N° 125, avril 2016

Un aperçu sur les dialectes
régionaux de Hamedân


Parviz Azkâï*
Résumé et traduction par

Khadidjeh Nâderi Beni


La province de Hamedân, comme la plupart des régions iraniennes, est dotée d’un riche patrimoine à la fois culturel et naturel. Elle jouit d’une histoire de plus de 3000 ans, de fortes traditions et d’un langage populaire typologiquement propre à cette région. L’une des particularités folkloriques de la région est sans doute l’ensemble des parlers qui, dans les prochaines décennies, risquent d’être peu à peu oubliés. Cependant, certains aspects de la culture traditionnelle et populaire de cette région ont bien résisté au processus de modernisation. C’est notamment le cas de la tradition orale, et plus particulièrement du dialecte hamedâni. L’un des exemples les plus représentatifs du dialecte folklorique de Hamedân est ce que l’on appelle « fahlaviât ». Il s’agit d’un genre de poème régional qui est considéré comme étant l’héritier de la langue pahlavi [1]. Parmi les compositeurs de ces vers dialectaux (fahlaviât), on peut citer le nom de Nadjmoddin Hamedâni qui, grâce à ses quatrains (dobeyti), est connu sous le nom de Nadjm-e Dobeyti.

Durant son histoire, le dialecte des habitants de Hamedân a été influencé de façon importante par trois langues dont les langues arabe et turque, ainsi que par le dialecte parlé par les Juifs de Hamedân. Voici les principaux événements historiques à la source de ces influences : 1) l’invasion arabe de la Perse, qui aboutit à l’introduction d’un grand nombre d’éléments arabes dans toutes les langues et dialectes iraniens, dont le hamedâni ; 2) l’arrivée au pouvoir des Seldjoukides en Iran au milieu du XIe siècle, qui a eu nécessairement des conséquences importantes au niveau culturel.

Ancienne photo de Hamedân

Les princes seldjoukides adoptent le persan comme langue officielle. Cependant, on voit une grande influence au niveau de l’identité nationale là où de nombreux nomades turcophones se sont mêlés aux habitants. En résumé, la domination des Turcs sur une grande partie du pays atteint son apogée avec la pénétration de la langue turque dans les langues iraniennes d’Iran. De nos jours, on peut constater que le turc est parlé dans un grand nombre de villages de la province. En fait, la domination politique des Turcs assure dès lors la suprématie de leur langue sur la majorité des dialectes iraniens. 3) Les linguistes pensent aussi qu’en raison de l’ancienne présence d’une communauté juive à Hamedân, le dialecte des habitants de cette région a emprunté un bon nombre de mots et expressions à leur langue. Les données historiques attestent que l’arrivée des Juifs à Hamedân remonte à l’an 722 av. J.-C. Rouben Abrahamiân, linguiste et chercheur juif, a réalisé une vaste étude sur les dialectes des Juifs d’Iran, et plus particulièrement ceux de Hamedân et d’Ispahan. Dans ses Dialectes des Israelites de Hamedân et d’Ispahan et Dialecte de Bâbâ Taher (publié à Paris en 1936), il a rendu en langue arménienne les quatrains de Bâbâ Tâher [2]. Dans cet ouvrage, l’auteur arrive à démontrer que le dialecte pratiqué par ce poète fait partie des patois parlés par les Juifs de la province de Hamedân. D’après les spécialistes, le dialecte pratiqué par les indigènes et celui des Juifs de Hamedân offrent des similitudes. Cette ressemblance apparaît surtout dans la phonétique, la morphologie et le vocabulaire. On peut en outre observer ce même type de voisinage entre le dialecte hamedâni et le pahlavi.

Les linguistes soutiennent que divers patois ayant tous des liens de parenté sont pratiqués par les habitants des différentes régions de la province. Cette diversité a de nombreuses causes, dont la principale est la rupture des relations entre les différentes populations de la région : des hostilités entre les différentes tribus, les longues distances entre les villages, et le fanatisme religieux de certains habitants de cette région ont abouti à la rupture de tout échange culturel entre les tribus de cette province, en particulier des tribus Heydari, Ne’mati et Ghomi. De ce fait, on y pratique bon nombre de patois secondaires dont le hessâri, le djoulâni, et le ramzyâr. Il est à regretter que leurs caractéristiques détaillées, dont les règles grammaticales, phonétiques et morphologiques ne soient pas encore compilées de façon systématique dans un ouvrage spécialisé.

Le dialecte des habitants de Hamedân comprend de nombreux mots archaïques et provinciaux et des expressions hors d’usage ; en voici quelques exemples :

L’une des particularités les plus importantes du dialecte hamedâni est de donner un son [e] à la première syllabe de chaque mot. Cette règle, qui s’appelle « ebtedâ be kasr kardan », est caractéristique de cet accent de l’ouest de l’Iran. Par exemple, le mot Mashhad se prononce [meshad]. Pour conclure, nous présentons une liste des mots et expressions propres au dialecte Hamedâni.

Gandjnâmeh , une inscription cunéiforme à Hamedân

* Azkâï, Parviz, « Mokhtassari pirâmoun-e farhang-e âmiâneh-ye Hamedân va gouyesh-e ân », (Un aperçu sur la culture populaire de Hamedân et le dialecte hamedâni), in Honar va Mardom (L’Art et la Culture), n° 126, 1974.

Notes

[1Langue parlée en Perse sous les Sassanides.

[2Grand poète et mystique du XIe siècle né, mort et enterré à Hamedân.


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