Angleterre et de la loge Bidâri, qui ont fait leur possible pour remplacer le dernier qâdjâr, le jeune Ahmad Shâh, par un autre pion, Rezâ Pahlavi. Mohammad Ali Foroughi et Seyyed Hassan Taghizâdeh étaient membres de cette loge qui a également poursuivi ses activités antireligieuses pendant le gouvernement de Rezâ Shâh Pahlavi.

Sheikh Ebrâhim Zandjâni

Depuis son coup d’Etat de 1920 avec le soutien des Anglais jusqu’à son arrivée définitive au pouvoir en 1925, Rezâ Shâh a affiché un soutien de façade aux religieux, réussissant ainsi à neutraliser les résistances du clergé. Seul l’âyatollâh Modarres avait officiellement déclaré son autorité contraire à la Constitution et à la loi religieuse, et ce dès 1920. L’âyatollâh avait raison de se méfier de Rezâ Khân puisque ce dernier, révélant son vrai visage après son couronnement, s’est mis à activement combattre la religion et le clergé chiite. Parmi les mesures prises pour limiter l’influence de la religion dans l’espace public figurait l’interdiction du voile et l’encouragement du port de vêtements occidentaux. Face à ces mesures, les grandes personnalités religieuses se sont scindées en deux courants principaux : ceux qui, en tenant compte du contexte de l’époque, se sont prudemment opposés à cette décision du roi, comme Hâdj Sheikh Abdol-Karim Hâeri qui exprima son désaccord par un télégraphe adressé au Shâh, et ceux qui ont préféré une confrontation ouverte, comme Hâdj Sheikh Hassan Ghomi. Ce dernier, quittant Mashhad pour Téhéran, prit part au sit-in organisé dans le mausolée d’Abdol-Azim Hassani, encourageant la nation à le rejoindre. A Mashhad également, de nombreuses personnes se rassemblèrent pour un sit-in à la mosquée Goharshâd, située au cœur du sanctuaire de l’Imâm Rezâ, ce qui entraîna de violents troubles. Du fait de l’intensité des activités antireligieuses de l’Etat durant cette période, la réaction religieuse fut également remarquable, et inclut notamment la lutte contre les différents types de corruption sociale, l’envoi de missionnaires à divers endroits du pays, et l’opposition à la franc-maçonnerie. Pour réduire l’influence des sectes religieuses créées pour contrer le chiisme, l’âyatollâh Boroudjerdi, l’une des figures religieuses les plus importantes de l’époque, envoya des missionnaires et à l’intérieur du pays et à l’étranger pour diffuser et enraciner l’islam chiite. Parmi ces missionnaires, on peut citer les âyatollâhs Khomeiny, Falsafi et Meshkini, qui ont accompli leur mission en l’Iran et les âyatollâhs Mehdi Hâeri, Mohammadi Golpâyegâni, Mohagheghi et Sadr Balâghi qui sont allés à l’étranger.

L’âyatollâh Seyyed Hassan Modarres

Vingt ans après l’arrivée au pouvoir de Rezâ Shâh, la Deuxième Guerre mondiale poussa les Anglais à remplacer ce dernier par son fils Mohammad-Rezâ Pahlavi. A la suite de ce changement, la pression subie par le clergé diminua pendant quelques années et sa lutte pour l’indépendance s’intensifia. La présence de l’âyatollâh Kâshâni aux côtés du Premier Ministre Mohammad Mossadegh lors de la nationalisation de l’industrie pétrolière du pays en 1951 est une preuve de la présence active du clergé dans la lutte contre la domination et l’exploitation de l’Iran par les pays étrangers. A la même époque est fondée la loge Homâyoun en Iran, dont l’un des principaux buts était de combattre ce mouvement anticolonialiste. [8]

Après l’opération Ajax orchestrée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni et le retour de Mohammad-Rezâ Pahlavi au pouvoir, les Américains ont eu une influence croissante dans la politique du pays, réduisant quelque peu celle de la franc-maçonnerie d’inspiration anglaise au sein du régime pahlavi.

Après une période de tolérance et de cohabitation, au début des années 1960, à la suite du décès de l’âyatollâh Boroudjerdi, Mohammad-Rezâ Pahlavi lança l’offensive contre le clergé en commençant à combattre les valeurs islamiques sous prétexte de moderniser le pays. Suite à la Révolution Blanche du Shâh en 1961, le clergé s’opposa à plusieurs articles du projet de loi concernant les réformes sociales en le considérant comme incompatible avec l’islam, et demanda son annulation. Les âyatollâhs Hâeri, Golpâyegâni, Shari’atmadâri, Khânsâri, Behbahâni ainsi que Seyyed Rouhollâh Khomeyni et Seyyed Mahmoud Tâleghâni, l’un des fondateurs du mouvement Liberté, furent parmi les religieux s’efforçant de fédérer le peuple contre ce projet de loi commandé par les Américains.

L’âyatollâh Kâshâni

Après la tuerie de l’école Feyzieh orchestrée par les services de renseignements iraniens de l’époque à Qom, le conflit entre les religieux et les agents du régime s’intensifia. L’âyatollâh Khomeyni envoya alors des religieux comme Seyyed Ali Khâmene’i, Mohammad-Djavâd Bâhonar, ou Mahmoud Doâ’i dans les grandes villes du pays pour raconter cet événement passé sous silence par le régime et insister sur les dangers qui menaçaient l’islam. [9] Des manifestations populaires furent alors organisées et des religieux comme Mohammad Djavâd Bâhonar et Mortezâ Motahhari, arrêtés. [10] Finalement, l’âyatollâh Khomeini est arrêté le 5 juin 1962, arrestation qui entraîne immédiatement des manifestations et que l’on considère comme l’événement qui prépara la Révolution islamique en 1979.

Une fois remis en liberté, l’âyatollâh Khomeyni continua son combat contre le régime pahlavi. Durant cette même décennie, le régime décida d’accorder l’immunité aux conseillers et militaires américains présents en Iran. Pour Mozaffar Baghâ’i Kermâni, leader du parti Zahmat-keshân-e Irân (les prolétaires de l’Iran) comme pour beaucoup d’autres Iraniens, figures publiques ou non, cette permission constitua une capitulation de l’Iran aussi déshonorante que le traité de Torkamanchây [11]. L’âyatollâh Khomeiny demeure sans doute celui qui protesta le plus vigoureusement contre cet accord, en faisant notamment un discours célèbre, d’un impact tel que le Shâh l’exila immédiatement en Turquie.

Seyyed Mahmoud Tâleghâni

Les loges maçonniques continuèrent alors d’organiser leurs activités en Iran et s’appuyèrent parfois sur une maigre fraction du clergé qui leur était acquise. Seyyed Hassan Emâmi fut l’un des religieux favorables à la franc-maçonnerie. Acquis aux idées modernes, ayant fait des études de droit en Europe et connaissant bien l’histoire et la philosophie européennes, il se voit intellectuel et entretient des relations cordiales avec la cour. Il est finalement invité en 1966 à rejoindre la loge maçonnique Nour [12], ce qui dégrada encore plus son image parmi ses pairs. Les années 1970 sont une période d’organisation du clergé et du peuple contre le pouvoir du Shâh et les organismes lui étant proches, dont la franc-maçonnerie, et ce jusqu’à la victoire de la Révolution islamique en 1979. Nous pouvons ainsi dire que cette victoire fut aussi celle des religieux sur la franc-maçonnerie et les valeurs qu’elle défendait, mettant ainsi un terme à une lutte d’influence idéologique, politique et sociale de près de deux siècles.

Seyyed Rouhollâh Khomeyni

Bibliographie :
- Abdollâhi, Omid, Fa’âliat-e elmi-farhangi-e olamâ-ye shi’eh dar asr-e Pahlavi (L’activité scientifique et culturelle des religieux chiites à l’époque Pahlavi), éditions Daftar-e Aghl, 2006.
- Eslâmi, Mehdi et Khosh-Sohbatân, Mohamad-Amir, « Naghsh-e Frâmâsonri dar enherâf-e mashroutiat » (Le rôle de la franc-maçonnerie dans la déviation constitutionnelle) in Zekr, no. 26, 2008.
- Ghâsemi, Salmân, Yahoudiân-e Bani-Esrâ’il va frâmâsonri (Les juifs et la franc-maçonnerie), éditions Kiârâd, Ispahan, 2011.
- Ghanimi-Fard, Hojatollâh, Târikh-e Moâser-e Irân (Histoire contemporaine de l’Iran), éditions Oroudj, 1999.
- Shafi’i Sarvestâni, Esmâ’il, Dâneshestân-e sarzaminhâ-ye dargir dar vâghe’eh-ye sharif-e zohour (Carte des territoires engagés dans l’événement de l’apparition du douzième Imâm), vol. I, éditions Mow’oud-e asr, Téhéran, 2012.

Notes

[1Seyr-e tafakor-e djadid dar djahân va Irân (Les courants de la pensée nouvelle dans le monde et en Iran), pp. 159-160.

[2Elgâr, Hâmed, Târikh-e Frâmâsonri dar Irân (L’histoire de la franc-maçonnerie en Iran), p. 37.

[3« Naghsh-e Frâmâsonri dar enherâf-e mashroutiat » (Le rôle de la franc-maçonnerie dans la déviation de la Révolution constitutionnelle) in Zekr, no. 26.

[4Nehzat-e Rohânioun-e Irân (Le mouvement des religieux iraniens), vol. I, p. 145.

[5Râ’in, Esmâ’il, Farâmoush-khâneh va Frâmâsonri dar Irân (Maison de l’oubli et franc-maçonnerie en Iran), vol. II, éditions Amir Kabir, Téhéran, 1978, pp. 169-170.

[6Farhâdiân, Rezâ ; Ashourlou, Sâdegh, Faryâdgar-e gharn, p. 34.

[7Tabâtabâ’i, Mohammad Mohit, Naghsh-e Seyyed Djamâleddin Asadâbâdi dar bidâri-e mashregh zamin (Le rôle de Seyed Djamâleddin Asadâbâdi dans le réveil de l’orient), p. 56.

[8Râ’in, Esmâ’il, Farâmoush-khâneh va Frâmâsonri dar Irân (Maison de l’oubli et franc-maçonnerie en Iran), vol. III, éditions Amir Kabir, Téhéran, 1978, p. 380.

[9Pezeshkzâd, Iradj, Morouri dar vâghe’eh-ye 15 khordâd 1342 (Révision de l’événement du 5 juin 1962), éditions Sherkat-e Ketâb, Los Angeles, 2008, pp. 34-35.

[10Ibid., pp. 39-41.

[11Ibid., pp. 155-157.

[12Afrâsiâbi, Bahrâm, Vaghti pardeh-hâ bâlâ miravad (Quand les rideaux se lèvent), éditions Mehr, p. 285.


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