N° 3, février 2006

Tahar Ben Jelloun, le conteur marocain


Naïmé Zâreân


Jean Genet m’a donné un seul conseil : en écrivant pense au lecteur ; soit simple. Il m’a appris que la simplicité était le signe de la maturité de l’amitié, (Eloge de l’amitié, Ed. Arléa, p. 63)

Tahar Ben Jelloun

Tahar Ben Jelloun écrivain et poète marocain de langue française, est né à Fès le 1er décembre 1944. Après avoir fréquenté une école primaire bilingue arabo-francophone, il étudie au lycée français de Tanger jusqu’à l’âge de dix-huit ans, puis fait des études de philosophie à l’université Mohammed de Rabat.

Il enseigne ensuite la philosophie au Maroc, mais doit partir pour la France en 1971 car l’enseignement de la philosophie était arabisé, et il n’était pas formé pour cela. Il écrit régulièrement pour le quotidien Le Monde à partir de 1972. Il poursuit son parcours par un doctorat de psychiatrie sociale obtenu en 1975. Son écriture profite de son expérience de psychothérapeute.

L’autoportrait de Tahar Ben Jelloun est édifiant "Je suis un auteur français d’un genre particulier, un Français de langue maternelle arabe, une langue qui contient mes émotions et mes tendresses. Je suis un Marocain sans problème d’identité, un homme qui se nourrit de l’imagination populaire du Maroc - un pays que je ne quitterai jamais." Néanmoins, Ben Jelloun se voit lui-même comme un élément du tissu séculaire de la société française.

Il publie en 1972 un recueil de poésie, puis l’année suivante son premier roman, Harrouda. Avec le Prix Goncourt pour La Nuit sacrée en 1987, il devient le Marocain le plus connu de France. Il intervient dans les débats de société, à propos de la situation dans les banlieues, du racisme... Tahar Ben Jelloun revendique un statut d’intellectuel engagé.

Son œuvre côtoie le conte, la légende, les rites maghrébins, les mythes ancestraux... L’originalité de Ben Jelloun réside dans son art de saisir tous les aspects de la tradition et de la culture maghrébines en une symbiose singulière avec la vie quotidienne et les problèmes sensibles de la société. Son écriture dérange parfois par ses modalités et ses thèmes privilégiés, parce qu’elle met en scène des sujets tabous ou des êtres exclus de la parole. Enfance saccagée, immigré, fou combien sage, homme-femme, et tant d’autres figures livrées à l’errance peuplent l’univers romanesque de Ben Jelloun.

Chez l’homme, la cloison est mince, qui sépare la fraternité de la crapulerie, la loyauté de la traîtrise, la bienveillance de l’antipathie, le bonheur de l’infortune. De cet entre-deux fuyant comme un mirage, la littérature a toujours fait son miel. Tour à tour ému, fantaisiste, grave ou ludique, Tahar Ben Jelloun rapporte de son passage sur cette frontière entre le Bien et le Mal, les meilleurs sentiments et leur contraire, un odorant bouquet d’histoires, mi-fleurs, mi-épines. Vingt fictions variées par le style - confidence, prière, conte ou sottie unifiées par leur thème : l’amour trafiqué, les passions déçues, l’amitié vendue.

Dans Le Racisme expliqué à ma fille (1998), un best-seller en Europe, il répond à des questions sur le racisme que lui pose sa fille de dix ans. Bien que critique à l’égard du racisme dans les société européennes, il le considère néanmoins comme une conséquence de l’échec de l’intégration des communautés immigrantes dans leur nouveau cadre. Il affirme que les gouvernements respectifs n’ont pas réussi à attirer les musulmans nord-africains au sein de la laïcité. Quant aux immigrants, ils continuent à mener des styles de vie opposés aux principes égalitaires dont Ben Jelloun pense qu’ils doivent être épousés si l’on veut rester en Europe. L’Islam expliqué aux enfants (2002) adopte un format questions-réponses similaire.

Ce cadre intellectuel explique pourquoi les écrits de Ben Jelloun prennent souvent un sens égalitaire de mission. La fiction de ses œuvres explore de manière poignante le monde du Maroc traditionnel, où il trouve et souvent souligne des cas de violence contre les femmes, perpétrés par des hommes (liés à des notions archaïques de masculinité qui ont survécu dans la société marocaine).

Poète, romancier et essayiste, Tahar Ben Jelloun a, dans tous ses écrits, allié l’exigence de l’écriture avec une certaine idée de l’homme. Il est un conteur d’histoires. Il a entre autres publié La Plus haute des solitudes (1975), Moha le fou, Moha le sage (1978), L’Enfant de sable (1985), Eloge de l’amitié (1994), Les yeux baissés (1991), Les Raisons de la galère (1996), Amours sorcières (2003) Le Dernier ami (2004). ... Dans ses récits, la frontière entre le rêve et réalité est parfois indécise. Le romancier met en scène des personnages exclus de la parole qui vivent reclus dans le silence et l’indifférence et s’exprime à travers le langage de leur corps.

Tahar Ben Jelloun vit actuellement à Paris avec sa femme et sa fille Meriem, pour qui il a écrit plusieurs ouvrages pédagogiques (le Racisme expliqué à ma fille, 1997).

Son œuvre a été traduite dans de nombreuses langues ; citons particulièrement l’Enfant de sable et la Nuit sacrée (43 langues) ainsi que le Racisme expliqué à ma fille (25 langues). La plupart de ses livres ont été traduits en arabe, parfois avec des révisions par l’auteur lui-même. Parmi ses œuvres, L’Homme rompu, la nuit sacrée et L’enfant de sable ont été traduits en persan.

Tahar Ben Jelloun continue d’être un porte-parole honnête et sincère des différentes communautés musulmanes de France, et un combattant pour la justice sociale au Maroc et en France. Son arme de prédilection est les mots, une épée puissante qu’il manie dans ses poèmes, ses nouvelles, ses essais et ses articles.


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2 Messages

  • Tahar Ben Jelloun, le conteur marocain 19 septembre 2012 16:33, par kaniz alloune

    bonjour. j’ai beaucoup apprécié votre article, en l’occurrence la manière de conjuguer les dualités et les shismes qui font les choses de la vie.
    je me suis interéssée à cet auteur dans un mémoire de magistère, en m’attellant à l’intertexte coranique d’une part, et à l’infiltration de la mystique soufie sur son écriture.
    j’aimerai s’il vous plait que vous m’éguiller sur des personnes, des livres, ayant trait au sacré -religieusement j’entends- ainsi qu’à hikmat al-ishraq de Sohrawardi.
    cordialement Kaniz

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  • Tahar Ben Jelloun, le conteur marocain 30 octobre 2014 19:14, par Nicole

    Je tiens à dire que vous êtes un auteur de grand talent..............j’adore le Maroc et à travers vos livres, je découvre toutes les traditions de ce merveilleux pays, les croyances......tous ces récits détaillés qui me transportent dans des lieux que j’aime.................merci...........je veux découvrir et dévorer vos oeuvres..................Nicole...............

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