N° 177, automne 2021

Ispahan, capitale de l’artisanat iranien


Babak Ershadi


« Qui peut prétendre avoir vu la plus belle

ville du monde sans avoir visité Ispahan ? »

(André Malraux)

Ispahan est une ville du centre de l’Iran et la capitale de la province éponyme. En vue de souligner sa beauté, les Iraniens l’appellent Nesf-e Jahân, ce qui signifie « la moitié du monde ». Ancienne ville et capitale de la Perse de la fin du XVIe au milieu du XVIIIe siècle, Ispahan est restée la capitale des arts iraniens qui comprend une collection des plus beaux exemples des différents styles d’architecture persane qui se sont développés tout au long d’une période de plus de mille ans.

L’émaillage du métal (minâ-kâri), un symbole de l’artisanat d’Ispahan.

Ispahan est également la capitale de l’artisanat iranien et des arts traditionnels. Les arts et l’artisanat traditionnels contemporains d’Ispahan sont en fait une continuation de différents arts anciens qui sont restés pratiqués de manière systématique et régulière à Ispahan par les artisans iraniens d’aujourd’hui. Leurs œuvres artistiques sont appréciées par les Iraniens et les visiteurs venus d’autres pays du monde et jouent un rôle central dans les exportations d’Ispahan. Le tissage de tapis, la gravure, la peinture miniature, la mosaïque, l’art du carrelage, le brocart, le calicot et l’émail sont parmi les œuvres d’art les plus importantes de cette ville. Les artistes actuels d’Ispahan ont également innové dans divers domaines comme ceux de la peinture miniature, de la fabrication de céramiques et de la gravure.

 

L’artiste émailleur est avant tout un peintre.

Artisanat et souvenirs d’Ispahan

 

Tissage de tapis, tissage de brocart, kilims, ouvrages émaillés, ouvrages incrustés, gravure sur métal, argenterie, bijouterie, céramique et carreaux… voilà autant d’exemples des artisanats d’Ispahan.

 

L’émaillage du métal

 

L’émaillage du métal (minâ-kâri) est une technique délicate de peinture très fine de motifs persans sur des récipients en métal martelé tels que des assiettes, des vases, des lustres, etc. L’émaillage ou minâkâri est un art de peindre, de colorer et d’orner la surface des métaux en fusionnant des couleurs brillantes dans un dessin complexe. Minâ, qui signifie « verre » en persan, fait référence à la couleur azur du ciel. Les origines de l’art de l’émaillage du métal en Iran remontent à la période parthe (247 av. J.-C.-224 apr. J.-C.) et sassanide (224-651 apr. J.-C.). Cependant, l’émaillage du métal tel qu’il est pratiqué aujourd’hui en Iran s’inscrit dans la continuité des techniques et des éléments esthétiques de la période islamique.

Assiette émaillée représentant un paysage d’Ispahan.

 

Techniquement, le processus comprend la fusion de la poudre de verre colorée sur un support métallique par une chaleur intense (entre 750 et 850 degrés Celsius). La poudre fond et durcit en un revêtement vitreux lisse et durable sur le métal.

Incrustation turquoise (firouzeh-koubi)

L’impression textile

 

L’impression textile (qalam-kâri) est une activité artisanale relativement jeune en Iran, qui date d’environ 800 ans. Le support est un tissu de coton, de soie, de lin et surtout de chelvâr (ou chalvâr) ou de karbâs (tissus de coton blanc à texture grossière). Les motifs sont imprimés à la main avec des tampons en bois de préférence de poirier, idéal pour la gravure des motifs, sans oublier la solidité de ce bois.

L’artisan a à sa disposition des dizaines et des dizaines de tampons qui lui permettent d’utiliser des motifs très variés sur ses impressions. Les motifs sont généralement les mêmes utilisés traditionnellement dans le tissage du textile, le tissage du tapis, la miniature, et les autres activités artisanales : motifs végétaux, arabesques ou motifs géométriques, animaux, paysages, scènes de chasse, thèmes calligraphiques, etc. L’artisan peut réaliser les impressions sur un tissu qalam-kâr des centaines de fois - jusqu’à 4000 ou 5000 fois s’il s’agit d’un travail de haute qualité.

Assiette émaillée représentant un paysage d’Ispahan.

 

La marqueterie

 

La marqueterie (khâtam-kâri) est un autre artisanat d’Ispahan. L’artiste décore la surface d’un article en bois avec de très fins morceaux de bois, d’os de chameau et de cheval, et de métal aux motifs géométriques souvent complexes découpés avec précision et beaucoup d’adresse. Dans la fabrication de pièces de haute qualité, l’artiste peut utiliser aussi des petits morceaux d’or et d’argent.

La toreutique (qalam-zani) est un ancien métier qui consiste à décorer la surface d’objets métalliques par le martelage.

 

La toreutique

 

La toreutique (qalam-zani) est un ancien métier qui consiste à décorer la surface d’objets métalliques par le martelage. L’artiste créé des motifs variés et complexes sur des récipients en argent, en bronze, en cuivre. Ispahan est le centre principal de cet artisanat. Parmi les artistes contemporains d’Ispahan, plusieurs sont des maîtres incontestés de renommée internationale, notamment en raison de leurs innovations artistiques dans le travail traditionnel de la toreutique. Des œuvres du maître Bahrâm Eliâssi (né en 1956) sont conservées aujourd’hui dans les musées les plus prestigieux de l’Iran et du monde. Le regretté Ali Rahimi (mort en 1993) était l’un des meilleurs maîtres du style d’Ispahan. Ses œuvres de toreutique étaient particulièrement appréciées pour la nouveauté de leur style et leur technique.

Les objets émaillés sont admirés pour la finesse de leur fabrication.

 

L’incrustation de turquoises

 

L’incrustation de turquoises (firouzeh-koubi) est un artisanat relativement récent apparu il y a moins de cent ans à Mashhad, et qui s’est développé depuis plus de soixante ans à Ispahan. L’incrustation de turquoises est réalisée sur des récipients en cuivre et couvre une partie de la surface de l’objet avec des petits morceaux de turquoise sertis en mosaïque.

Horloge en khâtam-kâri

 

La broderie au crochet

 

La broderie au crochet (qollâb-douzi) est réalisée à Ispahan depuis plusieurs siècles. Les femmes furent les premières à pratiquer cet artisanat. Des vestiges de cet artisanat ancien ont été retrouvés pendant des fouilles archéologiques qui ont permis la découverte de pièces datant du VIe siècle av. J.-C.

Impression textile (qalam-kâri) : une œuvre de bonne qualité est réalisée avec des milliers d’impressions avec des tampons de bois.
La marqueterie (khâtam-kâri) est l’un des artisanats les plus célèbres d’Ispahan.

 

Tapis, kilim et gabbeh

 

Le tapis d’Ispahan se démarque des tapis d’autres villes iraniennes par sa finesse et sa qualité. Certains maîtres de tapis d’Ispahan ont atteint une réputation internationale comme les maîtres Mohammad Dâvari, Safdarzâdeh Haqiqi et Mohammad Seyrafiân. La valeur d’un tapis persan se mesure à sa finesse et à la densité de son nouage. Un mètre carré d’un tapis persan peut compter de cent mille à deux millions de nœuds.

Un tapis d’Ispahan du maître Safdarzâdeh Haqiqi.
Le tapis d’Ispahan du maître Mohammad Seyrafiân, offert à l’Organisation des Nations Unies.

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