N° 127, juin 2016

Une faune menacée : les espèces éteintes ou en danger d’extinction en Iran


Hamideh Haghighatmanesh


Grue de Sibérie

Selon les témoignages présents, la biodiversité passée de l’Iran était plus importante qu’aujourd’hui. A titre d’exemple, dans une zone de la région de Marâgheh, des traces vieilles de sept à neuf millions d’années de diverses espèces animales, notamment d’insectes tels que des fourmis, ou des mammifères tels que des espèces de zèbres, de girafes, de rhinocéros, d’éléphants, de loups, d’ours, de zibelines, de hyènes et même de singes ont été découvertes lors de fouilles sous les cendres volcaniques du mont Sahand.

Cependant, aujourd’hui encore, la diversité biologique est remarquable en Iran, malgré sa diminution et les destructions causées à l’environnement et aux diverses espèces vivantes. Environ 174 espèces de poissons d’eau douce, 20 espèces d’amphibiens, 206 espèces de reptiles, 504 espèces d’oiseaux, 194 espèces de mammifères et 25 000 espèces d’insectes ont été jusqu’à maintenant répertoriées en Iran. Cette diversité est pourtant désormais sérieusement menacée.

Courlis à bec, appelé en persan guilân shâh khâldâr

 

Espèces menacées

 

Quatre espèces d’oiseaux vivant en Iran sont dans une situation critique : la grue de Sibérie, le vautour fauve, le courlis à bec grêle et le canard blanc. Douze autres espèces d’oiseaux sont aujourd’hui vulnérables : l’oie naine, la bernache à cou roux, la marmaronette marbrée, le pygargue de Pallas, l’aigle criard, l’aigle impérial, le faucon crécerellette, le vanneau sociable, le râle des genêts, la grande outarde, le pigeon d’Eversmann et le cormoran noir.

Canard à tête blanche, zone humide d’Agh Ghal’eh,

Quant aux amphibiens, le neurergus kaiseri de la famille des salamandridés et l’Iranodon gorganensis sont parmi les espèces protégées en Iran, c’est-à-dire celles dont le nom est cité dans la liste rouge publiée par l’UICN qui enregistre trois types d’espèces : celles « en danger critique » d’extinction, « en danger » et « vulnérable », qui sont des espèces menacées d’extinction imminente ou à court terme.

Vautour fauve, appelé en persan karkas dâl

z

Parmi les reptiles d’Iran en danger d’extinction, citons la tortue imbriquée, la tortue marine, la tortue dite rafetus euphraticus, la vipère d’Orsini, la vipère montivipera wagneri, le crocodile des marais, la tortue testudo graeca, la manouria emys (tortue brune) et la vipère viperalatifi mertens.

Aigle criard

Près de douze espèces de poissons sont également vulnérables en Iran dont le saumon, le gardon et la brème commune, ainsi que quatre espèces endémiques : le kour-ghâr, le sag-mâhi ghârezi, la carpe commune de Geno et la carpe de Zagros.

Quant aux mammifères, plusieurs sont également en danger critique d’extinction, notamment le guépard iranien, l’ours noir, le lamantin, quelques espèces de chauve-souris nommée eptesicus nasutus, myotis bechsteinii, le murin émarginé, l’onagre de Perse… Au total, treize mammifères sont aujourd’hui en danger critique d’extinction en Iran.

 

Les espèces éteintes les plus connues

 

Parmi les mammif`res célèbres faisant autrefois partie de la faune iranienne, citons le tigre de la Caspienne (tigre du Mâzandarân) et le lion asiatique, qui avaient tous deux une grande importance et reviennent incessamment dans l’histoire de l’Iran, au point que le lion asiatique fut l’emblème royal de l’Iran pendant des siècles.

Marmaronette marbrée appelée en persan ordak marmari
L’oie naine appelée en persan ghâz pishâni sefid

Comme nous venons de le mentionner, l’une des espèces éteintes en Iran est le tigre de la Caspienne, connu en Iran sous le nom de tigre du Mâzandarân. Génétiquement, le tigre de Sibérie lui ressemble le plus, bien que le tigre de la Caspienne ait été plus petit et plus léger. Le corps du tigre de la Caspienne était massif et allongé, ses membres forts, avec de grosses pattes larges, des griffes d’une taille inhabituelle et des oreilles petites et courtes. Ce tigre avait une longue et épaisse fourrure, en crinière sur sa tête, et sa couleur était similaire à celle du tigre du Bengale : une couleur jaune doré sur le dos et les flancs, avec les côtés plus clairs que le dos et des rayures allant du marron clair au marron foncé. La poitrine et l’abdomen étaient blancs rayés de jaune, alors que la partie faciale était jaune avec des rayures marron sur le front et des taches blanches autour des yeux. La partie externe des membres était jaune tandis que la partie interne était blanche. La queue chez cette sous-espèce était jaune, avec des rayures d’un blanc jaunâtre. En 1959, le dernier membre de cette espèce, nommé « lion rouge » (shir-e sorkh en persan) a été chassé et abattu dans la province du Golestân, par un chasseur local. Précisons cependant que son extinction est bien moins due à la chasse qu’à la destruction de son habitat, c’est-à-dire la réduction des forêts, l’assèchement des marais pour l’agriculture, la construction de maisons, etc.

 

Bernache à cou roux, appelée en persan ghâz sineh sorkh

Le lion asiatique ou lion persan est une autre espèce éteinte en Iran en 1941 à cause de la chasse, de la disparition de son habitat et de la diminution de ses proies. Il existait quelques différences entre le lion d’Asie et le lion d’Afrique : la crinière du lion d’Asie était moins touffue que celle de son homologue africain et une poche de peau s’étendait sous le ventre du lion asiatique jusqu’aux pattes arrière. Le lion d’Asie avait généralement un pelage plus épais et une touffe de poils plus longue au bout de la queue. Ses poils sur le corps étaient courts, de couleur jaune, sans taches ni rayures. Quant à sa crinière, elle était noire et jaune. Il mesurait de 150 à 190 cm, avec une queue d’environ 100 cm et pesait de 150 à 250 kg. Les forêts broussailleuses et les prairies proches des points d’eau du sud des montagnes du Zagros et du Khouzestân étaient son habitat naturel. Cet animal a disparu en 1942, chassé et abattu pour la dernière fois au nord-ouest de Dezfoul. Le lion asiatique a, comme le tigre du Mâzandarân, disparu en particulier du fait de la destruction de son habitat.

Râle des genêts, appelé en persan yalveh hanâyi

Un autre animal éteint est l’éléphant syrien (éléphant d’Asie) qui vivait également en Iran. Cette extinction est due à la chasse abusive de ces animaux, convoités pour leur ivoire, fortement apprécié il y a environ un millénaire dans le Levant. L’éléphant de Syrie ressemblait beaucoup à l’éléphant indien, avec cependant une taille différente. En Asie occidentale, l’habitat des éléphants s’étendait des forêts des mangroves du sud de l’Iran jusqu’au sud de l’Anatolie et des steppes de l’Asie centrale au nord-est de l’Iran.

Espèces en danger critique d’extinction

 

- Le daim de Perse : Ce cervidé en danger d’extinction ne se trouve plus actuellement que dans la province du Khouzestân, au sud-ouest de l’Iran. Cette espèce est depuis 1996 sur la liste rouge de l’UICN en tant qu’espèce en danger, en particulier en raison de la destruction de son habitat.

Pygargue de Pallas

- Le guépard asiatique ou iranien : C’est une sous-espèce très menacée de guépard. Il n’en reste aujourd’hui qu’environ 70 individus qui vivent majoritairement dans les déserts centraux de l’Iran. La forte baisse de la population de cet animal depuis la fin des années 80 est due à la perte ou la fragmentation de son habitat, la désertification, la raréfaction de ses proies - également espèces vulnérables - et le braconnage pour loisir ou pour trafic.

Onagre de Perse

 

- La panthère de Perse ou léopard iranien : C’est l’une des sous-espèces de léopards originaire de l’Asie occidentale. C’est l’une des plus grosses sous-espèces de léopards ayant une taille proche de celle de la sous-espèce africaine. La principale menace contre la survie de cet animal est la destruction de son habitat et la coupe de la parenté génétique des différents groupes de cette espèce, qui conduit généralement à la formation de groupes très petits, autrement dit de groupements démographiques de moins de 100 individus adultes. La diminution de proies en raison de la chasse humaine, le développement des infrastructures, le harcèlement humain et la destruction des habitats font partie des éléments qui conduisent à la fragilisation de la survie de cet animal.

Carpe de Zagros

 

- Le caracal, lynx du désert ou lynx de Perse : Ce carnivore est l’une des quatre petites espèces de chats iraniens. En raison de sa grande taille, des taches sur son pelage, de ses longues pattes, de sa courte queue à bout large et noir et de ses touffes de poils de 4 cm de long sur les oreilles, le lynx de Perse est souvent confondu avec le léopard. C’est une espèce rare et en danger d’extinction, dont le nom figurera sans doute malheureusement, dans un avenir proche, sur la liste des espèces éteintes. L’avancée des habitations humaines dans ses territoires et l’agriculture sont deux des trois raisons principales de la destruction de son habitat, la troisième étant la diminution de la population de ses proies du fait de la chasse.

Vanneau sociable, parc national de Boudjâgh. Photo : Ashouri

 

- Le chat de Pallas ou Manul : Ce petit félin sauvage est originaire d’Asie centrale. Il est de la taille d’un chat domestique, avec environ 60 centimètres de long (hors sa queue de 25 cm) et, en moyenne, un poids de 3,6 kg. Son pelage est gris clair ou jaune foncé avec des rayures verticales qui, parfois, se distinguent rarement dans la densité du pelage. Ce chat a des caractéristiques physiques qui le distinguent du chat domestique, notamment ses yeux ronds, ses pattes courtes et ses poils longs et épais. Son nom figure également sur la liste rouge de l’IUCN.</p

Renard de Blanford, appelé en persan shâh roubâh, région de Nâybandân

 

- Le renard de Blanford ou Shâh-Roubâh : C’est une espèce de renard qui vit au Moyen-Orient. C’est le renard le plus rare d’Iran, qui, du fait de son pelage beau et précieux, attire les chasseurs. Au cours des années récentes, sa population a diminué et le danger de l’extinction le menaçant, il est désormais enregistré sur la liste rouge des espèces menacées d’extinction.

Renard Corsac ou renard Turkmène
Renard roux, appelé en persan roubâh ghermez. Photo : Farhâd Razavi

- Le renard Corsac (renard Turkmène) : C’est un renard de la famille des canidés, dont le nom a été enregistré en l’an 2000 dans la liste rouge des espèces menacées d’extinction. La chasse constitue la principale menace pour l’espèce. Cet animal est chassé pour sa peau et comme il court lentement, il est facile à chasser. À la fin du XIXe siècle, chaque année, environ 10 000 individus de cette espèce étaient abattus. Cependant, la population globale de l’espèce n’est pas en danger grave d’extinction, puisque son habitat est peu fréquenté par l’homme et encore relativement préservé.

Renard de Rüppell

 

- Le renard de Rüppell ou renard famélique : Ce renard est une espèce de canidé vivant dans les régions arides. En raison de l’inaccessibilité et des conditions rudes de son habitat, il ne semble également pas menacé d’un danger imminent d’extinction. Cependant, en 1980-81, de nombreux renards du parc national de Kavir disparurent pour une raison inconnue, probablement en raison de la consommation de proies empoisonnées en grand nombre cette année disposées par les éleveurs pour tuer les loups. La liste rouge de l’UICN de l’an 2000 considère cette espèce comme « vulnérable ».


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