N° 2, janvier 2006

Florilège de mille ans d’art calligraphique et d’illustrations du Coran recueillis dans une sublime collection


Shâhin Ashkân


Après la Foire du Livre de Francfort, ce fut le tour de la Foire du Livre de Téhéran de présenter l’événement du monde de l’édition, le " Moshaf de l’Iran " fruit d’une longue recherche entreprise par le regretté Dr. Seyed Mohamad Bagher Nadjafi.

En 1988, le Dr. Seyed Mohamad Bagher Nadjafi émigra en Allemagne, en compagnie de sa famille. Il consacra toute son énergie à la mise en valeur de l’héritage culturel iranien par l’entremise de différentes recherches, de séminaires et de publications. "Les Bahâïs ", "Khouzestan, aux sources de l’iranologie", "La connaissance de Medine", "Les œuvres d’Iran en Egypte", " Lettres religieuses d’Iran", "Les Shahnâmés (Livres des Rois) d’Iran " font partie des études dont il est l’auteur.

Il avait à cœur de démontrer l’influence considérable qu’exercèrent les artistes iraniens dans l’art de l’illustration du Coran et consacra les huit dernières années de sa vie à rassembler, dans une œuvre unique, les plus belles calligraphies du Coran. Ses recherches l’amenèrent à visionner des centaines de manuscrits dans les bibliothèques et musées nationaux. Son intention était de sélectionner celles qu’il souhaitait intégrer dans ce qui allait devenir son chef-d’œuvre ; un Coran rédigé selon un ordre chronologique et dont chaque sourate reproduit la calligraphie d’un grand maître. Ainsi, la première sourate (Fatehé), est une transcription en caractère Koufi Khafi, remontant au 4ème siècle de l’Hégire. La sourate de Nâss, qui conclut les Saintes Ecritures, est transcrite en Nasq Djali, datant du 14ème siècle de l’Hégire. Cet ordre chronologique a été respecté dans la totalité des cent quatorze sourates. Chaque calligraphie est assortie de l’illustration de la couverture du Coran dont il est extrait. Dans une succession rigoureuse, on peut admirer l’art raffiné des tazhib, tarsi’, tach’ir, tahrir et tadjlid ainsi que les couvertures selon les modèles zarbi, mo’aragh, timâdj et soukht. Un millénaire d’écritures de la parole divine est offert au lecteur dans ce magnifique ouvrage qui constitue en soi un véritable musée.

Le Dr. Seyed Mohamad Bagher Nadjafi, décédé en 2003, n’aura malheureusement pas eu l’occasion d’assister à la parution du fruit de son labeur. C’est son fils, le Dr. Seyed Abouzar Nadjafi, directeur artistique de la société d’édition Manuska, en Allemagne, qui a présenté ce joyau de l’édition à l’occasion de la Foire du livre de Francfort. Il a regretté l’absence du défunt lors de cette cérémonie : " Mon père a vécu ces longues années de recherche comme une quête laborieuse et austère." Il a lui-même écrit : " C’était un chemin qui m’a appris la patience, la sublimation des désirs et la suprématie du lien avec Le Tout Puissant. "

Interrogé sur le sens du titre "Moshaf de l’Iran ", M. Abouzar Nadjafi, explique : " Le mot Moshaf définit un ensemble de Sahifé. Sahifé représente tout ce qui est ample et large, en particulier des morceaux de peaux ou de papiers destinés à l’écriture. Un cahier de Sahifé disposé entre deux couvertures est appelé Moshaf. Le premier Calife, Abou Bakr, s’inquiétait de la disparition

progressive des écrits saints à cause des guerres et autres catastrophes naturelles. Il ordonna alors de rassembler les paroles divines dont les écrits étaient disséminés et de les transcrire sur du papier ou des peaux (les Sahifés.) Pour respecter le nombre des sourates et les maintenir dans leur bon ordre, ils furent alors cousus à l’aide d’un fil. On prête à Ebn Chahâb ces propos : "Lorsqu’ils ont rassemblé le Coran et l’ont transcrit sur du papier, Abou Bakr a demandé à ce qu’un titre et un nom lui soit attribué. Certains ont proposé le nom de " Sefr " qu’il n’a pas retenu, car il avait déjà été utilisé par les juifs. D’autres ont suggéré " Moshaf ", rappelant qu’à Habaché, une collection similaire était désignée par ce même nom. C’est ainsi que le nom de " Moshaf " a été unanimement adopté. " Dans le premier volume du livre d’Al Atghân, les propos d’Ali Ebn Abitâleb sont ainsi retranscrits : "Que Dieu bénisse Abou Bakr, car il fut le premier à rassembler le Coran dans un Moshaf." Aujourd’hui, Moshaf désigne deux usages différents : d’une part, une collection de pages et d’autre part, un volume du Coran Madjid."

Seyed Abouzar Nadjafi poursuit : "Mon père a choisi d’intituler cette collection " Moshaf de l’Iran " car l’ensemble des Corans imprimés dans cet ouvrage a été calligraphié et illustré par des artistes issus des différentes contrées culturelles de l’Iran. Il a sélectionné des manuscrits appartenant, sur le plan artistique et religieux, aux élites culturelles iraniennes. Ces originaux ont été, pendant plus de mille ans, transmis de mains en mains, pour aboutir, aujourd’hui, dans nos trésors nationaux : la bibliothèque du Palais Golestan, le Musée National de l’Iran, la bibliothèque nationale de Malek, la bibliothèque du Parlement, etc…

"Moshaf de l’Iran" a été lithographié et imprimé en Allemagne, à l’aide de la technologie la plus moderne et a exigé trois années d’effort continu. Pour rendre un effet équivalent à la dorure originale, une couleur dorée a été spécialement conçue dans une usine en Allemagne. L’impression a été réalisée sur du " papier Sanders 150 grammes ", la dorure a été appliquée sur une reliure en cuir artificiel de première qualité et le corps d’ouvrage est précédé d’une page de garde en soie satinée. Il est édité en deux tomes totalisant 1600 pages. On y découvre l’écriture des plus grands calligraphes iraniens : Yâghout Mosta’ssami, Arghoun Kâmeli, Alâ’edîn Tabrizi, Abdollah Ebn Achour, Ahmad Neirizi, Vessâl, Mohamad Ebrahim Qomi, Mohamad Ali Kâteb o Sultân, Mohamad Hâchem Esfahâni, Zarrin Ghalam, Khorchid Kolah Khânom, Mirzâ Chafih Arsandjâni, etc. En annexe, un volume de 136 pages enrichit l’ouvrage de commentaires en persan, en arabe et en anglais.

Ce recueil a suscité un grand émoi pendant la foire du livre de Francfort, parmi les amateurs d’art iranien. Il a par ailleurs été nominé dans la catégorie du “livre le plus précieux”. La regrettée orientaliste allemande Anne-Marie Michel, qui a eu l’occasion d’examiner des exemplaires avant impression, aurait dit au Dr Bagher Nadjafi : “L’idée de rassembler les paroles divines et de les placer dans un recueil de tazhib et tadjlid, bordé de fleurs, de bosquets et d’oiseaux aux chants mélodieux, ne pouvait jaillir que du cœur et de l’esprit d’un iranien cultivé”. Le Dr. Seyed Hossein Nasr, pour sa part, commente :

" Cette recherche est un travail inédit et sans égal dans le monde de l’Islam."


* " Moshaf de l’Iran " a été publié par l’édition Manuska en Allemagne à 4000 exemplaires.


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