Le rocher Pierre de Diamant, près de l’île de Kish.

Il existe du côté iranien du golfe Persique une île oviforme d’une superficie d’environ 90 km2, l’île de Kish. Le mot « kish » signifie étymologiquement carquois et cela parce qu’à une certaine altitude, elle a l’apparence d’une flèche dans son carquois. Certains historiens prétendent que cette île était anciennement connue sous le nom de Kiyan, mot lui-même lié à la dynastie des rois kiânides. L’un des premiers récits de voyage la concernant est celui de l’amiral grec Nearchus, qui aurait visité l’île de Kish au IVe siècle av. J.-C. sur ordre d’Alexandre le Macédonien, et ce, en vue d’explorer le golfe Persique et la mer d’Oman. Xénophon évoque cette île sous le nom de « Mère de Kamtina ». D’après lui, après la visite de Nearchus, l’île aurait été dédiée à deux dieux de la mythologie grecque : Venus et Mercure.

Avant l’islam, Kish a successivement été sous la domination des Elamites, des Akkadiens, des Sumériens, des Achéménides, des Séleucides, des Arsacides et finalement des Sassanides. Après la victoire des musulmans et la chute de l’Empire sassanide, Kish, comme le reste de l’Iran, est gouverné par les califats arabo-musulmans omeyyade puis abbasside, avant d’être de nouveau et assez rapidement sous la domination des dynasties iraniennes, avec la victoire de la dynastie iranienne des Saffârides sous le califat abbasside et la prise de contrôle de tout le sud iranien. Parmi ces dynasties, citons notamment les Safavides, Seldjoukides, Afshârides, Qâdjârs et finalement Pahlavis, qui ont régné sur l’île de Kish jusqu’à la Révolution islamique de 1979 et l’établissement d’une république en Iran.

Sous le règne des Achéménides, Kish était le premier producteur mondial de perles et de ce fait, a toujours connu un important négoce. Selon les documents historiques, plusieurs siècles durant, l’île de Kish a eu une importance aussi notable que celle de villes comme Shirâz ou Bagdad, avec un pic durant la période ilkhânide. Les vestiges de la ville de Harireh, sur l’île, témoignent de cette époque faste.

Au XVIe siècle, les Portugais, alors au faîte de leur puissance maritime, entrent dans le golfe Persique grâce à leur flotte militaire et occupent l’île de Kish avec l’intention de monopoliser le commerce de l’océan Indien. Mais les Safavides réussissent à les expulser.

Jusqu’en 643, l’île de Kish ainsi que les autres îles du golfe Persique étaient Perses de culture et de langue. Cependant, elles étaient déjà convoitées par les Arabes qui devaient emprunter ce chemin en vue d’attaquer les régions du sud de l’Iran, notamment le Kermân ou le Fârs. Finalement, avec la victoire des Arabes musulmans, l’île de Kish tombe sous le gouvernorat de la tribu arabe d’Abdollâh Qeys. C’est la raison pour laquelle certains historiens ont avancé l’idée que l’étymologie du nom de cette île viendrait de « Qeys », transformée plus tard en Kish, bien que cette hypothèse étymologique soit majoritairement rejetée.

Carte du Hormozgân datant de 1891, d’Adolph Stiller. Kish est à droite, près du détroit d’Ormuz.

Durant l’invasion arabo-musulmane au VIIe siècle et jusqu’à la reprise de l’île par les Saffârides, Kish connait des moments difficiles sous la gouvernance des émissaires des califes. Les dynasties safavide, afshâride et zand sont également des périodes de libération pour cette île tombée entre les mains de tel ou tel envahisseur.

Sous le règne de Shâh Abbâs, les Portugais sont expulsés du golfe Persique par le général Emâm Gholi Khân, chargé par le roi safavide de cette mission difficile. Après le départ des Portugais, le golfe Persique connaît une certaine sérénité jusqu’à la période zand qui voit les Britanniques, jusqu’alors partenaires économiques et marchands, dévoiler un certain appétit de conquête et ancrer des navires dans le golfe Persique. C’est le début d’une ère d’influence britannique très importante dans la région. Ces derniers, s’alliant aux Portugais encore présents, soumettent à leur tutelle Bahreïn, toujours officiellement iranienne et s’emparent militairement de Kish qu’ils vendent 25 000 tomans à un certain Mohammad Rezâ Bastegui. L’île est reprise par les Iraniens ; néanmoins, de tels actes ne sont que les débuts des ignominies marquant la présence britannique dans la région.

Statue du général Emâm Gholi Khân à Gheshm

Au début du XXe siècle de nouveau, l’île est sous occupation étrangère et il faudra attendre le règne de Mohammad Rezâ Pahlavi, vassal des puissances occidentales, pour que l’occupation militaire, sans intérêt désormais, soit terminée.

Géographie, coutumes et démographie de l’île

Kish est une île corallienne avec une population estimée à 20 922 personnes. 92% sont alphabétisées et 98% travaillent. Kish est aujourd’hui une île touristique et zone de libre échange commercial. Les habitants locaux habitent majoritairement le quartier de Saffin. Ce quartier ayant préservé son tissu traditionnel, il attire beaucoup les visiteurs. Les locaux sont également attachés à leurs traditions, intéressantes à observer pour les voyageurs. Les habitants de Kish sont musulmans chiites et les fêtes les plus célébrées sont celles de Norouz, de Ghadir et de Ghorbân. Avec l’essor rapide et global du tourisme dans la région, les locaux ont majoritairement déserté leurs métiers traditionnels (pêche et agriculture) et travaillent désormais dans les secteurs tertiaires.

Le pipal est un arbre commun de l’île et de toute la province de Hormozgân

Parmi les endroits à visiter sur cette île, nous pouvons citer le bazar ancien de Saffine, qui tient orgueilleusement sa place aux côtés des innombrables centres commerciaux modernes et dont l’architecture est similaire à celle des bazars du centre iranien. Le pipal est un arbre commun de l’île et de toute la province de Hormozgân. Le plus vieil arbre de l’île est d’ailleurs un pipal ou figuier des pagodes nommé Lour, planté, dit-on, par les Portugais au XVIe siècle. Le pipal est aussi un arbre à vœux et les habitants accrochent des vœux à ses branches et racines aériennes. Lour est également nommé « Arbre vert » et attire les visiteurs.

Les attraits touristiques de Kish

Parmi les monuments historiques de Kish, citons les vestiges de l’antique ville de Harireh. Certaines parties de la ville, entre autres les hammams, les aqueducs et la grande mosquée ont été rénovées ou reconstruites pour les plus abîmées. Le canal ou Kâriz de la ville antique est sans doute la partie la plus intéressante à visiter, puisqu’il s’agit littéralement d’une ville sous la ville, les canaux ne servant pas uniquement à retenir et à déplacer l’eau potable, mais comprennent aussi des stations souterraines pour le repos des habitants durant les heures chaudes, des chambres, des salles, des décorations murales, des arches travaillées, etc. De plus, les innombrables ustensiles antiques et même pré-antiques utilisés par les habitants de l’île depuis des millénaires ont été conservés.

Parc des Oiseaux, Kish.

A part les monuments historiques, les parcs publics, les plages et les récifs coralliens, le zoo, le Parc des Oiseaux, le Delphinarium et l’ancien navire grec reconverti en restaurant flottant

sont autant d’autres exemples des agréments touristiques du lieu. On peut également pratiquer la plongée, le ski nautique et autres sports aquatiques dans l’île.

Deux grandes universités iraniennes, l’Université de Téhéran et Sharif, localisées à Téhéran, acceptent également des étudiants nationaux et internationaux en divers cursus universitaires en collaboration avec des universités australiennes et malaises.

Le Delphinarium de Kish.

Bibliographie :
- Fa.m.wikipedia.org
- Www.jazirehkish.com
- Kish.irib.ir
- Topnop.ir


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