N° 128, juillet 2016

Ô Anâhid ! La déesse aryenne*


Saeid Khânâbâdi


Temple d’Anâhid à Kangâvar, province de Kermânshâh, gravure d’Eugène Flandin, 1851

Ô Anâhid ! Toi que j’adore ! La déesse immaculée, la plus clémente, la plus puissante ! Fais de moi le plus grand des souverains du monde. Aide-moi à vaincre les tyrans, à dompter les démons, à triompher de l’armée d’Ahriman. Fais-moi devenir le grand roi de tous les hommes de la terre. Accorde-moi un royaume qu’après moi, tu n’accorderas plus jamais à nul autre. Certes, tu es la plus généreuse !

 

Je suis Houshang ! Le fils de Siyâmak, le fils de Keyomars ! Je suis le roi des peuples Aryens. Le grand roi des hommes libres et dignes des vastes territoires du Nord. Mon royaume s’étend sur sept pays, sept mers et sept cieux. Je suis Houshang, le premier qui sût faire du feu. Et après moi, mes peuples fêteront annuellement ma découverte du feu sacré. J’ai instruit mon peuple à extraire du fer, à cultiver la terre. Je leur ai appris à construire des maisons, et ils me nommèrent ainsi Houshang, "le bon sage qui offre de beaux domiciles". Et ils édifieront des temples pour pratiquer éternellement le culte d’Anâhid. Et me voilà au Mont Céleste comme le premier roi qui sacrifie, en quête de ta faveur, cent chevaux, mille vaches et dix mille moutons. Nos chevaux sont les montures les plus rapides et les plus hardies dans nos campagnes victorieuses contre les tribus sauvages des Terres ténébreuses. Ils tirent nos chariots lors des batailles contre l’armée du mal et du blasphème. Nos vaches sont les plus fécondes car elles se nourrissent des plantes des meilleures plaines arrosées par les pluies du mois d’Abân. Nos moutons et nos brebis ont la laine la plus douce, car nos braves bergers les conduisent dans l’air frais des champs sans limites du Grand Nord.

 

Je t’adresse, de tout mon cœur, mes louanges et mes éloges, comme mes pères le firent. Ô grande déesse ! Ton royaume est aussi vaste que la surface de toutes les mers. Toi, la maîtresse du Grand Fleuve quand il descend du Mont de l’Est pour se jeter dans la Grande Mer en traversant les territoires des Aryens. Toi, la maîtresse de mille mers et mille fleuves. Chacun de tes fleuves est aussi long que la distance parcourue par un cavalier galopant à grande vitesse durant quarante jours. Tes fleuves coulent dans les sept pays du monde pendant l’été et pendant l’hiver. Montée sur ton chariot tiré par les quatre chevaux blancs, tu vainquis tes ennemis : les démons cruels, les hommes malfaiteurs, les sorciers hostiles et les mauvais esprits. Tes quatre chevaux se nomment Vent, Pluie, Nuage et Grêle. Toi, la déesse de l’eau, de la lumière et de la fécondité. Tu es l’Etoile du crépuscule et du soir dans le clair ciel du Grand Nord. Nous t’avons offert maints sacrifices. Et tu nous fis triompher de nos ennemis. Tu nous aidas à alimenter nos enfants, à bien dresser nos chevaux, à bien élever nos troupeaux dans les plaines toujours vertes.

Illustration du Shâhnâmeh représentant Houshang sur le cheval tuant le Démon noir

 

Je suis Houshang. Notre dynastie conduisit les peuples Aryens vers le sud, au vaste pays de la Sainte-Terre où coulent tes grands Fleuves. Là, les fleurs sont plus parfumées, les eaux sont plus douces. Le sol est plus fertile. Le ciel est plus clément. Le soleil est plus chaud. Là, nos femmes et nos familles seront mieux protégées contre les sauvages, car cette terre est entourée par deux grandes montagnes à l’est et à l’ouest et par deux grandes mers au sud et au nord. Mais je crains que mes enfants n’abandonnent le culte des dieux aryens adorés par nous depuis toujours. Les dieux qui nous ont guidés, lors de la grande migration, vers les terres étendues du sud où se trouve la Sainte-Terre. Nous nous agrandissons dans la nature, mais nos arrière-petits-enfants vont s’établir dans les villes qu’ils vont bâtir là, sur cette terre promise, et je crains qu’ils ne voient plus les signes des dieux dans le vol des faucons, dans la mise à bas d’une jument, dans la beauté des tigres de la Forêt du Nord ou dans la splendeur des lions du Sud-Ouest, dans la danse des serpents du désert ou dans la magie des vers à soie qui se transforment en papillon.

Tu es Anâhid. Tu te déguises en silhouette de femme. Tu es apparue aux hommes comme une fille noble et libre, belle, de grande taille, d’un large buste ceint par une ceinture au milieu. Tes bras sont beaux, blancs, gros et décorés par des ornements dorés. Tes souliers brillants couvrent tes pieds jusqu’à la cheville. Tes boucles d’oreille sont carrées. Un collier d’or serré t’embrasse le cou. Ta couronne est ornée par cent étoiles plus brillantes que Vénus. Ta couronne octogone est dorée et pointue au niveau du front, et de longs rubans dorés en tombent. Ta robe de reine est faite des fourrures de trois cents animaux de mer. Elle brille comme les tissus d’or et d’argent dans le clair de lune. Toi, la déesse des fleuves et des mers, tu ouvres le fleuve pour que mon arrière-petit-fils et son peuple le traversent à sec, en récompense du fait que ce dernier eut fait périr des milliers de disciples d’Ahriman. Tu descends le Mont de l’Est dont l’altitude est mille fois plus haute que la taille d’un homme adulte. Tu possèdes mille mers et mille fleuves. Sur la rive de chaque fleuve et au bord de chaque mer, tu te fis un prestigieux palais de cent fenêtres brillantes et mille colonnes colossales.

 

Statue de Anâhitâ à Marâgheh

Ô Anâhid ! Mes louanges à toi pour nous avoir accordé à moi et à mes pères une vie joyeuse en pleine nature. Je te prie de nous accorder la bénédiction et la prospérité pour ma patrie et pour le sort de mes enfants. Protège mon pays du mal, de la sécheresse et de l’ennemi.

Certes, tu puniras mes enfants par le mal et la malédiction s’ils abandonnent le culte des dieux aryens. Le mensonge, la méchanceté, la flatterie, l’orgueil, la moquerie, la maladie et la ruse se répandront entre les hommes aryens. Les frontières imposées par les monarques étrangers les diviseront. 

Certes, tu les puniras par la sécheresse s’ils ne respectent plus la nature, l’eau, l’air et le sol. La pluie ne tombera plus. Les mers et les fleuves s’assècheront. Les oiseaux ne voleront plus dans le ciel. Toi, la déesse des eaux montées aux cieux, des eaux qui coulent sur la terre et celles cachées dans les profondeurs.

 

Temple d’Anâhid, Bishâpour, Kâzeroun,
province de Fârs

Certes, tu les puniras par l’ennemi. Le grand mage me révéla que le premier quittera l’Ouest pour brûler le palais de mes enfants. Le deuxième viendra du Désert et déchirera nos tapis. Et le troisième est l’homme guerrier aux yeux bridés qui démolira nos villes et brisera nos manuscrits. Et à la fin des temps, les ennemis se multiplieront. Ils entoureront le pays. Ils se ligueront contre nous et créeront une armée de mercenaires barbus. Les démons aux bleus yeux les soutiendront par les feux volcaniques apportés des pays lointains.

Ô Anâhid ! Tu nous feras souffrir. Uniquement, en dieux nous nous confions. Les guerriers te demandent de les secourir durant les moments difficiles de la bataille, comme tu me secourus quand je commandais l’armée de mon grand-père Keyomars contre les forces diaboliques du Démon noir, en vue de venger le sang de mon père Siyâmak. Ne cesse pas, donc, de bénir mon royaume ! Je te prie de ne jamais laisser ma terre envahie par les démons.

Ô Arédvi Soura Anâhita ! Bénis Aryana Vedjah !

* Ce texte fictif s’inspire largement des versets avestiques. D’après Aban Yasht, le 5e éloge (yasht) d’Avesta. Houshang le roi Pishdâdi, le petit-fils de Keyomars, est le premier roi qui pratiqua le culte d’Anâhid.


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