N° 106, septembre 2014

L’île de Hormoz, foyer en pleine expansion du Land Art


Sarah Mirdâmâdi


Œuvre de Ahmad Nâd’aliyân

La petite île de Hormoz, qui dépend de la province de Hormozgân, est devenue au cours de ces dernières années un foyer important à la fois d’exposition et de production de Land Art (en persan, honar-e mohiti). Cette situation unique est notamment due à la présence d’une variété exceptionnelle de terres et de sables en son sein, fait remarquable pour une île de taille aussi modeste : sa superficie ne dépasse pas 42 km2.

Le plus grand tapis en terre au monde

L’île volcanique de Hormoz est tout d’abord devenue le lieu d’organisation d’une exposition annuelle de Land Art unique en Iran et dans la région. L’événement est organisé par Ahmad Nâd’aliyân, l’une des figures les plus importantes du Land Art en Iran que nous présenterons plus en détail par la suite. Cette exposition a notamment donné lieu à la création du plus grand tapis en terre du monde début 2014, confectionné sur la côte de l’île. Il a été réalisé à partir des terres multicolores et notamment rouges caractéristiques de l’endroit, et par des artistes de Land art. Ce tapis unique en son genre a été baptisé Dâmâhi, et occupe une surface de 1600 m2. Selon les légendes locales de la province transmises oralement de génération en génération, Dâmâhi est le nom d’un énorme poisson (mâhi en persan) qui volait au secours des gens du sud de l’Iran lorsqu’ils se trouvaient confrontés à des problèmes. Cette création artistique est la cinquième du genre. Cette manifestation contribue aussi à la présentation des talents des jeunes artistes de la province et de l’île. En outre, cet événement artistique a permis une augmentation remarquable du nombre de touristes sur l’île.

Le plus grand tapis en terre au monde, Ile de Hormoz

Le musée et centre artistique de Ahmad Nad’aliyân au sein de l’île de Hormoz

Le musée et centre artistique de Ahmad Nad’aliyân est au cœur de l’activité de production et d’exposition de Land Art sur l’île. Ce lieu était auparavant la demeure de Nâd’aliyân qui a vécu sur l’île plusieurs années, et a depuis été transformé en musée et en atelier. Ali Nâd’aliyân est à la fois un artiste, un critique d’art, un enseignant à l’université, et une figure internationalement reconnue dans le domaine du Land Art. Outre ses activités en tant que peintre, il est également connu en tant que sculpteur sur pierre, graphiste, dessinateur, caricaturiste et photographe. Ses œuvres ont été exposées dans de nombreux pays dont la France, l’Allemagne, l’Italie, les Etats-Unis, le Japon… et plusieurs de ses créations, dont des pierres gravées, ont été "dispersées" dans de nombreux pays du monde. Il a également réalisé des œuvres composées de plusieurs médias, dont certaines ne sont visibles que sur internet.

Ahmad Nâd’aliyân

Le musée se situe dans le vieux quartier de Hormoz et ses bâtiments, qui ont fait l’objet d’une importante rénovation jusqu’en 2014, sont en eux-mêmes des œuvres d’art ; de nombreux artistes ayant participé à leur décoration. Un nombre important des œuvres de Nad’aliyân y sont exposées. Le lieu est désormais connu au niveau national et international comme un centre important de Land Art, et plusieurs expositions remarquables dans ce domaine y ont été organisées. Outre son rôle de lieu d’exposition, l’ancienne maison de Nad’aliyân est aussi un endroit vivant fréquenté par des artistes qui viennent y trouver de l’inspiration et y réaliser des œuvres uniques de Land Art, durant une résidence plus ou moins longue. Le nombre de places reste cependant peu élevé et a du mal à faire face à la demande croissante d’artistes désirant y habiter pendant quelque temps. Pour remédier à ce problème, certains habitants des alentours offrent désormais leur hospitalité aux artistes de passage. Des cours de dessin y sont également donnés, notamment à des habitants locaux de l’île et à d’anciens drogués ayant suivi une cure de désintoxication. Ce musée contient également la plus riche collection de broderies d’Iran. Une partie des œuvres de Nâd’aliyân est également à vendre au sein du musée, vente qui permet de subvenir aux dépenses du lieu. Ce dernier continue à fréquenter son ancienne demeure, et revient y vivre quelques semaines durant les mois d’automne et d’hiver pour y réaliser de nouvelles œuvres en solo et en coopération avec les femmes locales habitant Hormoz. Le centre abrite ainsi des ateliers de peinture où travaillent ces habitantes d’Hormoz, exécutant en majorité différents projets de Land Art élaborés par Nâd’aliyân avec les terres multicolores de l’île. Les paysages de l’île et ses terres multicolores, qu’il a soigneusement récoltées dans de petits flacons, restent ainsi pour lui une source unique d’inspiration. Les femmes ont le privilège de recevoir de la part du maître des cours leur apprenant à dessiner avec les différents sables et terres de l’île. Certaines de leurs œuvres sont également à vendre, et une partie des revenus dégagés est consacrée au financement des études des jeunes filles de l’île.

Ce centre, à la renommée croissante et qui attire un nombre croissant d’artistes et de touristes, semble voué à un bel avenir et à assurer une promotion unique du Land Art. La géographie et la taille de l’île d’Hormoz est elle-même pleinement en accord avec la dimension écologique de cet art, en permettant aux artistes de s’y déplacer à pied, à leur rythme, et à trouver facilement des matériaux uniques pour réaliser leurs œuvres.


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