N° 177, automne 2021

Je viens de la contrée de Kâshân. Ma vie somme...


Hamideh Haghighatmanesh


Je viens de la contrée de Kâshân.

Ma vie somme toute n’est pas trop difficile.

J’ai de quoi vivre, un brin d’intelligence, un minuscule talent.

J’ai une mère plus douce que les feuilles de l’arbre.

Des amis plus limpides que l’eau courante.

Et un Dieu présent quelque part, tout proche :

Parmi les feuilles de giroflées,

Au pied de ce pin élevé,

Sur la face consciente des eaux, sur la loi de la plante.

(Sohrâb Sepehri)

Kâshân par Sohrâb Sepehri, huile sur toile

Kâshân, ville natale du poète contemporain Sohrâb Sepehri (1928-1980) et du grand peintre Mohammad Ghaffâri allias Kamâl-ol-Molk (1846-1940), est surnommée ville de la fleur et de l’eau de rose, Dâr-ol-Mo’menin (Maison des croyants), ville des maisons historiques et capitale du tapis persan. Une grande quantité de tapis persans exportés dans le monde entier étant produite à Kâshân, la ville est considérée en tant que capitale mondiale du tapis. Les tapis tissés à la main de cette ville ont également été inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO. En outre, l’artisanat de Kâshân est également remarquable notamment dans le domaine de la céramique, de la poterie, du stuc, ou encore de la marqueterie.

Avec presque 2700 hectares de champs du rosier de Damas (rosa damascena), Kâshân est aussi le plus grand producteur de cette espèce de fleur avec un rendement moyen d’environ quatre tonnes par hectare, ainsi que de l’eau de rose dont la production s’élève en moyenne à plus de 15 000 tonnes par an. Chaque année, la distillation de l’eau de rose transforme le paysage de la ville et en fait une destination touristique au printemps.

Place Kamâl-ol-Molk à Kâshân

L’eau de rose de Ghamsar est également très réputée. Située dans le nord de la province d’Ispahan et à l’est du désert central de l’Iran, cette ville se trouve entre deux zones climatiques différentes : une région montagneuse au sud et à l’ouest comme Ghamsar et Niyâssar, et une région désertique au nord et à l’est comme Râvand et Sefidshahr.

Parmi les richesses naturelles de Kâshân, mentionnons la grotte et la cascade de Niyâssar. Elle se situe aussi à proximité du désert Abouzeydâbâd situé au nord-est de cette ville, qui fait partie du grand désert de Band-e-Rig. Outre ses attractions naturelles, ses monuments historiques comme des caravansérails datant de l’époque safavide (1501-1736) ou la forteresse Karshahi font de Kâshân une destination touristique recherchée.

Au bord du grand désert, à presque 14 km de Kâshân, à l’ouest de la ville d’Aran-va-Bidgol, se trouve également la cité souterraine de Noush-Âbâd dont les origines remontent à l’époque de la dynastie des Sassanides (224-651 apr. J.-C.). C’est une cité souterraine composée de grottes creusées avec une architecture originale. La cité souterraine a trois étages qui communiquent les uns avec les autres par des tunnels. Chaque étage est composé de plusieurs couloirs, pièces et tunnels verticaux permettant d’assurer la communication des différentes parties des étages ainsi que la ventilation. Ayant une fonction militaire défensive, les Sassanides l’utilisaient en tant qu’abri contre les attaques des ennemis. Quelque 400 m² de la cité sont visibles de l’extérieur, mais elle s’étale en réalité sur une superficie d’environ 4 km² et se situe à une profondeur de 4 à 6 m.

Champs du rosier de Damas (rosa damascena), à Kâshân, photo par Amir Ghayoumi

Selon des études archéologiques, les plus anciennes traces d’habitation humaine et des outils de pierre ont été découverts dans le département de Kâshân, notamment aux fontaines de Niyassâr. Ces traces remontent au Paléolithique moyen.

De même, Siâlk est l’un des plus anciens sites archéologiques du département, où des archéologues ont découvert des céramiques médiques. Situé au centre du plateau iranien, au sud-ouest de Kâshân, ce site serait la première ziggourat du monde, avec une ancienneté d’environ 5000 à 8000 ans. Le site est composé de deux collines et de deux cimetières. La civilisation de Sialk a été détruite par les Aryens, il y a 5000 ans. Des armes de fer et de longues lances datant de cette période y ont été découvertes.

Parmi les autres attractions historiques de Kâshân, mentionnons le temple du feu de Niyâssar qui date de l’époque sassanide. Ce temple était un centre religieux où étaient organisés des rites zoroastriens. Également nommé Chahâr-Taghi (Quatre-arcs, en persan), ce monument est situé à l’ouest de Kâshân, près de la fontaine Eskandarieh. Sa façade est composée d’un cube de pierre, avec quatre larges orifices d’embrasure sur lesquels se trouve un dôme.

La mosquée Aghâbozorg construite à l’époque qâdjâre (XIXe siècle) est un autre monument historique de la ville. Cette mosquée est un complexe architectural très précieux sur deux étages, constitué de diverses parties comme des chabestans (salles de prières), des écoles, des chambres d’étudiants en théologie et un mausolée. Les ornements utilisés dans les monuments sont des carreaux, des stucs, des peintures, et des muqarnas. Parmi les caractéristiques de ce complexe, mentionnons l’architecture particulière de Gonbad-Khâneh, monument reposant sur 8 grands pieds qui assurent la circulation de l’air dans l’espace intérieur de cette partie de la mosquée, surtout lors de la saison chaude de cette région désertique.

Le jardin de Fin est un autre site remarquable. Des éléments architecturaux des époques safavide, zend et qâdjâre coexistent dans les édifices de ce jardin. De nombreux bassins, fontaines et cours d’eau, ainsi que de grands arbres âgés de plusieurs siècles ornent également ce beau jardin. Des remparts et des tours délimitent son espace qui est composé d’un bâtiment d’entrée, d’un pavillon safavide, d’un pavillon qâdjâr, d’une bibliothèque, d’un musée et de bains. Le bain royal fut construit sous le règne du roi Fath-Ali Shâh (1797-1834). Le petit hammam, construit à l’époque safavide, devint la scène de l’un des évènements les plus tragiques de l’histoire de l’Iran, à savoir le meurtre du chancelier Amir-Kabir sur ordre du roi Nâsseredin Shâh le 10 janvier 1852.

Cité souterraine de Noush-Âbâd, époque sassanide

Le village d’Abyâneh est une autre attraction touristique et culturelle qui se trouve près de Kâshân. Situé à une altitude de 2160 m au-dessus du niveau de la mer, Abyâneh se trouve au pied des monts Karkas. Il se situe dans une région très touristique de l’Iran en raison de la couleur ocre de ses maisons, les couleurs vives des costumes traditionnels portés par ses femmes, et surtout de son architecture particulière. Le village abrite des monuments historiques y compris un temple du feu sassanide nommé Harpak.

Parmi les caractéristiques particulières de Kâshân, il faut certainement mentionner ses maisons historiques [1]. L’une d’elles est la maison dite des Tabâtabâï, construite au XIXe siècle sous la dynastie des Qâdjârs. Avec ses quatre cours, la résidence se divise en deux parties : intérieur (andarouni) et extérieur (birouni). La maison a une superficie d’environ 4730 m². Grâce à une différence de hauteur de presque 8 m par rapport au niveau de la rue, la maison bénéficie d’une différence de température d’environ 15 à 20°C degrés Celsius entre la partie souterraine et les étages, d’où un courant d’air frais à l’intérieur pendant la saison chaude. Les ornements en peinture, en miroirs et en stuc de la maison font d’elle une véritable œuvre d’art. Les peintures de la maison ont été réalisées sous la supervision du grand peintre iranien Abol-Hassan Ghaffâri, alias Sani-ol-Molk, oncle du célèbre peintre Kamâl-ol-Molk.

Le hammam traditionnel de Sultan Amir Ahmad, époque seldjoukide

L’autre célèbre maison de Kâshân est la maison dite des Boroujerdi. Son histoire est liée à une histoire d’amour qui la relie à la maison des Tabâtabâï : un commerçant nommé Seyyed Hassan Natanzi, surnommé Boroujerdi (en raison de ses nombreux voyages à la ville de Boroujerd), demanda en mariage la fille d’un autre grand commerçant de tapis, Seyyed Jafar Tabâtabâï, propriétaire de la maison portant le nom de sa famille. Seyyed Jafar posa une condition pour accepter Seyyed Hassan comme gendre : il lui demanda de faire construire pour sa fille une maison aussi grandiose que celle des Tabâtabâï. Condition acceptée par le jeune amoureux, la maison des Boroujerdi fut édifiée par le même architecte qui avait construit la maison des Tabätabâï, ‘Ali Maryam Kâshâni. Sur un terrain d’une superficie d’environ 1700 m², cette maison est parfaitement adaptée aux conditions climatiques de la région désertique de Kâshân, notamment en raison de la construction de ses tours de vent (bâdgir) situées sur le toit qui assurent la ventilation des espaces intérieurs et une fraîcheur agréable en été. 

La mosquée Aghâbozorg, époque qâdjâre

Ces deux anciennes maisons, ainsi que celle appelée Abbassian se trouvent dans le centre-ville, dans le quartier historique de Sultân Amir Ahmad, qui comprend également un hammam du même nom. Le hammam traditionnel de Sultan Amir Ahmad date de l’époque de la dynastie des Seldjoukides (XIIe siècle), et comporte des ajouts effectués au XIXe siècle sous la dynastie des Qâdjârs. Le toit de ce hammam comprend plusieurs dômes. Chacun comporte des lentilles permettant de faire passer la lumière à l’intérieur de diverses parties du hammam, tout en protégeant l’intimité des lieux. Avec une superficie d’environ 1100 m² et grâce à ses ornements en stuc, ses gravures en chaux, ses carreaux en or et turquoise ainsi que la présence de voûtes et de fresques, le hammam est devenu l’un des monuments les plus appréciés des touristes qui visitent la ville de Kâshân. Il est composé de diverses parties dont une entrée, des couloirs, un vestiaire (sarbineh) comportant la plupart des ornements architecturaux du hammam, une salle principale (garm-khâneh), et un khazineh (un espace rempli d’eau pour se laver), etc.

Un autre lieu traditionnel de Kâshân est le bazar qui date de l’époque seldjoukide, avec certaines parties datant de la période safavide. Il est composé de presque 40 monuments historiques dont des mosquées, une école, des caravansérails, un réservoir d’eau (âb-anbâr)… Au centre du bazar se trouve le caravansérail Aminoddoleh. Construit à l’époque qâdjâre, il fait partie des chefs-d’œuvre architecturaux de l’Iran, notamment du fait des ornements géométriques de son plafond, composés de muqarnas en céramique.

Le jardin de Fin

Enfin, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Kâshân, il est possible de visiter le mausolée du célèbre poète contemporain Sohrâb Sepehri à Mashhad-e Ardéhal. Sur la pierre tombale ont été gravés quelques vers du poète évoquant la solitude, même au-delà de la vie terrestre :

 

Si vous passez chez moi

Venez doucement

De peur que se fêle

La porcelaine fine de ma solitude.

La maison des Tabâtabâï

Sources :

-Fakhr-Abâdi, Amir, Goghrâfiyâ-ye Noushâbâd (Géographie de Noushâbâd), Éd. Morsal.

-Farrokh-Yâr, Hossein, Sad Khâneh Sad Pelân (Cent maisons, cent plans), Éd. Dâneshgâh-e Azâd-e Eslâmi, Vâhed-e Kâshân.

-Kalantar Zarrâbi, Abdorrahim, Târikh-e Kâshân (L’histoire de Kâshân), Éd. Amirkabir.

-Malak-ol-Movarrekhin, Abd-ol-Hossein, Mokhtasar Joghrafiaâ-ye Kâshân (Résumé de la géographie de Kâshân), Éd. Armaghân-e Adab.

-Narâghi, Hassan, Tarikh-e ejtemâee-ye Kâshân (L’histoire sociale de Kâshân), Éd. Elmi va Farhangi.

-Narâghi, Hassan, Asar-e Târikhi-ye Shahrestan-hâye Kâshân va Natanz (Les œuvres historiques de Kâshân et Natanz), Éd. Anjoman-e Asar va Mafâkher-e Farhangi-ye Iran.

-Nikoumanesh, Mostafâ, Negin-e Kavir (Le chaton du désert), Éd. Morsal.

-Pour-Madani, Hossein-Ali, Rahnâmâ-ye Siâhati-ye Kâshân (Guide de voyage de Kâshân), Éd. Morsal.

-Riâzi, Mohammad, Boghâ va Masâjed-e shahr-e Kâshân (Les mosquées de la ville Kâshân), Éd. Bonyâd-e Farhang-e Kâshân.

Salmâni, Arâni, Habibollah, Sima-ye Kâshân (La face de Kâshân), Éd. Bashir.

Notes

[1Au sujet des caractéristiques de ces maisons historiques, voir « Les maisons traditionnelles d’Ispahan » publiées dans La Revue de Téhéran, n° 122.


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