Tapis de Hamedân

La ville de Hamedân est l’un des principaux centres de confection de tapis en Iran. Ces tapis se distinguent de par leurs motifs et la façon dont ils sont tissés, mais aussi par leur prix relativement plus bas comparé aux produits d’autres centres de production de tapis en Iran. L’importance et l’ancienneté de la production de tapis dans la région peuvent notamment être liées aux hivers froids et longs de cette région, et au besoin de ses habitants de couvrir le sol de leur demeure pour se protéger du froid. Dès le XVIe siècle, les tisseurs de Darjazin, une région de Hamedân, étaient connus pour la qualité de leurs tapis, et on rapporte que le roi safavide Shâh Tahmâsp aurait offert à l’Ottoman Soltân Soleymân un tapis de cette région. En 1850, Yacoup Palak, le médecin de la cour des Qâdjârs, évoque dans son récit de voyage les tapis de Hamedân, en soulignant que ses habitants maîtrisent particulièrement bien le tissage des tapis en laine de chameau.

La ville de Hamedân est aussi depuis plusieurs siècles non seulement un lieu de confection, mais aussi de commerce du tapis en Iran. La plupart des tapis issus du centre et de l’ouest de l’Iran étaient exportés à partir de cette ville vers l’Iraq, ainsi que dans d’autres pays arabes et vers l’Europe. Hamedân, mais aussi des villes comme Arâk et Kermân célèbres pour leurs tapis ont attiré l’attention de compagnies étrangères durant les dernières années de l’époque qâdjâre. Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, Ziegler, une compagnie anglaise, fonda plusieurs ateliers de fabrication de tapis à Hamedân, Arâk, Malâyer, etc.

Des jeunes filles tissant un tapis à Hamedan , Iran, Circa 1922

Les caractéristiques des tapis

Les tapis de Hamedân sont fabriqués, avec des méthodes et styles différents, à la fois dans les villages et dans les villes. Avant le XIVe siècle, les tapis étaient tissés exclusivement dans les villages, les plus fameux villages de production étant jusqu’à aujourd’hui Sardoroud, Darjazine, Khamseh, Enjilas, ou encore Jozan. Cependant, avec le développement urbain, de nouveaux centres de tissage au cœur des villes apparaissent, notamment à Hamedân mais aussi Nahâvand, Malâyer et Kaboutar Ahang. Bien que tissés dans des centres urbains, ces tapis conservent les caractéristiques principales des tapis ruraux.

L’harmonie et la variété des dessins et des couleurs des tapis de Hamadân

Ce qui distingue les tapis de la région de Hamedân est l’utilisation de nombreux motifs géométriques colorés avec des matières entièrement naturelles. Concernant la technique de leur tissage, l’ensemble de ces tapis ont un fil directeur (shirâzeh) et presque tous sont noués selon des nœuds dits "turcs", étant donné que la plupart des habitants de cette région sont eux-mêmes d’origine azérie. Les métiers (dâr-e ghâli) sont en général verticaux et fixes, mais il existe aussi des métiers tournants dans certaines régions urbaines. Le tissage des tapis (tchelleh keshi) se fait lui aussi à la manière turque. Les tapis traditionnels de Hamedân sont tissés sur la base d’une trame (poud) blanche et très épaisse ; mais les nouveaux types de tapis tissés dans les villes le sont souvent sur la base de deux trames, une épaisse et une autre plus fine.

Tapis de Kaboutar Ahang

Une autre caractéristique de ces tapis est qu’ils sont très lourds et résistants, et ont des franges assez longues. Ils comportent également de nombreuses couleurs, qui sont naturelles et souvent d’origine végétale.

La couleur marron pâle (celle du poil des chameaux) est généralement choisie comme fond du tapis. Le rouge pâle (préparé avec de la garance), le bleu (à base d’indigo) et le vert (à partir de feuilles de vigne) sont les autres couleurs le plus souvent utilisées dans le tissage. Quant aux motifs, le plus courant est celui du cédrat (toranj en persan) tissé au centre du tapis, ainsi que le dasteh goli (bouquet de fleurs), le mâhi dâr (mâhi signifiant "poisson" en persan), le khamseh, le gharedâghi, ou encore le bi toranj. Les régions urbaines utilisent plutôt des motifs comme le Shâh Abbâsi (nom d’une fleur connue en Iran), le mehrâbi (représente la mosquée et la prière avec des chandeliers et des fleurs), le botteh djegheh, le gol o bolbol, etc.

Tapis de Nahâvand

La situation actuelle du tapis de Hamedân

Au cours des dernières décennies, les sanctions prises contre l’Iran ont contribué à réduire sensiblement les exportations de ces tapis, ayant à son tour un impact négatif sur le volume de leur production, notamment les tapis fabriqués à la main de façon traditionnelle.

Cependant, en mars 2015, le tapis de Hamedân a été inscrit à l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (WIPO). Cette reconnaissance officielle vient confirmer l’ancienneté, la beauté, et l’originalité des couleurs et motifs du tapis de la région de Hamedân. Elle vient également à point nommé pour relancer la production et les exportations de cet artisanat exceptionnel, dans un contexte de post-sanction.

Tapis de Malâyer

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