N° 169, décembre 2019

Aperçu sur l’histoire de la province de Qazvin


Traduction et adaptation

Marzieh Khazâï


Qazvin est une province iranienne de l’ouest du pays. L’un des plus anciens documents ayant mentionné le nom de Qazvin serait un manuscrit de Ghadâser ben-Djoud datant du Xe siècle. A l’époque, Qazvin se prononçait Keshvin.

Selon d’anciennes sources historiques, la fondation de Qazvin date de la période mède, au IXe siècle av. J.-C. ہ cette époque, la région montagneuse du sud et du sud-ouest de Qazvin appartenait au territoire mède. Cependant, les fouilles archéologiques menées dans la région, notamment à Saghezâbâd, près de Bouine Zahrâ, montrent que Qazvin était déjà habité durant les IVe et Ve millénaires av. J.-C. 

Le département de Qazvin se situe à proximité de Téhéran

La dénomination de Qazvin

Le plus ancien document mentionnant Qazvin précise que le nom de la région est alors prononcé « Keshvin ». Dans son Fotouh-ol-Baldân, Hamdollâh Mostowfi, géographe du XIe siècle, cite également le nom de « Keshvin », tout en précisant que les Arabes ont arabisé le nom pour le transformer en « Qazvin ».

Il existe deux théories principales concernant l’étymologie de Qazvin. L’une relie ce nom à celui d’une citadelle se dressant autrefois à l’emplacement de l’actuelle ville de Qazvin, l’autre le relie à la Caspienne. Selon la première théorie, autrefois, les habitants des hauteurs du nord de la région avaient un côté querelleur et pillaient les villages de la plaine en contrebas. Les villageois de la plaine, excédés, finirent par édifier deux citadelles. La première fut bâtie sur les piémonts, au nord de Qazvin et la seconde, plus grande et mieux équipée, à l’emplacement de l’actuel centre-ville de Qazvin. La seconde citadelle abritait notamment les armées défensives de la plaine contre les pilleurs montagnards. Pour nommer ces deux citadelles, les habitants n’ont pas cherché loin : celle qui était sur les piémonts a été nommée « Citadelle Haute » ou Dej bâlâ, et la deuxième « Citadelle basse » ou Dej pâyin. Au fil du temps, Dejpâyin a changé de forme. Il est devenu d’abord Dejpîn, puis Guejvîn, puis enfin Keshvin, pour se transformer finalement en Qazvin.

La seconde théorie voit dans Qazvin une autre manière de prononcer Caspian.

La région de Saghezâbâd appartenait au territoire mède, Bouine Zahrâ, Qazvin

Une troisième théorie, défendue par quelques lettrés persans au début du vingtième siècle, traduit « Qazvin » en « terre de la pistache ». En effet, selon Dehkhodâ – qui est d’ailleurs originaire de cette ville -, Qazvin se prononçait autrefois « Kezovîn », mot composé de « kezo » (la pistache) et de yîn (la ville). Ainsi, « la ville de la pistache », aurait été plus tard arabisée pour devenir Qazvîn.

La région de Saghezâbâd appartenait au territoire mède, Bouine Zahrâ, Qazvin

Les changements politiques et le statut territorial de Qazvin

Qazvin est choisie comme capitale de l’empire Safavide par Shâh Tahmâsp en 1546. Elle restera capitale pendant plus d’un demi-siècle. A partir de cette date, la ville prend un titre royal et devient la Dâr-os-Saltaneh de Qazvin. Malgré les changements de capitale, ce titre demeure jusqu’à la période qâdjâre au début du XXe siècle. C’est avec les Pahlavi que l’Iran connaît ses divisions territoriales modernes. La nouvelle loi, ratifiée le 7 novembre 1937, divise le pays en dix provinces et 49 départements. Qazvin fait partie du territoire de la première province et ses départements sont alors Sadrâbâd, Ziââbâd, Mo’alem Kelâyeh, آvadj, Qeshlagh, et la partie centrale de Qazvin.

Par la suite, d’après la loi de la division du pays ratifiée en 1966, Qazvin comprend sept arrondissements, treize communes rurales, et neuf cent quatre-vingt-sept villages. Mais quelques années plus tard, Qazvin se sépare de la première province et se joint à la province centrale. Puis avec la fondation de la province de Zanjân et sa séparation d’avec Téhéran, Qazvin rejoint la province de Zanjân. Ensuite, en 1994, Qazvin se sépare de Zanjân et se joint à Téhéran. Après cette conjonction, en raison de l’ampleur et de la population de cette zone, on a décidé de faire de Qazvin une province indépendante en 1969.

Forteresse d’Alamout ; miniature du Ve siècle après J.-C.

L’histoire de Qazvin

Selon les documents historiques, la ville de Qazvin a été fondée à l’époque sassanide. Shâhpour, roi sassanide, a constitué cette ville pour empêcher les Dailamites d’attaquer l’Iran. C’est la raison pour laquelle il y a construit des forteresses et des fortifications et y a installé ses armées. La base militaire de Shahpur s’est progressivement développée et a formé le nœud central de la ville.

Après l’occupation de l’Iran par les Arabes, Qazvin, en tant que base de la dynastie sassanide empêchant les Dailamites d’attaquer l’Iran, est devenue une base militaire au service des Arabes pour leurs opérations militaires contre des régions et pays voisins. En outre, lors de son voyage vers le Khorâssân, Hâroun Al-Rashid, calife de la dynastie abbasside, arrivant à Qazvin et constatant les difficultés de la vie de la population de cette ville à cause de l’attaque des Dailamites, ordonna à S’ad ibn-Al-‘آss, émir de Qazvin, de construire une muraille autour de la ville de Moussâ ou de Mobârkieh. Cependant, suite à la mort de Hâroun Al-Rashid, cet édifice demeura inachevé, jusqu’à ce que l’un des commandants en chef turcs de la dynastie abbasside, Moussâ, complète la muraille en 870 (en 256 de l’hégire lunaire). Précisons que Moussâ ou Mobarkïeh est devenu le nom d’une ville construite en face de Qazvin par le calife Hâdi Moussâ ben-Abbâssi en 792 (176 de l’hégire lunaire).

Forteresse d’Alamout

De la fin du XIe siècle à l’attaque de Hulagu Khân des forteresses des Ismaélites, Qazvin fut sous l’influence des événements liés au mouvement de Hassan Sabbâh et de ses successeurs. La ville souffrit notamment des longues guerres entre l’armée de l’ةtat iranien et les Ismaélites. ہ l’époque safavide, devenant la capitale du pays, cette ville prospéra et on y construisit plusieurs édifices majeurs. ہ l’époque qâdjâre, bien que Téhéran devint la capitale de l’Iran, Qazvin conserva une importance politique et commerciale, notamment du fait de sa situation sur la route reliant Téhéran à l’Europe et à la Russie.

La Grande Mosquée (masjed-e jâme’) de Qazvin

Qazvin : une ville de plusieurs millénaires

Selon les résultats des recherches archéologiques, l’urbanisation de Qazvin remonte au sixième millénaire av. J.-C. Cette ville est rapidement devenue une voie importante de communication, notamment à l’époque des Mèdes et des Achéménides.

ہ la fin de l’empire Parthe, les Dailamites se révoltèrent contre le gouvernement. La ville connut une période de troubles jusqu’à l’époque des Sassanides. Pour empêcher ces attaques, Shâpour, roi sassanide, donna l’ordre de bâtir des fortifications autour de cette zone. Cette construction fut baptisée Shazshâbur ou Keshvin. Par la suite, son développement progressif et l’adjonction des zones résidentielles la transformèrent en l’une des plus importantes villes de l’Iran.

ہ la suite des invasions arabes, Qazvin fut occupée par Barâ ibn-‘آzeb, commandant de l’armée de l’émir de Koufa en 645 (24 de l’hégire lunaire). ہ cette époque-là, en raison du voisinage de Qazvin avec le territoire des Dailamites, les Arabes y organisaient leurs luttes contre les Dailamites. Par la suite, le passage à Qazvin en 815 de l’Imâm Rezâ, huitième Imâm des chiites duodécimains, est cité comme l’un des événements historiques locaux. Qazvin a été occupée en 879-891 par ‘Omar et Layth Saffâri. En 907, elle a été de nouveau occupée par le calife arabe. Ensuite, lorsque les Dailamites se sont emparés de la majorité du territoire iranien en 933, Qazvin a aussi fait partie des territoires sous commandement dailamite pendant près d’un siècle.

Entrée du Bazar et de la mosquée de Qazvin peinte par Eugène Flandin

Comme l’écrit Imâm Râfe’i, Sâheb Esmâ’il ibn ‘Ebâd, ministre de Fakhrodolleh, est entré en 983 à Qazvin et y a construit des édifices remarquables. Cette ville était alors sous le gouvernement de Abou-Ali Mohammad Ja’fari et ses successeurs, qui dura soixante ans. ہ l’époque des Seldjoukides, Amir Zâhed Khamârtâsh gouverne Qazvin. La grande mosquée de cette ville ainsi que son plus grand canal souterrain sont les monuments historiques fondés à l’époque de Khamârtâsh. Comme l’explique Bernard Louise, à cette époque, la faiblesse du pouvoir central ainsi que les invasions des Seldjoukides ont provoqué des changements économiques, sociaux et culturels chez les habitants de Qazvin.

ہ l’époque de l’empire khorezmien, Qazvin subit une grande famine. En 1220, Sultan Mohammad Khorezmshâh fuit l’invasion mongole et se réfugie à Qazvin. Ce fait conduit les Mongols à attaquer Qazvin. Les habitants de cette ville résistent pendant trois jours à l’invasion. Mais les Mongols envahissent le pays et massacrent brutalement ses habitants. Néanmoins, grâce au pouvoir des Ismaéliens, les Mongols ne sont jamais parvenus à dominer complètement ce pays.

Devenue capitale de l’Iran à l’époque safavide, Qazvin connaît alors une importante période de prospérité. Comme l’écrit Oroudj-Baïk, Qazvin était, à cette époque, une grande ville au cœur des voies de communication de l’ouest, du nord et du sud du pays. Son statut de capitale lui confère une valeur politique et commerciale accrue. On y édifie alors des marchés et des caravansérails. Néanmoins, après la mort du roi safavide Shâh Tahmâsp, une guerre civile éclate en Iran, qui se solde avec le début du règne de Shâh Abbâs, prélude à une nouvelle période de stabilité et de prospérité. Shâh Abbâs lance ainsi de grands travaux, y compris des canaux souterrains pour résoudre le problème de l’eau, ainsi qu’un grand nombre de caravansérails. En dépit de l’intérêt qu’il ressentait pour Qazvin, il déplaça la capitale du pays à Ispahan en 1597, notamment en raison d’un manque d’eau. A la fin de la dynastie safavide, Qazvin redevint la capitale du pays pour une courte période de trois ans.

Palais de Tchehel Sotoun, époque du roi safavide Shâh Tahmâsp,Qazvin

Plus tard, Nâder Shâh choisit Qazvin comme lieu de son couronnement. Fondateur de la dynastie des Afsharides, ce roi y construit un palais baptisé Ivân-e Nâderi. Avant de s’installer à Ispahan, il confie la gouvernance de Qazvin à Mohammad-Rezâ Khân Shâmlou. 

Mollâ Verdi Khân était le gouverneur de Qazvin à l’époque de la dynastie Zand. L’école de Mola Verdi Khân fut sans doute édifiée à cette époque. 

ہ l’époque de la dynastie qâdjâre, Sa’d al-Saltaneh, gouverneur de cette ville, y bâtit le plus grand caravansérail urbain, nommé caravansérail de Sa’d al-Saltaneh. Contenant de belles arcades, une mosquée, un salon de thé, ainsi que plusieurs hammâm, ce magnifique édifice contribue à la prospérité économique de cette ville, en accueillant de nombreux voyageurs. Avec le début de la Révolution constitutionnelle en Iran, Qazvin est devenu l’un des centres le plus important du mouvement constitutionnel. La majorité de ses habitants se sont alors rassemblés en vue de soutenir ce mouvement collectif iranien. Parmi les autres événements historiques s’étant déroulés à Qazvin à l’époque qâdjâre, citons la rencontre entre Rezâ Shâh, fondateur de la dynastie pahlavi, et le délégué de l’Angleterre au Grand Hôtel de cette ville. Cette rencontre contribua notamment à préparer le terrain au coup d’ةtat militaire contre le gouvernement qâdjâr le 21 février 1921, qui aboutit à la chute de la dynastie qâdjâre et à la fondation de la dynastie Pahlavi en 1925. En outre, cette ville a été bombardée et occupée par les armées russes pendant les deux guerres mondiales. Après la sortie de l’armée russe de l’Iran, cette ville entre dans une phase d’industrialisation pendant le gouvernement de deux rois de la dynastie pahlavi. La chute de Rezâ Khân, premier roi Pahlavi, et le couronnement de Mohammad-Rezâ Shâh en 1941 entraînent d’importants changements socio-politiques chez les habitants de Qazvin et plus généralement au sein du pays. Les Iraniens revendiquent de façon croissante une plus grande liberté d’expression et un respect de la justice. Des manifestations sont organisées à travers l’Iran, auxquelles le dernier roi pahlavi répond de manière agressive puis brutale, aboutissant finalement à la chute de la monarchie.

Palais de Ivân-e Nâderi

Après la Révolution de 1979, Qazvin, comme les autres villes d’Iran, a vécu les moments difficiles de la guerre Iran-Iraq, à savoir les bombardements, les destructions, et d’importantes pénuries pendant huit ans, suivi d’un processus de reconstruction. Depuis plusieurs décennies, la stabilité revenue a permis à cette ville de devenir un lieu touristique et d’entamer un processus de restauration de ses monuments les plus éminents, dont la mosquée Jâme’ ou encore le caravansérail de Sa’d al-Saltaneh.

L’école de Mollâ Verdi Khân fut édifiée à l’époque de la dynastie Zand

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