N° 2, janvier 2006

L’utilisation optimale de l’eau grâce aux techniques traditionnelles


Maryam Devolder


La question de l’eau et des méthodes d’irrigation en Iran, remonte à une époque pour le moins lointaine. Contrairement à d’autres régions du monde, la situation géographique et climatique n’autorisait pas un accès commode à l’eau pour les groupes humains. C’est pour cette raison que les iraniens, tout au long de leur histoire, ont cherché des moyens leur facilitant l’accès à l’eau à proximité de leur lieu d’habitation.

Notre pays, ancienne civilisation agricole, a dans le domaine de la conservation et de l’utilisation des réserves d’eau, une riche expérience.

Contrairement aux techniques actuelles qui nécessitent une source d’énergie pour le pompage et l’irrigation, le système de canalisations souterraines inventé par nos ancêtres, ne nécessitait non seulement aucune forme d’énergie supplémentaire, mais évitait de plus tout gaspillage tout en produisant de l’énergie.

On accorde aux Pichdadians, l’invention du système de canalisations souterraines.

On raconte que le roi Manoutcher 1er, était lui-même constructeur de canaux et travaillait à l’extraction des eaux souterraines.

L’utilisation de pots de terre qui est encore un moyen d’irrigation utilisé dans les régions voisines du désert, montre que le système d’irrigation par aspersion était connu de nos ancêtres qui choisissaient les plants adéquats et le moyen de préserver l’humidité du sol par un système de canaux parallèles pour l’utilisation optimale des réserves d’eau. Ce système appelé aujourd’hui "irrigation par submersion" est un des systèmes modernes les plus répandus.

Nos ancêtres, pendant des siècles, ont réussi à survivre en cultivant des terres salines. Leurs connaissances traditionnelles, en matière agricole et en matière d’irrigation sur ce type de terrain, sont précieuses et attirent aujourd’hui encore l’attention des spécialistes. L’eau, dans la Perse antique était une chose sacrée, dont la préservation avait une portée culturelle et religieuse. Le fait de prêter serment sur l’eau est encore aujourd’hui courant dans le milieu paysan. On ne trouve aucune célébration ou cérémonie religieuse où l’eau, signe sacré de profusion soit absente. Les spécialistes de la culture iranienne ont qualifié cette culture d’ “hydraulique”. Par ailleurs, la morale iranienne est étroitement reliée au thème de l’eau. Les gens de ce pays considèrent le gaspillage de l’eau comme une grande faute et son respect comme un devoir.

Les iraniens ont également fait preuve d’imagination dans le passé, pour ce qui concerne le transport des eaux de pluie et des cours d’eau, par la création de hauts barrages et à amener l’eau entre ces barrages grâce à des canalisations souterraines s’enfonçant à des profondeurs allant jusqu’à 300 mètres.

Il y a plus de 1000 ans, quand les européens ne connaissaient pas encore le cycle hydrologique, les iraniens avaient déjà une idée précise sur la question, en particulier la distribution et l’utilisation de l’eau. Le pays avait en la matière, une bonne longueur d’avance sur ses voisins.

Il existe encore en Iran des indices qui évoquent des modèles d’organisations qui rassemblaient apparemment (et souvent) plus de mille personnes pour le règlement des questions relatives à l’eau. Le taux de participation populaire dans ce domaine est un cas unique dans l’histoire.

Ce sont ces organisations qui ont sauvé et mis en valeur les réserves limitées en eau du pays. Les villages iraniens, leur emplacement, la distance qui les sépare, les modèles agricoles et alimentaires, tout dépendait des possibilités d’irrigation et de la présence de l’eau. Les paysans étaient sans arrêt au travail pour la préservation de l’eau, leurs convictions culturelles et religieuses leur faisaient considérer l’eau comme une chose vivante qui, abandonnée, serait condamnée à la folie ou à la disparition.

Les paysans du Khorassan se souviennent encore de ces gens qui accompagnaient l’écoulement de l’eau pour l’empêcher de s’évanouir dans la nature, ou selon l’adage populaire, de devenir folle. Au village, cette pratique était un métier en soi.

L’illusion de l’eau à profusion : voilà donc une image du passé des iraniens et de leur relation avec l’eau, or aujourd’hui, pour beaucoup de citadins coupés de la nature, les choses ont changé. Il nous paraît tout naturel d’avoir l’eau à portée de la main et nous nous imaginons qu’il suffit d’ouvrir un robinet pour avoir de l’eau à volonté.

Nous pensons qu’il en sera toujours ainsi et nous gaspillons souvent, sans états d’âme, ce cadeau de la nature. Les citadins s’imaginent que l’eau est une ressource illimitée. Cette illusion leur fait oublier le réel danger du manque d’eau. Malheureusement, il ne faut pas s’attendre de leur part à une quelconque participation au règlement des problèmes de sécheresse. Chaque jour, les villes s’agrandissent et doivent aller chercher l’eau pure et rejeter les eaux usées de plus en plus loin. Résultat : des problèmes de sécheresse pour les régions en amont, et des problèmes de pollution pour les régions en aval. Ainsi en va-t-il des villes de Téhéran, Ispahan et Shiraz.

Sans aucun doute le pompage des eaux souterraines a pu régler le problème à court terme, mais à long terme, et pour les générations futures, les difficultés d’approvisionnement en eau iront en grandissant. Les 78 vallées du Khorassan sont actuellement confrontées à des pénuries d’eau. Alors que le pompage y a été interdit, chaque année, environ 2 milliards de mètres cubes d’eau sont tirés des réserves pour les besoins agricoles. Outre les conséquences pour l’environnement, cela signifie une perte de 3 milliards de dollars par an à l’échelle internationale. Les paysans du Khorassan sont évidemment incapables, dans ces conditions, d’amortir leurs pertes. L’utilisation individuelle, commerciale ou industrielle de l’eau est insignifiante dans notre pays, en comparaison avec son utilisation dans le domaine de l’agriculture. Car cette eau doit être extraite du sol d’une région limitée, et être de bonne qualité. L’utilisation de l’eau dans un endroit limité entraîne de graves problèmes d’évacuation. La question de l’eau à fournir aux particuliers n’est pas moins difficile à résoudre que le problème du transport de l’eau pour l’agriculture.

La quantité d’eau utilisée dans les trois domaines agricole, industriel et privé ne dépasse pas encore les réserves d’eau du pays, mais une grande quantité d’eau est perdue sous forme d’eaux usées. Elle est aussi utilisée par des millions d’êtres vivants nécessaires, inutile de le préciser, au grand cycle de la vie, et dont la disparition mettrait en danger notre existence. C’est un des points auquel les responsables n’accordent pas suffisamment d’attention. L’eau n’est pas un produit que l’on peut aisément transporter en grande quantité d’un point un autre (comme le pétrole ou le blé). L’accès à l’eau et son utilisation sont des questions essentiellement régionales et exigent à ce titre, une gestion au niveau régional. Je me permets ici de rapporter un fait qui remonte à l’histoire du XIIème siècle. Le roi Silân interdisit, à cette époque, le gaspillage de la moindre goutte d’eau. Après 900 ans, son vœu a été exaucé et dans de nombreux pays, l’eau n’est plus gaspillée. Plus de 37 000 barrages ont été construits de part le monde sur les rivières, et chaque année 200 barrages viennent grossir ce chiffre.

Au Japon, des barrages ont été édifiés sur les 109 fleuves de ce pays, ce qui évitent aux eaux souterraines de s e jeter dans la mer. L’accès à l’eau n’est pas uniquement rendu possible grâce aux barrages. Aujourd’hui, des méthodes nouvelles sont utilisées qui n’avaient pas cours dans le passé. Le roi Silân serait heureux d’apprendre qu’actuellement non seulement nous parvenons à retenir les eaux, mais de plus, nous réussissons à adoucir l’eau salée. L’eau reste malgré tout un des problèmes majeurs, auquel tous les gouvernants et les gouvernements restent confrontés. La construction de barrages et l’amélioration de la qualité de l’eau sont nécessaires pour un meilleur niveau de vie. Aujourd’hui presque toutes les régions du pays ont accès à une eau potable et suffisante, et les programmes doivent être poursuivis pour pouvoir profiter à l’ensemble des habitants. Objectif qui impliquera fatalement l’assèchement des nappes souterraines et des rivières. Ces dernières années, principalement après la révolution, d’importants capitaux ont été investis pour la construction de barrages. Parmi les 85 barrages existants, plus de 70 ont été construits au cours des vingt dernières années. C’est pratiquement la seule solution qui ait été choisie dans le pays pour l’approvisionnement en eau et aujourd’hui dans la majorité des projets nationaux, c’est le changement du lieu d’utilisation qui compte. De nouvelles techniques et de meilleures méthodes pourraient permettre un approvisionnement en eau plus efficace mais pas pour une durée illimitée. L’utilisation des ressources en eau nécessite le respect de quatre principes : le rejet de tout gaspillage et la limitation des pertes d’eau, une meilleure utilisation et une distribution plus rationnelle et équitable des réserves, ainsi que le respect des équilibres écologiques. Il y a un antagonisme dans la perception du rôle de l’eau. D’un côté, le fait de considérer l’eau comme un produit au service du progrès économique, d’une plus grande productivité dans le domaine agricole, du développement des villes et de l’industrie ; de l’autre, la condition sine qua non de survie de toutes les espèces naturelles. Plus la pénurie d’eau se fait sentir, plus cet antagonisme devient sensible avec l’accélération de la détérioration du milieu naturel dans de nombreuses régions. Les progrès économiques obtenus ne sont malheureusement pas en mesure de compenser les pertes subies dans ce secteur.


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