N° 128, juillet 2016

Djashn-e sadeh,
fête de la tradition zoroastrienne
célébrant l’apparition du feu


Mireille Ferreira


Chaque année, 100 jours avant Norouz, le Nouvel An iranien, a lieu Djashn-e sadeh, la Fête du feu, tradition héritée de la religion zoroastrienne, antérieure à l’arrivée de l’islam en Iran (de djashn, qui signifie fête en persan et sad, le nombre 100, car cette fête est célébrée 100 jours et 100 nuits avant Norouz, dans les villes d’Iran où est encore présente cette communauté). Célébrant la lumière et le soleil, elle est la plus grande fête iranienne avec Norouz.

On vient y retrouver le feu offert par Dieu aux hommes. Y assiste aussi une partie de la population, qui reste attachée à ces racines millénaires de la tradition iranienne. Elle fait en effet partie des quatre grandes fêtes annuelles de la tradition préislamique avec :

- Norouz qui célèbre l’arrivée du printemps et le début d’une nouvelle année, à l’équinoxe de mars.

- Mehregân : célébrée au début de l’automne pour supporter les rigueurs de l’hiver qui arrive.

- Tiregân ou âb pâshan ou Fête de l’eau, qui a lieu au début de l’été. Dans la tradition iranienne, l’eau est la lumière, incarnée par le feu des temples.

 

Le feu brûle en permanence dans le temple zoroastrien de Yazd – Iran

Un feu d’érable brûle en permanence au temple zoroastrien de Téhéran où nous admirons les tenues de fête des jeunes filles qui nous accompagnent, avant un départ pour Karaj dans la banlieue ouest de Téhéran. Notre groupe est accueilli sous une immense tente installée dans un parc de loisirs modestement aménagé, appartenant à la communauté zoroastrienne de Téhéran. Pendant une bonne partie de l’après-midi, nous allons écouter les discours des responsables de la communauté, les mobeds, mages de la tradition sassanide, appartenant à l’origine à la tribu mède des Aryens. Ils sont les gardiens du dogme religieux et forment la hiérarchie ecclésiastique. Selon la tradition, les trois rois mages qui allèrent rendre hommage à l’enfant Jésus dans sa grotte de Bethléem étaient des prêtres zoroastriens venus de Perse. Ces messieurs débonnaires rappellent les principes du zoroastrisme - pureté, droiture, refus du mensonge, respect des éléments naturels : l’eau, le vent, le feu, la terre.

Discours entrecoupés par des récitants qui invoquent Dieu et Zartosht (le nom persan de Zarathoustra ou Zoroastre, prophète de la religion) dans des déclamations pleines d’emphase, et par des intermèdes de musique militaire très percutante.

D’éminents intellectuels de la communauté zoroastrienne, représentants des arts, des lettres et des sciences, interviennent à leur tour. Une grande part de leurs propos fait référence au Shâhnâmeh, le Livre des Rois, texte fondateur de la tradition iranienne, qui se réfère abondamment à la religion zoroastrienne.

Femmes zoroastriennes de Kermân se préparant pour la fête de la fête de Sadeh

Monsieur Fereydoun Joneydi, professeur d’université spécialiste du Shâhnâmeh [1], en récite une partie. Puis, le Docteur Kazzâzi, spécialiste de littérature persane et professeur d’université, qui a écrit une bonne cinquantaine d’ouvrages sur le Shâhnâmeh, déclame un hommage au peuple persan millénaire. Une poétesse nous livre à son tour un texte du Shâhnâmeh sur la naissance du feu : « En voulant tuer un serpent, le héros lance une pierre dans sa direction. La pierre le manque mais frotte une autre pierre et le feu jaillit de ce choc ». Différents officiels interviennent ensuite : le député représentant la communauté au Majlis (parlement iranien) puis le chef de la police de Téhéran qui confirme que très peu d’adeptes de la religion zoroastrienne se retrouvent en prison, preuve que ses grands principes sont un modèle pour le genre humain.

Puis, le public présent se dirige vers le parc où les mobeds allument un immense feu. C’est tout à fait bienvenu car la nuit est tombée et il fait froid. De très nombreux jeunes gens sont présents, ils chantent, dansent et se tiennent par la main, en signe de solidarité. Enfin, l’hymne national iranien, chanté par l’ensemble du public présent, vient clore cette journée festive.

Notes

[1Voir, dans La Revue de Téhéran n° 29 d’avril 2008, l’entretien que Monsieur Fereydoun Joneydi avait accordé à Djamileh Zia.


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