N° 118, septembre 2015

Les monhirs de Shahar Yeri et le pont suspendu de Meshkin Shahr


Babak Ershadi


Mont Sabalân (4811 m), troisième sommet d’Iran

Meshkin-Shahr (66 000 habitants selon le recensement de 2011) est une ville de la province d’Ardebil dans le nord-ouest iranien (Azerbaïdjan). Nommée autrefois « Khiâv », la ville est souvent appelée « Meshkin » par les habitants de la région.

A une altitude de 1400 mètres au-dessus du niveau de la mer, Meshkin-Shahr se situe à 25 kilomètres au nord-ouest du mystérieux Sabalân (Sâvâlân, en azéri), cette grande montagne volcanique qui est, avec ses 4811 m, le troisième sommet de l’Iran.

Les habitants de la ville parlent azéri (langue de la famille turque-oghouz) et beaucoup d’entre eux sont Shâhsavan, tribu azérie dont les membres nomades ou sédentarisés (300 000 personnes) vivent en Iran et en République d’Azerbaïdjan (mais aussi en Irak et en Turquie). Autrefois, le nom de cette tribu azérie était en quelque sorte synonyme de « chiite duodécimain », la religion étant un élément identitaire principal de ce peuple, notamment à l’époque de la rivalité entre les empires safavide et ottoman dès le XVIe siècle.

Shahar Yeri

Le site de « Shahar Yeri » (vestige de ville, en azéri) se situe à 2 km du village de Pirazmiân, au bord de la rivière Ghara-su (Eau noire, en azéri). Ce site archéologique de 400 hectares se trouve à 21 km à l’est de Meshkin. Les archéologues divisent le site en trois périmètres de superficies inégales : la forteresse, le temple et la colline Ghoshâ Teppa. La forteresse et le temple datent de 1450 av. J.-C., tandis que les vestiges du peuplement de Ghoshâ Teppa remontent au VIIe millénaire avant notre ère.

Le Britannique Charles Bernie dirigea une première fouille sur ce site une dizaine d’années avant la victoire de la Révolution islamique de 1979. Mais les travaux furent abandonnés pendant une longue période, jusqu’à ce que le professeur Alirezâ Hojabri Nobari, du département d’archéologie de l’Université Tarbiat Modares (Téhéran), réalise trois saisons de fouilles à Shahar Yeri (2003-2005).

Pendant la première saison de fouilles en 2003, les archéologues se mirent à étudier la nécropole de l’آge du fer dont une partie avait été endommagée par les pilleurs et les chercheurs de trésors. Seule la structure des tombes était restée intacte. Les scientifiques ont découvert des poteries qui appartenaient au Chalcolithique (période de la protohistoire où le cuivre commence à être en usage) qui est originellement défini comme une transition entre le Néolithique et l’آge du bronze. (Carte du Chalcolithique 1) Avec cette découverte, la mission archéologique a réussi à faire remonter l’ancienneté du site de 3500 ans par rapport à l’آge du fer.

Femme Shâhsevan

Ces documents ont prouvé que le peuplement de cette partie de la province d’Ardebil datait au moins de 5500 à 4300 av. J.-C. En outre, les chercheurs y ont découvert de nombreux morceaux d’obsidienne (roche volcanique vitreuse et riche en silice). Pour les archéologues, l’obsidienne est un indice de datation mais surtout d’identification d’« échanges » parmi les peuples préhistoriques. L’obsidienne fut utilisée pour la fabrication de tranchant pour les armes et les outils au cours de la Préhistoire. Il existe aussi de nombreuses traces d’utilisation de l’obsidienne au Néolithique, où une forme de commerce et de transport de la pierre avait été mise en place parmi les habitants de différentes régions. Cela permet de penser que pendant la Préhistoire, un réseau d’échange existait entre cette partie de la province d’Ardebil d’une part, et les peuples qui vivaient au Caucase et en Turquie d’autre part. Cette pierre, qui ne se trouvait naturellement pas dans toutes les régions, faisait l’objet d’un « commerce » interrégional.

Lors des fouilles de 2004, les archéologues se sont concentrés sur le temple. Ils ont découvert que l’ancien temple se trouvait à l’endroit où une forteresse avait été bâtie ultérieurement. Les savants ont aussi retrouvé des offrandes à cet ancien temple. Les experts en ont déduit que pendant la période urartéenne (Ier millénaire av. J.-C.), les habitants de Shahr Yeri abandonnèrent leur religion ancienne, construisirent une forteresse sur leur ancien temple, et se convertirent à la religion de l’Urartu, ce royaume apparu, puis disparu, au cours du Ier millénaire avant notre ère, avant d’être remplacé par l’ancienne Arménie. Mais il est difficile de déterminer si cette conversion était volontaire ou forcée. Ainsi, les anciens habitants construisirent leur nouveau temple à côté de la forteresse. Lors des fouilles, les experts ont aussi découvert une couche plus ancienne sous l’enceinte de la forteresse, qui devait appartenir à une cité d’avant l’آge du fer.

La troisième saison de fouilles en 2005 a prouvé que pendant la période urartéenne, la forteresse avait été incendiée, puis abandonnée. Ces recherches ont prouvé que Shahar Yeri était peuplé de manière permanente de 7000 av. J.-C. jusqu’au Ier millénaire avant notre ère. Pendant cette saison de fouilles, les archéologues ont excavé le temple principal de Shahar Yeri.

Menhirs de Shahar Yeri

Les menhirs de Shahar Yeri

Les fouilles de 2005 ont permis aux experts de découvrir des choses extraordinaires. La mission archéologique de Shahar Yeri y trouva notamment plus de 300 menhirs. Les menhirs sont des monuments de pierre brute, placés verticalement sur la terre. Ces menhirs sont de tailles, de dimensions et de formes différentes. Leur hauteur diffère de 35 cm à 250 cm. Mais le point commun de ces menhirs est qu’ils sont taillés et représentent tous la même image, à quelques différences près dans les détails. Ce sont des figures humaines avec des mains, un visage, des yeux, une coiffure et une épée. Mais il est curieux de savoir que tous ces visages sont dénués de bouche ! D’après les estimations, ces menhirs datent du milieu du IIe millénaire au milieu du Ier millénaire av. J.-C. Il est à noter que des menhirs préhistoriques ont été découverts dans d’autres régions de l’Azerbaïdjan, surtout près de la ville de Sarâb. Mais ceux de Shahar Yeri sont les seuls qui sont taillés. Les recherches ont montré que ces menhirs étaient disposés sur un cimetière sacré datant de l’آge du fer. L’hypothèse que certains experts avancent consiste à imaginer que les menhirs furent placés sur les tombes des guerriers, et que la nécropole était sacrée et faisait partie d’un temple de héros.

Menhirs de Shahar Yeri

Pour tailler les menhirs, les anciens habitants de Shahar Yeri auraient utilisé des outils en pierre, en os et en métal. Plusieurs autres pierres ont été découvertes dans le temple, sur lesquelles des figures animales (bouquetins) ont été taillées. Il est à noter que des menhirs taillés de cette manière sont très rares. Jusqu’à présent, un menhir de ce type a été découvert en République d’Azerbaïdjan et sept autres en Turquie. Les menhirs de Shahar Yeri se situent dans un cimetière protohistorique qui compte près de 450 tombes. Le cimetière est plus ancien que les menhirs, et certaines tombes datent du IIIe millénaire av. J.-C. Les habitants de la région appellent ces menhirs « Maktab ushakhlâri » (Les écoliers).

Les recherches archéologiques montrent que Shahar Yeri fut un village peuplé et habité en permanence pendant une très longue période allant de l’آge du cuivre à l’آge du fer jusqu’à la Protohistoire. Shahar Yeri est le plus grand site archéologique de la province d’Ardebil et l’un des plus importants du nord-ouest iranien.

Parc forestier de Meshkin-Shahr

Le parc forestier de Meshkin-Shahr

Le parc forestier de Meshkin-Shahr est tout près de la ville, sur la rive occidentale de la rivière de Khiâv-Tchâi. Il s’étend sur un grand terrain de 300 hectares, et compte depuis quelques années un centre actif de tourisme et de loisirs de la province d’Ardebil. Les terrains de jeux, les restaurants et les hébergements de ce parc forestier font de lui un endroit idéal pour passer un weekend ou un séjour de plusieurs jours dans le département de Meshkin-Shahr. En mai 2015, le parc forestier de Meshkin-Shahr s’est doté aussi d’un nouvel atout : un pont suspendu métallique piéton, le plus grand du Moyen-Orient. Ce pont est long de 365 m et large de 2 m. Il traverse la vallée de la rivière Khiâv-Tchâi à une hauteur de 80 m par rapport au niveau de la rivière. Les deux mâts du pont ont une hauteur de 21 m. La fondation du massif d’ancrage des câbles a une profondeur de 12 m, et les câbles d’acier ont une épaisseur de 70 mm. Le tablier du pont est couvert de matériaux polymériques et composites, résistants à l’humidité, au feu, à la pression et au choc. Le pont suspendu a été construit par une équipe d’ingénieurs de la province d’Ardebil, et répond aux normes internationales de sécurité. En traversant ce pont suspendu, les visiteurs ont la chance d’avoir un panorama extraordinaire du mont Sabalân et du parc forestier. Le pont peut se déplacer horizontalement de deux mètres, ce qui peut donner aux gens qui le traversent (surtout au milieu du pont) les mêmes sensations fortes que des montagnes russes dans un parc d’attractions.

Pont suspendu métallique piéton de Meshkin-Shahr (356 m), le plus long du Moyen-Orient.

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